Vendredi 26 mars, 21 h... sans faire retentir les trois coups du théâtre, le comédien Christian Ruspini entame son sprint, violent et magnifique :
"Je l'ai connu quand j'étais plus jeune, et je pense que je faisais comme tout le monde quand je le voyais : je me chiais dessus."
Vous avez reconnu les premiers mots de la version française de "51 Pegasi, astre virtuel", originellement écrit en langue corse par Marcu Biancarelli. (J'y pense : il s'agit donc aussi d'une oeuvre de Jérôme Ferrari, le traducteur : les mots prononcés sur scène sont les siens ; ils sont certes seconds et dépendants des mots corses de MB mais ce sont eux qui sonnent sur la scène de la Salle Sainte-Victoire - mais oui, comment échapper à cette montagne sacrée ici ? - sur le plateau qui domine le village de Ventabren)...
...d'ailleurs, incroyable, j'entendis - étais-je le seul ? - le bruit d'un avion quittant Marignane et l'aéroport international de Marseille au moment même où le monologue de Christian Ruspini entamait l'épisode virtuel : ce rêve mythique caché au fond de l'espace, dans le sein du "ciel liquide d'avant le Big Bang"...
Rapidité, rupture de tons, contrastes dans la voix, le rythme : le jeu du comédien me parut puissant, parfois trop selon moi : trop de vivacité ne permettant pas parfois au spectateur que je suis de goûter certains moments, grâce à quelques silences bien placés qui permettraient de réassembler nos esprits, juste un bref moment (plus tard, après le spectacle, nous discuterions de cela, lui et moi, et lui insistant sur la difficulté à trouver le "bon moment" pour placer ce silence).
Ah tiens, ce léger désaccord me fait penser que finalement je ne suis pas tout à fait d'accord avec le point de vue de Jacques-Olivier Badia (et je réagis en tant que simple spectateur amateur). JO Badia écrit : "..." (je viens de rechercher le texte en question dont voici l'adresse internet : http://www.lecloudanslaplanche.com/Z%20Modeles_html/51_Pegasi.html (récupérée sur la page Facebook de Christian Ruspini), mais elle ne semble plus fonctionner, mystère, j'ai envoyé un message à l'équipe du "Clou dans la planche", je vous tiens au courant... (AJOUT DE 22:28 : ça y est, voici le lien vers l'article de Badia).
Mais je me souviens tout de même (ah ! cet autre outil qu'est la mémoire du cerveau humain, intéressant mais très trompeur sûrement) que Jacques-Olivier Badia disait que la pièce - qu'il avait vue au" Bijou" à Toulouse - était trop courte (1 heure) pour pouvoir amener de façon vraiment forte et crédible les changements d'atmosphère et l'évolution psychologique du personnage principal. Et j'étais finalement plutôt d'accord avec lui (je m'étais senti frustré du fait de la durée de la pièce.) Mais en fait, après avoir vu pour la troisième fois cette pièce, dans une version légèrement modifiée, je me dis que l'histoire de ce personnage est celle d'un homme en miettes. Il revient après dix ans "d'exil" sur le Continent (souvenez-vous, c'est le même personnage que dans "Prighjuneri", celui qui quitte l'île à la toute fin ; quoi, vous n'avez pas lu "Prighjuneri" ?!), bref, il revient après dix ans d'exil dans un mouvement quasi suicidaire, il ne s'est pas reconstruit hors de Corse, et ce qu'il retrouve c'est, au milieu de quelques changements cosmétiques - l'autonomie et l'édition d'une version corse des "Frateddi Karamazov" - c'est encore son ancien moi : un être marginal, refusant toutes les illusions, tous les espoirs, toute tentative de trouver une cohérence, une cohésion.
