samedi 12 décembre 2009

J'aimerais lire le Journal de Ghjacumu Gregorj

Je me souviens avoir appris sur le site d'Angèle Paoli l'existence de ce journal toujours inédit : un vrai fantôme.

Je me souviens de mon émotion, lorsque, en 1990 ou plus sûrement 1991, à Bastia, j'achetai la cassette audio intitulée "Miroirs de la mort", au libraire Ernest Centofanti, lorsque sa librairie se trouvait en bas du boulevard Paoli je crois.

On y entend (j'entends encore) la voix de Ghjacumu Gregorj dire : "La critique est aisée, l'art est un labyrinthe."

Je chéris le volume de ses "Chroniques irrespectueuses sur l'Histoire des Corses" (edizione di L'Accademia di i Vagabondi).

Et dernièrement, on m'a offert sa "Nouvelle Histoire de la Corse" (Jérôme Martineau éditeur), achevé d'imprimer le 31 juillet 1967... Evidemment, l'historiographie corse a fait des progrès depuis quarante ans, mais la valeur du travail historique de Gregorj me paraît être à la fois celle d'un contradicteur qui assume sa subjectivité (et un travail stylistique d'écrivain, qui introduit des raccourcis, des bons mots, des métaphores, des dialogues et des anecdotes dans son récit historique) ainsi que d'un révolté, toujours du côté des opprimés (donc avec un point de vue social et pas seulement identitaire). Un exemple d'Histoire engagée et sensible.

Ainsi, c'est l'être singulier que fut Ghjacumu Gregorj qu'il me plairait de découvrir grâce à la lecture de son "journal" ; la singularité de son regard et de sa sensibilité ; ce que cette singularité fait avec l'imaginaire corse (comme il le fait en parlant d'amour, de désir, de mort, de littérature, et de l'odeur de la nepita, notamment, dans "Miroirs de la mort" : d'ailleurs, qui d'autre a cette cassette et l'a écoutée ou l'écoute encore ? Qu'en pensez-vous ? Est-ce que ce n'est pas une oeuvre unique dans la littérature corse ?).

Donc, sur le site d'Angèle Paoli ("Terres de femmes"), j'ai appris ceci :

"Je (= Angèle Paoli) profite de cet événement (un homage rendu à l'écrivain) pour annoncer officiellement aux amis de Ghjacumu Gregorj que je dispose d’un des manuscrits inédits de l’écrivain (dont j’ai mis en ligne ci-dessus un extrait). Un manuscrit que, peu avant sa mort, celui-ci avait remis en mains propres à l’un de ses amis éditeurs en vue d’une publication. Un manuscrit en attente d’une prochaine édition donc, quand aura été réglée la question des ayants droit."

Ceci fut écrit le 5 novembre 2006 !

Et depuis, pas de nouvelles d'une éventuelle publication : ni de son fils Orfeu Vittoriu, ni de l'association des amis de Ghjacumu Gregorj qu'il préside (quelqu'un sait-il comment les retrouver ?)

Si ce texte mérite publication, pourquoi attendre ?

Pour finir, voici un extrait de sa "Nouvelle Histoire de la Corse" (tiré du chapitre "La mort de Pascal Paoli") :

"Ah ! combien Paoli avait eu raison d'écrire jadis, à la lumière de cette histoire romaine dont il avait communiqué le culte au nouveau César (= Napoléon Bonaparte) :
"Les guerres civiles sont le suicide des peuples, le tombeau de la liberté et souvent l'école des grands caractères ; il est rare qu'elles n'aboutissent au despotisme du plus habile, et voilà par quels motifs elles sont des époques de deuil dans l'histoire."
Quelques jours après la mort du Babbu, sur le champ de bataille d'Eylau, devant les 25 000 cadavres russes et les 18 000 cadavres français, Napoléon pense, peut-être, à ce deuil dans l'histoire lorsqu'il dicte pour un bulletin de la Grande Armée :
"Ce spectacle est fait pour inspirer aux Princes l'amour de la paix et l'horreur de la guerre.""

La bataille d'Eylau comme champ de bataille de l'imaginaire corse, et de sa littérature... Voilà qui me fait aimer les libertés historiques de Gregorj !

