vendredi 20 avril 2012

On relaie : Francescu Micheli Durazzo ci parla di a puesia corsa

Je veux dire de la "poésie d'expression corse".

C'est sur le site de Norbert Paganelli que l'on trouve l'entretien avec François-Michel Durazzo : sur Invistita ; sur Facebook (où une "discussion" a commencé).

Je trouve très appréciable :

1. que la personne interviewée fasse, en toute modestie, des choix, indique ses préférences parmi les expressions poétiques contemporaines insulaires (en langue française ou en langue corse).

2. qu'il estime qu'une littérature (d'expression corse en l'occurrence) doive étonner, et pour cela ne pas simplement reproduire les formes traditionnelles, et pour ce faire, doive lire les littératures autres, s'en inspirer, dialoguer avec.

3. que la traduction (qui est sa vraie activité ; FM Durazzo ne veut pas se considérer vraiment comme un écrivain) est un passage obligé pour faire connaître la littérature écrite en langue corse.

4. que traduire est une sorte d'épreuve que l'on fait subir à une oeuvre : si elle est de qualité, cela s'entend et se lit aussi dans la traduction.

Tous ces faits me semblent d'un bon présage pour l'espace public littéraire corse qui se met peu à peu en place. Puisque les opinions émises par Durazzo sont présentées avec sincérité, calme et goût pour la discussion !

Merci à messieurs Paganelli et Durazzo pour cet entretien revigorant (et discutable !!).

30 commentaires:

  1. Oui, merci pour cet entretien revigorant et ô combien salutaire. Dire une ou deux vérités de temps en temps cela augmente l'air.
    Pour illustrer cet entretien je me permets de vous donner à lire un texte d'Alain Di Meglio, traduit par l'auteur, et non par F.M. Durazzo (dont il est le créateur préféré-fétiche), et trouvé dans une revue à laquelle je suis abonné depuis un séjour prolongé dans le lyonnais :

    "Les rafales du libeccio
    ont détruit la paillotte chez Tony
    malmené le comptoir de Thierry
    déchiqueté la buvette "Chez Jacquot'
    noyé et démantelé la maison de Serena
    traîné algues et détritus chez "Angeot et sa crique"
    Mais à la fin c'est qui le chef ici."

    Revue Baccchanales numéro 46, théme "Ce qu'île dit".

    J'espère vivement que ce poème sera traduit en portugais, ce qui permettra à la nombreuse diaspora lettrée présente chez nous d'avoir la larme à l'oeil et d'aller réparer les dégâts gratuitement avant la saison !

    N.M.

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  2. Merci pour ce poème d'Alain di Meglio (rare utilisation de l'humour en poésie ; cela me fait penser à certains poèmes de Thiers, celui sur Ponte Novu notamment).

    Donc, encore merci à Norbert Paganelli pour avoir ainsi cuisiné FM Durazzo !

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  3. Puisque vous appréciez l'humour en poésie et que vous citez Jacques Thiers je me permets à nouveau de plonger dans la revue Bacchanales et de vous transcrire un texte du ci-dessus nommé :

    Colimaçon

    Les regards se font torves
    au fil des rues
    de ma vieille cité
    mais le pas est droit
    tendu et bien ferré
    l'allure paraît noble
    même si mon esprit
    vagabonde en colimaçon

    Comme je ne suis pas très érudit et que j'ai un peu l'esprit de l'escalier je ne trouve rien à dire à ce "poème", il me laisse pour ainsi dire froid. Par contre celui-ci, dont je vous laisse le soin de deviner l'auteur, me parle bien davantage :

    "Quelque part
    les planches disjointes
    donnent l'illusion
    d'un mouvement
    vers
    plus loin

    maintenant que tu t'es allongé l'une d'elles
    t'oppresse

    la cage thoracique de cette maison est pleine d"inquiètudes

    et le martinet mort dans le cercle des chats

    s'il fallait retenir une chose empêcher qu'elle s'en aille ton absence sans doute

    mais cette maison
    comment la défaire ?

    pour que ton nom ne pèse rien
    que son obstination"


    Cette tension perceptible entre les Je du dedans et l'extérieur
    la comparaison entre la maison réelle, abandonnée par la personne aimée et la cage thoracique, l'alexandrin parfait au coeur du poème, tout cela affirme un poème parfaitement travaillé, je dirais chantourné à l'extrême. Assurémeent un poète de grand talent qui ne sera peut-être pas traduit en portugais tout de suite mais sûrement un jour en bien d'autres langues.