Donc, ce que présente cette pièce de théâtre, c'est un assemblage disparate de moments violemment contrastés : avec les trois scènes centrales : la scène du luthier, de sa femme et du comptoir (très crue, très dure) / la scène de voyage virtuel, le rêve du chef de tribu et de sa petite fille, fantasmagorie mythique (très émouvante, le moment qui m'émeut le plus, à chaque fois) / la scène de la confession d'une opération de racket par une équipe de clandestins (très violente : voir la confession de Stavroguine dans les "Démons" de Dostoïevski - c'est tout ce que j'ai lu de cet auteur - avec "Le Double" aussi - et c'est un passage fabuleux, là aussi)... Oui, je crois finalement que ces différents moments sont d'autant plus forts qu'ils ne sont pas préparés, ni fortement liés : la force du personnage se nourrit aussi d'ellipses et de ruptures, et d'une certaine façon "l'épaisseur" psychologique doit nécessairement manquer à un être en miettes, un être qui est explicitement décrit comme un "fantôme", une "ombre" : celui qui à la fois sait tout, et ne peut rien.
Vous avez compris que j'adore ce roman, cette pièce, la façon dont ils sont écrits et joués. Mais tout de même - objectivement (objectivité impossible) bien sûr - ce sont des moments extrêmement importants de la littérature corse, non ? (Tiens, cela me fait penser, qu'un jour cette pièce sera, je l'espère, jouée par d'autres acteurs : qu'est-ce que cela donnera ?... Y a-t-il d'ailleurs des pièces de théâtre corse qui ont eu le bonheur d'être rejouées, reprises par d'autres compagnies ?)
J'arrête là cette chronique faite au vif.
Le lendemain : MJC Prévert, 24 rue de la République, Aix-en-Provence. Un samedi après-midi, entre 17 h 30 et 19 h 30. Un homme s'approche, je suis devant la porte ouverte - comme le gardien du temple - donnant sur le trottoir de cette rue où passent plus de voitures que de piétons, visiblement cet homme sait qu'il est face à la MJC : c'est un saxophoniste lyonnais ! Tentative de racolage actif immédiat ! mais il ne montera pas avec moi, quel dommage (s'il lit ce billet, il se reconnaîtra bien sûr, qu'il m'envoie un message !). Alors nous évoquons la Corse et le Jazz (souvenez-vous que ce blog aime le jazz, voir ici (pour le Dave Brubeck Quartet) et ici (pour le génie qu'est Charles Mingus, accompagné d'Eric Dolphy)... Je parle d'André Jaume qui a fait plusieurs albums avec des chanteurs corses ; il faut que je retrouve cet album (le voici : "Piazza di luna", avec Tavagna) où il est question d'un quelconque "sgaiuffu", je me souviens de ce mot... Il parle du festival de jazz de Pinarellu (où il aimerait bien jouer un jour). Très agréable rencontre : quel plaisir de servir en express mon baratin sur la littérature corse !
Passons aux choses sérieuses : à l'étage, dans la salle Cheminée (celle où se trouve une cheminée), sont là Marcu Biancarelli et Christian Ruspini (deux noms qui vous disent quelque chose). Ruspini va "lire" deux passages : le début, le voyage virtuel et le rêve (au cours de la lecture du deuxième passage, deux "trous" ! et tout le public qui dans un silence tendu aidait muettement le comédien soudain muet ("vas-y, tu vas retrouver les mots, vas-y, c'est beau"). Non je n'enjolive pas, vous auriez dû être là.
Et ensuite ? Eh bien les propos de l'auteur, que je n'ai pas pris en note, que je n'ai pas enregistré, et je sais qu'il est d'une extrême importance de faire les comptes rendus les plus précis !! Alors, que faire ? Une brève relation constituée de ce qui m'est resté à l'esprit, simplement pour vous donner envie de (re)lire "51 Pegasi" ou d'aller voir la pièce si elle passe près de vous.
Première réaction du public après la première lecture : "Eh bien, la Corse a bien changé, alors..."
MB a alors insisté sur le fait que son roman n'était qu'une partie de la réalité, que la nécessité de la fiction et du personnage commande de faire des choix. Mais en même temps, l'ambition de ce roman est tout de même de proposer un certain nombre de vérités sur la Corse : les anciennes solidarités ont explosé : la famille, le "clan", la classe sociale, ils ont explosé sous les coups de la modernisation et de l'individualisation, inévitables.