(La bataille d'Eylau vue par Balzac, c'est dans "Le colonel Chabert" : "Le colonel Chabert ? Celui qui est mort à Eylau ? Lui-même monsieur !"... La littérature et les fantômes...)

mercredi 9 décembre 2009

Otrante : où ça ? partout !

Otrante est un port italien, au bout du talon de la botte. Cette ville se trouve dans le Salento (région des Pouilles) ; une langue romane y est née, le salentin (dont Wikipedia nous dit qu'elle a été fortement influencée par l'arabe, le français et le castillan... : voici la phrase en salentin présente sur l'encyclopédie mondiale, qui confirme que cette région borde la mer :

De nanti, mare e mare! Fenca rria la ista ete nnu specchiu nnargentatu, pràcetu, sotu… A ffundu, comu sia ca lu celu allu mare stae mmescatu.

et sa traduction en français :

En face, mer et mer ! Jusqu'où s'arrête la vue, c'est un miroir d'argent, calme, ferme... comme si au fond le ciel était mélangé avec la mer.

sachant que l'auteur de cette phrase est Giuseppe de Dominicis (1869-1905) : le ciel comme un dôme d'eau...)

(Et rappelons-nous que lors du dernier numéro du festival Cuntorni, à Portivechju, plusieurs artistes du Salento étaient présents, comme Giovanni Rizzo...).

Otrante, c'est aussi le nom de la ville dont Manfred est le prince, dans le premier roman gothique du genre (avec apparitions surnaturelles) justement intitulé "Le Château d'Otrante", ou plutôt "The Castle of Otranto, gothic story", publié par l'anglais Horace Walpole en pleine période de la Corse indépendante (1766).

C'est dire si cette ville et cette région sont traversés d'imaginaire et d'humanité !

Mais visiblement ce n'est pas le roman gothique anglais qui a conduit "le poète" à aller à la rencontre des habitants de cette ville et de cette région, ainsi qu'il est raconté dans la dernière nouvelle du recueil "Extrême méridien", de Marcu Biancarelli ; nouvelle intitulée sobrement "Otrante".

Quand je repense à cette nouvelle, il y a un passage qui remue dans mon esprit, je vois la couleur blanche, un jeune homme montrant au poète une ville, des bâtiments, je vais le retrouver ce passage et le citer ici.

Mais d'abord, un "récit de lecture" minimaliste d'Emmanuelle Caminade (que vous retrouverez aussi sur son blog, en fin de billet), minimaliste parce que consitué d'une seule phrase allusive introduisant la citation des premières lignes de la nouvelle :



Ô Kublai, grand khan, j'ai gardé le meilleur pour la fin. J'aimerais te parler d'Otrante, ville-désir et ville-mémoire, ville-miroir du monde ou plutôt des mondes ...

Otrante

Le sud extrême, le sud de la honte, avait toujours guidé ses pas, libres et vagabonds, les pas d'un mendiant affamé. Il aurait aimé être parfois invité dans le nord, chez les Barbares, mais il semblait y avoir peu de conférences dans le nord, la passion des lettres y était rare, la connaissance de la poésie réduite à rien. Si seulement lui aussi avait pu s'accrocher à une main douce, qui l 'aurait dirigé vers d'autres horizons, sans qu'il se soucie de rien, sans l'art de la parole, sans la folie de vouloir témoigner de la complexité de l'âme humaine, cette pute qui engendre les civilisations. Mais aucune main aimante, aucun conseil plein de sagesse ne l'avait rapproché des bien-pensants, alors il n'avait pas pu s'éviter un destin de benandanti, il n'avait pu s'empêcher de voyager, derrière un rêve, mais lequel ? et de s'y perdre d'une certaine manière.
Le premier soir, ses hôtes convaincus qu'ils recevaient un grand poète, lui firent manger tout ce que leurs jardins produisaient. Il se dit en lui-même: ce sont des citadins, mais ce sont des paysans, comme moi, il leur reste quelque chose. Accueillir quelqu'un, chez les paysans, ça ne consiste pas à l'inviter au restaurant, mais plutôt à lui ouvrir sa table, comme pour lui dire : cette viande que tu vas manger, c'est la mienne, goûte-la. Ce qui était surprenant, c'était de retrouver cet état d'esprit dans une ville aussi grande, et d'avoir toujours cette impression étrange : être chez soi. Plus tard, il le firent s'asseoir devant la télévision, juste un quart d'heure, le temps de regarder un film de Pasolini qui montrait un chant funèbre, quarante ans plus tôt, dans ces petits villages des Pouilles. Les femmes chantaient, elles pleuraient en même temps, et elles faisaient danser entre leurs mains des mouchoirs blancs. Dans le cercueil, au milieu des femmes, un jeune homme mort, de la malaria, ou d'une pneumonie, on ne sait pas trop. Alors il se souvint. (...)