    N.M.

    Bon d'accord,vous insistez ? Aloors un autre Thiers mais juste pour vous faire plaisir :

    Incertitude

    A force d'attendre le comment
    d'un destin incertain
    on a fini par nous coller
    la réputation d'un peuple qui ne sait
    où il veut aller

    Poésie ou paranoia ?

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  4. Ah j'aime beaucoup "Colimaçon" ! Cette petite scène de vie bastiaise, bien saisie, avec la reprise ironique du "strada dritta" de Pascal Paoli (?) tandis que l'esprit monte ou descend l'escalier caché, imaginaire... Merci pour la citation !

    Le deuxième poème ?... J'aime beaucoup aussi. J'essaie de devine, mais je vais me tromper : je dirai Stefanu Cesari ? (Je vois deux alexandrins... mais le premier n'est pas "parfait").

    Comment cela "paranoïa" ?

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  5. J'oubliais votre "formatage" universitaire, quasi "réactionnaire" ! Non cet alexandrin n'est pas parfait au sens de l'art poétique de... Boileau ! Mais la poésie a changé depuis plus d'un siècle, c'est, je crois ce que sous entend Durazzo, pour preuve cet unique alexandrin d'Apollinaire, qui constitue le poème Chantre et qui clôt "Alcools" :

    "Et l'unique cordeau des trompettes marines"

    Paranoia parce qu'il n'est pas dans la nature d'un véritable poète de s'identifier ou de parler pour un ensemble politique, ethnique, etc., en tout ces pas dans un poème.

    Maintenant que je vous sais relativement moins isolé, je peux vous quitter car je pense que nous ne nous entendrons que sur peu de choses.

    Chaleureusement,


    M.N.S.

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  6. Merci pour votre réponse.
    Quelques échos :

    - quand je parlais d'alexandrin parfait, je visais avec vous je crois le vers "et le martinet mort dans le cercle des chats" (6 syllabes/6 syllabes), tandis que l'autre alexandrin, il me semble, enjambe la césure de l'hémistiche ("maintenant que tu t'es allongé l'une d'elles" ; 3/6/3). C'est tout, j'accueille toute forme de poésie, sans formatage, j'essaie en tout cas. Pour moi la qualité d'un poème ne se mesure au nombre de syllabes.

    - il me semble que "Chantre" n'est pas le dernier poème d'"Alcools", je crois que c'est "Vendémiaire". Ceci dit sans vouloir tomber dans la cuistrerie, etc. D'ailleurs cela aurait été très fort de finir ce recueil par "Chantre", de même que l'ouverture se fait sur un alexandrin qu'on peut lire comme un vers de onze syllabes aussi : "A la fin tu es las de ce monde ancien" (an/ci/en, 3 syllaves ou an/cien, 2 syllabes)...

    - Liberté pour les poètes... : s'ils veulent parler pour un ensemble politique, ethnique, pourquoi pas. Thiers ne sera pas le premier. Hugo est un vrai poète, et pourtant... dans nombre de ses poèmes il parle pour le peuple.

    - Ah ! ne partez pas, j'adore dialoguer ! Surtout avec des personnes sincères comme vous et en désaccord sur de nombreux points avec moi !!

    Bien chaleureusement aussi

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  7. Hugo n'était pas un vrai poète c'était un "grand reporter", ce qui n'empêche le génie, Rimbaud l'était("Illuminations"), avant lui Baudelaire ("Petits poèmes en prose" supérieur aux "Fleurs du mal" malgré leur subversion).
    Chantre était le dernier poème d'Alcools, Apollinaire l'a déplacé plus tard.

    Aucun de ces deux alexandrins n'est parfait et cela importe peu, ce qui effectivement l'emporte c'est la créativité, le renouvellement, la tension !

    La liberté pour un poète à une autre connotation : c'est précisement d'échapper aux mouvements de l'actualité !

    Bien affectueusement

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  8. Vos réponses font mes délices.

    J'espère un de ces jours un billet sur un livre corse de votre part.

    Bien à vous

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  9. N'espérez pas, il n'est pas question pour moi de morceler la littérature en fragments régionaux, pas plus que de m'ethnocentrer.
    Multiplier les publications pour le seul plaisir d'offrir son ombilic à un microcosme,pour exister ? Et gloser à l'infini sur une masse difforme ?
    Il n'y a qu'une seule littérature. Quelques auteurs corses de langue française ou corse participent de cette littérature. Ils sont connus ou méconnus et généralement encensés ici (après l'avoir été ailleurs).
    Il n'y a donc aucune nécessité à en rajouter.