Autre point : non, le personnage n'est pas qu'un être cynique, sombre, il porte en lui une aspiration, notamment à la poésie (donc une certaine volonté de faire quelque chose avec le monde qui l'entoure), mais c'est un être cassé, brisé, esseulé, qui au fond de lui cherche un ami, un ami qui le reconnaisse.
Autre point : "51 Pegasi" est un des premiers livres de littérature corse au sens où la littérature se nourrit notamment des livres précédents : l'auteur a lu Rinatu Coti et lui rend hommage (tout comme ailleurs, il rend hommage à Ghjacumu Thiers ; tout comme il cite le Cantique de Saint François d'Assise dans le pastiche de poème épique "Viaghju in Vivaldia" ou Giacomo Leopardi dans la nouvelle "Natio Borgo Selvaggio"). MB fait partie des auteurs qui se vivent comme tels et qui participent consciemment à la fabrication d'une littérature.
Autre point : n'oublions pas la force comique de cette écriture : les personnages sont cesse à bout ("de sang, d'ardeur", comme dirait Apollinaire) et les situations qui les fait se confronter et s'affronter sont souvent au bord du ridicule (la rouste par Mathieu Piredda, mais aussi la rouste filée à Mathieu Piredda) tout en mêlant l'émotion, une profonde humanité, et le désespoir (ce que je crois voir uni dans la scène du strip-tease à l'envers de Lisa Benedetti, la charmante présentatrice de l'émission littéraire "Estru è literatura", enfin, un "canon" comme dit le texte).
Autre point : cette oeuvre - celle de MB - est en cours : il faut lire tous les autres livres et notamment "Murtoriu" dont on attend la traduction avec impatience ; comme d'ailleurs les traductions des nouvelles de Paulu Desanti ou encore le quatrième roman de Ghjacumu Thiers, "Septième Ciel", extrêmement original, j'ai trouvé, voir notamment ici sur ce blog la lecture de Pasquale Ottavi). Cette oeuvre constate avec amertume la fin d'une société, tuée violemment (notamment dans "Murtoriu" qui associe la boucherie de la Guerre de 14 et les agissements d'une équipe de voyous, voleurs et assassins, dans la Corse d'aujourd'hui). Paradoxe connu et sans cesse renouvelé de l'art : la mise en forme littéraire de l'apocalypse nous fait du bien. Quel bonheur de se (re)plonger dans ce genre de livres.
Autre point ? Non, j'arrête là cette brève relation.
Un grand merci, bien sûr, au comédien et à l'auteur pour avoir répondu présent à Aix, et s'être entretenus de leur travail respectif. Ce petit billet est un maigre témoignage de gratitude. Puisse-t-il servir d'aiguillon, il aura fait son office.
"Si continua - coraggio ! - ricominciamo la lettura !" (comme disait, paraît-il, Aby Warburg, ça fait toujours bien de citer des grands auteurs pas encore complètement universellement connus et qu'on n'a pas lus soi-même !) :
L'aghju cunnisciutu quand'e' eru più ghjòvanu, è pensu ch'e' faciu com'è tuttu u mondu quand'e' u vidiu : mi cacaiu à dossu.
Ah oui, j'oubliais : vous n'êtes pas obligés d'être d'accord avec ce que vous venez de lire !...!
Dernière chose : pour ceux qui n'habitent pas loin de la rue Cabassol à Aix-en-Provence, vous pouvez venir à la librairie All Books and Co y feuilleter et acquérir le roman de Marcu Biancarelli !
Ce blog est destiné à accueillir des points de vue (les vôtres, les miens) concernant les oeuvres corses et particulièrement la littérature corse (écrite en latin, italien, corse, français, etc.). Vous pouvez signifier des admirations aussi bien que des détestations (toujours courtoisement). Ecrivez-moi : f.renucci@free.fr Pour plus de précisions : voir l'article "Take 1" du 24 janvier 2009 !
Affichage des articles dont le libellé est Christian Ruspini. Afficher tous les articles
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dimanche 28 mars 2010
vendredi 19 mars 2010
La littérature corse sur le Continent !