Et voilà, peut-être voudrez-vous donner votre propre lecture de cette nouvelle ? Seule nouvelle du recueil à ne pas se passer en Corse (même si le "poète" est corse). Je trouve beau que la littérature corse pratique ainsi, de façon très régulière, une espèce de marche un peu claudicante, marche nécessaire, un pied en Corse, un pied hors de l'île (l'ailleurs en soi ou l'ailleurs comme autre "chez soi", un ailleurs précis souvent : l'Italie, la Toscane, Gênes, la France, la Méditerranée, le Maghreb, le Japon, les Etats-Unis - si l'on suit la Revue Fora ! - ou encore... Otrante).

Ici, le pas "ailleurs" est marqué par la couleur blanche, finalement, car voici l'extrait qui me restait en tête :


Le lendemain, son accompagnateur Francesco l'emmena dans une ville voisine. C'était une ville blanche, au bord de la mer. Le soleil était trop violent et les aveuglait. Ils cherchèrent l'ombre et le silence dans la basilique. Souvent, pour lui, les églises avaient été comme autant de refuges et il s'en étonnait, lui qui ne croyait pas, ou plutôt qui s'était juré de ne jamais croire, et pourquoi croire ? Pour une rédemption, un salut ? S'il existait un au-delà, seule la damnation l'y attendait. Il préférait penser que là-bas, il n'y avait qu'un grand vide glacé.

(... suit un passage évoquant un ancien massacre et de crânes empilés, mais ce n'est pas cette scène - tout de même impressionnante - que je voulais citer...)

Toujours sous le coup de cette étrange nausée de pénitent improbable, le poète se retrouva dans une voiture. Francesco l'emmenait sur l'autoroute, ils franchissaient un désert d'herbe jaune et sèche, une espèce de non-lieu sans montagne d'une ville à l'autre. Le conducteur expliqua son propre désespoir. Il disait combien la vie était dure dans les déserts d'herbe jaune. Sa passion, c'était l'urbanistica, l'architecture, il voulait voir des foules dans le désert, il voulait répandre la vie sur ces étendues, pour vaincre l'ennui. Les symboles de la vie qui croît, pour lui, c'était les gratte-ciel et le rock américain. Il se plaignait parce que dans sa ville, il n'y avait pas de gratte-ciel. Le plus haut ne faisait que quatorze étages. Puis il dit que, quand même, on construisait maintenant un gratte-ciel en périphérie. Parfois, il y allait, pour fumer une cigarette, passer un moment, sentir l'odeur du ciment.


En fait c'est bien cette figure que j'avais conservée en moi : ce jeune homme qui fume dans le désert en rêvant de ciment à l'assaut du ciel (c'est peut-être une déformation fantasmée de souvenirs des gratte-ciel ajacciens ?...)

Des murs rêvés, des mouchoirs blancs qu'on agite : un ciel mangé par la mer.

(Si vous trouvez que j'aime trop que tout soit mélangé - mmescatu - vous pouvez remettre un peu d'ordre dans tout ça !)

mardi 8 décembre 2009

Littérature corse sur Internet (4) : Musa Nostra

Nous avons déjà évoqué ici le travail de cette association bastiaise. Pour ceux qui n'ont pas la chance d'assister ou de participer aux cafés littéraires qu'elle organise, il est très heureux de pouvoir consulter les traces écrites et audiovisuelles sur le site internet : musanostra.

Personnellement, ce qui m'intéresse, c'est plus particulièrement la littérature corse, vous le savez bien. Ainsi je regarde avec beaucoup de plaisir comment les livres corses sont mis en valeur au cours de ces cafés littéraires, parfois exclusivement consacrés à cette littérature.

