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lundi 25 juillet 2011

"Eloge de la littérature corse" dans Corse-Matin (2)

Bis repetita... mais nous pourrions faire cela tous les dimanches, moi cela me convient très bien !

Donc, merci à Sébastien Pisani pour son article, clair et synthétique, dans le Corse-Matin du dimanche 24 juillet 2011, après sa venue lors de ma signature à la librairie La Marge à Ajaccio, le jeudi 21 juillet. Je cite une nouvelle fois "A funtana d'Altea" de G. Thiers comme un livre fondamental dans l'histoire littéraire corse (tout le monde est d'accord, n'est-ce pas ?).

J'en profite pour réclamer ardemment :
- une réédition de ce roman, paru aux éditions Albiana, en 1990. Car il est épuisé ! Et il faudrait que cette réédition soit faite dans un format de poche (avec un prix - maximum 4 euros ?) qui permette de le faire acheter à des classes de lycéens.
- une nouvelle traduction française. L'auteur fut son propre traducteur, ce qu'il n'a pas aimé faire, selon ses propres dires. (Et l'édition en poche de cette traduction serait aussi la bienvenue...).

Non ?

dimanche 17 juillet 2011

"Eloge de la littérature corse", dans Corse-Matin

Merci d'abord à Jean-Paul Cappuri pour l'article sur "Eloge de la littérature corse", paru dans le Corse-Matin d'aujourd'hui (dimanche 17 juillet 2011).

Comme indiqué dans un billet précédent, Corse-Matin, les représentants du pastis 51 et les éditions Albiana sont venus samedi à Campile dans le cadre de la tournée des "51 villages de Corse-Matin". Quatre articles pour mettre en évidence l'histoire, les gens, les atouts (notamment associatifs) et les difficultés de mon village.

Ce fut un plaisir de voir sur la place de l'Eglise une table avec les livres d'Albiana. De pouvoir feuilleter. Et discuter. J'ai acheté d'ailleurs le premier volume de la nouvelle collection "La Corse au siècle des Lumières", l'édition et la traduction française par Evelyne Luciani de deux textes écrits en italien en 1730, au sujet du sac de Bastia par les Corses (dont un "poème épique anonyme"... passionnant pour la littérature contemporaine...) : "1729, les Corses se rebellent".

Je reviens ici très rapidement sur l'article de Jean-Paul Cappuri qui me donne la parole et évoque le blog "Pour une littérature corse" ainsi que sa version papier "Eloge de la littérature corse".

Simplement, je ne pense pas, comme il est gentiment écrit, que cet ouvrage ("Eloge de la littérature corse") soit appelé à "faire autorité" sur le sujet de la littérature corse. Ce n'est pas par modestie que je dis cela, c'est un fait : ce livre avance des intuitions, des propositions, des points de vue dont l'objectif est d'être discutés, et non pris pour argent comptant. Ce sont des libres propos, à "sauts et à gambade" pour reprendre l'expression de Montaigne et non une vraie Histoire de la littérature corse ni même un Essai en bonne et due forme sur ce sujet.

Mon désir est donc plutôt que ce livre "participe" au débat sur la littérature corse. Avec les autres "participants" de la vie littéraire insulaire (lecteurs d'ici et d'ailleurs, associations, sites et blogs, médias, libraires, bibliothécaires, institutions politiques et culturelles, écrivains, éditeurs, diffuseurs, membres des jurys des prix littéraires, etc...).

Par moments, d'ailleurs, j'ai l'impression que le sujet "littérature corse" (et non "livre corse") suscite peu d'enthousiasme et que l'on se satisfait d'une situation paradoxale : une production littéraire très riche (ou du moins, très variée, mais de qualité très diverse, forcément) et absente de l'espace public (ou presque). Existe-t-il réellement un désir de littérature corse ? D'une littérature distincte de l'usage identitaire ou patrimonial, je veux dire...

La discussion est ouverte...

dimanche 23 mai 2010

Comment j'ai lu "Corse Matin", ce matin

De la honte... voilà le sentiment ressenti à la lecture de l'article du quotidien Corse-Matin (dimanche 23 mai 2010) consacré aux tables rondes qui eurent lieu le samedi après-midi 22 mai, au lycée Jean Nicoli à Bastia, dans le cadre du festival "Histoire(s) en mai", organisé par Arte Mare.

