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mercredi 1 juin 2011

Lettera/Guerra/Festa...


Oghje si parla à spessu di guerra, o si scrive... Pensu à issu testu magnificu, "Guerra civili" di Marcu Biancarelli (in "Vae Victis", edizione Materia Scritta), o à issa misteriosa lettera chì (ci) dice u so desideriu di "guerra"... (videte quì u bigliettu scrittu nant'à u blog di A Piazzetta).

Ma si po ancu parlà è scrive di festa, a festa di a vita (è micca sola quella di e serate di statina).


Oghje ci manda MP SImonetti a versione francese di una famosa lettera, quella ch'à scritta (in talianu, sicuru) Pasquale Paoli à u so babbu. Era in 1754, mi pare. A ringraziu quì.


Bona lettura... mandate puru i vostri cumenti, e vostre rimarche...


Voici la lettre de Pasquale Paoli à son père, dont nous avions déjà discuté... Une petite idée (une idée d'enseignante, certainement...) : pourquoi ne pas s'amuser à écrire non pas la réponse de Giacinto Paoli mais la lettre qui la précède ? Voilà un petit exercice de style qui pourrait amuser nos blogueurs... Par ailleurs, j'en ai deux autres qui sont tout aussi passionnantes...

MP Simonetti.

D'après la lettre que je reçois de vous par ce courrier, je m'aperçois que vous êtes tout empli de terreurs paniques. Comme nous sommes dans des dispositions contraires ! Je regarde mon passage (en Corse) comme l'invitation à une fête, et vous le regardez comme un pas vers la mort et vers le malheur. Je vous ai écrit, dans mes lettres précédentes, que je prendrais des précautions telles qu'il en découlera avec certitude que vos rêves sont clairement enfantés par l'imagination alarmée d'un père, qui loin du danger, le considère imminent et proche, quand il ne devrait pas avoir même sujet de le craindre. Quelle différence faites-vous, que je sois ici (ile d'Elbe) ou à la maison? La distance est la même et, avec la même facilité, on peut aller et venir.
A la maison, je puis faire le bien aux autres et à moi même ; ici, je ne fais autre chose que le paresseux. Me parleriez-vous de songes et de craintes si je devais marcher avec mon régiment à l'ennemi ? Non certainement ; et pourtant, il y aurait un danger plus évident, moins de dignité, moins de gloire et moins de profit.

Elevez votre âme et reprenez l'ancienne fierté qui vous a fait plus d'honneur que la vie de langueur que vous menez aujourd'hui. Quel plaisir ressentiriez-vous dans les derniers jours de votre vie, en me voyant au chevet de votre lit, si vous ne pouviez imaginer quoi que ce soit qui vous fît honneur ? N'éprouveriez-vous pas un remords, en considérant la gloire que s'est acquise mon frère, et en pensant que j'aurais pu en acquérir une identique moi même, si je n'étais pas resté comme un poltron sur votre conseil ? Oh ! Ecartez ces mouvements que la nature fait naître en vous, et écoutez plutôt la voix de la raison.

Si on m'accordait un régiment en Espagne, vous me conseillerez immédiatement de partir sur-le-champ ; et pourtant à la tête d'un régiment, que pourrais-je faire qui pût me faire survivre à la tombe ?

Pour des avancements qui m'offriraient l'occasion de vivre dans les plaisirs et le luxe, vous consentiriez que je m'éloigne de vous, et pour secourir notre patrie, pour gagner de l'honneur, et me placer dans une situation où l'on peut se signaler par la vertu, le courage, la constance et la tempérance, vous me défendriez, au nom de l'autorité paternelle de partir. Je ne vous connais plus. L'air de Naples est trop pestilentiel, son poison est trop subtil, puisqu'il parvient à efféminer les caractères les mieux trempés. Dites-moi avec de pareilles dispositions, auriez-vous jamais pu prendre ces résolutions hardies que vous avez prises tant de fois en Corse ? Avec de pareilles craintes, auriez-vous fait obstacle, même du fond des prisons, aux cabales qui se créaient contre la patrie ; auriez-vous désarmé le parti ennemi à la Mazza, à Sant'Antonio, à Venzolasca, à Corte, en Balagne ? Non, certainement pas. Et comment pouvez-vous m'insinuer à moi ces craintes, en les accompagnant du conseil et de l'ordre d'un père ? Ressouvenez-vous de vous même et songez que le jour où vous avez quitté la Corse a été le dernier jour de votre gloire. La Providence l'a peut-être permis pour laisser la place à celle de Clemente qui, à force de rares vertus a vaincu tant d'obstacle.
Giacinto Paoli, avant de devenir Colonel, était maître des colonels ; et depuis qu'il est devenu colonel, il n'a pu faire de son fils un lieutenant. Allons, changez de pensée et souvenez-vous que je ne suis plus un enfant, que je suis en âge de penser à ce que je fais et que je ne vais pas en Corse pour chasser, pour me divertir. En partant je fais une croix sur tous les divertissements, mais j'espère aller dans un lieu où je pourrais donner la mesure de mes talents , et faire connaître si je suis capable de vertu.
Après avoir lu vos lettres édifiantes, lisez et faites-vous lire les histoires romaines; et contemplez à nouveau ces modèles auxquels vous cherchiez autrefois à vous conformez. Après cette lecture, vous me donnerez, j'en suis sûr, des conseils plus hardis. Et si vous ne voulez pas vous donner du courage en lisant l'histoire romaine, lisez celle des Macchabées, et n'oubliez pas le passage que vous aviez mis à la fin de votre manifeste :
Melius est mori, quam videre mala gentis nostrae.
Don Cesare a pacifié les grandes inimitiés qui divisaient le Delà des Monts. Si j'étais parti avec lui, l'honneur de cette opération m'aurait appartenu, sinon en entier, du moins en partie. Pardonnez-moi si, avec ma peine, je vous écris avec un peu trop d'humeur. Je vous joins une lettre de Clemente, qui m'est arrivée hier par Livourne. Ce matin, je lui envoie Savelli, et je lui joins votre lettre.

Monsieur, cessez de douter parce que si j'étais présent, je vous ferais connaître que je n'agis pas comme un enfant. Cela suffit. Si je me rends en Corse, vous auriez un si grand plaisir que cela vous fera vivre dix ans de plus.

Ne vous démunissez pas de votre argent parce que, dès que Savelli sera de retour, j'espère avoir une quarantaine de sequins, et ils me suffisent pour ce que j'ai à faire. Cessez de vous affliger, parce que je pense à tout.

Bénissez-moi.


Cette lettre se trouve notamment dans la monumentale édition en cours de la correspondance de Pasquale Paoli, par Antoine-Marie Graziani et Carlo Bitossi : voir ici.

(l'image)

vendredi 13 mai 2011

Résurgences : I RAGGUAGLI... (bis)


Que s'est-il passé ?

Blogger débloque un peu ?... Un billet a disparu ; tant pis (une cyber attaque ?...) ; je le remplace par celui-ci, qui ne cherchera pas à l'imiter en tous points.


Je voulais simplement signaler qu'un lecteur a gentiment envoyé quelques menus propos sur une de ses lectures en cours : il s'agit des RAGGUAGLI DELL'ISOLA DI CORSICA (la gazette officiel du jeune état corse indépendant sous le généralat de Pascal Paoli, au XVIIIème siècle).


Alors je replace ce commentaire dans son contexte en reprenant les mots que j'écrivais (dans un billet de juin 2010, "En vrac, tel un fantôme...") à propos de cet ouvrage, publié chez Alain Piazzola, par Antoine-Marie Graziani. Et je vous laisse à votre lecture et à vos éventuels échos... :


1. À Avignon, Monsieur Piazzola était là et proposait des livres corses à la vente : ce samedi 5 juin, j'ai acquis...

- "Ragguagli dell'Isola di Corsica (1760-1768)" (chez Piazzola ; édition critique de la Gazette de la Corse indépendante de Paoli, avec traduction en français, puisque c'est écrit en italien ; l'édition est établie par Antoine-Marie Graziani et Carlo Bitossi, ceux qui sont en train de publier la correspondance du Grand Homme Corse)... Mais quand est-ce que je vais avoir le temps de lire ces 700 pages ? (Et d'ailleurs, qui lira jamais ces 700 pages in extenso ? Qu'il se manifeste et qu'il raconte son périple !) Folie, folie, folie ! Il le faudrait pourtant, car j'ai envie de savoir si, au milieu des propos politiques, militaires, sociaux, l'abbé Rostini a pu glisser quelques "fables, formes, figures" propres à réveiller notre imaginaire contemporain !
Mais au coeur de la folie, tout de même, une notation qui me soulève d'aise - mi cantanu l'anghjuli, toujours adoré cette expression, rencontrée chez Coti (qui est aussi un écrivain de la Joie Profonde, non ?) -, oui, une notation qui me transporte chez les anges :

"Sur 64 numéros parvenus jusqu'à nous, vingt-sept ne sont connus que par un seul exemplaire et vingt-trois par deux exemplaires, le numéro le plus connu a été répertorié six fois. Plusieurs facteurs ont concouru à la disparition des "Ragguagli". Les tirages furent relativement limités. En se basant sur la livraison du papier réclamé pour la publication de janvier 1764, François Flori a évalué le tirage à 250 exemplaires ; notre calcul atteindrait un tirage limité de 316 exemplaires.
Plus ou moins rapidement, selon les conditions de conservation, l'encre acide a altéré et pénétré le papier de médiocre qualité. Nous avons travaillé sur des pages très complexes à décrypter où le texte d'un recto ressortait au verso, l'encre ayant traversé l'épaisseur du papier."

SUBLIME ! Lire le recto et le verso en même temps ! Et le décryptage des historiens qui est peut-être totalement erronné ! Et pourquoi pas ? Ce livre est donc la "lecture" des Ragguagli - ancien discours de propagande, donc déjà sujet à caution, devenu illisible et rarissime - par Graziani et Bitossi au XXIème siècle. SUBLIME ! Mais cette littérature est vraiment faite pour moi ! Comment pourrais-je m'arrêter de nourrir ce blog ?