Voici quelques repères pour tous ceux qui veulent retrouver les livres évoqués et les propos des lecteurs :

Sur la page d'accueil en ce moment :
- "Cosu Nostru", Jean-Pierre Arrio (Lecture par : Stéphanie Padovani)
- "Croyances-corses.net", Jean-Louis Moracchini (Lecture par : Patricia Pringuet)
- "Le mazzerisme, un chamanisme corse", Roccu Multedo (Lecture par : Anne Marie Albertini)
- "Le tueur de douleur", Marie-Hélène Ferrari (Lecture par : Anne Marie Albertini)
- "Esse", un poème de Lucia Giammari

Dans la rubrique "Auteurs" :
- "Comment j'ai tué le Vieux", Marie-Hélène Ferrari (Lecteur par : Bernard Tassi)
- "Le journal fou d'une infirmière", Anne-Xavier Albertini (Lecture par : Marie-Anne Perfettini)
- "Un dieu un animal", Jérôme Ferrari (Lecture par : Cécile Trojani)
- "Balco Atlantico", Jérôme Ferrari (Lecture par : Ivana Polisini Mattei)
- "A lingua lla bestia", Stefanu Cesari (Lecture par : Marie-Hélène Ferrari)
- "Le bar à tisanes", Anne-Xavier Albertini (Lecture par : Julie Casanova)
- "Histoires mystérieuses de Corse", J. Mosconi-Malherbe (Lecture par : ?)
- "Le nouveau folklore magique de la Corse", Roccu Multedo (Lecture par : P. Fiori)
- "Une ode à la Corse", Antoine de Saint-Exupéry (Lecture par : P. Poli)
- Un entretien avec Jérôme Ferrari
- Cinq poèmes en langue corse de James Stuart ("U tempu", "Sta voce", "Sentu l'acellu", "Cù Babbone", "L'alba")

Voilà une offre particulièrement riche, propre à nourrir des discussions qui peuvent proposer des avis différents voire contradictoires, non ?

Vous le savez aussi, je suis enclin à partager les propos, à les faire circuler et si je peux même comprendre que tout le monde n'ait pas envie de le faire, je me dis : "Il serait tout de même dommage que toutes ces lectures ne trouvent pas d'écho sur le Web !"

Ainsi, Musa Nostra offre la possibilité de discuter grâce à son forum (plusieurs fils sont ouverts, dont un explicitement à propos de la "littérature corse").

Et enfin, je relaie une information très attirante : le prochain café littéraire de Musa Nostra sera consacré à la littérature corse : voir ici l'ordre du jour très alléchant (qui évoluera selon les propositions qui interviendront encore).

A bientôt.

"Quand Marco Biancarelli retrouve l'innocence du "Petit Nicolas""

Les lectures continuent...

Voici, sur deux fronts, celle de "Extrême Méridien", recueil de nouvelles de Marcu Biancarelli, par Emmanuelle Caminade.

Deux fronts, car je reçois une version spécifique pour ce blog et une version analytique plus longue et plus fouillée est proposée par E.C. sur son blog, "L'or des livres".

Voici la face A (qui commence par une citation de la nouvelle "Le portefeuille" :

Il y avait eu un jour de deuil et l'école avait été fermée pour l'enterrement du pauvre Giuseppe. Marc-Antoine, c'était la première fois qu'il assistait à un enterrement. Tous les élèves y étaient allés en délégation, tous les enseignants aussi, et il y avait ces gens silencieux, il y en avaient tant , qui défilaient devant les parents pour les réconforter. Il y avait surtout ce silence, ce n'était pas comme à l'école, quand ils avaient tous pleuré. Ici, on aurait dit que personne ne voulait pleurer, Marc-Antoine pensait en lui-même que c'était comme dans le jeu, celui où tout le monde rigole du premier qui se met à rire, sauf que là, c'était le premier qui pleurait qui perdait. Il se dit que le monde des grands était ainsi, inversé par rapport à celui des enfants. Il lui semblait le comprendre pour la première fois, ce monde dont sa mère lui promettait toujours qu'il en ferait lui aussi partie un jour. Et donc, ils ne pleuraient pas, et ils se réunissaient pour rester silencieux, pas pour crier ni courir dans tous les sens. Et puis on a mis le petit cercueil de Giuseppe dans le tombeau. Le grand frère de Giuseppe a étreint son père, et le père levait la tête vers le ciel, il ouvrait la bouche, on aurait dit qu'il cherchait sa respiration, ou un cri, mais les paroles ne sortaient pas. Et puis les femmes ont commencé à pleurer pour de bon, et à s'étreindre les unes les autres, et il y avait une vieille qui disait des choses, mais elle parlait sarde, et Marc-Antoine ne comprenait pas ce qu'elle disait. Là, son père l'a tiré vers la voiture. Au retour, pendant le trajet, le père de Marc-Antoine a dit « pauvres gens », il a demandé à Marc-Antoine comment il se sentait ? Et puis il lui a caressé les cheveux et ils sont rentrés à la maison.