    Simplement s'aimer les uns les autres. c'est con, non ?

    Au fait j'étais un peu bourré hier ce qui explique les fautes mais vous, trop pressé de consulter twitter, facebook, etc., avez estropié le nom de Marie-Paule Lavezzi. L'empathie commence là, en se relisant.

    Je vous affectionne,


    M.M.S

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  10. N.M.S., je n'espère donc plus, ce sera donc une excellente surprise si jamais vous changez d'avis.

    Je n'ai pas ouvert pour faire de l'ethnocentrisme mais bien pour engager les lecteurs à raconter la façon précise et singulières qu'ils avaient de lire des ouvrages de "littérature corse". Toute littérature est une "masse difforme", ce sont les lecteurs - institutionnels, professionnels, amateurs - qui lui donnent des formes, variables.

    Si les auteurs corses (de langue française ou corse, ou autre) sont connus, c'est généralement grâce à des lecteurs (des critiques). Alors, lisons, et parlons de nos lectures. Il me paraît absolument essentiel d'ajouter nos avis dans ce domaine.

    Nous ne sommes pas obligés de nous aimer les uns les autres en plus !!

    Merci pour votre correction, votre empathie venant corriger à point nommé mes relectures défaillantes !!

    A bientôt, peut-être.

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  11. Ne pas s'aimer les uns les autres c'est un fait originel dans la nature de l'espèce humaine, d'où pour pour améliorer la dite espèce ont été rédigés les premiers poèmes : la Torah, les Evangiles, la pensée grecque, le Coran - des sortes de lois - et toutes les philosophies orientales, ensuite les sciences "molles" pour analyser le phénomène (et accessoirement occuper l'esprit de quelques fonctionnaires issus des grandes écoles et grassement rémunérés = les experts en tous genres). Pour résumer : la société telle que nous la vivons depuis le bédut !



    A vous lire nous en sommes toujours là en 2012 !

    "Ne pas s'aimer" alimente la littérature au sens où Verlaine et Mallarmé l'entendaient, c'est à dire peu de choses, de la "performance" comme on dit aujourd'hui, de l'égocentrisme,de la vanité pour quelques bons mots, quelques belles tournures, un style emberlificoté, qui ravit les érudits, ceux qui ne sont pas forcément les meilleurs hommes.

    Relisez Char : "L'homme est capable de faire ce qu'il est incapable d'imaginer".

    Le vrai poète tend vers un idéal illusoire et inaccessible, il ne tourne pas autour de ses galaxiques entrailles !

    Je vous affectionne un peu moins mais vous vous reprendrez dans votre prochain message, sinon je coupe (mais cela n'a guère d'importance puisque nous ne sommes pas, selon vous, obligés de nous aimer).

    (Le poème de Di Meglio c'est quand même quelque chose)

    M.N.S.P ou N.M.S.P

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  12. Vos acronymes me laissent perplexes, vos points de vue m'intéressent au plus haut point, votre enthousiasme me ravit.

    C'était donc un poème de Di Meglio, merci.

    A bientôt.

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  13. Ce que vous dites, cher MNSP ou NMSP, j'arrive à m'embrouiller est très intéressant...Même si vous demeurez un peu mystérieux et laconique dans vos propos. je pense que vous avez raison sur le message des grandes religions: "elles nous incitent à nous aimer". Je ne sais si elles y parviennent mais elles délivrent bien ce message originel. Cependant, il m'arrive de déceler dans les propos de certains poètes un message assez semblable...Je ne dis pas que le monde littéraire soit le paradis et que tout le monde se conduise comme il le devrait mais il y a bien un message en ce sens. Au fond si la poésie devait avoir une utilité c'est aussi de tenter de nous élever...Y parvient-elle . Je ne saurais le dire exactement.

    XXX

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  14. François, à cette heure je suis déjà largement imbibé mais encore en état de te répondre (je te tutoie ça sera plus convivial).
    Soit tu es naîf, soit tu manipules !
    Le poème de Di Meglio c'est celui des paillottes (et des comptoirs) dans Bacchanales ! Tu comprends maintenant pourquoi je biberone ! Parce que si cette poésie représente la corse dans une revue (au nom évocateur, je te l'accorde) alors il vaut mieux arrèter tout !

    Je t'aime bien !

    M.N.S.S.(J.B.)