ET VOICI LE COMMENTAIRE DU LECTEUR ANONYME :

Pour vous parler des Ragguagli... Je suis entrain de lire in extenso... je n'en reviens pas d'ailleurs de la facilité avec laquelle je les lis. Il en est de même de la correspondance de Paoli... Folie que tout cela ! Folie... certes... mais douce ! Le but étant de démêler propagande et réalité (réalité... quelle réalité 250 ans plus tard pouvons nous dégager ?), de déterminer ce qui est de la main de L'Abbé Rostini et de la main de Paoli... de lire au détour d'une dépêche la mort accidentelle d'un ami du Général et la peine ressentie par celui-ci (par exemple la mort de Titto Buttafoco...) Enfin, ces lectures sont passionnantes. Nous passons d'un sujet à l’autre, nous effleurons l'histoire et il est donné à chacun de nous de toucher du doigt la matière brute (du moins la plus "brute" possible... compte tenu des interprétations dues aux manques et à la traduction)

(l'image)

jeudi 12 mai 2011

Résurgences : I RAGGUAGLI...


Merci donc beaucoup à Anonyme 15:10 d'avoir posté un commentaire aujourd'hui (12 mai 2011) à un billet du 16 juin 2010, intitulé "En vrac, tel un fantôme...". Car ainsi les échos de lecture se poursuivent, se croisent, forment doucement une sorte de dialogue. De quoi s'agit-il ? D'un ouvrage historique dans tous les sens du terme (les trois) : I RAGGUAGLI DELL'ISOLA DI CORSICA (voir ici pour commander l'ouvrage sur le site de Decitre). Je replace ici mon premier écho (de juin 2010) :

1. À Avignon, Monsieur Piazzola était là et proposait des livres corses à la vente : ce samedi 5 juin, j'ai acquis...

- "Ragguagli dell'Isola di Corsica (1760-1768)" (chez Piazzola ; édition critique de la Gazette de la Corse indépendante de Paoli, avec traduction en français, puisque c'est écrit en italien ; l'édition est établie par Antoine-Marie Graziani et Carlo Bitossi, ceux qui sont en train de publier la correspondance du Grand Homme Corse)... Mais quand est-ce que je vais avoir le temps de lire ces 700 pages ? (Et d'ailleurs, qui lira jamais ces 700 pages in extenso ? Qu'il se manifeste et qu'il raconte son périple !) Folie, folie, folie ! Il le faudrait pourtant, car j'ai envie de savoir si, au milieu des propos politiques, militaires, sociaux, l'abbé Rostini a pu glisser quelques "fables, formes, figures" propres à réveiller notre imaginaire contemporain !
Mais au coeur de la folie, tout de même, une notation qui me soulève d'aise - mi cantanu l'anghjuli, toujours adoré cette expression, rencontrée chez Coti (qui est aussi un écrivain de la Joie Profonde, non ?) -, oui, une notation qui me transporte chez les anges :

"Sur 64 numéros parvenus jusqu'à nous, vingt-sept ne sont connus que par un seul et vingt-trois par deux exemplaires, le numéro le plus connu a été répertorié six fois. Plusieurs facteurs ont concouru à la disparition des "Ragguagli". Les tirages furent relativement limités. En se basant sur la livraison du papier réclamé pour la publication de janvier 1764, François Flori a évalué le tirage à 250 exemplaires ; notre calcul atteindrait un tirage limité de 316 exemplaires.
Plus ou moins rapidement, selon les conditions de conservation, l'encre acide a altéré et pénétré le papier de médiocre qualité. Nous avons travaillé sur des pages très complexes à décrypter où le texte d'un recto ressortait au verso, l'encre ayant traversé l'épaisseur du papier."

SUBLIME ! Lire le recto et le verso en même temps ! Et le décryptage des historiens qui est peut-être totalement erroné ! Et pourquoi pas ? Ce livre est donc la "lecture" des Ragguagli - ancien discours de propagande, donc déjà sujet à caution, devenu illisible et rarissime - par Graziani et Bitossi au XXIème siècle. SUBLIME ! Mais cette littérature est vraiment faite pour moi ! Comment pourrais-je m'arrêter de nourrir ce blog ?

Et maintenant le commentaire d'Anonyme 15:10 :

Pour vous parler des Ragguagli... Je suis entrain de lire in extenso...je n'en reviens pas d'ailleurs de la facilité avec lesquelles je les lis. Il en est de même de la correspondance de Paoli... Folie que tout cela! Folie...certes..mais douce! Le but étant de démêler propagande et réalité (réalité...quelle réalité 250 ans plus tard pouvons nous dégager?) de déterminer ce qui est de la main de L'Abbé Rostini et de la main de Paoli...de lire au détour d'une dépêche la mort accidentelle d'un ami du Général et la peine ressentie par celui ci (par exemple la mort de Titto Buttafoco..) Enfin, ces lectures sont passionnantes. Nous passons d'un sujet à l’autre, nous effleurons l'histoire et il est donné à chacunde nous de toucher du doigt la matière brute (du moins la plus "brute" possible...compte tenu des interprétations dues aux manques et à la traduction).

(l'image)

mercredi 16 juin 2010

En vrac, tel un fantôme...

La littérature corse (n')existe (pas), la preuve :
- elle brûle (voir ici)
- elle est encore à venir
- elle est un fantôme (un fandoniu, cumu si dice ind'è u u Cavaglieri di Mirvella ; ou encore un "fantôme incertain", comme dit Pierre Bayard)

Alors, en vrac, dans ce maëlstrom illusoire qu'est la littérature corse, je pioche aujourd'hui ceci :

1. À Avignon, Monsieur Piazzola était là et proposait des livres corses à la vente : ce samedi 5 juin, j'ai acquis...

- "Ragguagli dell'Isola di Corsica (1760-1768)" (chez Piazzola ; édition critique de la Gazette de la Corse indépendante de Paoli, avec traduction en français, puisque c'est écrit en italien ; l'édition est établie par Antoine-Marie Graziani et Carlo Bitossi, ceux qui sont en train de publier la correspondance du Grand Homme Corse)... Mais quand est-ce que je vais avoir le temps de lire ces 700 pages ? (Et d'ailleurs, qui lira jamais ces 700 pages in extenso ? Qu'il se manifeste et qu'il raconte son périple !) Folie, folie, folie ! Il le faudrait pourtant, car j'ai envie de savoir si, au milieu des propos politiques, militaires, sociaux, l'abbé Rostini a pu glisser quelques "fables, formes, figures" propres à réveiller notre imaginaire contemporain !
Mais au coeur de la folie, tout de même, une notation qui me soulève d'aise - mi cantanu l'anghjuli, toujours adoré cette expression, rencontrée chez Coti (qui est aussi un écrivain de la Joie Profonde, non ?) -, oui, une notation qui me transporte chez les anges :

"Sur 64 numéros parvenus jusqu'à nous, vingt-sept ne sont connus que par un seul et vingt-trois par deux exemplaires, le numéro le plus connu a été répertorié six fois. Plusieurs facteurs ont concouru à la disparition des "Ragguagli". Les tirages furent relativement limités. En se basant sur la livraison du papier réclamé pour la publication de janvier 1764, François Flori a évalué le tirage à 250 exemplaires ; notre calcul atteindrait un tirage limité de 316 exemplaires.
Plus ou moins rapidement, selon les conditions de conservation, l'encre acide a altéré et pénétré le papier de médiocre qualité. Nous avons travaillé sur des pages très complexes à décrypter où le texte d'un recto ressortait au verso, l'encre ayant traversé l'épaisseur du papier."

SUBLIME ! Lire le recto et le verso en même temps ! Et le décryptage des historiens qui est peut-être totalement erronné ! Et pourquoi pas ? Ce livre est donc la "lecture" des Ragguagli - ancien discours de propagande, donc déjà sujet à caution, devenu illisible et rarissime - par Graziani et Bitossi au XXIème siècle. SUBLIME ! Mais cette littérature est vraiment faite pour moi ! Comment pourrais-je m'arrêter de nourrir ce blog ?

- autre ouvrage acquis à Avignon : les "Chroniques littéraires - La Corse à la croisée des XIXème et XXème siècles" (toujours chez Piazzola). Il s'agit de la réédition en recueil de 69 articles précédemment publiés entre 1975 et 2010 dans les magazines "Kyrn" et "Corsica". (Qui n'a pas chez soi quelques dizaines de "Kyrn" ?) Bon, évidemment, voilà l'ouvrage qu'il fallait pour s'éviter de remuer de la poussière et d'avoir à feuilleter des centaines de pages pour dénicher l'article de Marie-Jean Vinciguerra - car c'est lui l'auteur - qui proposait à chaque fois un point de vue original sur un auteur, un artiste, un livre concernant la Corse. C'est foisonnant, érudit, tendre ; les jugements sont acérés ; l'obsession est celle d'aller derrière les apparences pour mettre au jour les mythes et croyances qui fondent l'imaginaire corse (les Héros, par l'épée ou l'esprit ; la Femme ; le Pouvoir clanique ; la Vengeance ; l'Exil, etc.). L'ensemble constitue donc une anthologie nourrie de livres tout autant que de vies d'auteurs extrêmement divers (Rinatu Coti, Gian Paolo Borghetti, Agatha Christie, Apollinaire, Joseph Chiari (voir ici), etc...).
Evidemment, je relis avec joie l'article consacrée à l'amitié qui a uni Guillaume Apollinaire et Ange-Toussaint Luca (qui est de mon village ! Campile !). Ce dernier a écrit un livre de souvenirs à ce propos (il faut que je le trouve sur Internet et l'achète : voir ici ; histoire de...). Même si je trouve que le poème mentionné par Marie-Jean Vinciguerra, ne jouera pas un rôle immense pour nous aujourd'hui...