Je relaie ici une information que j'ai placée sur Facebook (en "événement" : c'est la première fois que je fais cela !) :
Un événement exceptionnel en deux actes :
N'hésitez pas à venir : on ne renouvellera pas cet exploit tous les ans !
Un événement exceptionnel en deux actes :
- le vendredi 26 mars (21 h), Salle Sainte Victoire à Ventabren : Christian Ruspini joue "51 Pegasi", la pièce de théâtre qui tourne en ce moment sur le continent. Un tour de force magnifique (tiré du roman du même nom de Marcu Biancarelli - un des livres les plus importants de... la littérature corse contemporaine (non ?) / Entrée : 12 euros.
- le samedi - c'est gratuit mais il y a peu de places et il faut réserver (06 88 80 62 83 : appelez vite) - 27 mars (17 h 30 - 19 h 30), à la MJC Prévert (rue de la République) à Aix-en-Provence. Rencontre du public avec l'auteur (Biancarelli, donc) et l'acteur (Ruspini, donc) pour : entendre des extraits du texte, débattre, discuter du jeu de l'acteur, de la mise en scène, de l'oeuvre de Biancarelli, de la littérature corse, etc ; plus possibilité d'acheter les livres de MB et d'avoir une belle signature. (Info : à Aix, la rencontre est rendue possible par une coopération entre KVA Product, la MJC Prévert et l'Amicale corse d'Aix).
N'hésitez pas à venir : on ne renouvellera pas cet exploit tous les ans !
lundi 15 février 2010
Un maître livre / Une pièce de théâtre magnifique
Je ne suis pas objectif, je ne peux pas l'être !
J'ai lu la version originale corse et la traduction française de "51 Pegasi, astru virtuale" il y a déjà quelque temps ; j'ai vu la mise en scène théâtrale de ce roman de Marcu Biancarelli (en langue française, avec un chant corse) deux fois déjà (à Aubagne, à Porti Vechju). J'ai adoré les deux : la version théâtrale n'est qu'un choix - très judicieux - parmi les scènes du roman, joué avec une intensité superbe par Christian Ruspini, et servi par la mise en scène astucieuse et symboliquement forte de Jean-Pierre Lanfranchi ; le roman a une force qui a imprimé en moi plusieurs moments (je vais en citer un en fin de ce billet, quant à vous, quelle page hante votre mémoire ? à moins que vous n'ayez pas du tout aimé ce roman très dérangeant, parlons-en...).
Or, cette pièce a tourné et tourne encore sur le continent : le 20 février à Cannes (voir ici) ; le 26 mars à Ventabren (je ne connais pas les autres dates). Je ne pourrai pas me rendre à Cannes mais je serai, avec tous les compères de l'amicale corse d'Aix-en-Provence à Ventabren (j'espère que l'émotion fera naître quelques discussions...).
DONC, à tous ceux qui le peuvent, je recommande très chaudement d'aller voir cette pièce de théâtre, de faire part de leurs réactions (ici ou sur d'autres sites, blogs et forums), de lire le roman de Biancarelli, etc. etc.
Voici un extrait du roman qui n'a pas été retenu pour la version théâtrale : je me rappelle très bien combien cette scène m'avait fait jubiler (le méchant est puni, certes de façon excessive, mais la disproportion est ici un des ressorts du comique ; un comique affreux et désespéré - car la punition est aussi la préparation de la fin du roman) : une jubilation et un grand malaise, tout à la fois ; en plus dans une rue d'Ajaccio que je connais bien, qui est encore dans mon oeil (que je peux voir n'importe quand, en fermant les yeux, et sentir l'air chaud autour des palmiers, le frôlement des voitures, les chaises des bars sur les trottoirs, les bâtiments et immeubles, la place du Diamant non loin de là, la mer, le golfe fermé à l'ouest par un horizon qui cache Barcelone - évoquée dans "A barca di a Madonna" de Thiers, mais aussi Madrid, évoquée notamment dans "Ecce Leo" de Flavia Accorsi (tiens, cela me fait penser : mais qui donc a lu cet unique roman de Flavia Accorsi, paru aux éditions Centofanti ?), et tous les souvenirs ensemble).
