Il fallait bien que je dise quelques mots : invité à faire partie du jury du Prix du
Livre insulaire 2009, accueilli comme auteur, sollicité comme présentateur, j'ai passé une semaine absolument formidable sur la petite île d'Ouessant, du dimanche 16 au dimanche 23 août 2009.
Petit île en forme de crabe, dont les pinces sud et nord enserrent la baie de Lampaul ; et au milieu de la baie, le "caillou", qui émerge, et qui est submergé les jours de tempête (nous avons passé une semaine de beau temps). Quelques dizaines de lampadaires éclairent le bourg la nuit, mais sur le reste de l'île c'est une nuit sublime qui règne - dôme complet des étoiles - nuit balayée par les lumières des cinq phares d'Ouessant (surtout celles du Stif et du Créac'h (prononcer "créache"). Sublime ballet des huit rayons du Créac'h, lorsqu'on se trouve à son pied, face à la mer et aux étoiles, les rayons tournaient autour de nous plongeant dans l'eau de l'océan, à soixante kilomètres de là...
Commençons par la dernière nouvelle : la 12ème édition du Salon, en 2010 (entre le 18 et le 22 août) mettra l'accent - enfin, pourrait-on dire - sur les "îles bretonnes" et sur l'un de ses auteurs emblématiques, Henri Quéffelec (dont ce sera alors le centenaire de la naissance et que je n'ai jamais lu !).
Il faut ensuite que j'insiste sur un fait : l'association CALI qui organise le Salon (Isabelle Le Bal, Joël Richard, Franck, Joëlle, Jean-Pierre, etc. et j'en oublie) et tous les bénévoles se démènent pour transporter les auteurs, les journalistes, pour que tout se passe bien. Ce Salon semble fait pour que les rencontres soient les plus fructueuses possibles : on peut aborder facilement tous les auteurs, éditeurs, lecteurs, ouessantins ou non soit devant les stands du Salon (dans le gymnase), soit dans les rues ou sur les routes (à vélo), soit à la "cantine des îles" (avec les voisins d'en face, de droite et de gauche), devant la "place à jaser" où se déroulent les cafés littéraires, dans la salle de conférences, devant les expositions, aux différents comptoirs (du Salon, des cafés et pubs, notamment le Ty Korn), au moment des chants ("Les roses d'Ouessant") ou des concerts, de jour comme de nuit...
Je reviendrai dans d'autres billets sur mes rencontres et mes lecteures d'Ouessant.
Je voulais simplement engager tous ceux qui feront un voyage en Bretagne à passer au Salon l'année prochaine : c'est l'île rêvée pour les amoureux de la lecture et des expressions littéraires du monde entier.
Je me souviens d'Alexis Gloaguen, breton vivant à Saint-Pierre et Miquelon (d'ailleurs était-ce à Saint-Pierre ou à Miquelon ?). Il n'était pas derrière son stand, j'ai ouvert un de ses opuscules, "Petit Nord" (Citadel Road Editions, à Vannes, 2006), attiré par le surprenant titre (j'ai tellement en tête, comme bien d'autres, la vague notion du "Grand Nord"...), j'ai acheté l'ouvrage et j'ai commencé à le lire. Description de Terre-Neuve, description (dans le deuxième texte de l'ouvrage, intitulé "Le troisième affût") des oiseaux qui nichent dans les grottes. Il écrit - m'a-t-il dit - sur le lieu même de ses observations, même la nuit. Je voudrais citer un passage (ne me dites pas que ce n'est pas de la littérature corse !... je suis sûr que des échos sont possibles,
mais lesquels ?, ou bien alors ce texte-là pointera-t-il du doigt un manque dans notre littérature, le manque de textes qui regarderaient la nature autrement que comme l'élément d'une identité, personnelle ou collective ? Je fais ici écho à la question que posait Marcu Biancarelli à propos du "hobo" :
voir ici et
ici. Evoquer ce qui manquerait à une littérature c'est encore la construire,
non ?).
Eccu :
Lorsque je me coule dans le troisième affût, j'entre en ma nuit.J'ai derrière moi, ininterrompue, la traversée de la montagne et de la brume, et viens de descendre, prise par prise, la falaise jusqu'en son deuxième tiers. L'abri est là, accroché en cellule de guêpe maçonne. Il suinte de son eau et tremble du vent qui heurte les pentes.Je sors ma longue-vue, transportée sans pied. J'ouvre la lucarne de contreplaqué, en soulève le crochet et la fais tourner sur un gond rouillé pour l'enclencher à l'extrémité d'un clou. Je travaille au-dessus du vide comme une larve de poliste en son nid d'argile.De là, mon regard darde sur le monde, sur le vol des mouettes, des petits pingouins et des goélands argentés aux alentours de leurs nids. Les grands cormorans font leur toilette sous la pluie ou se livrent à leurs jeux d'amour dans l'éternel, se proposant des brindilles lors de conversations d'une interminbale douceur. Je vois, dans une crevasse que voile une cacade, luire leur oeil bleu et vitreux, leurs mentons blancs et les commissures orangées de leurs becs. Les cercles d'une mouette trdicatyle me donnent le tournis dans cette cage et une sorte de vertige au noir, avec l'impression de tomber.(...)
Soudain, c'est un mascaret d'oiseaux hors des falaises, incomparable avec l'effervescence - très localisée - qu'il m'arrive de produire. Les mouettes tridactyles tournoient en éruption et cirent, les goélands survolent de leur nuage, les cormorans filent droit et les petits pingouins impriment une granulation rapide sur la mer.Je vois apparaître un grand rapace, centre de cette clameur. Il est harcelé par deux corbeaux qui le repoussent hors de leur chasse gardée. Il fait écran au sommet de la montagne et sa taille devient plus évidente.C'est un aigle à tête blanche : envergure sombre en porte à deux vantaux, tête et queue pâles, bec jaune à carène longue. Vaincu, il fait une boucle et rebrousse cemin. Aussitôt le tumulte s'apaise. La langage des oiseaux tends vers le silence des esprits, vers un souffle de contemplation.Une respiration sur la mer, comme celle - nocturne - d'un troupeau en prairie : une baleine à bosse tourne interminablement, montre son aileron et arrache sa vaste queue à la surface. Et c'est curieux : en cette soirée, il n'est plus trace de l'homme. Le monde entre en clandestinité.Voir
ici des extraits du premier texte, "Petit Nord", sur le blog des éditions Citadel Road.
Ah, oui, concernant la Corse à Ouessant, je peux signifier notamment que le stand des librairies Ravy et La Procure proposaient entre autres un assortiment d'ouvrages corses (j'ai failli prendre le superbe travail sur les
églises baroques corses par Nicolas Mattei...) mais que tout le monde s'est désolé de l'absence des éditeurs corses ! Nous en reparlerons (puisque ces réflexions sur une meilleure diffusion des productions littéraire et artistiques corses ont été relancées par le Manifeste de Luri initié par Jean-Pierre Santini :
voir ici).