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samedi 20 août 2011

Tous les chemins...

... mènent à Rome.

Et avec Rome, nous ne sommes pas très loin de la littérature corse ! (D'ailleurs nous n'en sommes jamais très loin, comme vous pouvez le vérifier régulièrement sur ce blog.)

Ainsi, vous connaissez le jeu du pendu qui amène à deviner un mot dont on a donné normalement que la première et la dernière lettre. Eh bien, c'est un moyen amusant pour commencer une discussion à propos d'un livre corse.

Et cette fois, cela se passe sur Musanostra (le forum). Grâces soient rendues à Penserosu de lancer ainsi le jeu. Il n'est pas impossible que très prochainement j'utilise moi aussi ce moyen ludique pour libérer la parole. Ou plutôt pour amener les paroles libres à s'exprimer publiquement. Car là est l'enjeu, non ?

Comment transformer les discussions privées (importantes, essentielles mais ne laissant pas de traces) en discussions publiques (assurant une trace au moins un peu plus durable) ?

Dans tous les cas, je trouve absolument passionnant d'apprendre à cette occasion que le roman épistolaire de Paul Milleliri, "Les Oubliées de l'Empire" (éditions Albiana, 2004) revient souvent dans les conversations, qu'il est apprécié, partagé.

Si vous voulez vous mêler à la conversation (même de façon anonyme), ce serait une occasion en or de voir comment un livre "vit" réellement dans nos esprits, ce qu'il y fait, ce qu'il suscite en nous d'idées, d'émotions, d'envies.

(Il faut que je pense à demander aux éditions Albiana quel est le chiffre de vente officiel de ce roman ; ce qui, bien sûr, n'indique pas très précisément combien de personnes l'ont lu, et encore moins ce qu'elles en ont pensé.)

Par ici la discussion !

samedi 18 septembre 2010

Zéro commentaire ! Pas de réponse ! Ah !


Oui, un bref cri du coeur, avant l'attaque d'apoplexie (ancien nom de l'avc) !

Quoi ? Comment ? Pas de réponse à la question posée ? C'est donc la fin, tout cela n'était qu'un feu de paille, vains efforts, masques et grimaces, champ de ruines, tout oublié, haines et passions, couic et coups de balai, déluge universel, universel déluge...

Alors voici la réponse :

l'auteur des lignes citées dans le billet "Un lecteur (Cirneo, Costa, Tommaseo...)" (daté du mecredi 4 août 2010) est...

Eugène Gherardi !

Qui l'avait reconnu ? Qui s'était précipité sur son exemplaire du septième numéro de la revue "Fora !" (qui n'est pas morte, non, non, et qui prépare une métamorphose) ? Et qui n'a pas osé répondre ici ?

Criminelle et soudaine timidité ! Car c'est pousser la littérature corse dans la tombe quand on se refuse ainsi à répondre à mes appels ! Et que celui qui trouve une once de prétention ridicule dans la phrase précédente soit à tout jamais maudit ! (Mon dieu, je n'ai vraiment pas le talent des "ghjasteme" et des injures, voir par exemple dans l'ouvrage de Paul Milleliri, auteur décidément heureusement prolifique et aux talents multiples, ou bien les échanges qui ont pu surgir sur la Gazetta di Mirvella...).

Et puis, afin de ne pas mourir trop vite, ainsi que la chanteuse d'opéra bissant son plus bel air avant de pousser son dernier souffle, je pose cette question :

Ne serait-il pas passionnant qu'Eugène Gherardi nous offre une traduction française renouvelée des oeuvres qu'il lit si passionnément ? A savoir :
- Canti popolari toscani, corsi, illirici, greci de Niccolò Tommaseo
- De rebus corsicis de Pietro Cirneo

(A propos de la photo :

Straat vegen tijdens noodweer / Sweeping the street in heavy weather)

dimanche 25 juillet 2010

Divers échos d'été (Constant Sbraggia et Paul Milleliri)

Un jeu de mots pour commencer, aussi raffiné que celui caché dans le titre de ce billet, cela ne mange pas de pain. Comme on dit.

Je lis ceci dans La Corse Votre Hebdo n ° 571 (semaine du 23 au 29 juillet 2010) :

" - Votre état d'esprit à propos de la créativité insulaire ?
- Assez optimiste s'il s'agit des artistes contemporains, qu'ils oeuvrent dans le cinéma ou la peinture (je pense, par exemple, à Agnès Accorsi). Plus réservé si on parle littérature : on manque cruellement d'audace, on est trop dans le récit."