    Le vrai poème il est comme tu l'avais supposé de Cesari

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  15. Merci, triple X, pour l'assentiment, m'enfin ça relève quand même de l'évidence.
    La poésie n'élève rien, elle accompagne la chute, c'est déjà pas mal d'être lucide non ?
    L'élévation c'est de l'embrouille chrétienne.
    Au mieux tenir sa place avec dignité !
    Par ces temps il vaut mieux être laconique et laisser l'emphase aux optimistes.

    Mais il est où François ? Il gamahuche ?

    M.N.S.P.B.

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  16. Je vois qu'on se couche tard chez les amis de la poésie. Je me suis levé assez tôt. Vos commentaires sont souvent dignes d'un gentleman élégant se dirigeant après tout le monde vers les chaloupes du Titanic... d'autres lorgnent du côté de l'immonde pieve de Mirvella. Non ?

    Quant à la poésie, je ne me risque pas à en parler, sachant à peine quoi en penser, ou ayant une foule de choses à en dire, contradictoires. Je préférais vous voir citer et parler livres, de poésie surtout.

    A bientôt, MNSPB (qu'est-ce que c'est beau cette créativité dans les pseudonymes, comme sur le Gazetta di Mirvella d'ailleurs).

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  17. O François Xavier, il sort d'où notre contempteur de ma poésie de comptoir ? Je ne récuse aucune aucune critique mais ce mépris par les menuisiers ou les maçons portugais immigrés en Corse ne sent pas très bon.
    Ce genre d'érudit de blog qui connait mieux que toi les intentions d'Apollinaire et la recette de l'alexandrin m'afflige depuis longtemps et n'apporte rien.
    Quand j'écris, je ne prétends pas me faire ambassadeur de la Corse et je suis désolé si je m'accorde tout, y compris des paroles de chansons ou des poèmes plus directs dans l'image, moins "chantourné", désolé si je ne ressemble pas à d'autres plus conformes qui font de vrais poèmes (ceux qui savent le vrai m'ont toujours effrayé), désolé si j'écris depuis un ethnocentre des fragments régionaux et en toute paranoia comme Jacques Thiers, désolé de ne pas avoir su échapper aux mouvements de l'actualité, c'est à dessein et le débat est vieux comme la poésie. On connait la musique du repli sur soi, du narcissisme collectif, du poème engagé...Eternel chapelet d'inanités et de mépris d'autres centres qui ont inventé les périphéries.
    Ce petit texte est retiré d'un ensemble contextuel qui répondait à une commande, celle de la revue Bacchanales. C'est Thiers qui l'a traduit. Je l'assume et le revendique sans drapeau, sans prétention de représentation ethnique. Qu'on se rassure, il n'engage que moi qui ai la faiblesse d'écrire depuis une île. J'accepte qu'il soit jugé mauvais par tel ou tel lecteur mais pas dans ce type de discours anonyme, éculé et malveillant et dans un procédé critique nauséabond.
    à u cavaddu ghjastimatu li luci u pilu...lui dirais-je en patois et sans intention de poursuivre plus avant cet échange.
    T'abbracciu è à prestu
    Alain Di Meglio

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  18. Alain,
    je dois être fatigué... il faut que j'avoue que je n'avais pas lu les commentaires de MNSPB comme négatifs !!

    Tu sais combien l'anonymat des commentaires ne me pose aucun problème, ni le caractère éculé du propos. Par contre, je ne veux pas qu'ils soient malveillants. Tous ses commentaires étaient-ils donc entièrement ironiques ? Si c'est bien le cas, je dois être tellement obnubilés par le désir de dialogue que je lis exactement ce que je veux, plutôt que ce qui est précisément dit... Bon, alors désolé, si tu t'es senti agressé par ces propos. (Je te remercie en passant de ne pas me demander de les enlever définitivement de la toile ; j'ai encore la faiblesse de penser que ce dialogue est intéressant et significatif à plus d'un titre ; mais je peux me tromper.)

    Dans l'affaire, il y aura eu de bonnes choses : citation de poèmes (au sinon invisibles sur Internet), discussion, matière à penser pour tous les internautes qui préfèrent rester silencieux (je respecte ce silence, mais qu'est-ce qu'il me fait souffrir !! - je suis le martyre de la littérature corse, je souffre tous les jours, je serai canonisé un jour, je le sais).

    J'apprécie beaucoup ton commentaire. Je le trouve très drôle ton poème de circonstance, vraiment très proche de l'esprit et de la forme de "Ponte Novu" de Thiers (notamment dans l'usage des noms réels de restaurants et café).