Eccu u strattu (hè a fine di u capitulu "Matteu Piredda", u nome di u issu gattivu omu) :
N'eramu à a fin' di ripastu. Ùn aghju dittu nudda è l'aghju lacatu parlà d'una cosa è di l'altra mentri ch'iddu arrigulaia l'addizioni. Da i donni, ni semu vinuti à evucà certi cosi d'una strema banalità, com'è u me ritornu in paesu dopu meziornu, quantu ci vulia tempu, u statu vargugnosu di a strada, ecc. Prestu, ci semu ritrovi in carrughju, Piredda m'hà toccu a mani, hà spiicatu ch'iddu duvia mova anch'iddu, ùn mi pudia micca accumpagnà sinu à a me vittura, avali era prissatu ma era cuntenti d'avè fattu a me cunniscenza, ci vurria à tena u cuntattu, chjamassi - ùn mi deti ben sigura nisciun adrizzu o nùmaru di teleffonu. Ciao ! Ciao ! ch'iddu m'hà ghjittatu à a faccia nanzi di vultammi i spaddi è d'ingagiassi in una stretta chù cuddaia longu à l'anziana prifittura. Aghju lacatu u cursu anch'eu, è socu andatu versu a via Lantivy, dund'e' aiu lacatu a me vittura. L'imàghjina di Piredda chì accillaraia u passu in a stretta mi fantasimaia. Duvia essa fieru di u so fattu, fieru com'è un paonu di a so vittoria, è certamenti prissatu di cuntalla à ùn chì cumpagnu cussì spaversu chè iddu. Subrattutu, dopu à tamanti sforzi pà purtammi à u risturanti, si lincinziaia senza tanti difficultà, è senza tanti cari di mamma nemenu. Mi lacaia in unu statu vicinu à a diprissioni, sintiu u me cori chì mi pichjaia in pettu, battia chì vulia rumpa, u sanguu mi buddia in l'arichji. Ch'iddu avissi pussidutu à Lisa nanzi à mè, a mi pudiu ingutta, ùn aviu mancu a pratinzioni di truvà a Verghjini Maria, à u cuntrariu, ma ch'iddu a m'imparessi iddu, cussì, u lindumani stessu di a me prima notti incun idda, è ch'iddu ni ritiressi tamantu sìntimu di vittoria, quissa era dura à incascià. Eru statu l'ughjettu di a so vindetta, è sariu dumani l'ughjettu di u so taroccu, sariu un sughjettu spiciali di risa mentri i sirati trà amici intellettuali, u mondu di a cultura ùn mi vidaria mai più chè à traversu à i scherzi di Matteu Piredda, era sigura. Più chè quissa, Lisa saria assuciata à a me disgrazia, Piredda si vantaria è cuntaria com'iddu l'avia inculata, diciaria com'idda l'avia lubrificatu bè nanzi di dirighja a punta 'llu so cazzu versu l'apartura di u so culu, è i moghja ch'idda lintaia mentri ch'idda si facia imburrà, è a testa ch'e' faciu eu mentri ch'iddu mi lacaia suttintenda ch'in fatti ùn eru chè un currutu à ritardamentu, un "currutu tricaticciu", comm'iddu invintaria pò dassi pà spanzassi 'lla risa cù i so fideli. Diciaria com'ì ghjeu eru ripartitu capibassu è vintu, sfattu è dilusu, dopu à u ripastu. Diciaria com'ì a so cunfissioni era vinuta, appruntata è calculata, dopu à un'almanecchera di futtiti, par chjuda u discorsu à u finali. Spiicaria u talentu ch'era statu u soiu, di prisintammi i rivelazioni annantu à Lisa Benedetti com'è un dulciumu dopu à u piattu di risistenza, è ghjeu sariu u scaccu, sariu u baulu di sirivziu.