Bon, puisque nous recentrons le débat sur la littérature et que je viens de jouer à l'intello sur mon blog en y critiquant , «sul serio», Extrême Méridien, je vous fais part sur ce site, de mes interrogations sur la mutation du style de Marco Biancarelli.
« J’ai traduit la plupart des œuvres de Marco Biancarelli non parce qu’il est corse mais parce que la brutalité et la puissance de son style me paraissent uniques », disait récemment Jérôme Ferrari , traducteur de "Portefeuille", la nouvelle dont est tiré cet extrait, mais aussi d' "Extrême méridien", de "Point de rupture" et d'"Otrante"...
Où est donc passée la «brutalité» du style dans ces nouvelles ?
Vraiment , je m'interroge et, ne pouvant encore lire Murtoriu, je ne suis pas en mesure de dire si la mutation qui semble s'amorcer dans Extrême Méridien s'y confirme.
Si j'ai beaucoup ri à la lecture de Pegasi 51, astre virtuel, et apprécié la brutalité corrosive , la démesure et la crudité inventive du style qui donne un véritable souffle à ce roman, je pense néanmoins que ce genre de style s'épuise sur le long terme.
Et ce style nouveau*, dans sa simplicité, dans sa mesure, et même sa tendresse, me semble gagner en intériorité , en authenticité et en puissance...

* nouveau par rapport à Prisonnier et Pegasi 51, les seuls livres que j'ai lus auparavant.

Voici la face B sur le blog "L'or des livres"

Je me souviens par ailleurs avoir cité la même nouvelle, "Le portefeuille", sur le forum de Musa Nostra : ici. Nouvelle que j'ai lue comme une "archéologie" de la violence, singulièrement "calme" par rapport aux autres, mais faisant entrer dans l'esprit du jeune garçon, bien malgré lui, la conscience de la mort et du désir, une sortie de l'enfance finalement assez brutale (bien que l'écriture mette l'accent sur des subtilités sensibles).

Avez-vous un avis ? Discutons-en sur "L'or des livres" et sur ce blog, ou ailleurs encore (Musa Nostra, etc. etc.) et signalez-le ! Non ?

Littératures (notamment corse) sur la Grenouille (et Zibeline)

Vous devez être assez peu nombreux à connaître ce canal audio... : Radio Grenouille (et ce canal écrit... : Zibeline). Et pourtant, là aussi la littérature corse vit...

Petit historique : voir ici, pour les étapes essentielles de Radio Grenouille, radio marseillaise et mondiale (naissance en 1981 au Théâtre Toursky, par Richard Martin ; 1991 migration à La Friche Belle de Mai ; projets foisonnants dans les années 2000 qui en font un lieu de débats, de musiques, de créations sonores : la radio comme lien social et comme art !).

Historique petit : il me souvient d'un temps, pas si lointain (quelques années), où André Mariaggi et moi-même eûmes l'idée de descendre voir l'équipe de cette radio dont nous avions l'habitude d'écouter l'émission littéraire (son nom m'échappe maintenant, désolé). Cette émission avait disparu ; nous nous en étonnions ; le plus simple fut finalement de proposer nos services ! Ainsi est né l'émission "Périscope" (en janvier 2003, tout de même, comme le temps passe...).

Aujourd'hui : aujourd'hui l'équipe de Périscope - regroupée dans une association que nous avons nommée "Le Nador" (dont le site internet est mort, mais dont le mail fonctionne encore : lenador@free.fr) repose sur le travail de Valérie Brayda-Brun, Aude Fanlo et moi-même (mais elle est ouverte à tout contributeur potentiel, bien du monde est passé par les micros de la Grenouille dans le cadre de cette petite émission littéraire).