    Dernier point positif, tout cela me donne envie de commander un exemplaire de cette revue Bacchanales !!

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  19. O Alà,
    Un t'ammuffà, ùn vali micca a pena!
    Je viens de jeter un coup d'œil sur la revue Bacchanales, beau numéro intitulé "Ce qu'île dit", qui rassemble des auteurs insulaires, projet qui est en réalité le succédané d'un projet précédent qui consistait à faire une anthologie de poésie corse moderne et qui est tombé à l'eau. Mais l'idée de Pierre Vieuguet de rassembler des îles diverses n'en est que plus riche. Cela permet au lecteur de lire d’un seul trait s’il le souhaite de la poésie corse mêlée à de la poésie d’ailleurs sans répartition géographique, mais par ordre alphabétique. J’en ai fait l’expérience, c’est concluant : Alanu di Meglio tient le coup, sa poésie est un rocher !
    J'ai sous les yeux les poèmes publiés dans ce numéro. La traduction est attribuée à l'auteur et non à Thiers comme Alanu l'indique (Bravo l'imposture!) Cela dit, quel que soit le traducteur, le travail est très satisfaisant, apparemment (je dis cela sans lire les originaux). La citation du pamphlétaire rend impossible l’analyse. Le texte cité est le dernier d’une suite de quatre textes rassemblés sous le titre « Contrevents ». Le titre parle de lui-même, il y a là une manière très contemporaine d’aller pour ainsi dire « à contre-vent », il faut entendre par vent, l’inspiration lyrique, le souffle poétique, ne pas s’abandonner aux facilités poétiques. « le vent ça fait sécher les larmes » est l’incipit. Sortons des realia : oui, le vent fait sécher les larmes, comme la poésie console, mais c’est contre cela que lutte la voix poétique qui dit un peu plus loin « je n’ai plus ni larmes / ni voyages / mes vêtements sont si souillés / que j’ai la vie qui pue ». Le poème se fait réflexif plutôt que lyrique, car le lyrique rapidement évoqué par les « splendeurs de mai… » tombent « au ras du sable… » La fin du texte qui oppose le lyrisme sauvage du libecciu aux constructions éphémères et mercantiles sui souillent nos plages est vraiment excellente. Il faut donc lire l’ensemble pour comprendre.
    A propos de portugais, vous me donnez une idée, cher M.N. Une revue portugaise me demande des textes. Quand j’aurai un moment, je vais traduire ces textes en portugais, ils sont d’ailleurs tout à fait dans la veine de la meilleure poésie portugaise actuelle, celle de Branco ou de Aguiar, par exemple.
    En tout cas, M.N, merci de m’avoir rappelé les beautés de ce texte. Je vous le dois. Quant aux lecteurs qui n’auraient pas cette sublime revue. Ils peuvent l’acquérir. Voici les corrdonnées http://www.maisondelapoesierhonealpes.com/catalogue/

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  20. Mais non François, tu n'est pas un martyr, tu es très fort ! souviens-toi de ce message sur le blog Invistita :

    2012-04-22 - f.renucci@free.fr Comme prévu, cher Norbert, une discussion est entamée à propos de ton interview de FM Durazzo : http://pourunelitteraturecorse.blogspot.fr/2012/04/on-relaie-francescu-micheli-durazzo-ci.html

    Bon je t'ai un peu aidé et ça m'a coûté mais on a réussi à faire quelques commentaires non ? Dimeglio s'est un peu énervé parce qu'il a tout pris pour lui, réaction épidermique humaine trop humaine et prévisible, mais la cavalerie est arrivée, a bien argumenté, tout va pour le mieux

    Au fait ce qui m'inquiète le plus c'est le gros titre du Corse-mation en une !

    Tu as encore raison on est bien sur le Titanic, mais en vrai gentleman je coulerai avec.


    Normando Medeiros !

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  21. Normando Medeiros, oui je me souviens de ce message sur le blog de Norbert Paganelli... et merci pour tes ces efforts, mon incurable optimisme me persuade qu'ils ne peuvent être faits totalement en vain. Ce que nous faisons tous ici (et là, nous ne sommes pas seuls, mais bien quelques uns) restera dans les annales et portera ses fruits, oui monsieur !

    Bon et souvent les pages intérieures recèlent des choses bien plus intéressantes que les unes !

