Tout d'abord, dire mon sentiment de bonheur de voir se multiplier ainsi les manifestations littéraires, aussi variées dans leurs formes, leurs "sujets" que dans leur inscription géographique :
- festival du livre avec auteurs corses et non corses à Porto-Vecchio
- festival du polar méditerranéen avec animations variées à Ajaccio
- journée Libri aperti dans le Cap Corse
- à Bastia aussi, je ne me rappelle plus du nom de la manifestation littéraire (dans le cadre d'Arte Mare me semble-t-il)
C'est une bonne chose que de ne pas se contenter ainsi des journées du livre corse de la place des Palmiers à Ajaccio (qui n'offre que la possibilité de dédicaces).
Revenons au Festival du livre de Porto-Vecchio ; voici mon sentiment (ai-je besoin d'ajouter qu'il est partiel, partial, trop passionné pour être objectif ?), quel est le vôtre ?
La présentation de la plaquette éditée pour l'occasion dit ceci :
Ce festival du livre d'envergure nationale, à périodicité annuelle, pourrait faire de la Corse un haut lieu de réflexion et d'échanges sur les grandes questions littéraires. C'est dans cet esprit que nous avons conçu les thèmes des tables rondes du programme 2009 :
- "Dieu, sa vie, son oeuvre"
- "La modernité littéraire"
- "Les journalistes et le livre"
- "Ecritures méditerranéennes"
- "Réalité et littérature noire"
- "Voix de femmes du Sud"
J'étais présent le samedi après-midi (27 juin 2009), et j'ai pu voir deux des cinq débats prévus entre la veille et ce jour (les débats 4 et 5 de la liste ci-dessus). Ma mère a aussi pu rencontrer deux de ses auteurs fétiches : Jérôme Ferrari et Marie-Hélène Ferrari (+ bises et dédicaces). J'ai pu acheter "Murtoriu" de Biancarelli, un roman d'Ugo Pandolfi ("Du texte clos à la menace infinie", toujours aimé ce titre...) et les "Piccule fictions" (recueil de nouvelles policières dont la vente permet à différentes associations corses d'acheter des fauteuils pour handicapés).
Je voulais écrire ici un compte rendu de ces deux débats mais je me contenterai d'y faire allusion ; j'ai remarqué que la librairie organisatrice du festival ("Le verbe du soleil") filmait tout : nous pourrons tous voir et revoir les débats sur Internet (bientôt ?).
Les points positifs de ce festival :
- disponibilité et accessibilité des auteurs invités (après les débats ou aux stands de dédicaces devant la mairie et sur la place de la République - mais peut-être appelle-t-on cette place autrement ?)
- des débats qui mêlent (à égalité, dirai-je) auteurs corses et non corses ; c'est sous-entendre, sans psychodrame, que les écrivains corses participent de plain pied à la créativité littéraire mondiale
- des sujets assez généraux pour permettre à chaque auteur participant aux débats de dire la sienne
- enfin, des lectures d'extraits de certaines oeuvres (j'ai entendu lors du débat sur "Ecritures méditerranéennes", un extrait de "Mon voisin" de Milena Agus et un autre de "51 Pégase, astre virtuel" de Marcu Biancarelli par le comédien Christian Ruspini ; j'avais déjà eu l'occasion, par deux fois, de le voir sur scène jouer magnifiquement (à Aubagne) ou moins magnifiquement (à Furiani) "La confession de la bête", justement tirée du roman de Biancarelli). Pourquoi est-ce une bénédiction (pour moi) que ces lectures ? Parce que ces débats ont toujours tendance à devenir abstraits, à s'éloigner des textes (qui sont tout de même la cause première de tant de tintouin). C'est ainsi : généralement, les textes, les oeuvres disparaissent lors des salons et festivals littéraires !... D'où l'impérieuse nécessité et le plaisir toujours renouvelé de les entendre, de les lire, de les voir mis en scène, en images, etc... Grâces soient rendues à la personne qui eut l'idée de ces lectures et à Christian Ruspini : il me semble que c'est le seul et vrai moment au cours duquel nous avons pu un peu saisir et sentir ce qu'est cette "folie douce" des personnages de Milena Agus ou ce qu'est la violence glaçante de l'auto-analyse impitoyable du "poète" de "51 Pegasi"...