Il paraît que c'est un sentiment noble, la honte. Vous m'excuserez donc de l'exprimer ici de façon un peu vive. Mais justement, ce dont il a été question hier après-midi, c'est de la vie, de la vitalité, du vif de la littérature, et notamment de la littérature corse.

Alors voici l'article (en caractères rouges) et les mots que j'ai prononcés ce matin en le lisant (en caractères bleus). Evidemment, vous l'avez deviné, il s'agit pour moi de corriger, compléter, nuancer ; et non d'en vouloir à qui que ce soit ! Les choses sont comme elles sont... mais enfin, on aimerait parfois que le relais journalistique ne soit pas si pauvre, non ?

(Par ailleurs, je prendrai le temps de faire un autre billet qui soit un compte rendu détaillé des propos des blogueurs invités - j'ai pris des notes -, et un compte rendu moins détaillé des propos des romanciers que j'ai eu le plaisir de présenter - je n'ai pas pris de notes).

Allons-y :

* histoire(s) en mai
Blogs, traduction et auteurs au programme de la der'

Changement de décor dans le cloître du lycée Jean Nicoli pour la dernière journée de la manifestation.
Des canapés fluos (oui, c'est exact) remplacent les bancs gris et bleus habituellement dévolus aux potaches, une table drapée de rouge (oui) accueille les premiers intervenants de l'après-midi : les bloggueurs de littérature corse. François Renucci en est l'animateur. À ses côtés, Angèle Paoli, Marcu Biancarelli et François Renucci (ah non, c'est Xavier Casanova qui était juste à côté de moi ; c'est une coquille) font part, devant une trentaine de passionnés (c'est ce que j'ai compté aussi, et effectivement les gens dans le public avaient l'air très intéressés, plusieurs d'entre eux ont spontanément demandé la parole d'ailleurs, ce qui fait très plaisir), de leurs diverses expériences de littérature sur le web.
En créant un blog dédié aux femmes (mais pourquoi ne pas donner le nom et l'adresse de cette revue littéraire sur Internet ? : "Terres de femmes" ; http://terresdefemmes.blogs.com) (de plus cette revue laisse une très large place aux écritures de femmes mais il y a de très nombreux articles consacrés à des écrivains masculins, de toutes nationalités), la première intervenante trouve dans cet espace numérique la possibilité de faire paraître des écrits en souffrance. (Pas seulement, et pas d'abord : d'abord il s'agissait de donner la parole à ses aïeules, d'évoquer la Corse, puis de découvrir d'autres écrivains et notamment de rendre public des poésies qui bien souvent sont difficiles à publier et à faire connaître parce que la poésie ne se vend pas) "Nous sommes trois à travailler 6 heures par jour depuis 2004. C'est une façon d'exprimer notre passion pour la Corse, la littérature et l'écriture", lance Angèle Paoli. (pour le coup, la citation est tout à fait exacte)
Pour Marcu Biancarelli, son arrivée sur la toile est marquée par le besoin d'avoir, au départ, une vitrine promotionnelle. "Je n'ai pas pris un plaisir particulier, mais il faut reconnaître qu'Internet offre, gratuitement, une possibilité phénoménale d'expression", avoue l'auteur. (ok, mais citons le nom et l'adresse du site en question : "Biancarelli in Barsaglia" ; http://forubiancarelli.forumactif.net/) (mais surtout, l'essentiel des propos de MB a porté sur le plaisir extraordinaire pris à l'animation du forum "Gazetta di Mirvella" - lieu alternatif, d'une grande liberté d'expression, carnavalesque, outrancier, créatif : http://mirvellagazetta.forumactif.net/)
Enfin, Xavier Casanova pense que deux expériences l'ont amené à réaliser un blog (dont voici le nom et l'adresse : "Isularama" ; http://isularama.canalblog.com/) : son premier ouvrage pour Albiana ("Codex Corsicae"), avec la sensation d'un manque de retour par rapport à ses attentes d'auteur et son immersion pendant sept mois dans la presse. (avec le magazine culturel "Ci Simu")