Mi so fermu ghjustu nanzi di ghjunghja à a me vittura, t'aviu ghjà i chjavi in manu, è mi so dittu nò, hè impussìbuli, ùn la ti lasciu micca cussì, a to vittoria. Socu vultatu annantu à i me passa, prima marchjendu prestu, è po mi so missu à curra com'è un scemu, l'aienti mi fighjulaiani passà è si duviani dì qual'hè 'ssu tontu. Aghju cursu u più prestu pussìbuli, spirendu d'ùn avè micca tardatu troppu. Socu passatu davanti à a vechja prifittura è mi socu ingagiatu in a stretta dund'ì Piredda s'era infrugnatu. Avia ditu ch'iddu circaia a so vittura anch'iddu, forza u richjapparia nanzi ch'iddu sichi partitu. Mi ci vulia à fighjulà i vitturi, ma i vitturi ùn passaiani micca in u sensu bonu, ùn andaghjiani micca versu u cursu ; un sensu difesu ! Sì Piredda s'era imbarcatu era ghjà à longu è ùn risicaiamu micca di scruchjacci. In altu di a stretta, mi so fermu, ùn lu vidiu indocu, aghju fighjulatu bè da partuttu, à dritta è à manca, aghju rimarcatu una vittura firmata à unu stop, era ubligata di lacà u passaghju nantu à a via Lantivy ; infatti m'eru fattu guasgi un chjirchju cumplettu, mi saria bastatu di taddalli a strada. Nanzi ch'iddu dimaressi, mi so rimissu à curra com'è un dannatu, è più m'avvicinaiu da 'ssa vittura è più eru siguru ch'iddu era iddu. Socu ghjuntu à a so altezza à u momentu ch'iddu s'appruntaia à accillarà pà ingagiassi annatu à a via. Aghju briuantu "Matteu ! O Mattè !", eru sfiatatu. Hà frinatu d'un colpu è hà vultatu u capu versu mè, suspresu. Hà fattu par surdiami, ma ùn l'aghju micca lacatu u tempu di riagiscia. Aghju lampatu u me pugnu à traversu à a purtiera, è aghju intesu u scioccu di i canteghji chì schiattaiani, à tempu ch'iddu si mittia à mughjà com'è un scemu. Aghju apartu è l'aghju strascinatu pà i capiddi for'di a vittura. Prima hè cascatu, ma hà circu di ridrizzassi cussì prestu, si vulia pò dassi difenda, o circaia di fughja, ùn la so. Ma quand'iddu era mezu rittu, aghju lampatu a capata, è à a stessa sigonda u so nasu hè imbuffatu, facia trè volti u so vulumu. S'hè missu i mani annantu à a faccia ed hè cascatu in daretu, contru à a purtiera aparta. L'aghju sciaccu una dicina di calcia in cudda, in i costi, in i canteghji, l'aienti in carrughju briunaiani, mi diciani d'arristà, ma nimu hè intarvinutu. Quand'e' aghju vistu ch'iddu ùn si prutighjia mancu più, aghju arristatu di pichjà, l'aghju lacatu cussì, incuscenti, in sanguu, com'è u ghjàcaru ch'iddu era.
J'ai lu la version originale corse et la traduction française de "51 Pegasi, astru virtuale" il y a déjà quelque temps ; j'ai vu la mise en scène théâtrale de ce roman de Marcu Biancarelli (en langue française, avec un chant corse) deux fois déjà (à Aubagne, à Porti Vechju). J'ai adoré les deux : la version théâtrale n'est qu'un choix - très judicieux - parmi les scènes du roman, joué avec une intensité superbe par Christian Ruspini, et servi par la mise en scène astucieuse et symboliquement forte de Jean-Pierre Lanfranchi ; le roman a une force qui a imprimé en moi plusieurs moments (je vais en citer un en fin de ce billet, quant à vous, quelle page hante votre mémoire ? à moins que vous n'ayez pas du tout aimé ce roman très dérangeant, parlons-en...).
Or, cette pièce a tourné et tourne encore sur le continent : le 20 février à Cannes (voir ici) ; le 26 mars à Ventabren (je ne connais pas les autres dates). Je ne pourrai pas me rendre à Cannes mais je serai, avec tous les compères de l'amicale corse d'Aix-en-Provence à Ventabren (j'espère que l'émotion fera naître quelques discussions...).