C'est Constant Sbraggia, journaliste et écrivain (déjà évoqué sur ce blog, pour son "Dictionnaire égoïste d'Ajaccio"), rédacteur en chef à Corsica et animateur de deux émissions sur Corsicaradio, qui répond ainsi à la question de Jacques Renucci (journaliste et écrivain lui-même).

Voici ma curiosité mise en éveil. J'aimerais savoir quels sont les livres qui se cachent derrière ces "on", avoir des précisions concernant ce qui est présenté comme un défaut (à savoir "être trop dans le récit"). Mais l'entretien journalistique ne permet pas à l'invité de développer ses idées ; la règle du jeu est la réponse brève. Peut-être sur ce blog, ou ailleurs ?

Concernant le point de vue de Constant Sbraggia sur la littérature, il me semble au contraire que nous avons à faire à une grande variété de formes littéraires, et je n'ai pas tout lu, loin de là. Je pense par exemple au récit plein de fantaisie, impudique et plein de vie, intitulé "L'âne et le Bon Dieu". Je pense aussi aux récits fondés sur des fantasmes que sont "A funtana d'Altea" et "A Barca di a Madonna". Je pense à la poésie (de langue corse ou de langue française). Et vous, à quoi pensez-vous ? Y a-t-il des ouvrages littéraires corses qui vous ont paru audacieux ?

Pour conclure ce billet, je veux citer deux passages du roman épistolaire (est-ce audacieux de réutiliser ce vieux genre littéraire-là ?) "Les Oubliées de l'Empire" de Paul Milleliri. Ce fut son premier roman, paru en 2003 chez Albiana.

Je l'ai lu avec enthousiasme.
Mes impressions :

- l'échange de lettres permet des jouer sur des ellipses, des suprises, des attentes et évite l'ennui (je ne sais pas pourquoi, j'ai l'impression qu'un roman "historique" est nécessairement un peu ennuyeux...) ;

- 350 pages qui se lisent au galop, à la poursuite de Barthélémy Francesconi, un personnage maléfique et complexe, monstrueux physiquement et moralement - le lecteur aimerait (malgré son âme pacifique) aider le jeune Xavier Culioli à assouvir une vengeance plus que compréhensible, mais... (et là je ne dis rien d'un des intérêts majeurs du livre, lisez-le d'abord) ;

- par le regard - partiel, subjectif, contradictoire - des personnages, nous assistons à toute "l'épopée" de Napoléon Bonaparte, depuis ses débuts timides dans le corps expéditionnaire à la Maddalena (1794) jusqu'à la retraite de Russie (1812) et j'ai trouvé que c'était une manière belle et forte de rendre à la vie (qui se fait au jour le jour, dans le brouillard et l'espoir) des événements depuis longtemps figés dans les manuels ;

- c'est aussi toute l'évolution de la médecine et de la chirurgie qui défile devant nous et accorde ainsi au corps une place essentielle dans le roman, un corps souvent meurtri, amputé (voir la toute première scène du roman, horrible et superbe) ;

- roman d'amours enfin, amour filial, maternel, spirituel, ou amour frustré trouvant sa seule réalisation dans les phrases adressées à l'autre (voir l'affection absolue et tragique de Roch Pugliesi (personnage paraplégique) et de Marie-Laure di Grazia...

Et puis je l'ai aussi lu comme la mise en scène d'une période capitale pour la Corse, période qui voit se mette en place le parcours mythique de l'ajaccien Bonaparte, nouant par son être et sa geste l'île à la France, dans des circonstances extrêmement complexes et dramatiques (voir la période Morand qui est évoquée à plusieurs reprises dans le roman).

Vous avez peut-être d'autres impressions ? (Je dis cela parce que je connais quelqu'un qui est en train de lire "Pépé l'Anguille" de Dalzeto dans la traduction de Durazzo chez Fédérop et qui après le chapitre 4 est assez déçu, trouvant l'histoire sans suprise et assez convenue, alors que le début l'avait fait rire en dévoilant les turpitudes des personnages plongés dans la misère, alors...)