    Oh que mon pays est pessimiste !... mais ce n'est pas grave, nous faisons tous avec depuis le comte Arrigo Bel Messer, je crois ?

    Et merci aussi à FM Durazzo, commentaire absolument bienvenu et passionnant.

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  22. Après avoir, non pas défendu la poésie d'Alanu Di Meglio - sa seule poésie parle pour elle-même - mais au moins apporté quelques précisions qui éclairent le poème, je serais tenté de venir cette fois au secours de Ghjacumu Thiers, qui lui n'est pas monté au créneau. Nous l'en dispensons, ses poèmes le font pour lui admirablement. Cette fois, je serai plus bref, tout en ayant beaucoup à dire, car j'ai lu de près et traduit les poèmes de Ghjacumu Thiers, j'ai lu tous ces romans. Il est vrai que c'est un auteur très maîtrise, très contrôlé et qu'il ne se laisse pas aller à des débordements lyriques. C'est une poésie réflexive, cérébrale, dans laquelle affleure une très fine et très puissante sensibilité. Certains de ses verbes fétiches « sgrignà », « allibrà » en disent long sur le sujet. De temps en temps une fêlure, un jour à travers une porte nous laisse entrevoir des incendies, des abîmes, des tendresses, auxquelles il s’est sans doute plus facilement abandonné dans la chanson : Souvenons-nous de celle-ci :

    Comè una petrata

    U mondu hà fattu un altru giru
    À u spuntà di u to surrisu
    Ùn aghju più trovu rifiatu
    In cerca di issi paradisi…

    Tù sì cum’è una petrata
    Mi ai lasciatu u core maccu
    Ùn sò s’è tù ti rammenti
    Quantu u mare chjachjarava…

    Oghje innò !
    Ùn vogliu crede à i lamenti
    È i signozzi di i frascaghji
    Ch’ellu s’inchjocca à trascinà
    U marosu chì mi batte u core.

    Luci quant’è petra fucace
    Chì lascia e stelle in l’ochji
    A to voce mi si hè stampata
    À l’orizonte di e notte…

    U mare t’avia purtatu
    À a batticcia di i mo ghjorni
    Ti chjamu avà, ma ùn ci sì ;
    Credu tù fussi solu un sognu…

    O zitella,
    Sì smarrita tempu venuta
    Mi sò brusgiate e palpetre
    Cercu à paspone a to vistica,
    L’anima è l’ansciu di un affaccu.

    Sì stata cum’è una petrata
    Tirata in i mo ghjorni losci
    Ùn sò s’è tù ti rammenti
    U versu di issu serinatu, di quellu serinatu

    Sì stata cum’è una petrata

    Voici une traduction sans autre prétention que d’expliquer et qu’il faudrait retravailler pour mieux transmettre son lyrisme et sa délicatesse.
    Comme un coup de pierre

    Le monde a fait un nouveau tour
    quand ton sourire est né.
    Je n’ai plus retrouvé mon souffle,
    en quête de ces paradis…

    Car tu es comme un coup de pierre
    Tu m’as laissé le cœur sans force
    J’ignore si tu te souviens
    quand la mer se faisait barvarde…

    Aujourd’hui, non !
    Je ne veux croire ni aux plaintes
    ni aux sanglots des feuilles mortes
    que s’amuse à traîner la vague
    qui sur mon cœur vient se briser.

    Tu brilles comme la pierre d’un briquet
    qui dans les yeux envoie des étoiles,
    ta voix s’est gravée en moi
    à l’horizon des nuits…

    La mer t’avait portée
    sur la grève de mes jours.
    Maintenant je t’appelle, mais tu n’y es plus ;
    Je crois que tu ne fus qu’un rêve…

    Jeune fille,
    tu t’es évanouie à peine venue.
    Mes paupières se sont brûlées.
    Je cherche à tâtons ta trace,
    l’âme et le souffle d’une apparition.

    Tu fus comme un coup de pierre
    lancée dans mes jours languissants.
    je ne sais si tu te souviens
    du vers de cette sérénade, de cette sérénade-là.