"L'oeuvre aujourd'hui, c'est la personne, le texte est secondaire", conclue-t-il. (Cette phrase est un constat cynique en aucun cas une profession de foi, au contraire il s'agit pour XC de détourner cet état de fait pour revenir aux textes) (Mais l'essentiel du propos de XC fut d'insister sur la volonté de participer à la mise en valeur de ce qui "est vivant" dans la culture corse auourd'hui, avec un esprit décalé et enthousiaste, en travaillant la forme des textes proposés sur le Web, etc. etc.) Après une synthèse de François Renucci (qui est animateur d'un blog ouvert depuis janvier 2009 pour amener qui le voudra à parler de ses lectures de livres corses, écrits en quelque langue que ce soit, où l'on discute parfois vivement : "Pour une littérature corse" ; http://pourunelitteraturecorse.blogspot.com) c'est au tour de Marie-Jean Vinciguerra d'évoquer la traduction (par François-Michel Durazzo) en langue française de "Pépé l'anguille" (il faut absolument ici signaler, en les remerciant, l'existence des éditeurs de l'ouvrage, Bernadette Paringaux et Jean-Paul Blot, des éditions Fédérop, venus spécialement de Dordogne pour présenter leur dernier-né, un très beau livre !).
Quelque chose de rare dans le sens corse continent (est-ce l'expression qui fait allusion aux éditeurs ?), pour le premier roman (de langue) corse (indiquer le nom de l'auteur ! : Sebastianu Dalzeto, auteur de romans et de poèmes en langue française, médiocres de l'avis général, mais surtout de deux romans magnifiques en langue corse, "Pesciu Anguilla" (1930) et "Filidatu è Filimonda" (1936), très importants pour la littérature corse) sorti dans les années trente (1930), réédité vers 1980 (1990 en fait, par les éditions La Marge, puis en 2000 de nouveau par La Marge et enfin en 2009 par les éditions Sammarcelli) et enfin édité en français (par les éditions Fédérop, donc) (Mais encore, en cours de traduction en italien et en catalan ! Fantastique pour un livre de langue corse qui sort ainsi de la confidentialité, non ?). "Mais dans ce changement de statut, les expressions locales disparaissent et avec elles le pittoresque du récit", raconte un habitué des revues littéraires. (Alors là, c'est terrible : il y a eu vingt minutes de dialogue entre FM Durazzo et MJ Vinciguerra pour expliquer par le menu combien le travail de traduction a visé le meilleur équilibre entre un texte en français, fluide et entraînant et la saveur des expressions et de l'esprit de langue corse !) L'après-midi s'est poursuivi avec "l'histoire au miroir de la fiction" (c'est le thème d'une table ronde qui a eu lieu en fait avant la présentation de "Pépé l'anguille" ; table ronde qui, sous la direction de l'écrivain Michèle Acquaviva-Pache, réunissait Olga Lossky pour "La révolution des cierges" ; Marta Morazzoni, absente mais représentée par sa traductrice - me semble-t-il, Marguerite Pozzoli, pour "L'invention de la vérité" ; Giovanni Maria Bellu pour "L'homme qui voulut être Peron" et Jean-Claude Macé pour "Les braises des années rouges") et une table ronde d'éditeurs. (qui n'a pas eu lieu, pour cause d'heure trop tardive... Par contre s'est déroulée une dernière table ronde consacrée à quatre romanciers, que j'ai animée, et qui réunissait Marie Casanova pour "Et l'odeur des narcisses", Nadia Galy pour "Le cimetière de Saint-Eugène", Georges de Zerbi pour "L'ultima pagina" et Marcu Biancarelli pour "Murtoriu")

Voilà, je pense sincèrement que le public et la quinzaine d'auteurs présents ce jour-là auraient aimé un compte rendu qui rende justice de la qualité de cette manifestation, surtout dans le quotidien le plus lu de l'île. Une autre fois peut-être ?

mardi 22 décembre 2009

"Codex Corsicae" : éloge des départs

Le 4 avril 2009, je faisais état de ma non-lecture du "Codex Corsicae" de Xavier Casanova, tout honte bue. Et puis aujourd'hui, mardi 22 décembre 2009, je viens de finir la "lecture" de ce "livre". Je dis "lecture", parce que cet acte est bien divers, complexe et mystérieux...