Enfin, c'est tout de même émouvant de savoir d'où viennent les châtaignes évoquées par Apollinaire dans "Rhénane d'automne" :

Des enfants morts parlent parfois avec leur mère
Et des mortes parfois voudraient bien revenir

Oh ! je ne veux pas que tu sortes
L'automne est plein de mains coupées
Non non ce sont des feuilles mortes
Ce sont les mains des chères mortes
Ce sont tes mains coupées

Nous avons tant pleuré aujourd'hui
Avec ces morts leurs enfants et les vieilles femmes
Sous le ciel sans soleil
Au cimetière plein de flammes

Puis dans le vent nous nous en retournâmes

À nos pieds roulaient des châtaignes
Dont les bogues étaient
Comme le cœur blessé de la madone
Dont on doute si elle eut la peau
Couleur des châtaignes d'automne

2. Je vois que l'association Musa Nostra a décidé de lancer l'idée de la construction d'une "Fontaine des Ecrivains", sur la place du marché à Bastia. Personnellement, je trouve que tout ce qui permet de parler des écrivains et livres corses est une bonne chose ! Et puis marquer le lieu au moyen d'un monument est une façon d'inscrire de façon solennelle la littérature corse dans le quotidien. Et puis une telle fontaine rappellera le superbe roman de Ghjacumu Thiers (vous n'êtes pas d'accord ?) qu'est "A Funtana d'Altea" (Albiana, 1990), qui est épuisé...
Eh oui, c'est assez incroyable mais nombre des textes et livres corses sont épuisés !... Alors, peut-être qu'avant de fabriquer la fontaine, il faudrait fabriquer la bibliothèque corse, non ? Mais bon, peut-être qu'une prise de conscience sera plus facile une fois que nous serons assis sur la fraîche margelle de cette Fontaine des Ecrivains ?
(Occasion aussi de rappeler que le numéro 25 de la revue "Bonanova" (à paraître en 2011 ?), sera consacré à "Bastia, ville littéraire").
En attendant, je rappelle que le site de cette association propose de nombreux comptes rendus et notes de lecture, notamment concernant les livres corses. Grâces leurs soient rendues. Rien que lors du dernier café littéraire à Macinaghju :
- "Genitori" (éditions Presses Littéraires) de Stefanu Cesari, par Marie-France (Je suis en train de le lire)
- "Teuf 2 Slam" (éditions A Fior di Carta) de V. Fondacci, par elle-même
- "Pépé l'anguille" (éditions Fédérop) de Sebastianu Dalzeto (traduit par François-Michel Durazzo), par Sébastien (je reconnais Sébastien Quenot sur la photo !) (Je suis en train de le lire : quelle puissance émotionnelle, même en français !)
- "Ô Corse, île d'humour" (éditions Le Cherche Midi) d'André Santini et Pierre Dottelonde, par Silke
- "Chronique des dômes" (éditions Clémentine) de Marie-Hélène Ferrari, par Pierre-Louis (Je l'ai, il faudrait que je m'y plonge !)

3. Et voilà...

dimanche 30 mai 2010

Ariane Chemin évoque la bibliothèque d'Yvan Colonna

Furetant ce matin sur le site de Rue 89, je finis par cliquer sur le blog d'Hubert Artus - "Cabinet de lecture" - qui évoque les deux manifestations littéraires majeures du moment en France : le festival "Etonnants voyageurs" à Saint-Malo et les "Assises du roman" à Lyon.

Un des billets évoque une sorte de malentendu entre artistes revenant de Saint-Malo, survenu dans un tgv, histoire qui m'intéresse moyennement, mais je finis par chercher dans Google une info concernant un de ces artistes (le romancier Olivier Maulin), ce qui me conduit sur le site de Bibliobs.

Et je me dis que je devrais y faire un tour au moins aussi souvent que sur le blog de Pierre Assouline, "La république des livres" !

Car... je tombe sur un article d'Ariane Chemin, daté du 25 mai 2010, intitulé :

Que lit-on en cavale ?
La bibliothèque d'Yvan Colonna


(Je ne sais pas comment la journaliste s'est procurée ces informations, qui semblent très précises puisqu'il est question de livres "lus" ou "parcourus" ou "commandés", d'auteur "fétiche" - Ismaïl Kadaré en l'occurence.)

Puisque sur ce blog, nous évoquons toutes les lectures de livres corses, je lis intégralement le billet d'Ariane Chemin et je me rends compte que sur les 22 titres cités, un seul concerne la Corse directement :

- "Projet de constitution pour la Corse"

Dans la colonne à droite de l'article se trouve des références bibliographiques qui mènent vers certaines éditions des livres mentionnés. Pour le "Projet" de Rousseau, le lien renvoie à l'édition dirigée par Robert Chesnais, aux éditions Nautilus en 2000.

Je me souviens de l'édition chez La Marge par Jean-Marie Arrighi et Philippe Castellin et de leur présentation éclairante de ce texte, resté lettre morte. Ariane Chemin le classe dans la catégorie "utopie", ce qu'il n'est pas véritablement, me sembe-t-il, puisqu'il s'agissait véritablement d'organiser concrètement un pays (et non de développer la description d'une société idéale propre à critiquer la société réelle).

Evidemment tout cela est sujet à bien des conjectures et il me semble que l'article aurait été bien plus intéressant si nous avions pu avoir les avis du lecteur, Yvan Colonna, en plus des hypothèses de la journaliste.

Les questions seraient : pourquoi lire aujourd'hui le "Projet de constitution pour la Corse" de Rousseau ? comment l'avez-vous lu ? avec quelles conséquences ?

Il faut que je reprenne moi-même ce texte, lu il y a bien longtemps, quasiment oublié ; dernièrement j'ai lu avec beaucoup d'émotion les dernières pages des "Confessions" du même Rousseau, toutes pleines de la Corse, du projet de s'y rendre, etc.

Ce sont tout de même des pages importantes de la littérature corse (écrites en 1763, restées inédites jusqu'en 1861)...

samedi 5 décembre 2009

A Gazetta di Mirvella

Iè chì a lingua corsa ùn hè micca morta, è sopratuttu cume mezu di creatività... literaria (critiche parodiche, chjami è rispondi incù sunetti, articuli d'infurmazione, tuttu cù u spiritu di a macagna).

Oyez, oyez la grande nouvelle : hè nata "A Gazetta di Mirvella".

Ci era digià u ghjurnale di A Piazzetta (spergu chè cunniscite issu blog "scherzosu" !), ed avà lighjemu cù monda piacè e riflessione è macagne di u Cavaglieri di Mirvella è di tutti chì volenu scrive annant'à u so forum : quì.

Aviamu parlatu di e critiche literarie (quella di Mister Palu sopra à "Mon Dieu un animal !", ma ci hè dinù quella di l'arrabbiatu Maître Aymeric Faisan chì sdrughje l'ultimu "capu d'opera" di Marcu Biancarelli, "Murtoriu" : andate quì), ma quì ci vole à salutà u sforzu di unu scrivanu di u diciuttesimu seculu, issu meravigliosu Mirvella... : eiu, ùn possu vede senza emuzione date cumu "Nuvembre Annu di Cristu 1759". Pensu à Stevenson è Pasquale Paoli... Arricurdemuci (cumu dicia un affissu patrioticu) chì a Corsica tandu era quella regione chì inventava forme pulitiche in Europa...

Allora, lighjemu issa Gazetta, piena di risa è d'emuzione... Ci ramenta i "Ragguagli di l'Isola di Corsica".

Un esempiu d'emuzione (chì seria una altra definizione di a literatura corsa) :


Ma avali sò persu prighjuneri d'un foru
Trà Elvira è Francesca socu curciu fandoniu



(T'aghju riesciutu à fà una citazione chì ùn sia micca umuristica nè scherzosa !)

Vi piacenu à voi isse forme di scrittura ? Forse sò troppu libere ? O inutile ?

mardi 23 juin 2009

Prenons les choses à l'envers : cummenti (1) - Natali, Crésus et son fils

Le billet numéro 26 de ce blog, daté du 26 février 2009, intitulé "Passé Présent Futur", engageait les lecteurs à aller voir une quinzaine de "cummenti" que j'ai écrits (en 2002, semble-t-il) en vue d'une très hypothétique "anthologie de littérature corse"...

Le problème est bien sûr qu'à cette époque-là, je n'utilisais pas l'outil du blog et que le site d'Interromania qui abrite ces cummenti ne laisse pas facilement la possibilité de laisser des commentaires.

D'où l'idée suivante ; régulièrement je reprendrai un de ces cummenti dans un des billets de ce blog, avec des compléments ou des variantes, nous verrons. Mais surtout avec l'espoir que ces propos passés pourront éveiller des échos chez les internautes : tout est à discuter, compléter, critiquer.

Pour le premier billet de ce genre, commençons avec le premier cummentu (qui, je le rappelle ici, est une variante du "récit de lecture") :

Question : Quel est le rapport entre ces deux textes ?

Texte 1 :

Crésus lui-même eut le sort que voici : il avait un fils dont j'ai parlé plus haut, fort bien doué, mais muet. Au temps de sa prospérité Crésus avait tout essayé pour le guérir et, notamment, il avait envoyé consulter l'oracle de Delphes à son sujet. La Pythie lui avait répondu :

Lydien, roi de peuples nombreux, Crésus insensé,
N'appelle pas de tous tes voeux le moment où tu entendras dans ton palais,
La voix de ton fils : mieux vaut pour toi qu'il reste
Bien loin ! Car il ne parlera qu'au jour de ton malheur.

Or, lorsque la forteresse tomba, un Perse marcha sur le roi sans le reconnaître et Crésus, dans ce désastre, le vit approcher avec indifférence : peu lui importait de mourir sous ses coups. Mais, quand le muet vit l'homme approcher, l'effroi et la douleur firent jaillir sa voix, et il s'écria : "Soldat, ne tue pas Crésus !" Ce fuent ses premiers mots, et la parole lui resta pendant tout le reste de sa vie.

Texte 2 :

Se a voi non regge più il cuore di mirar la Patria tradita, e combattuta da' suoi Figli, e da quelle mani stesse, cui, secondo ogni Legge, toccherebbe il difenderla con quanto han sangue nelle vene, io certamente, non solo non posso a guisa di certe Anime vili, di certi cuori di puro sasso, udire con ciglio sereno, e trapassar ciò con timido, e pigro silenzio (come mal vi apponete) che anzi sento abbruciarmi il petto di sì focoso zelo, che ove ancor fossi muto per natura, il mio ardore, rotti i legami della lingua, mi farebbe prorompere articolatamente in altissime grida, rinnovando in me il prodigio del Figlio di Creso, allorchè vidde un Soldato nemico, che non conosceva il Re suo Padre, avventarsegli col ferro sguainato alla vita : e vorrei essere spada, o coltello, per trafiggere codesti Mostri di sconoscenza, e di perfidia.