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  23. Ses paroles de chanson, certes pleines de poésie, sont une chose, sa poésie est autre chose, sans exclure le chant. Ses métaphores subtiles, très contemporaines :

    Capteurs vestibulaires

    Dice ch’è no averiamu
    chjichjetti ind’è l’arechje
    da cumandà ci u move
    è situà ci a ghjente
    di fronte
    di latu
    davanti o daretu
    è da insignà ci
    duve ci vole à fà
    rutazione è translazione.
    Soca sò stati quessi
    chì mi ti fecenu
    trincà
    duve ùn vulia
    u ghjornu chì ùn si sapia più
    di rutazione o translazione
    per via di u libecciu
    trivellendu i carrughji
    di a cità
    duv’è no simu nati
    tutti quanti

    Cette fois, je ne traduirai pas, tout le monde aura compris surtout notre Brésilien qui maîtrise certainement la langue corse dans ses infinies variétés.
    Ailleurs, dans le petit bijou plein d’humour.qui suit, Thiers se définit lui-même, non pas comme personne, mais comme voix poématique :

    Parallelugramma

    Ti aghju l’anguli diritti
    u core isocelu
    – o quasi –
    mente equilaterale
    cù primure allibrate,
    fantasia misurata
    è passione arregulate,
    cù u so palmu di ghjudiziu.
    Sò un tippu di rigiru
    un veru parallelugramma ;
    ma s’ellu salta u tappu
    attenti à u cavallu mattu !
    Parallélogramme

    J’ai les angles droits
    et le cœur isocèle
    – ou presque –
    l’esprit équilatéral
    et des envies pliées,
    de la fantaisie mesurée
    et des passions réglées,
    et un brin de bon sens.
    Je suis un type d’initiative,
    un vrai parallélogramme,
    mais si le bouchon saute,
    gare au cheval fou !

    Oui, c’est ce « cavallu mattu » que j’aime, ce cheval pourtant dompté, cette tension entre retenue et lyrisme qui imprègne son œuvre non chantée. C’est pourquoi je réitère les mots de la fin de mon interview à l’homme et au poète, toujours généreux, et remercie Norbert Paganelli de m’avoir donné l’occasion de le saluer. O N.M. « Attenti à u cavallu mattu ».

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  24. Le grand mérite du blog de François est de permettre certains échanges entre les lecteurs. Certes, il arrive que ces échanges soient parfois un peu en dessous de ce qu'ils devraient être (j'ai déjà eu l'occasion de m'en expliquer) mais cet espace remplit tout de même son rôle. Si vous avez lu le petit commentaire de FXR sur mon site c'est que précisément, il est convenu entre nous, lorsqu'un sujet le séduit, qu'il puisse capter sur le présent blog les discussions car l'ergonomie de mon site n'est vraiment appropriée à ce genre d'exercice.
    Au delà de ces considérations "techniques" je trouve intéressant que les idées puissent circuler sur la toile afin d'alimenter le débat et faire découvrir les auteurs sous un angle nouveau. Je suis très reconnaissant à MN d'avoir cité les 3 poètes (je ne me résigne pas à poétesse) et de nous avoir donné son sentiment. il y a par contrer des allusions que je n'ai pas saisies entièrement dans l'échange avec FMD et Alain di Meglio et MN. Mais bon...il est possible qu'entre vous, vous vous soyez compris.

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  25. Après la cavalerie* légère : la lourde ! Avec en prime un cours de géométrie. Rien à faire, ça ne passe toujours pas, ni en corse, ni en français, ni en diagonale, même en force.



    *Cavalerie : (1935). Traites, papiers, effets, chèques de cavalerie, faits par complaisance ou pour couvrir frauduleusement une tractation = complaisance.

    Normando Medeiros !

    François, ça devient granguignolesque, pour la crédibilité de ton blog et de la poésie retire tout, par pitié.

    Un poème de Marie-Ange Sebasti extrait de Haute plage, Jacques André éditeur, 2011

    Le jour s'enfuit au large
    loin des flaques et des mares

    enfourche ces cavales d'écume
    qui jamais ne prennent parti

    entre les eaux territoriales
    et la haute mer




    Je t'affectionne

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  26. Monsieur Medeiros, cela fait bien longtemps que ce blog a jeté sa crédibilité aux orties (mais je vous remercie tout de même de vous en soucier !)...

    Je dois vous dire que j'aime beaucoup le poème que vous venez de citer de Marie-Ange Sebasti. Je ne le connaissais pas (comme je ne connais pas encore une part si importante de la littérature corse !). Je le trouve très bien senti, bien exprimé, j'ai l'impression d'un regard à la fois envieux et critique sur l'horizon du golfe d'Ajaccio.

    Mais "sérieusement" : qu'est-ce qui vous agrée dans la littérature corse ? Et si rien ne vous plaît, qu'est-ce que vous aimeriez y trouver ?...