Histoire de présenter la chose brièvement, je cite ici un extrait de la présentation que vous trouverez sur le site de Radio Grenouille :

À l’origine, le périscope a une fonction : regarder sans être vu ; le nôtre au contraire cherche à débusquer ce qui est caché sous la surface. Il s’agit en fait de repérer ici des textes des littératures de Méditerranée anciens et contemporains - parfois oubliés ou méconnus pour diverses raisons. Mais en fait nous accueillons des publications confidentielles aussi bien que renommées, le seul critère étant notre plaisir et notre envie de faire connaître certaines expressions littéraires. Les choix sont dûs au hasard des rencontres et aux obsessions personnelles.
Commentaires dialogués, lectures d’extraits, entretiens avec les auteurs peuvent se mêler. Il s’agit aussi, le plus possible, de faire sonner toutes les langues qui ont traversé la Méditerranée.
Il arrive que l’été, "Périscope" se métamorphose en feuilleton radiophonique pour donner à entendre une longue respiration littéraire.

Les toutes premières émissions sont gravées sur quelques CD, mais 8 sont disponibles sur Internet : rien de plus facile donc que de les écouter comme le voulez (en plus il y a une possibilité de podcast) : voir ici (colonne de droite, il suffit de cliquer les Titres soulignés précédés d'un symbole audio).

Et la Corse dans tout cela ? Eh bien elle est une des expressions littéraires évoquées par notre émission (plusieurs auteurs corses contemporains ont été présentés : Ghjacumu Thiers, Marcu Biancarelli, Jérôme Ferrari, Marie Ferranti) et elle a donné son nom à une des parties de l'émission, intitulée "Minute corse". Il s'agit, lors de cette "minute", de présenter des ouvrages collectifs ou fruits d'une aventure collective (la Corse y est ici utilisée comme Métaphore du collectif, ce que je ressens fortement). Et c'est ainsi que la littérature corse est présente tous les mois sur les Ondes si accueillantes de Radio Grenouille (la radio des trois 8 : 88.8 fm) : tous les deuxièmes mercredi de chaque mois, à 11 heures du matin (tiens, c'est demain la prochaine émission : et figurez-vous que j'y évoque le blog "Pour une littérature corse", la littérature corse en général, et les poèmes de Philippe Stima en particulier ! A vos écouteurs ! Connectez-vous ! Ou bien attendez que l'émission soit écoutable sur le le site de Radio G. !)

Voici la liste détaillée des oeuvres présentées dans les 8 émissions écoutables sur le Web :

- Janvier 2008 : "Palestine", Hubert Haddad / "Paroles sans papiers" (BD collective sous la direction d'Alfred et David Chauvelle (cliquer ici pour écouter)

- Avril 2008 : "Seule la mer", Amos Oz / "Roberto", Edmond Baudoin (cliquer ici pour écouter)

- Octobre 2008 : "Le jour où Nina Simone a cessé de chanter", Darina Al-Joundi et Mohamed Kacimi / Chronique "Stéthoscope" par Benoît Reynaud (cliquer ici pour écouter)

- Novembre 2008 : "Beijing Coma", Ma Jian / "Vir Nemoris", Nobili-Savelli (cliquer ici pour écouter)

- Décembre 2008 : "Don Quichotte", Cervantès (nouvelle traduction de Jean-Raymond Fanlo) / "Protocole de l'expulsion", article in Monde Diplomatique / "Au panier", Nathalie Choux et Henri Meunier / "Tu peux pas rester là", Jean-Paul Nozière / "L'Arbre d'ébène", Fadela Hebbadj / "Zone", Mathias Enard / "Syngué Sabour", Atiq Rahimi (cliquer ici pour écouter)

- Janvier 2009 : "Zone", Mathias Enard / La librairie "Le Lièvre de Mars" à Marseille, présentée par Jean-Roch (cliquer ici pour écouter)

- Février 2009 : "Zibeline", le mensuel culturel gratuit en Provence (voir leur site ici, un travail incroyablement riche, foisonnant, critique, avec des articles consacrés à la version théâtrale de "51 PEGASI" de Biancarelli (numéro 13, page 16), à l'oeuvre poétique de Jacques Fusina (numéro 19, page 60, par Maryvonne Colombani) et au "Vir Nemoris" de Nobili-Savelli (numéro 17, page 53, par Maryvonne Colombani) ; en plus tous les numéros sont téléchargeables gratuitement en PDF !), interview avec Agnès Freschel / Un DVD : "L'incinérateur de cadavres", Juaj Herz / Naissance du blog "Pour une littérature corse" (cliquer ici pour écouter)

- Avril 2009 : "Le guide de Mongolie", Svetislav Basara / "Dans le secret", Jérôme Ferrari (cliquer ici pour écouter)

- Mai 2009 : "La piste mongole", Christian Garcin / "Septième ciel", Ghjacumu Thiers / "Il me sera difficile de venir te voir" (ouvrage collectif) (cliquer ici pour écouter)

Bonne écoute, et bonnes lectures !