Réponse : le fils de Crésus.

Le premier texte est d'Hérodote, "L'Enquête", Livre I (85).
Le second est le premier paragraphe du "Disinganno intorno alla guerra di Corsica" (1736). Publié, traduit et présenté par Jean-Marie Arrighi et Philippe Castellin en 1982, par La Marge (mais où trouver aujourd'hui ce livre, sinon en bibliothèque ?). Leur présentation est extrêmement intéressante pour mesurer les aspects audacieux ou timides, les contradictions aussi d'un texte d'argumentation juridique et théologique qui cherche à convaincre du bien fondé de la révolte contre Gênes.
Bien sûr, ce qui m'a attiré, c'est la figure du Fils de Crésus que Natali référence ainsi : "Valer. Max. lib. 5. cap. 4." (voir ici pour lire - en français, certes, mais c'est tout de même déjà émouvant - ce que Natali a lu dans la version originale latine, c'est le paragraphe 6) et qu'Arrighi et Castellin présentent ainsi dans leur propre note : "Crésus est le dernier roi de Lydie. Selon Hérodote, son fils, muet, aurait retrouvé miraculeusement la parole en le voyant menacé par un soldat perse." (Le texte de Valerius Maximus est tout de même moins riche que celui d'Hérodote, pour l'imaginaire, alors il est légitime de convoquer ici le texte que Valére Maxime a certainement utilisé pour son propre travail ! L'idéal aurait été une interview du fils muet... pour poursuivre avec les histoires de parole entravée et libérée, voir ici.)

En 2002, le cummentu disait donc ceci :

En 1736, Giulio Matteo Natali, partisan de l’indépendance corse, écrit le Disinganno intorno alla Guerra di Corsica, pour prouver le bien fondé de la lutte des Corses contre le pouvoir de Gênes... Voici les deux premiers paragraphes de ce texte écrit en italien et traduit en français par Jean-Marie Arrighi et Jean-Pierre Castellin.

« Si vous désormais, ne pouvez plus assister au spectacle de la Patrie trahie, combattue par ses Fils, et par ces mains mêmes à qui, selon toute loi, il incomberait de la défendre de tout le sang qu’elles ont dans leurs veines, à coup sûr ne puis-je moi-même, à la façon de certaines âmes viles, de certains coeurs de pierre, écouter en demeurant serein et passer outre en m’imposant un silence timide et honteux que vous tentez sans succès de vous infliger ; silence si contraire à l’ardeur du zèle qui enflamme mon coeur que, fussé-je même muet de naissance, les liens entravant ma langue se rompraient et que, soudain, jaillirait hors de ma bouche hurlante un flot de paroles articulées - miracle, à mon propos renouvelé, qui advint au fils de Crésus voyant un soldat ennemi qui marchait l’épée nue sur le Roi son père, à son insu : et je voudrais être épée, ou couteau pour transpercer ces monstres d’ingratitude et de perfidie.

Pour vous en donner toutes les preuves possibles, j’ai estimé opportun de vous communiquer les arguments qui me semblent les plus aptes à convaincre ces gens de l’énormité de leur faute et, quand se présentera à vous l’occasion de répondre à quelqu’un d’entre eux, à balayer au moins en partie l’offense publique de leurs propos. Bien que, au demeurant, vous eussiez à vous garder de pareille engeance comme de pestiférés : Ennemis d’eux-mêmes, de leur propre intérêt, de leur propre honneur, ce ne sont plus des Hommes mais seulement des bêtes fauves dotées d’une apparence humaine. Quant à moi, je ne puis en souffrir la vue, et quant à nos Amis, les propos qu’ils tiennent à leur sujet sont tels que toutes les invectives, tous les reproches adressés par Tullius à Lucius Catilina seraient, par comparaison, réputés par vous applaudissements ou éloges. »

Commentaire

Ce qui saute aux yeux, c’est la beauté violente des cris de Natali dans ce texte politique important qu’est le Disinganno. Mais à qui ces cris sont-ils adressés ? Aux possibles défenseurs de la Nation. Et qu’est-ce qui a conduit notre auteur à pousser ces mêmes cris ? Le spectacle d’une Nation « combattue par ses Fils ». Les Fils prêts à se sacrifier pour leur Patrie contre les Fils entraînés dans la voie du parricide !

Or, devant un tel désastre, le texte n’appelle pas à la guerre civile, Natali ne se contente pas de hurler : il raisonne au moyen de paroles dont les effets recherchés doivent porter la vie et non la mort. Ce paradoxe devient une véritable contradiction dans le deuxième paragraphe. Car enfin, pourquoi fournir « les arguments qui semblent les plus aptes à convaincre » de leur erreur ces Fils dénaturés, s’ils sont « seulement des bêtes fauves dotées d’une apparence humaine » ? C’est donc que la violence est ici autant réelle que rhétorique, pour la forme ; tandis que la volonté de convaincre est bien au coeur du propos. Natali crée en fait dans le début de son discours la mise en scène nécessaire à la naissance d’une littérature de combat. La raison se pare des masques effrayants de l’horreur, de l’indignation et s’incarne pour cela dans la figure du « fils de Crésus », un personnage qu’il est donc nécessaire d’interroger.

Ce personnage enrichit notre imaginaire d’une parole au milieu des combats, des crimes et des vengeances. Mais de quel genre de parole ? Natali nous dit que le fils muet de Crésus se mit à parler pour la première fois au moment où un soldat perse allait tuer son père. C’est Hérodote, dans son Enquête, qui nous raconte l’ensemble de l’histoire : « l’effroi et la douleur firent jaillir sa voix, et il s’écria : ‘Soldat, ne tue pas Crésus !’ ». Et Natali reprenant cette anecdote enrichit la voix de l’exhortation abondamment représentée dans notre littérature et qui connaît le succès que l’on sait dans les discours en Corse ou sur la Corse.

Mais la figure convoquée partiellement par Natali est plus complexe. En effet, chez Hérodote, les premiers mots du fils coïncident avec la perte de l’Empire et du pouvoir par le père et donc avec le début de son malheur. Parole qui se révèle finalement vaine, inutile, n’écartant le danger que pour mieux laisser plonger dans la misère, inéluctablement, puisque l’oracle de Delphes l’avait prédit à Crésus : « Il ne parlera qu’au jour de ton malheur. »

D’une certaine façon, la littérature corse ressemble à cette parole du fils de Crésus. La peur de la disparition et de la mort réelles ou fantasmatiques (du peuple, de la culture, de la langue corses) a joué un rôle important dans nos consciences. Et la prise de parole née d’une telle peur est forcément exhortation à éviter le malheur puis lamentation déplorant ce malheur (lorsque l’exhortation a échoué). Il est alors peut-être plus essentiel de mettre en avant un troisième aspect de l’anecdote du fils muet.

Avec ses premiers mots, le fils (remarquons qu’il n’est pas nommé) de Crésus (dont le nom perd de la valeur) accède à la société des hommes : il dévoile le réel (en effet il apprend au soldat ignorant que celui-ci allait assassiner Crésus), il rend aux êtres leur désir de vie (Crésus face à sa chute était indifférent à sa propre mort) et il intervient dans le cours des événements (Crésus vivra et deviendra le conseiller de Cyrus, le chef des Perses). La littérature politique décrit la réalité pour la modifier. Mais la figure du fils de Crésus reprise par Natali ajoute à celle-ci la capacité à proposer à ses lecteurs (nous, aujourd’hui) des images riches de contradictions et de métamorphoses futures. Le texte d’Hérodote dit ceci : « Ce furent ses premiers mots, et la parole lui resta pendant tout le reste de sa vie. » Quelles furent ses paroles, ses discours : des poèmes ? des stalbatoghji ? des mythes ? des contes ? des murmures inaudibles ?

Natali raconte au moyen du fils de Crésus comment la parole lui vint. On pourrait ainsi imaginer la littérature corse prenant sa source dans le langage multiple et inarrêtable de Natali,à la fois épée brandie, cri hurlé, discours pour décrire et convaincre, et paroles encore non prononcées...


(Je viens de trouver une référence d'article ainsi libellé ! :
N'est-ce pas une occasion merveilleuse de prendre contact avec Annie Allély, afin de lui signaler qu'elle participe déjà sans le savoir à la vie de la littérature corse ?)

mercredi 17 juin 2009

Qui a lu ce livre ?

Voici le tout premier paragraphe d'un livre corse que je n'ai pas encore lu... que j'aimerais pouvoir prendre le temps de lire, passant de sa version italienne originale à sa traduction française... dont je me souviens que Leonu Alessandri en disait du bien... (j'avais par ailleurs beaucoup aimé son "Indépendandiste corse", incroyable chronique, notamment du projet de "prise" de Bastia : qu'on ait pu imaginer ça, et le planifier !).

Voici ces premières lignes (de qui sont-elles ? : Francesca et MB n'ont pas le droit de jouer avant que deux jours se soient passés...), lignes qui montrent bien que l'absence de récit - ce silence-là - est le pire des malheurs !


Fra le tante disgrazie patite della Corsica sotto il governo de' Genovesi, non debbe a mio credere la menoma stimarsi quella di esser quel Regno stato mai sempre negletto dai molti e famosi storici, che tolsero il genio laudabile, di esercitare la leggiadria delle lor penne erudite nello Raccontamento fedele di tutti gli avvenimenti, guerre, e mutanze di stato della nostra Italia, e dell'Europa tutta. Conciossiachè il silenzio degli scrittori sinceri non pure ha tenute celate agli occhi del mondo, e de' Principi gli antichi pregi di quell'Isola e suoi Nazionali, ma ancor libero ha ceduto il campo ai Signori Genovesi di farla comparire ai guardi altrui tutta diversa da quel che rimasse fino all' anno 1729, perloché vilipesa e derisa dalle Nazioni tutte si pianse la Corsica. quando per l'opposito nel cuor di tutte svegliar potevano e doveano alta pietade le sue afflizioni, e lodevole rinomanza le naturali sur doti, il valore, e virtù de' suoi popoli, che anche fralle tenebre del vilipeso lor nome non intralasciarono di un qualche raggio di gesta gloriose diffondere al cospetto del mondo.