Voici le premier extrait des "Oubliées de l'Empire" :

Lettre de Marie-Laure di Grazia à Roch Pugliesi

Paris, 17 frimaire An XIII

Très cher Rocco,

J'avais caressé le projet de vous narrer par le menu les cérémonies du Sacre de notre Empereur. Hélas, force m'a été donnée de constater à l'usage que j'étais dans l'incapacité de mener à bien une telle entreprise. La raison de mon échec est fort simple. Elle tient toute dans le fait que j'avais omis de considérer que ma position, à la fois de spectatrice et de modeste actrice, loin de m'être un avantage pour me permettre de jouer un rôle de témoin privilégié m'avait en fait bridée et placée sous oeillères. Si j'étais demeurée à mon balcon sur le passage du cortège, outre le fait d'être au chaud, considération non négligeable car le ciel était à la neige, j'aurais pu décrire tous les détails notés à la vue de ce spectacle grandiose. Mais, placée au sein même du cortège, à distance respectable de la cavalcade de tête et du carrosse des Altesses impériales, je ne pourrais vous parler que de la berline décorée qui précédait la nôtre et de l'enthousiasme d'une foule immense massée tout au long du parcours. On estime qu'entre Parisiens, Français des provinces et étrangers, il y avait cinq cent mille spectateurs. En Notre-Dame, sur le passage de notre Impératrice, j'ai pu noter la richesse de son manteau de velours pourpre et d'hermine, semé d'abeilles d'or. Long de huit aunes et très pesant, il était soutenu d'une mauvaise grâce peu dissimulée - tant pis si je vous apparais bon bec - par les Princesses impériales, si bien que l'Impératrice s'en trouva un instant déséquilibrée avant que la dame d'honneur et la dame d'atour e s'en viennent la débarrasser de ce brillant fardeau. On dit qu'au moment où l'Empereur a placé la couronne sur la tête de son épouse, celle-ci a versé un pleur. Détail que je ne puis confirmer car je me trouvais en un endroit de la nef d'où il m'était difficile de distinguer les impériales larmes. Joséphine portait une robe de satin blanc brodée d'abeilles d'or et de pierreries, évasée aux épaules avec cherrusque. Mais savez-vous ce qu'est cet affiquet ? Le décolletage en carré découvrait sa poitrine. Au reste toutes les jeunes femmes et même quelques moins jeunes avaient la gorge nue de façon on ne peut plus immodeste sauf à offenser la vertu.
Le vivat Imperator in aeternum a été prononcé par le pape et repris par l'assistance. Le Te Deum, l'orémus, la messe, l'Evangile me sont apparus d'une interminable longueur. J'en demande pardon à Notre Dame. Tout en confessant ma faute je l'implore de bien vouloir prendre en considération que mes pieds enserrés dans des escarpins trop étroits me faisaient horriblement souffrir. Elle est mère de Notre Seigneur Jésus mais elle est femme aussi. Je garde donc le ferme espoir qu'elle saura me comprendre et plaider ma cause pour me permettre d'obtenir l'indulgence divine. Mettant à profit la présence de Sa Sainteté le pape je lui ai adressé une prière aussi muette que fervente. Je veux croire que nonbstant le cérémonial et l'étiquette elle aura été entendue et qu'un jour que j'espère prochain nous serons réunis.
Le premier des cent coups de canons qui marquaient la fin de la cérémonie a été pour moi un soulagement. Le retour vers la rue de la Loi a duré une éternité. Nous ne sommes rentrés qu'à la nuit tombée à la lueur des torches, moulus de fatigues et d'émotions et, pour ma part, transie de froid. Le soir j'ai renoncé à toutes les festivités offertes au peuple de Paris car à mes yeux rien n'égalait les délices de la tiédeur de mon lit.
Le lendemain, bien décidée à m'installer dans mon douillet farniente je ne me suis pas rendue à la grande fête donnée aux Champs-de-Mars pour la distribution ds Aigles. Bien m'en a pris. La cérémonie s'est déroulée sous la pluie et la neige. De ce qui m'a été conté il paraît que ce fut pitié de voir l'Armée défiler dans un champ de labour envahi par la boue. Tant d'uniformes mais aussi de toilettes s'en trouvèrent ainsi gâtés par la tempête qui provoqua la déroute parmi les spectateurs. L'Impératrice et sa fille Hortense, elles-mêmes, désertèrent les lieux. On dit que l'Empereur en éprouva du courroux. Seule Caroline Murat puisant sans doute quelques chaleurs dans la fougue de son caractère serait demeurée sous la neige, épaules et gorge nues, jusqu'à la fin du défilé. Rien que d'évoquer la scène j'en frissonne de froid ou de fièvre. Je ne sais ; car la toux m'est revenue, M. Portal me doit visiter ce jour. Saura-t-il faire la part entre la fièvre qui me brûle et l'amour qui me consume ? En vérité je ne m'en soucie guère du moment que vous, vous le savez.