DONC, à tous ceux qui le peuvent, je recommande très chaudement d'aller voir cette pièce de théâtre, de faire part de leurs réactions (ici ou sur d'autres sites, blogs et forums), de lire le roman de Biancarelli, etc. etc.
Voici un extrait du roman qui n'a pas été retenu pour la version théâtrale : je me rappelle très bien combien cette scène m'avait fait jubiler (le méchant est puni, certes de façon excessive, mais la disproportion est ici un des ressorts du comique ; un comique affreux et désespéré - car la punition est aussi la préparation de la fin du roman) : une jubilation et un grand malaise, tout à la fois ; en plus dans une rue d'Ajaccio que je connais bien, qui est encore dans mon oeil (que je peux voir n'importe quand, en fermant les yeux, et sentir l'air chaud autour des palmiers, le frôlement des voitures, les chaises des bars sur les trottoirs, les bâtiments et immeubles, la place du Diamant non loin de là, la mer, le golfe fermé à l'ouest par un horizon qui cache Barcelone - évoquée dans "A barca di a Madonna" de Thiers, mais aussi Madrid, évoquée notamment dans "Ecce Leo" de Flavia Accorsi (tiens, cela me fait penser : mais qui donc a lu cet unique roman de Flavia Accorsi, paru aux éditions Centofanti ?), et tous les souvenirs ensemble).
Eccu u strattu (hè a fine di u capitulu "Matteu Piredda", u nome di u issu gattivu omu) :
N'eramu à a fin' di ripastu. Ùn aghju dittu nudda è l'aghju lacatu parlà d'una cosa è di l'altra mentri ch'iddu arrigulaia l'addizioni. Da i donni, ni semu vinuti à evucà certi cosi d'una strema banalità, com'è u me ritornu in paesu dopu meziornu, quantu ci vulia tempu, u statu vargugnosu di a strada, ecc. Prestu, ci semu ritrovi in carrughju, Piredda m'hà toccu a mani, hà spiicatu ch'iddu duvia mova anch'iddu, ùn mi pudia micca accumpagnà sinu à a me vittura, avali era prissatu ma era cuntenti d'avè fattu a me cunniscenza, ci vurria à tena u cuntattu, chjamassi - ùn mi deti ben sigura nisciun adrizzu o nùmaru di teleffonu. Ciao ! Ciao ! ch'iddu m'hà ghjittatu à a faccia nanzi di vultammi i spaddi è d'ingagiassi in una stretta chù cuddaia longu à l'anziana prifittura. Aghju lacatu u cursu anch'eu, è socu andatu versu a via Lantivy, dund'e' aiu lacatu a me vittura. L'imàghjina di Piredda chì accillaraia u passu in a stretta mi fantasimaia. Duvia essa fieru di u so fattu, fieru com'è un paonu di a so vittoria, è certamenti prissatu di cuntalla à ùn chì cumpagnu cussì spaversu chè iddu. Subrattutu, dopu à tamanti sforzi pà purtammi à u risturanti, si lincinziaia senza tanti difficultà, è senza tanti cari di mamma nemenu. Mi lacaia in unu statu vicinu à a diprissioni, sintiu u me cori chì mi pichjaia in pettu, battia chì vulia rumpa, u sanguu mi buddia in l'arichji. Ch'iddu avissi pussidutu à Lisa nanzi à mè, a mi pudiu ingutta, ùn aviu mancu a pratinzioni di truvà a Verghjini Maria, à u cuntrariu, ma ch'iddu a m'imparessi iddu, cussì, u lindumani stessu di a me prima notti incun idda, è ch'iddu ni ritiressi tamantu sìntimu di vittoria, quissa era dura à incascià. Eru statu l'ughjettu di a so vindetta, è sariu dumani l'ughjettu di u so taroccu, sariu un sughjettu spiciali di risa mentri i sirati trà amici intellettuali, u mondu di a cultura ùn mi vidaria mai più chè à traversu à i scherzi di Matteu Piredda, era sigura. Più chè quissa, Lisa saria assuciata à a me disgrazia, Piredda si vantaria è cuntaria com'iddu l'avia inculata, diciaria com'idda l'avia lubrificatu bè nanzi di dirighja a punta 'llu so cazzu versu l'apartura di u so culu, è i moghja ch'idda lintaia mentri ch'idda si facia imburrà, è a testa ch'e' faciu eu mentri ch'iddu mi lacaia suttintenda ch'in fatti ùn eru chè un currutu à ritardamentu, un "currutu tricaticciu", comm'iddu invintaria pò dassi pà spanzassi 'lla risa cù i so fideli. Diciaria com'ì ghjeu eru ripartitu capibassu è vintu, sfattu è dilusu, dopu à u ripastu. Diciaria com'ì a so cunfissioni era vinuta, appruntata è calculata, dopu à un'almanecchera di futtiti, par chjuda u discorsu à u finali. Spiicaria u talentu ch'era statu u soiu, di prisintammi i rivelazioni annantu à Lisa Benedetti com'è un dulciumu dopu à u piattu di risistenza, è ghjeu sariu u scaccu, sariu u baulu di sirivziu.