Parmi toutes les souffrances que la Corse a endurées sous le gouvernement des Génois, il ne faut pas, à mon avis, considérer comme la moins cruelle celle de se voir oubliée de la foule des historiens célèbres qui ont exercé l'art de leurs plumes érudites dans le récit fidèle de tous les événements, guerres et changements de gouvernement de notre Italie et de l'Europe entière. Si bien que le silence des écrivains sincères non seulement a tenu caché aux yeux du monde les mérites anciens de l'île et de ses nationaux, mais encore a laissé le champ libre à Messieurs les Génois pour la présenter aux étrangers tout à l'opposé de ce qu'elle fut jusqu'en 1729. Ainsi la Corse se vit avec tristesse méprisée et moquée par toutes les nations, au moment où ses malheures pouvaient et devaient dans le coeur de toutes éveiller la plus profonde pitié, et lorsque devaient lui valoir une renommée louangeuse ses dons naturels, le courage et la vertu de son peuple qui jamais, même dans les ténèbres de l'opprobre, n'a cessé de faire briller devant l'univers la lumière de sa geste glorieuse.

mardi 2 juin 2009

– U U | – U U | – U U | – U U | – U U | – U

Dans le billet du 22 mars 2009 rendant compte du café littéraire du 30 janvier 2009 consacré au "Vir Nemoris" de Giuseppe Ottaviano Nobili-Savelli en présence de François-Michel Durazzo et Jean-Louis Charlet,

je signalais ceci :

Jean-Louis Charlet évoque les trois raisons qui l’ont fait s’intéresser à ce texte :
1. C’est une épopée politique dans laquelle l’auteur est personnellement engagé. Il choisit le latin parce qu’il veut toucher tout le monde, toute l’intelligentsia européenne et pas seulement l’Italie.
2. D’un point de vue technique d’écriture, une de ses étudiantes, Mademoiselle Gareddu-Delfini, travaillera sur les influences (Ovide, Virgile ?) dans l’écriture latine de Nobili-Savelli : le texte contient de beaux vers, l’auteur a le sens du vers latin. Il s’agira de placer l’auteur dans la tradition et l’histoire de l’hexamètre.
3. Certaines descriptions de paysage sont stupéfiantes. L’auteur a le sens de la nature (qui n’est pas un simple décor symbolique) : montagne, forêt, cascades, grottes. Un peu à la manière d’un auteur contemporain, Bernardin de Saint-Pierre décrivant les paysages exotiques de l’île de France (future île Maurice) en 1787.

Alors, ce soir, je meublerai ce blog avec une nouvelle citation (illustrant le point 3) de cet incroyable poème épique corse en latin inachevé de 1770-1771. Jean-Louis Charlet avait scandé ces vers devant l'assistance ravie : nous entendions la voix d'un Paoliste qui avait combattu à Ponte Novu... (je suis désolé - rapport au premier commentaire du billet précédent - il s'agit d'une lamentation ! mais je suis obligé de retenir ce passage, pour sa beauté - que je n'avais pas "remarquée" à la première lecture -, et du fait de son élection par un lecteur : ce qui est l'objet propre de ce blog, souvenez-vous en chers lecteurs !)

Version française (puis texte latin, vers 42 à 54 : écoutez le travail du poète dans les vers 48 à 50 dont les sonorités cherchent à faire entendre le bruit de l'eau - J.-L. Charlet insista sur ces sonorités) :

Ici, tout excite ma complainte et mes cris lamentables, tout porte au deuil. Ici, l'immense et sombre bois sacré aux vieux troncs, au bruit terrible et plein d'effroi, le silence nocturne et l'horreur de l'ombre, qui recouvre et enveloppe tout, célèbrent les âmes de nos morts qui hantent la nuit, selon un rite funèbre. Ici, l'eau précipitée du haut des rochers s'écoule en retentissant, car elle se brise dans un violent fracas, et elle jaillit haut, tout écumante, crépitant aux oreilles et gorgeant la terre d'humidité. Un vent glacial, calme et frémissant, annonce une inquiétante journée du haut de la montagne, l'humide Aurore dépose des gouttelettes de rosée, le rossignol pleure, l'herbe des cimes bruit, le funèbre hibou rappelle de tristes événements.

Hic querulas uoces et lamentabile carmen
cuncta cient tristemque inducunt omnia luctum.
Hic nemus umbriferum truncis immane uetustis,
horrisonumque fremens noctisque silentia et horror
umbrae claudentis circum lateque cubantis
funereo celebrant nocturna Lemuria ritu.
Rupibus hic acqua praecipitans delabitur, acri
fracta fragore strepens et spumans emicat alte,
auribus increpitans terramque uligine complens.
Frigidulum celso cliui de culmine flamen
lene fremens lucem infestam monet, humida rorat
lacrimulis Aurora comas, luscinia plorat,
mussitat herba iugi, Stygius fert tristia bubo.

vendredi 1 mai 2009

Korsika

La première fois que j'ai vu le nom de l'île écrit comme cela, c'était sur la couverture d'un guide touristique. Il faut bien commencer par un bout (en voici un autre).

C'est de l'allemand, bien sûr.

Je vais citer un extrait d'un poème écrit en allemand (par Hölderlin, en 1799, intitulé "Émilie à la veille de ses noces") pour au moins deux raisons :
- ce texte me reste en mémoire
- notre littérature est de longue date multilingue et accueille donc avec générosité toutes les langues du monde qui produisent des oeuvres qui peuvent nourrir son imaginaire

Oui, je suis d'accord, là aussi, ce n'est pas de la littérature corse au sens strict, mais enfin, c'est traduit en français par un Corse - un écrivain et poète par ailleurs, Marie-Jean Vinciguerra - et c'est publié aujourd'hui (décembre 2006) par un éditeur corse (Materia Scritta)... Et puis, ce poème présente une figure d'engagement guerrier et politique qui entre en résonance avec bien d'autres (voir par exemple, le billet consacré aux rencontres musicales improvisées par James Boswell en 1765, festival qui ne sera pas renouvelé les années suivantes...)

Eccu :

"Ein Edel Volk ist hier sauf Korsika";
Schrieb freudig er im letzten Birefe mir,
"Wie wenn ein zahmer Hirsch zum Wald kehrt
Und seine Brüder trifft, so bin ich hier,

Und mir bewegt im Männerkriege sich
Die Brust, dass ich von allem Weh genese.
Wie lebst du teure Seele ! und der Vater ?
Hier unter frohem Himmel, wo zu schnell
Die Frühlinge nicht altern, und der Herbst
Aus lauer Luft dir golde Früchte streut,
Auf dieser guten Insel werden wir
Uns wiedersehen ; dies ist meine Hoffnung.

Ich lobe mir den Feldherrn. Oft im Traum
Hab ich ihn gesehen, wie er ist,
Mein Paoli, noch eh er freundlich mich
Empfing und zärtlich vorzog, wie der Vater
Den Jüngstgebornen, der es mehr bedarf.

Je passe à la traduction française de Marie-Jean Vinciguerra :

"Il est un noble peuple, ici, en Corse"
M'écrivit-il gaiement dans sa dernière lettre
"Tel le cerf apprivoisé qui retourne à sa forêt natale
Et retrouve ses frères, tel je suis ici

Et mon coeur s'émeut dans cette guerre virile
Qui me guérit de tout mal.
Comment vas-tu, chère âme ! Et le père ?
Ici sous un ciel heureux où les printemps
Ne se pressent pas de vieillir, où les tièdes brises de l'automne
Répandent pour toi leurs fruits d'or,
Sur cette île bénie, nous allons nous revoir,
Voilà mon espérance.

J'adule le Général. Souvent en rêve
Je l'avais presque vu tel qu'il est
Mon Paoli, avant même qu'il m'eût accueilli, en ami,
Et affectueusement marqué sa préférence
Tel un père pour le cadet de ses enfants, celui qui en a le plus besoin.

Le texte se poursuit encore. Je vous laisse le découvrir.

Je suis frappé par le mot "Hier" qui en allemand (beauté des homonymes entre langues !) signifie "Ici". La Corse est un "ici", et non un "là-bas" (même si Hölderlin n'est jamais venu en Corse et n'a jamais rencontré Paoli). L'imaginaire est ce lieu paradoxal : extrêmement individuel et totalement collectif, hors du monde réel et offrande de présences parfois plus fortes que celles de notre quotidien.

Ce qui me frappe aussi c'est cette sensation de vie (le poète parle plus loin de "vivants", "Lebenden", je crois). J'aime cette suite de figures humaines enthousiasmées par le sentiment de faire corps avec la vie, de trouver en Corse, ou en rapport avec la Corse, des emportements réels qui prennent la suite de "rêves" ("Traum"). (Il me plaît de pouvoir les mettre en relation, peut-être, avec des figures plus sombres, irritées, angoissées, suicidaires qui peuplent de plus en plus souvent notre imaginaire.)

Sensation de retrouvailles qu'on rencontre dans le texte de Boswell, mais aussi dans la très belle et très fameuse lettre du fils Paoli au père Paoli, en 1754 : il parle de son retour en Corse comme d'une "fête" ; il faudra revenir à cette lettre, un des sommets de notre littérature (je sais, ça ne coûte rien de le dire et je suis prêt à en débattre !)

Bonne lecture ! Evidemment, pour une vraie présentation du texte, voyez l'édition de Marie-Jean Vinciguerra, voici la table des matières :
- Introduction : Les exorcismes d'un poète qui avance masqué
- Glossaire : Les mots clefs d'une vision originale du monde
- Sept lettres : Un journal intime
- Lexique des noms propres : Nommer le monde, les dieux, les hommes
- La vie d'Hölderlin ou Le "Passage d'Apollon" : Repères géographiques, historiques et littéraires

Dans un prochain billet, (mais il pourrait être le vôtre (je sais qu'au moins trois "récits de lecture" sont en cours d'écriture, par deux personnes différentes...)), j'évoquerai de nouveau la présence littéraire corse sur Internet, il y a des choses passionnantes à découvrir (ou à relire).

lundi 20 avril 2009

Littérature, Films : Imaginaire

L'accès aux oeuvres est essentiel.