Votre Laure

Et ce deuxième extrait, enfin (et en écrivant le premier, je comprends pourquoi j'ai choisi le second et le pourquoi du titre de ce billet - vive l'Inconscient...) :

Extraits de feuillets, peu lisibles, du journal de Xavier Culoli, en Russie

- 19 octobre 1812. Nous avons quitté Moscou ce jour. Partagés entre la joie de retourner chez nous et la peur d'affronter à nouveau ce vaste territoire. La semaine passée nous avons connu la première neige. (...)
- 18 novembre. Jour de festin, j'ai eu droit à une soupe d'herbes assaisonnée à la poudre de fusil.
Ca ne vaut pas une potée au lard. C'est égal, j'aurais bien repris une autre bolée si elle m'avait été offerte. Notre quotidien est fait de glaçons rouges. Nous les coupons à la hache. C'est du sang de cheval ou autre, mêlé à la neige...

Je suis sûr qu'un tel livre pourrait être publié dans une collection de poche et des enseignants de français pourraient le faire acheter à leurs élèves, avec grand profit, non ?

lundi 1 février 2010

Ça marche !

Je viens de lire - vraiment lire et non parcourir d'un regard myope - la page internet consacrée sur le site d'Albiana au roman historique "Les oubliées de l'Empire" de Paul Milleliri. Eh bien, ça a marché : j'ai envie d'acheter ce livre et de le lire !

C'est l'occasion d'évoquer le mystère de la décision ; à quel moment bascule-t-on du "non" au "oui", en passant par toutes les étapes dont le "oui peut-être". Comment naît le désir ?

Dans le cas particulier qui m'occupe (le mien, ici et maintenant), il y avait un terrain a priori largement favorable, bien sûr. Tout ouvrage corse est pour moi désirable par principe. Mais, tout de même, il y en a un très grand nombre qui ne me font pas courir dans la librairie pour me jeter dessus ou prendre ma carte bleue pour l'acheter sur Internet. Et cela a longtemps été le cas des "Oubliées de l'Empire". Je dois l'avouer (je sens que cet aveu va susciter des réactions), je ne suis pas attiré par ce qu'on appelle (certainement de façon indue et stérile) le "roman historique". Donc, je vois la couverture du livre chez La Marge à Ajaccio ou chez Album (l'ancienne SOBADI, est-ce que tout le monde appelle encore comme cela cette librairie bastiaise ? Sachant que maintenant je me rends aussi à la très agréable Librairie des Deux Mondes), et je ne le feuillette quasiment pas, ce pauvre livre qui pourtant doit receler sa part de trésor, comme n'importe quel livre !

Alors, pourquoi la décision aujourd'hui ?

Aujourd'hui j'ai lu l'extrait que les éditions Albiana ont eu la très bonne idée de "mettre en valeur" grâce à leur rubrique "2010, année de la littérature corse". Intitulé de rubrique qui me met déjà dans de très bonnes dispositions... mais ce n'est pas suffisant. Je clique sur le titre du livre et je lis l'extrait : et que vois-je ? Deux lettres qui se répondent, un dialogue intégré dans une troisième, un roman épistolaire donc ; mais des morceaux qui ne "collent" pas vraiment, un personnage qui déclare aimer la guerre, un ancien berger qui ne s'en laisse pas compter mais surtout (figure propre à répondre à mes désirs) un ancien soldat devenu paraplégique et réclamant à son ancien ami, source de son malheur, de lui "décrire sa vie"... au nom de l'honneur. Une figure de lecteur, commandant de chez lui, où il se trouve malheureusement cloué (à Ajaccio), la "littérature" qui doit lui donner un accès, certes restreint, à la vie. Voilà : à la lecture de ces extraits, c'est le sentiment qui m'a surpris : la sentiment de la vie, celle qui avance dans l'incertain et non dans les lignes déjà tracées de l'Histoire. Oh, d'autres éléments du texte m'ont moins plu : certains effets attendus (dans la fausse dispute entre le berger et le sergent instructeur, par exemple). Mais bon, tout cela est sans conséquence sur la décision : je vais acheter et lire ce livre.

Je me souviens maintenant que l'auteur, que je ne connais pas, avait écrit un polar qui m'avait beaucoup plu - "Pace è salute" - et dont je ne me souviens quasiment pas (mais comment est-ce possible ?). Honte à moi, mais honte fructueuse puisqu'elle me conduira à remettre la main sur la chose pour en faire de nouveau mon aliment !

Peut-être avez-vous déjà lu ces deux romans de Paul Milleliri, avec d'autres sentiments ? Parlons-en, racontez votre rencontre et votre décision... (Je vous recommande aussi son interview sur le site d'Albiana, la frénésie d'écriture et l'humour de l'auteur sont roboratifs !)

Alors pour lire l'ensemble, voir ici :
- l'extrait du roman "Les oubliées de l'Empire"
- la page auteur de Paul Milleliri
- l'interview de Paul Milleliri