    Merci encore pour la poursuite du dialogue. Tous (ou presque) les dialogues me plaisent et me semblent utiles, d'une façon ou d'une autre.

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  27. Je crois l'avoit écrit mais soyons plus clair !
    J'aime la poésie de Dimeglio lorsque c'est de la poésie ! Il faut que lui et d'autres apprennent à ne publier que ce qui est bon. La poubelle est la meilleure alliée d'un auteur. Durazzo le sait ! Alors qu'il arrète de s'humilier en tentatives d'analyses aussi pompeuses que creuses. Les lecteurs sont peu nombreux, il convient de leur donner à lire l'excellence pour en gagner d'autres!
    J'aime aussi Thiers pour sa prose, il sait ce qui est bon et ne l'est pas, sa responsabilité est de ne pas laisser publier n'importe quoi.

    Biancarelli, Ferrari, Ferranti, Fusina, Cesari, etc. savent cela naturellement c'est pourquoi ils sont entrés en "Littérature", quelle que soit la langue.

    Je t'affectionne j'ai donc fait du rabe mais maintenant je disparais, je retourne à mes lectures. Adieu


    Normandu Medeiros

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  28. Monsieur Medeiros, merci pour ces précisions.
    Je suis d'accord avec vous sur l'utilité de la poubelle.
    Je crois encore plus à celle de la discussion, car comment savoir si on a vraiment raison, lorsqu'on n'a pas vu que les autres avaient tort...

    Bien, merci encore pour avoir poursuivi le dialogue. Je vous souhaite de très bonnes lectures ; j'espère simplement qu'elles donneront lieu, ici (ou ailleurs) à des échos écrits et publics de votre part.

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  29. Cher François-Xavier,
    Quand j’écris en poésie, il n’y a qu’un seul chemin. Celui d’une parole lancée au vent. Je prends mon pied à chaque pas sans chercher de pas de porte, fût-elle de la littérature. C’est ainsi que j’ai pu croiser des gens utiles et talentueux, avec une figure et des yeux passionnés. Des passeurs comme Thiers, Durazzo ou Agostini, eux-mêmes excellents poètes qui m’ont permis, eux, de faire des choix sans me parler de poubelle. Permets-moi de leur rendre ici hommage pour leur action.
    Je n’entre nulle part mais je voyage et c’est ça qui m’importe avant tout classement, ambition, prix ou palmarès, au demeurant subjectifs, parfois utiles mais engendrant ici des frustrations très provinciales.
    J’essaie modestement de dépasser tout ça par le bonheur d’avoir des textes traduits en espagnol, en français, en catalan, en arabe, en italien, en hébreu et même en portugais. J’ai vu des poètes, de la méditerranée et d’ailleurs, splendides qui m’ont mis à genoux par la beauté de leur parole. J’ai eu le bonheur de croiser mes vers avec des plasticiens comme Julius Baltazar ou Guy paul Chauder. Je ne pensais pas un instant que tout ça pût m’arriver un jour. Et c’est grâce à la poésie et surtout à des passeurs de langue corse, j’insiste, tout le temps en mouvement. Et l’essentiel est là. Dans la rencontre et le voyage, pas dans une entrée en littérature décrétée sans figure.
    Alors, tu vois, les leçons de poubelle à deux balles (je n’ai pas pu résister) de notre professeur de blog que j’ai reconnu sans l’avoir démasqué, je lui conseille à mon tour de les ranger dans l’un les lieux communs qu’il pratique et que l’on possède tous en Corse : in quellu locu. Enfin, ça m’aura permis de dire un peu mon état d’esprit dans notre petit monde de l’écriture en Corse, alors que je le fais rarement ici, non par dédain ou par mépris, mais tout simplement pour privilégier d’autres voyages. Cette fois, moi aussi, je m’en retourne à mes affaires.
    Ti salutu in amicizia
    Alain

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  30. Cher Alain, je te remercie vivement pour ton message. Je suis vraiment heureux de ta "mise au point". C'est vraiment précieux de voir ainsi explicité ton état d'esprit. Je comprends bien ta réaction. Je sais qu'ouvrir des discussion n'est jamais sans risques. Et je crois absolument nécessaire de prendre ces risques. J'ose espérer que les lecteurs de telles discussions, sur ce blog, savent faire la part des choses, jauger les opinions et arguments et des uns et des autres, et y trouver de quoi alimenter leur curiosité (retour aux oeuvres et aux lectures) et leur envie d'en parler (ici ou là).

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