Pouvoir feuilleter les livres en librairie, en bibliothèque ou mieux encore sur le Web... Pouvoir regarder les images, les films, écouter les sons et les musiques... A loisir, plusieurs fois. Avant de les acheter.

Il me semble que ce ne peut être que bénéfique pour les lecteurs/spectateurs, pour les oeuvres, pour la vie de notre imaginaire et même pour l'économie culturelle (nous en reparlerons).

Un exemple, ce soir, de ce que cette possibilité permet.

Je voudrais associer trois "oeuvres" :

- l'édition anglaise du fameux "Account of Corsica. The Journal of a Tour to that Island and Memoirs of Pascal Paoli" de James Boswell (1768-1769). Cette édition date de 2006 et est la seule édition critique de ce texte si important pour l'imaginaire corse (à discuter bien sûr ; j'ai évoqué précédemment un passage qui m'avait frappé, autrefois, et dont je me souvenais : ici).
Cette édition, je l'ai achetée sur Internet, le livre m'a été envoyé des Etats-Unis, je l'ai reçu dans ma boîte aux lettres et je me suis rendu compte à quel point la traduction en français que je possède est déficiente !

- le film de Thierry de Peretti, sur son site Internet : "Le jour de ma mort" (court métrage de 18 minutes, 2006 : voir rubriques "Works" et "Cinéma"). Ce film est en deux parties très différentes. La deuxième s'inspire du meurtre de Christophe Garelli (en 1998). Le film lui est dédié. J'aime bien l'étrangeté de l'association des deux parties, l'aspect totalement muet ou presque mais quelque chose me convainc moins, un certain esthétisme qui contrevient à la clarté du propos ?

- le film de Laurent Simonpoli : "Assassins" (2007, 26 minutes). Ce film met en scène le meurtre d'un nationaliste par d'autres nationalistes. Un concours de circonstances transforme ce projet en drame familial. J'aime bien le jeu des acteurs et l'engrenage de l'intrigue est angoissant mais la forme me paraît trop classique.

Et voici ce que je lis à la fin de l'introduction de l'ouvrage de James Boswell, sous la plume anglaise de James T. Boulton, professeur à l'université de Birmingham :

Not surprisingly, the case of Corsica remains problematic for successive French governments. France's governor on the island, M. Claude Erignac, was shot dead in the street in Ajaccio in 1998. Corsican nationalists, charged with the murder, argued at their trial that they had nothing against him as an individual but shot him as the symbol of France.

Comment "comprendre" la concomitance de ces publications (2006, 2007), faisant référence à des meurtres commis par des nationalistes dans les années 90 ? Peut-on faire jouer ces oeuvres entre elles, entre elles et notre réalité, entre les temps passés (lointains ou proches) et notre présent (aujourd'hui 20 avril 2009) ? Comment intégrer tant de douleurs réelles dans des fictions qui nous permettent de respirer ? Ces oeuvres y parviennent-elles ?

Quand on voit à quel point les Etats-Unis travaillent sans cesse, très rapidement, les moments les plus dramatiques de leur histoire, il paraît étonnant que nous n'ayons pas vraiment de films qui prennent, explicitement, à bras-le-corps les événements d'Aleria, l'affaire Bastelica-Fesch, l'affaire Guy Orsoni, la catastrophe de Furiani, les tueries entre nationalistes en 1995, l'assassinat de Claude Erignac, la vie de Marcel Lorenzoni : parce que ces événements et trajectoires (avec tant d'autres beaucoup moins dramatiques, les enfances et les rêves, la vie quotidienne, le travail, les rires) font aussi la trame historique corse.

Côté livres : citons "La fuite aux Agriates" de Marie Ferranti, "Ecce Leo" de Flavia Accorsi, "Une affaire insulaire" de Jean-Baptiste Predali, "Balco Atlantico" de Jérôme Ferrari, divers textes de Marcu Biancarelli. Saluons un tel travail. Vous connaissez peut-être d'autres livres traitant de ces sujets ?

Que pensez-vous de ces films ?

mercredi 8 avril 2009

Corsican Literature, isn't it ?

Did you know this masterpiece of corsican literature ?

I love the fact that a text of political propaganda can also be such a songbook !

I let you with it. Good night :

The chief satisfaction of these islanders when not engaged in war or in hunting, seemed to be that of lying at their ease in the open air, recounting tales of the bravery of their countrymen, and singing songs in honour of the Corsicans, and against the Genoese. Even in the night they will continue this pastime in the open air, unless rain forces them to retire into their houses.

The ambasciadore Inglese, The English ambassadour, as the good peasants and soldiers used to call me, became a great favourite among them. I got a Corsican dress made, in which I walked about with an air of true satisfaction. The General did me the honour to present me with his own pistols, made in the island, all of Corsican wood and iron, and of excellent workmanship. I had every other accoutrement. I even got one of the shells which had often sounded the alarm to liberty. I preserve them all with great care.

The Corsican pesants and soldiers were quite free and easy with me. Numbers of them used to come and see me of a morning, and just go out and in as they pleased. I did every thing in my power to make them fond of the British, and bid them hope for an alliance with us. They asked me a thousand questions about my country, all which I cheerfully answered as well as I could.

One day they would needs hear me play upon my German flute. To have told my honest natural visitants, Really gentlemen I play very ill, and put on such airs as we do in our genteel companies, would have been highly ridiculous. I therefore immediately complied with their request. I gave them one or two Italian airs, and then some of our beautiful old Scots tunes, Gilderoy, the Lass Patie's Mill, Corn riggs are Bonny. The pathetick simplicity and pastoral gaiety of the Scots musick, will always please those who have the genuine feelings of nature. The Corsicans were charmed with the specimens I gave them, though I may now say that they were very indifferently performed.

My good friends insisted also to have an English song from me. I endeavoured to please them in this too, and was very lucky in that which occurred to me. I sung them "Hearts of oak are our ships, Hearts of oak are our men." I translated it into Italian for them, and never did I see men so delighted with a song as the Corsicans were with the Hearts of oak. "Cuore di quercia, cried they, bravo Inglese." It was quite a joyous riot. I fancied myself to be a recruiting sea officer. I fancied all my chorus of Corsicans aboard the British fleet.

It has been published in 1768, by James Boswell, in London ; its title ? "An account of Corsica. The journal of a Tour to that Island, and Memoirs of Pascal Paoli".

You knew it, no ?

dimanche 22 mars 2009

VIR NEMORIS (2)

Comme promis, voici un essai de compte rendu du café littéraire qui a eu lieu le vendredi 30 janvier 2009 à l'amicale corse d'Aix-en-Provence (un grand merci à François-Michel Durazzo pour les corrections apportées).

Il s'agissait d'évoquer les beautés de l'épopée de Giuseppe-Ottaviano Nobili-Savelli, intitulée Vir Nemoris, déjà mentionnée ici sur ce blog.

Etaient présents une vingtaine de personnnes dans le public face à François-Michel Durazzo, professeur de latin, traducteur de l'ouvrage et Jean-Louis Charlet, professeur de littérature latine à l'Université de Provence, faculté des Lettres d'Aix-en-Provence, accompagné de son étudiante, Mademoiselle Gareddu-Delfini.

Excusez le caractère un peu brut de ce compte rendu, et bonne lecture quand même. Et surtout, allez lire le Vir Nemoris, il en vaut largement la peine ! Qu'en pensez-vous ? (Vous pouvez tout à fait penser le contraire !)

Signalons enfin, avant de commencer, que Maryvonne Colombani était présente et a ensuite écrit un petit article pertinent sur l'ouvrage de Savelli dans le mensuel gratuit Zibeline : ici (numéro 17 en téléchargement, page 53).

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Compte rendu du café littéraire du vendredi 30 janvier 2009.

Introduction

F.-M. Durazzo commence par expliquer qu’il n’est pas un spécialiste de la littérature latine du XVIIIe siècle et que sa traduction constitue un « travail d’approche d’un travail scientifique ».
Suite à la commande qui lui a été faite de traduire cette épopée latine en français, il s’est rendu compte que le texte publié en 1846 par Tommaseo et traduit en italien en 1930 avait été amputé de la moitié de ses vers et modifié dans une grande partie des vers restants (seuls 200 vers étaient restés intacts !). Les raisons de cette modification du texte original par Tommaseo étaient idéologiques : il s’agissait de christianiser et de lisser un texte trop païen et parfois inconvenant pour l’esprit bourgeois.
Avec l’aide de Marco Cini, spécialiste des relations entre la Corse et la péninsule italienne durant cette période (XVIIIe siècle – XIXe siècle), le texte original (copié d’un manuscrit premier qu’on n’a pas encore retrouvé, avis aux amateurs !…) a finalement servi de base à la traduction de F.-M. Durazzo.

Contexte historique

Giuseppe Ottavio Savelli naît en 1742. Contrairement à son père ou son grand-père, il fait ses études en Corse et non en Italie. Etudes en latin. Un bon père lui apprend cette langue et à écrire des vers latins. Il poursuit ses études en latin chez les Frères mineurs d’Aregno et devient enfin un des premiers étudiants de la jeune université de Corte (où les études sont toutes en latin).
Il n’accepte pas la défaite de Ponte Novu, par amour de la libertas (qui en latin signifie à la fois liberté, indépendance et démocratie) et choisit l’exil. En Toscane, il fréquente les plus grands lettrés, Lampredi, Métastase qui forment un cercle passionné par Horace. Il sera regardé comme un excellent traducteur des œuvres d’Horace en toscan.
Sans distance temporelle, il écrit « à chaud » une épopée qui est aussi l’autobiographie d’un ami, Domenico Leca, dit Circinellu. Ce Leca était d’une grande famille, un homme politique, un général, un soutien fervent de Pascal Paoli et qui refusa de se soumettre. Il prit le maquis, partit en montagne, dans une sorte d’exil intérieur. Savelli a des nouvelles constantes de Circinellu. Et plein de fureur et de colère, il écrit son épopée, dans le souvenir de Lucain (La Pharsale).