Mi so fermu ghjustu nanzi di ghjunghja à a me vittura, t'aviu ghjà i chjavi in manu, è mi so dittu nò, hè impussìbuli, ùn la ti lasciu micca cussì, a to vittoria. Socu vultatu annantu à i me passa, prima marchjendu prestu, è po mi so missu à curra com'è un scemu, l'aienti mi fighjulaiani passà è si duviani dì qual'hè 'ssu tontu. Aghju cursu u più prestu pussìbuli, spirendu d'ùn avè micca tardatu troppu. Socu passatu davanti à a vechja prifittura è mi socu ingagiatu in a stretta dund'ì Piredda s'era infrugnatu. Avia ditu ch'iddu circaia a so vittura anch'iddu, forza u richjapparia nanzi ch'iddu sichi partitu. Mi ci vulia à fighjulà i vitturi, ma i vitturi ùn passaiani micca in u sensu bonu, ùn andaghjiani micca versu u cursu ; un sensu difesu ! Sì Piredda s'era imbarcatu era ghjà à longu è ùn risicaiamu micca di scruchjacci. In altu di a stretta, mi so fermu, ùn lu vidiu indocu, aghju fighjulatu bè da partuttu, à dritta è à manca, aghju rimarcatu una vittura firmata à unu stop, era ubligata di lacà u passaghju nantu à a via Lantivy ; infatti m'eru fattu guasgi un chjirchju cumplettu, mi saria bastatu di taddalli a strada. Nanzi ch'iddu dimaressi, mi so rimissu à curra com'è un dannatu, è più m'avvicinaiu da 'ssa vittura è più eru siguru ch'iddu era iddu. Socu ghjuntu à a so altezza à u momentu ch'iddu s'appruntaia à accillarà pà ingagiassi annatu à a via. Aghju briuantu "Matteu ! O Mattè !", eru sfiatatu. Hà frinatu d'un colpu è hà vultatu u capu versu mè, suspresu. Hà fattu par surdiami, ma ùn l'aghju micca lacatu u tempu di riagiscia. Aghju lampatu u me pugnu à traversu à a purtiera, è aghju intesu u scioccu di i canteghji chì schiattaiani, à tempu ch'iddu si mittia à mughjà com'è un scemu. Aghju apartu è l'aghju strascinatu pà i capiddi for'di a vittura. Prima hè cascatu, ma hà circu di ridrizzassi cussì prestu, si vulia pò dassi difenda, o circaia di fughja, ùn la so. Ma quand'iddu era mezu rittu, aghju lampatu a capata, è à a stessa sigonda u so nasu hè imbuffatu, facia trè volti u so vulumu. S'hè missu i mani annantu à a faccia ed hè cascatu in daretu, contru à a purtiera aparta. L'aghju sciaccu una dicina di calcia in cudda, in i costi, in i canteghji, l'aienti in carrughju briunaiani, mi diciani d'arristà, ma nimu hè intarvinutu. Quand'e' aghju vistu ch'iddu ùn si prutighjia mancu più, aghju arristatu di pichjà, l'aghju lacatu cussì, incuscenti, in sanguu, com'è u ghjàcaru ch'iddu era.
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