"Ma" "lecture" de ce "livre" a donc été aujourd'hui la suivante : dans le salon, à Campile, entre 14 heures et 17 heures. Durant ces trois heures ? : du brouillard dans le village (classique), à ne plus voir le clocher, et la nuit qui envahit. Avant cela ? : les commerçants ambulants : la boulangère (qui est du village) ce matin, le boucher (qui est d'un autre) vers 13 h 30. Circonstances mentales ? : depuis plusieurs jours je sais que je vais bientôt rencontrer Xavier Casanova, l'auteur du livre ! Je me dois donc de "lire" enfin correctement son livre ! Donc, 14 h : je suis assis près de la cheminée (il n'y a pas de feu). Et je me lance.

Le "livre" est constitué de deux parties, différentes :

- 100 "socioglyphes", listés sur 40 pages, constituent la première partie. Comment en parler ? C'est très drôle (humour décalé, pince sans-rire, absurde), cela évoque la Corse contemporaine (Gendarmes et Clandestins, Corse-Matin et CTC, etc.), cela semble partir dans tous les sens et pourtant chaque introduction d'un nouvel élément (la mouche, la pelle à tarte naine, la médaille, l'ocarina, etc.), aussi incongru soit-il, donne lieu, quelques pages plus loin, à "reprise" et à "étincelle mentale".

Un exemple qui m'a bien plu ? L'analyse des discours en Corse, en trois catégories répertoriées par le socioglyphe 81 : le systalique, le diastalique et l'euchastique, décrits par les trois socioglyphes suivants :

82. LE SYSTALIQUE. - Ce genre réveille toutes les passions tendres et affectueuses susceptibles de resserrer le coeur jusqu'aux limites du supportable. Ô Cursichella !

83. LE DIASTALIQUE. - Ce genre provoque l'expansion démesurée des grands et nobles sentiments de la tragédie, depuis la joie exubérante jusqu'au courage intrépide. Libertà !

84. L'EUCHASTIQUE. - Ce genre, admirablement adopté et développé par les chroniqueurs de Corse-Matin (Béni soit son nom !), se tient exactement entre striction et expansion. Il s'emploie - avec une application pétrie de bienveillance à l'égard de tous - à ramener l'âme de chacun à la tranquillité sereine. Son outil est la louange des actes insignifiants. Son arme est l'euphémisation des gestes extrêmes. Sa réussite est, non pas de réconcilier l'agneau et le loup, mais de ne paraître l'ennemi d'aucun. Son appui le plus constant est le temps qui passe. Durer, c'est en effet voir mourir ou s'entretuer les autres, en savourant délicieusement sa pérennité. Lascia corre. Lascia more.

Toujours trouvé qu'il y avait une étude magistrale à faire du "Corse-Matin" : comment le quotidien unique recouvre la réalité de l'île d'un voile pudique, et comment il ne peut en être autrement...
Mais, nous dirons-nous, qu'est-ce donc qu'un "socioglyphe" ? Le livre de Casanova propose lui-même une description (c'est au début de la seconde partie) :

- Socioglyphe ? Le terme apparaît pour la première fois sur un manuscrit franciscain anonyme et non daté, très vraisemblablement écrit dans le début du XVIIème siècle si on en juge par l'évidente infiltration de thèmes hérités de la Renaissance florentine et vénitienne. Adoptés ou réfutés, ils tendent la trame qui s'entrecroise avec un fil mélangé - moitié formules naturelles quasi-triviales et moitié propositions synthétiques quasi-axiomatisées. Elles mettent le plus souvent en balance des conclusions aussi fortement équiprobables que contradictoires, tant et si bien que, sans l'unité de style, on croirait à une écriture à deux plumes. Transcrirait-elle un débat à deux têtes, auquel l'auteur aurait participé ou assisté ? Ou encore un dialogue entre deux instances de sa même personne engagées dans un exercice spirituel hardi et ardu ?

