vendredi 17 juin 2011

Une lecture de "A Ghjanna" de Dumenicantone Geronimi, par Françoise Manodritta


Evidemment, un grand merci à Françoise Manodritta pour envoyer ainsi son point de vue, sur un livre à peine évoqué sur ce blog (et chroniqué par Jean-Marie Arrighi dans un ancien numéro de Corsica, me semble-t-il).

La littérature (corse) est éternelle : les livres ne meurent jamais, chaque lecture révèle leur vitalité.

La discussion est ouverte, éventuellement. Vos échos sont les bienvenus, citer d'autres poèmes, faire part de vos remarques, prolonger le plaisir, c'est toujours possible.

Voici donc le billet de Françoise Manodritta à propos de sa lecture de "A Ghjanna", recueil poétique en langue corse (avec traduction française) de Dumenicantone Geronimi, publié aux éditions Alain Piazzola :

Je souhaiterais saluer ici le recueil de poésie bilingue de

Dumenicantone GERONIMI :

A GHJANNA (LA PORTE)

Prisintatta è tradutta da Luigi Muri

Pitture di Micheli Raffaelli

Éd. Alain Piazzola, Ajaccio, 2009 (164 p.)

(Prix de la Collectivité Territoriale de Corse, 2009)

Les 42 poèmes qui le composent sont un hymne profond à l’amour et à la terre, évoquée dans ses aspects les plus élémentaires (l’eau, le feu…). Une brillante préfacede Louis Muri l’accompagne, ainsi que dix peintures originales de Micheli Raffaelli, — "abstractions figurées" en couleur, faites, notons-le, tout spécialement pour ce livre.

Sous couverture cartonnée, le recueil se présente donc, en définitive, comme un véritable "livre d'artiste".

L'une de ces œuvres nous rappelle la complicité restée vive entre l'auteur et le peintre, depuis qu'ils ont cosigné la pièce : "U Ruminzulaghju" où s'opposent les discours antithétiques de deux sorcières : l'une recourant aux procédés traditionnels d'invocation et d'appel aux forces occultes, "e putenze...", tandis que l'autre fait appel aux objets du monde actuel, devenus médiums par leur présence dans la décharge à l'état de détritus, "osse di farru..." (La Marge Édition, 1990, pièce créée à Calenzana en 1984). La peinture de Raffaelli, qui évoque un métier à tisser encore reconnaissable sous l'abstraction, a été couplée par l'auteur à un commentaire sur les tisseuses, " O tissidore...", thème associé à la sorcellerie depuis la plus haute antiquité, et dont l'imaginaire corse nous est resté le témoin vivant. Une Parque
fileuse est encore là, elle éclaire en finesse toutes ces pages, et c'est tant mieux, car c'est très beau.

Rappelons que l'ouvrage est un tirage limité à 500 exemplaires.

(l'image)

4 commentaires:

  1. D. Geronimi est un excellent connaisseur de la langue et de la littérature insulaires ce qui ne l'empêche pas d'avoir d'évidentes qualités créatives. je suis un peu déçu par le court billet de Françoise qui a très certainement d'autres choses à nous dire sur cette poésie originale mais....faut-il vous prier Françoise pour que vous nous en disiez un peu plus...? Lorsqu'on explore avec tant de perspicacité l'oeuvre de Paul Valéry...on est en droit d'avoir une certaine exigence...Allez au travail Françoise !

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  2. Norbert,
    comme toi, j'espère des développements autour de la lecture du recueil "A Ghjanna". Peut-être ceux de François Manodritta... peut-être les tiens... Liberté absolue des lecteurs, des commentateurs... Je sais combien il est parfois difficile de prendre du temps, d'écrire, de se relire, de publier... Espérons que cela se développera de plus en plus (sans que cela devienne une souffrance, bien sûr).

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  3. Et bien voici, mille mercis à Ghjacumu Fusina pour nous avoir envoyé ce soir la présentation qu'il écrivit pour la remise du Prix de la Collectivité de Corse en 2009 (catégorie langue corse) :

    A usciu è à casa

    « A Ghjanna », un titulu stranu appuntu à l’entre di l’opera, cum’è una bandera digià, quella di una lingua bella, alta è preziosa cum’ella usava in tempi di u settanta in certi chjerchji culturali nostri : hè vera chì à l’amicu Dumenicantone li piacque sempre issa cerca di a parulla rara (questa mi pare chì pochi lettori a cunniscessinu à e prime) è ghjusta (da u latinu janua, propiu a porta d’entrata di casa), tesoru di spressione, di quelli chì non solu arricchiscenu una lingua ma li arrecanu issu pesu di significatu vechju chì porghje naturale ver di a puesia. I testi racolti quì sò difatti puesia sempre : pezzi corti è pisulati à bella megliu, pensamentu assennatu è sodu o fiori d’emuzione chjara cum’è l’acqua, passi di sensu è di vita, messi in pagina cun arte è manera, chì si valenu da per elli lettura è riflessione à tempu. Si rileghjenu cusì cun piacè dinù quelli cunnisciuti digià. (Pensu à "Petre lumi", per indettu). Ma u travagliu di Michele Raffaelli, complice di teatru (arricurdemuci di quellu splenditu "Rumenzulaghju") hè più chè illustrazione : porta cumplementu di sensu è di decoru, contrapuntu musicale (postu chì l’artistu, si sà, hè dinù musicante attalentatu), è aghjunghje culori duv’elli puderianu mancà una cria. Eppo ci hè una antra cuntribuzione maestra, quella di Luigi Muri, complice dinù ellu di i tempi di "Rigiru", chì, à quandu traducendu à quandu spiegandu, in francese, aiuta à leghje megliu, indetta viottuli è scurtatoghji, sfumature infurmative mai inutuli è mai in sopr’à più. Cumplimenti infine dinù à l’editore chì ci hà offertu « à usciu è à casa », s’ella si pò dì, un libru ogettu riesciutu di quelli chì ci piacenu assai.
    Ghjacumu Fusina

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  4. Bravo pour ce texte à la fois élégant et pertinent ! Je me souviens l'avoir déjà lu, je ne sais plus trop où, peut-être au moment de la remise du prix ..;
    Un salut respectueux à Dumenicantone qui conserve toujours le regard pétillant du jeune homme qu'il a été et qu'il est encore. La poésie serait-elle une cure de jouvence ?

    Norbert

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