(Et n'hésitez pas à faire des commentaires : des critiques sur le fond, la forme et le reste ; ou bien encore à proposer des livres, des auteurs ; ou bien enfin à venir enregistrer une émission avec nous !)

(Une dernière info, sous forme de proposition : l'équipe de Périscope a réalisé - pour l'été ou pour l'hiver - des feuilletons radiophoniques. Trois. Nous nous amusons à mettre en sons textes, voix et musiques, en amateurs ! Nous avons ainsi lus des extraits de "Tristram Shandy" de Laurence Sterne, "L'autre côté du miroir" de Lewis Carroll, "La neige n'existe pas" de Michel Mori (celui-là est un peu moins connu, certes, mais il gagne à l'être). Pourquoi pas une prochaine fois, une mise en son d'une oeuvre corse ? Laquelle s'y prêterait le mieux selon vous ?)

dimanche 6 décembre 2009

Juger / Discuter : "Le rire de Mirvella"

Il s'en passe des choses...

Mon point de vue personnel est le suivant : Les paroles et dialogues publics sont toujours les bienvenus, car très utiles (d'une façon ou d'une autre) au contraire des silences, des non-dits, des sous-entendus semi-privés et des refus de dialogue.

Ce qui me plaît c'est ce qui se passe ENTRE deux prises de paroles, entre deux "parleurs", entre deux lectures, entre deux livres, etc. Ce qui me paraît donc intéressant, c'est ce qui se passe - au bénéfice de tous - lorsque deux opinions se confrontent, ou s'épaulent, se côtoient, se frottent. Y a-t-il ou non une étincelle, un événement imprévu qui peut enflammer et donc métamorphoser les deux opinions concernées ?

Ainsi de la discussion passionnante qui se déroule en ce moment entre deux sites internet, A Gazetta di Mirvella et Pour une littérature corse, et en plusieurs étapes :
- les critiques parodiques de Mister Palu et Maître Aymeric Faisan s'attaquent avec une cruauté joyeuse et lucide à trois fantastiques fleurons du champ littéraire corse contemporain (attention l'expression précédente en italique est ironique) : "Un dieu un animal" de Jérôme Ferrari, "Murtoriu" de Marcu Biancarelli et le blog que vous êtes en train de lire.
- mes critiques et celles d'Emmanuelle Caminade portent sur ces "critiques parodiques" (voir les commentaires au billet précédent : "A Gazetta di Mirvella") pointant des "limites" à ce jeu
- celles-ci provoquent une "mise au point" - absolument passionnante - par Ghjuvan Felici sur le site de Mirvella : mise au point qui est une ode, sombre et magnifique, à la liberté
- mise au point elle-même modulée par Piratella sur le même site et encore prolongée aujourd'hui

Maintenant que vous avez tout lu, voici mon point de vue : j'ai décidé d'assumer pleinement un comportement schyzophrène qui me pousse à cultiver en même temps deux positions qui peuvent sembler contradictoire :
- une attention a priori bienveillante (voire extrêmement bienveillante) pour toutes les productions culturelles corses, particulièrement les livres, les écrits, les textes (aussi objectivement médiocres soient-ils)
- le désir de voir ces productions culturelles passées au crible du jugement radical de nombreux lecteurs, aux intentions aussi variées que possible.

Donc, lorsque j'entends quelqu'un (que j'apprécie ou pas) me dire :" "Septième ciel" de Ghjacumu Thiers, je ne l'ai pas fini, c'est vraiment trop mauvais" ou "Les poèmes de Stima abusent de facilités d'écriture" ou "Les romans de Biancarelli sont vraiment dégoûtants de misogynie et de saletés" ou "Les analyses du blog "Pour une littérature corse" sont des intellectualismes ennuyants et hautains" ou etc. etc. etc... donc, lorsque j'entends ces propos (qu'ils soient bien ou mal intentionnés), je me dis - malgré la blessure que je ressens inévitablement - : "Oui, je veux bien, oui... je reçois tous ces commentaires avec gratitude, intérêt et j'essaie de poursuivre le dialogue afin qu'il se passe quelque chose entre les pensées des uns et des autres."