Lisant ce passage, j'eus de nouveau envie de lire les "socioglyphes" de la première partie, pour faire jouer entre elles les contradictions (car à la première lecture, j'avais plutôt l'impression d'un système de pensée, logique et cohérent, comme quoi ma lecture avait dû être trop rapide).

- Et puis la deuxième partie du livre, intitulée "Esquisse d'une théorie de l'interprétation des socioglyphes de Corse". Elle raconte les pérégrinations d'un frère franciscain (Fra Luca), qui après son séjour en Corse, écrira le fameux "Codex Corsicae". Avant d'arriver sur l'île, il aura rencontré divers personnages hauts en couleurs, ayant vécu des vies aventureuses, physiquement et spirituellement, et le tout sera propre à remettre en cause bien des dogmes et des pouvoirs établis (dans une veine qui rappelle Rabelais).

Il y a deux passages qui m'ont ravi (entre les deux, je dois au caractère scientifique de ce billet de dire que j'ai dormi une petite heure, le livre en mains, le doigt glissé à la page je ne sais plus combien ; et à mon réveil, qui se fit par paliers, le feu était allumé dans la cheminée à ma gauche ; est-ce que le doux sifflement des bûches, la chaleur des flammes, l'odeur du feu et les voyages euroméditerranéens des personnages de Casanova, entre Tunis, Rome, la Corse, Lyon et Paris m'avaient emmené au pays des rêves, ou bien, au contraire, mon sommeil, à sa manière butale, m'avait-il bien mieux plongé que mes yeux fatigués, dans le livre de Casanova ?), voici donc deux passages qui ont accroché ma mémoire (justement) :

Parlant ainsi de son arrivée en Corse, il dit avoir, avant de rejoindre la communauté conventuelle qui s'apprête à le recevoir, trois fois touché du doigt le monde des eaux : par la mer qu'il a franchie, par l'étang qu'il a contourné, par le fleuve qu'il a remonté. Si la mémoire est comme le monde des eaux, alors il doit être des mémoires lisses comme un miroir mais qu'un coup de Gregale ou de Libecciu peut transformer en enfer liquide. Il doit être aussi des mémoires calmes commes les étangs de Diana ou d'Urbinu, mais dont on ne peut s'approcher sans se trouver englué dans les vases qui le bordent. Il doit être aussi des mémoires farouches comme le fleuve qui rassemble toutes les sources de la vallée, n'en fait qu'une seule et même force, fend la montagne en deux falaises abruptes, mais, dès le piémont s'évase, divague et s'envase.

(...)

Parlant de son exercice de stylite, il dit avoir, dans sa station sur la colonne, trois fois touché du doigt le monde de la lumière, par la course du Soleil, de la Lune et des feux.
Si la mémoire est comme le monde de la lumière, alors il doit être des mémoires comme le Soleil qui illumine le monde d'un horizon à l'autre mais aveugle qui voudrait le regarder en face. Il doit être aussi des mémoires comme la Lune, qui s'enfle et se rétracte, mélangeant chaque fois à proportions subtiles et changeantes l'image et le souvenir du monde. Il doit être aussi des mémoires commes les feux, qui transforment au gré de l'homme la caverne et la cave en paysages ensoleillés, mais aussi la plaine et la montagne en paysages lunaires.

Voilà.

Je voulais citer aussi un passage de la fin du livre. Mais je ne le ferai pas, je préfère terminer ce billet sur l'évocation des six sortes de mémoires... Six pistes pour s'égarer et vagabonder dans les bois de la littérature corse.

Et refermant le livre, je me dis : ce que je viens de "lire", c'est un éloge des "départs" (partir en Corse, partir de Corse, etc.). Et de ce qu'ils obligent à emporter avec soi, dans ses mémoires ; et de ce qu'ils obligent à accueillir d'imprévisible ; et de ce qu'ils engagent finalement à produire (comme par exemple le recueil des cent notices biographiques des "captifs rachetés par la charité des chrétiens de Paris", recueil magnifiquement intitulé "Libérations"... C'est peut-être de ce livre absolument vrai puisqu'inventé dont j'ai rêvé pendant une heure ?).

Mais vous avez peut-être fait une lecture bien différente du même ouvrage ?

Exemple d'une autre lecture : la recension du livre par Okuba Kentaro, pour "Combats magazine".