Passons aux points négatifs, les points à améliorer (selon moi, et selon vous ?) :
- à aucun moment (des deux débats auxquels j'ai assisté) le public n'a pu prendre la parole : il n'y a pas été invité en introduction, ni en fin de débat ! Je pense sincèrement que c'est un manque et que ce que nous apprend la "révolution numérique" (voir les blogs, les wikis comme wikipédia : pensate chì un wikipedia in lingua corsa hè custruitu da nimporta chì...), c'est justement qu'il n'y aura plus simplement des consommateurs (lecteurs) face à des producteurs (auteurs, éditeurs), mais de chaque côté, avec des façons spécifiques, des contributeurs...
Durant le premier débat, Milena Agus a insisté sur le fait qu'en Sardaigne, il y a des auteurs de la côte (Fois, Niffoi, Satta, Deledda) et des auteurs de l'intérieur (Atzeni et elle-même), tout comme il y a des "Sardi delle coste" et des "Sardi dell'interno". Ils vivent et explorent des espaces mentaux différents. J'aurais aimé demandé - publiquement (et non en privé après le débat) - s'il existe un dialogue entre ces deux catégories d'auteurs et d'oeuvres, s'il existe des oeuvres passerelles ou frontières... J'aurais aimé demandé - publiquement - aux deux auteurs corses présents (Jérôme Ferrari et Marcu Biancarelli) s'ils pensent qu'une telle catégorisation est pertinente en Corse...
Un peu plus tard, Milena Agus a évoqué la langue sarde, qu'elle ne parle pas, et elle a estimé que les efforts actuels pour lui donner une dignité qu'elle n'avait pas dans le passé relève d'une "mossa artificiale" (un mouvement, un élan artificiel). J'aurais aimé demandé pourquoi elle pense cela et si cela condamne définitivement la langue sarde dans ses perspectives d'évolution et j'aurais aimé demandé aux auteurs corses ce qu'un tel point de vue remuait en eux...
Un peu plus tard encore, Milena Agus a signalé qu'en Sardaigne, selon elle (elle a insisté sur l'aspetc très personnel de cette vision : "Io vedo questo"), il y a une forte recherche de normalité (sociale), de règles rigides... au contraire du cas corse, où Marcu Biancarelli estime que c'est souvent la folie ("je suis plus fou que toi") qui est valorisée... J'aurais aimé - publiquement - demandé à Milena Agus si c'est justement contre cette recherche de normalité qu'elle invente des personnages marginaux, décalés, fêlés, etc... J'aurais aimé demandé - publiquement - à Biancarelli si ses romans ne participent pas - par leur pessimisme - à la valorisation des comportements "fous"...
- deuxième point négatif : il me semble que l'animation des débats pourrait essayer d'évoquer ce qu'on appelle ici (sur ce blog) la "littérature corse". Non pas que je veuille imposer mes vues et mes perspectives à toutes et tous, partout ! Mais il me semble que cette perspective peut compléter et dynamiser de façon intéressante des débats qui peuvent parfois paraître un peu généraux, qui pourraient se dérouler au bord d'autres mers... Je suis ici un peu de mauvaise foi, car de la Corse il en a été question... mais justement, il a plus été question de la Corse que de la littérature corse.
- troisième point négatif : le même jour se déroulait une autre manifestation d'importance, la journée "Parlemu corsu", à deux pas de là... Il serait bon que ces deux organisations extrêmement intéressantes et sincères soient articulées, d'autant plus que le thème de ce jour était "lingua corsa, rock è mudernità" : le samedi soir, j'ai entendu chanter Petru Gambini et le groupe l'Altru Latu (Noi s'étant interrompu prématurément, malheureusement : la version du Dio façon Jimi Hendrix est vraiment époustouflante...). Pour moi, un album comme "Cunniscenza di u corpu umanu" des Cantelli s'inscrit dans l'imaginaire et la littérature corses... Entre parenthèses, je signale ici un autre groupe rock qui chante en langue corse : Ultim'attu (et ce n'est pas parce que mon frère est le chanteur que je le cite ici ! Enfin, oui, aussi !)
C'est tout pour ce soir, dite a vostra !
Et encore bravo aux organisateurs de ce festival : j'attends avec impatience le prochain !
Ce blog est destiné à accueillir des points de vue (les vôtres, les miens) concernant les oeuvres corses et particulièrement la littérature corse (écrite en latin, italien, corse, français, etc.). Vous pouvez signifier des admirations aussi bien que des détestations (toujours courtoisement). Ecrivez-moi : f.renucci@free.fr Pour plus de précisions : voir l'article "Take 1" du 24 janvier 2009 !
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lundi 29 juin 2009
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