L’épopée latine

Jean-Louis Charlet s’emploie à montrer qu’une épopée latine au XVIIIe siècle, n’a rien d’exceptionnel. Après Claudien, dernier grand poète épique païen, deux traditions perdurent : l’épopée mythologique et l’épopée politique. Et de citer notamment à la Renaissance, le filon d’épopées historiques et politiques : les princes étaient des mécènes qui finançaient des poètes de cour (il existe donc une Sforziade (1454), d’Antonio Cornazzano, une Borgiade, etc.)
Au XVIIIe siècle, on trouve les épopées de Marie-Thérèse d’Autriche (relatant des événements de 1741-1745). Il y a aussi le filon de la découverte de l’Amérique : au moins cinq épopées en latin (écrites par des Italiens, des Allemands ou des Tchèques) justifient la conquête de l’Amérique par les Espagnols (c’est écrit dans le contexte de la Guerre de succession d’Espagne). D’autres épopées toujours en latin racontent les expéditions hollandaises au Brésil et portugaises en Afrique.

Pourquoi écrites en latin ? Parce que le latin est la langue de culture dominante en Europe, la langue de l’enseignement, la langue d’écriture dans la République des Lettres, au moins dans le domaine des Sciences, de la Médecine, du Droit. Même si les langues vernaculaires commencent à investir ces domaines à partir de la Renaissance, le latin perdure au moins jusqu’au XIXe siècle (il sera par exemple la langue officielle de l’Empire hongrois jusqu’en 1844).

Nobili-Savelli pouvait écrire son épopée en toscan puisqu’il a été un excellent traducteur en toscan des vers lyriques d’Horace. S’il a choisi le latin c’est vraisemblablement pour deux raisons : une raison littéraire personnelle, car écrire une épopée (le grand genre littéraire) en latin est un fait de gloire ; une raison politique, car il s’agissait d’être lu par le plus grand nombre et le latin était la langue des lettrés européens.

Il existe trois formats d’épopées :
– les très grandes (Homère, Virgile)
– les épopées en minitatures (environ 600 vers)
– les épopées moyennes (comme le Rapt de Proserpine de Claudien, 395 ap. J.-C.
L’hypothèse partagée par Durazzo et Charlet est que le Vir Nemoris (dont nous avons les deux premiers chants) serait devenu, une fois achevé, une épopée moyenne en quatre chants, au lieu des deux chants dont nous disposons. Ce qui aurait donné le plan suivant :
F.-M. Durazzo imagine le schéma suivant en s’appuyant sur les effets d’annonce dans les deux premiers chants :
– I. Serment de défendre la liberté, bataille contre les Français et fuite dans la montagne.
– II. Hiver et retour du printemps. Rencontre avec l’émissaire français, à qui le héros raconte l’histoire de la Corse.
– III. Poursuite de la résistance et échauffourées avec les Français.
– IV. Retour en gloire de Pascal Paoli, grâce à l’aide des Anglais et retour de la Liberté.

Les raisons de s’intéresser au Vir Nemoris

L’originalité du Vir Nemoris, dans ce tableau littéraire, est qu’il n’est pas une épopée courtisane, qu’il rapporte des faits tragiques contemporains de l’auteur et qu’il y a une forte implication personnelle de l’auteur. Cela en fait un texte unique dans l’histoire littéraire des épopées latines.

Jean-Louis Charlet évoque les trois raisons qui l’ont fait s’intéresser à ce texte :
1. C’est une épopée politique dans laquelle l’auteur est personnellement engagé. Il choisit le latin parce qu’il veut toucher tout le monde, toute l’intelligentsia européenne et pas seulement l’Italie.
2. D’un point de vue technique d’écriture, une de ses étudiantes, Mademoiselle Gareddu-Delfini, travaillera sur les influences (Ovide, Virgile ?)dans l’écriture latine de Nobili-Savelli : le texte contient de beaux vers, l’auteur a le sens du vers latin. Il s’agira de placer l’auteur dans la tradition et l’histoire de l’hexamètre.
3. Certaines descriptions de paysage sont stupéfiantes. L’auteur a le sens de la nature (qui n’est pas un simple décor symbolique) : montagne, forêt, cascades, grottes. Un peu à la manière d’un auteur contemporain, Bernardin de Saint-Pierre décrivant les paysages exotiques de l’île de France (future île Maurice) en 1787.

F.-M. Durazzo met en garde l’étudiante de M. Charlet contre sa traduction du Vir Nemoris. C’est la première en langue française, le texte est parfois difficile et nous n’avons pas les manuscrits originaux ; il y a donc des possibilités d’erreur dans la traduction de F.-M. Durazzo.

L’histoire du texte

L’hypothèse de Durazzo est que le texte a été écrit entre 1771 et 1772, d’un seul tenant, et non entre 1771 et 1774 comme le pensaient Viale et Savelli, en s’appuyant sur un passage où ils croyaient voir une allusion à la politique de Narbonne ; en 1790, Paoli demande à Savelli d’écrire sur son retour en Corse (l’a-t-il fait ?) ; Savelli meurt en 1807 en ayant renoncé à achever et publier son poème épique ; son petit-fils remet le manuscrit inachevé à Salvatore Viale, dans les années 1830-1840 qui après l’avoir copié et corrigé (manuscrits dont nous disposons) le confie à Niccolò Tommaseo, le patriote et écrivain italien qui prépare son édition en amputant largement le texte de Savelli. Le Vir Nemoris est inclus en 1846 dans l’édition des Lettres de Pascal Paoli. Mais Tommaseo a gommé les passages émouvants, païens, sensuels afin de rendre le texte plus catholique, bourgeois, moins choquant pour l’esprit de l’époque.
Alors que le Vir Nemoris est l’œuvre d’un homme jeune (29 ans), bouillant, qui utilise la référence latine et mythologique pour proposer un éloge de la Liberté dans des scènes fortes : la nièce de Circinellu qui se jette à ses pieds en le suppliant de l’accepter dans son « armée », les marches dans la neige, etc. C’est un texte juvénile, émouvant.

En 1930 et en 1931, deux traductions en italien (dont une en hexamètres dactyliques) paraissent, avec l’intention de prouver l’italianité de la Corse, dans le cadre de l’irrédentisme. Cette récupération d’un texte du XVIIIe siècle par Tommaseo puis par l’irrédentisme italien montre que, selon F.-M. Durazzo, le Vir Nemoris, doit d’abord susciter un intérêt historiographique et littéraire (et ne doit pas être récupéré politiquement, par exemple par le nationalisme corse actuel).

En effet, Nobili-Savelli, au moment où il écrit, croit dur comme fer au retour de Paoli et de la République corse ; il fait un pari sur l’avenir que l’avenir démentira (Circinellu meurt en 1772, la République Corse ne revient pas). Or l’une des caractéristiques de l’épopée classique est de relater des faits anciens et ancrés dans la mémoire collective, où le merveilleux reste possible. Ecrire une épopée moderne, comme l’a fait avant Savelli Lucain, racontant la guerre civile entre Pompée et César, survenue un siècle avant lui rend difficile la présence du merveilleux. Savelli va plus loin que Lucain en s’attachant à des faits contemporains et à un Héros (Domenico Leca) vivant. Il remplace le merveilleux par les croyances traditionnelles aux esprits, encore bien vivantes en Corse à son époque.

Suite à l'annonce de ce café littéraire sur la liste de diffusion de "cuurdinazione corsa", les questions suivantes ont été envoyées par mail, puis posées aux invités le soir du café :

"La présence féminine de la nièce dans une épopée"

Elle n’est pas originale ni étonnante. On peut citer la reine Camille dans l’Enéide, la tradition des Amazones, Jeanne d’Arc et l’évocation liminaire dans le Vir Nemoris à la déesse Diane, la chasseresse.

"Quelle a été la motivation profonde de F.-M. Durazzo pour écrire cette traduction ?"

F.-M. Durazzo déclare aimer les projets impossibles, le défi. Puis il indique qu’il a été captivé par le texte de Savelli, il s’est laissé entraîner par la beauté des vers, il a ressenti une émotion littéraire devant le texte latin. Enfin, il y avait le désir d’attirer l’attention publique sur cet ouvrage.

"Un tel texte était-il destiné à la lecture à haute voix ?"

M. Charlet indique que toute poésie est toujours musique. Ensuite, il existait l’exercice des recitationes, lectures publiques dans la culture européenne. Dans l’enseignement en latin, chaque élève apprenait par cœur des milliers de vers (Virgile, Ovide, Horace) qui étaient récités en faisant attention à la scansion. Hugo connaît l’Énéide par cœur ; Baudelaire et Rimbaud écrivent des vers en latin. De plus on parle latin, il existe entre le XVIe siècle et le XVIIIe siècle des manuels de latin parlé pour les voyageurs se déplaçant en Europe (latin commercial et juridique). Donc l’aspect oral d’un tel texte est tout à fait banal.

"Pourquoi Savelli a-t-il placé le nom de sa femme (Nobili) à côté du sien et même avant le sien ?"

Un tel ajout n’est pas absolument original selon F.-M. Durazzo. Selon un des participants au café littéraire, il serait possible que ce soit pour manifester encore plus fortement un lien familial avec Pascal Paoli, Savelli tout comme sa femme née Nobili étant cousins du Général de la Nation.

La question suivante, reçue par mail là aussi, a été posée à Jean-Marie Arrighi, auteur de nombreux ouvrages sur la Corse et la langue corse qui a répondu par mail :

"J'aimerais avoir plus de renseignements sur ce prêtre résistant. Je n'ai rien trouvé, y compris dans l'Encyclopaedia Corsicae (Editions Dumane ) Faisait-il parti d'un mouvement politique ? Etait-il Paoliste ? A-t-il entraîné d'autres curés dans cette résistance ainsi que des laïcs ? De quel côté penchait le clergé à cette époque ? Merci de bien vouloir éclairer ma lanterne."

Sur Circinellu on ne sait pas tant de choses. Il s'appelait Domenico Leca, Son surnom doit être en rapport avec une tonsure (circinà = couper les cheveux en rond), Il a fait des études à Gênes puis à Rome avant d'être curé dans son village de Guagno. Après Ponte Novu il a juré pendant la messe de ne pas déposer les armes et a fait prêter le même serment à ses paroissiens. Il a gagné Vivario avec eux et participé à la défense du Pont du Vecchio avec Abbatucci. Il tient ensuite le maquis et refuse les propositions de Marbeuf disant "vouloir soutenir la patrie et mourir libres, et avoir leur cef en exil mais non soumis, et la force ne vaincra pas la raison". Il se comporte à la fois en combattant et en prêtre (aide aux ennemis blessés). Il bénéficie visiblement de l'estime de l'adversaire.
Après avoir gagné le Fiumorbo, il y est trouvé mort en 1771 dans une grotte à Ania. Mirabeau prétend l'avoir rencontré au maquis, et même avoir été l'amant d'une de ses nièces qui l'accompagnait, mais il a une tendance à la mythomanie...

Sur la question religieuse dans la révolution corse, il y a quelques pages dans mon Histoire des Corses. A p art les évêques génois, les prêtres et moines participent à la lutte. Il faut voir aussi qu'à part Paoli lui-même, les gens de plus haute culture dans la Corse d'alors (Natali, Salvini, les professeurs de l'Université) sont tous des religieux, et les cadres politiques aussi (Guelfucci, Rostini). Je pense que Circinellu est le seul cependant à s'être battu les armes à la main après la conquête. L'abbé Rostini, d'ailleurs ancien aumônier du Royal Corse, est en assez bons termes avec les Français et assassiné peut-être pour cette raison (mais peut-être pour d'autres).

L'intérêt de Circinellu est qu'il résiste clairement au nom de l'Etat corse détruit, alors que beaucoup de résistants de l'époque tournent au "banditisme" micro-local, avec des groupes composés de leurs parents et amis, et sont dès lors pris dans des affrontements claniques locaux (Pace Maria Falconetti, Marzu Acquaviva).

Merci à tous les participants !

La discussion reste ouverte.

jeudi 26 février 2009

Passé Présent Futur

Je ne pourrai nourrir ce blog durant une petite dizaine de jours (je placerai de nouveaux billets certainement à partir du dimanche 8 mars, sujets futurs ? comme promis ma découverte de "A Cispra" (1914), mais aussi Homère en langue corse grâce à Marcu Biancarelli - mais pensons aussi à la "Mitulugia" de Guidu Begnini - sur son blog aujourd'hui, etc. etc.)...

Cela laissera ainsi le temps à qui le veut bien de fourbir quelques commentaires, propositions de récits de lecture personnelle, questions, cris du coeur et éloges appuyés qui font toujours plaisir...

D'ici là, vous pouvez toujours lire d'autres de mes essais de "présentations" d'extraits de littérature corse en allant sur le Site Interromania, dans la rubrique "Studii", en cliquant sur mon nom (de plus, vous pourrez vous rendre compte de la richesse de cette rubrique ; enfin, une information présente dans cette rubrique est maintenant erronée : je ne prépare plus de thèse sur des auteurs corses et québécois, je ne suis plus étudiant, ni doctorant à l'Université de Corse ; mais je ne désespère pas de reprendre plus tard mes réflexions sur l'oeuvre de Rinatu Coti, en relation avec celle de Jacques Ferron - connaissez-vous ses Contes, ou l'Amélanchier ?). Et des commentaires sur ces "cumenti", vous pourrez m'en faire, bien évidemment. Je les ai écrits il y a quelques années (mais quand ?). Ce ne sont pas des récits de lecture, encore qu'ils puissent apparaître comme une forme particulière de manière de lire.

Bref, voici les sujets :

"Disinganno intorno alla Guerra di Corsica", à propos du texte de Giulio Matteo Natali (1736)

"La Mouche de Giovanni della Grossa", où l'on retrouve u Muscone d'Avretu (la mouche monstrueuse) raconté par notre premier chroniqueur historique (XVème siècle)

"L'Île intérieure de Marie-Gracieuse Martin-Gistucci" : à propos de la nouvelle "Encore sur ce navire..."

"D'une rive à l'autre de G.M.Comiti" : à propos d'une nouvelle intitulée "Pedimoru"

"Ce que dit Maria Divota" : où l'on voit revenir mon obsession pour l'oeuvre de Ghjacumu Thiers (ici son roman "A Barca di a Madonna")

"D'un passé presque inaudible" : qui évoque "L'Infanfata" de Lisandru Marcellesi (et qui permet d'évoquer Dante)

"Fables et voleurs" : pour lire allégoriquement la réécriture en langue corse d'une fable de La Fontaine par Yvan Renucci

"La flûte et l'enfant", pour s'arrêter sur un passage magnifique d'une nouvelle nommée "La mère et l'enfant", de Rinatu Coti

"Élémentaires : poésie" : lecture d'un poème de "Marines sauvages", de Marie-Jean Vinciguerra, commençant par "Semence de foudre et de pierre..." et évoquant Empédocle

"Où l'on rencontre un mouflon" : qui montre que cela fait longtemps que je rêve en lisant les écrits de Marcu Biancarelli (vous aurez remarqué que certains noms reviennent souvent sous ma plume numérique ; mais quels sont vos auteurs favoris ? et leurs textes ? et les pages qui vous emballent ?) ; il s'agit ici de la nouvelle "Piscadori"

"Regard libre, regard contraint" : Marie Ferranti, évoquant l'arrivée d'un mort dans les "Femmes de San Stefano"

"Scole di scrittura" : où les écoles qui apprennent à écrire semblent bien nombreuses et pas toujours intra muros ; à propos d'une nouvelle de Leonu Alessandri, "A lenza di u maestru", du recueil "Filette orezzinche"

"Tanger porte du temps" : un poème de Danièle Maoudj, édité à l'occasion des Rencontres internationales du film méditerranéen de Bastia, en septembre 1999

"Vanina s'éveille", qui s'attarde sur un extrait d'une oeuvre de Marie Susini, "Plein soleil" (1953)

"Logomachia è risate" : j'ai déjà évoqué ici ce commentaire, à propos de la "Dionomachia" de Salvatore Viale.

Vous me pardonnerez de repasser un plat, qui a ses défauts certainement (mais lesquels ? dites-le moi), mais il faut bien y revenir : il n'y a pas de lecture, il n'y a que des relectures !

lundi 26 janvier 2009

VIR NEMORIS (1)

Très rapidement (trop), vous dire que j'ai lu et que je relis (par petits bouts), très régulièrement, un ouvrage incroyable à bien des égards : le "Vir Nemoris" (écrit entre 1770 et 1771 ?) de Giuseppe Ottaviano Nobili-Savelli.

Allez voir l'ouvrage sur le site de l'éditeur, Albiana, et d'une façon ou d'une autre découvrez l'histoire de ce manuscrit, de ses traductions mais aussi des récupérations de son "message" par le Risorgimento au XIXème siècle et par le Fascisme au XXème, jusqu'à cette édition enfin intégrale, aujourd'hui.
Il s'agit d'une épopée inachevée (deux chants), écrite en latin. Il s'y exprime la lamentation et la colère de Circinellu, le prêtre rebelle, figure historique réelle à la légende bien connue, devant "l'anéantissement" du jeune Etat corse indépendant après la défaite de Ponte Novu.
Nous reviendrons longuement sur ce texte. Nous devons l'établissement du texte latin et sa traduction en français à François-Michel Durazzo : qu'il soit longuement remercié pour avoir redonné vie (bien longue j'en suis sûr) à cet incroyable ouvrage, à la fois document historique, monument littéraire et événement pour notre imaginaire.

Qu'un texte en latin (une langue "morte") puisse à ce point avoir de l'importance pour notre imaginaire corse actuel me laisse rêveur ; j'en suis positivement enchanté.

Une question : y a-t-il d'autres textes latins qui aient cette valeur pour notre littérature ?
Je crois me souvenir que Monseigneur de la Foata a aussi publié des oeuvres en latin mais je ne les connais pas ; que certaines chroniques historiques (le premier genre littéraire de notre littérature) ont été écrites en latin (le "De rebus Corsicis" de Petrus Cyrnaeus, mais je ne le connais pas et existe-t-il une traduction en français ?). Autre signe : deux chansons dans l'album du groupe Manât ont été écrites en latin par Rinatu Coti ("Petrae sicut" notamment) !

Question subsidiaire : y a-t-il d'autres littératures qui mettent à l'honneur et présentent comme susceptibles d'une lecture actuelle des textes écrits en latins ?

Donc, voici les premiers mots latins (dans ce blog) de la littérature corse :

Astrorum terraeque decus, soror incluta Phoebi,
tu, dea, quae ualles crispato lumine adumbras :
grandia corda uirum tu tollis ad ardua, tentant
perficiuntque tuo sublimia numine coepta.
Tu, dea, tu praesens (quoniam nimus aurea fratris
Lux inimica mihi, patrios ubi fraude penates
Gallia subripuit), nostro sucurre labori.
Te duce, magna peto, duce te quoque magna canendo,
nec prius ausa tegam nectenda murmure conchae.

Que M. Durazzo redit ici avec ses mots :

Honneur des astres et de la Terre, illustre soeur de Phébus,
toi, déesse, qui plonges les vallées dans l'ombre de ta lumière ondoyante,
toi qui portes les grands coeurs à de rudes entreprises,
sous ta protection ils tentent et accomplissent des exploits.
Toi, déesse, qui m'assistes, - puisque la lumière trop dorée
de ton frère m'est hostile, depuis que la France s'est sournoisement emparée
des pénates de ma Patrie -, secours-moi dans cette tâche.
Sous ta conduite, je veux évoquer des faits importants, sous ta conduite aussi, je veux le faire en vers,
et je ne cacherai pas les crimes accomplis, qui ont fait résonner le cor marin.

Plus tard, avec l'autorisation du traducteur, je vous raconterai l'histoire de la traduction des vers 8 et 9 ; elle est superbe et me soulève d'un contentement ultramarin (je ne sais plus qui utilisait cette expression...).

Plus tard encore, j'offrirai à votre regard la lecture par un ami de ce même texte, avec sa permission.

Cela fait beaucoup de promesses, mais je me demande s'il n'est pas dans la nature des blogs d'être d'abord les réceptacles de toutes les velléités, propositions, souhaits et promesses.

A 19:08 il n'y a plus, dans le ciel qui m'environne, que le noir de la nuit et quelques lumières de la ville (Aix), mais c'est tout de même avec cette imaginaire "crispato lumine" ("ondoyante lumière") de la Lune que je termine ce texte.

Quelles sont vos lectures de ce texte ?