Allons au fond des choses : liberté absolue pour les créateurs, liberté absolue pour les lecteurs. Il est passionnant de voir combien une oeuvre est en fait une variété infinie d'oeuvres. Le regard d'Emmanuelle Caminade - avec ses limites (celles que j'y trouve personnellement ) - m'est aussi cher que celui de Marcu Biancarelli ou celui de Mister Palu (avec leurs oeillères personnelles) entre ces regards se joue un futur possible des oeuvres discutées.

Il n'y a pas une bonne façon unique de lire tel livre. Un livre est d'autant plus riche qu'il sera susceptible de susciter le plus grand nombre de lectures contradictoires. Pour moi, toute critique négative est le signe d'un désir, il est bon que celui-ci s'exprime, s'explicite et cela ne veut pas dire que ce désir ou cette critique sont forcément pertinents ! Ils peuvent taper à côté du sujet, être le signe d'un manque ! Et il est bon que dans ce dialogue ce désir et cette critique se métamorphosent eux aussi !

Voilà un billet un peu théorique, je vous l'accorde, mais le but est qu'il pointe du doigt les conditions d'établissement d'une véritable et utile mise en débat de la littérature corse : la littérature n'est pas une religion oecuménique, et c'est un quasi curé au sourire onctueux qui vous le dit (!), c'est un champ de forces toujours en tension, et il est bon que ces forces soient visibles et objets de discussion.

Je souscris pleinement aux propos de Mister Palu : il fallait libérer la parole en Corse ; je pense que cette libération n'est jamais acquise, elle n'existe que par l'exemple concret de prises de paroles réelles et j'engage tous les visiteurs (muets ou non) de ce blog à aller voir ce qui se passe sur la Gazetta di Mirvella : on y rit, on y propose des opinions passionnantes sur des sujets fondamentaux, on y propose un usage jubilatoire de la langue corse, on y montre des créatures de l'autre monde qui hanteront nos nuits, on y explore toutes les sexualités, des plus au beaucoup moins raffinées, bref on y fait vivre l'imaginaire et la littérature corses !

Roulez jeunesse !

samedi 5 décembre 2009

A Gazetta di Mirvella

Iè chì a lingua corsa ùn hè micca morta, è sopratuttu cume mezu di creatività... literaria (critiche parodiche, chjami è rispondi incù sunetti, articuli d'infurmazione, tuttu cù u spiritu di a macagna).

Oyez, oyez la grande nouvelle : hè nata "A Gazetta di Mirvella".

Ci era digià u ghjurnale di A Piazzetta (spergu chè cunniscite issu blog "scherzosu" !), ed avà lighjemu cù monda piacè e riflessione è macagne di u Cavaglieri di Mirvella è di tutti chì volenu scrive annant'à u so forum : quì.

Aviamu parlatu di e critiche literarie (quella di Mister Palu sopra à "Mon Dieu un animal !", ma ci hè dinù quella di l'arrabbiatu Maître Aymeric Faisan chì sdrughje l'ultimu "capu d'opera" di Marcu Biancarelli, "Murtoriu" : andate quì), ma quì ci vole à salutà u sforzu di unu scrivanu di u diciuttesimu seculu, issu meravigliosu Mirvella... : eiu, ùn possu vede senza emuzione date cumu "Nuvembre Annu di Cristu 1759". Pensu à Stevenson è Pasquale Paoli... Arricurdemuci (cumu dicia un affissu patrioticu) chì a Corsica tandu era quella regione chì inventava forme pulitiche in Europa...

Allora, lighjemu issa Gazetta, piena di risa è d'emuzione... Ci ramenta i "Ragguagli di l'Isola di Corsica".

Un esempiu d'emuzione (chì seria una altra definizione di a literatura corsa) :


Ma avali sò persu prighjuneri d'un foru
Trà Elvira è Francesca socu curciu fandoniu



(T'aghju riesciutu à fà una citazione chì ùn sia micca umuristica nè scherzosa !)

Vi piacenu à voi isse forme di scrittura ? Forse sò troppu libere ? O inutile ?

vendredi 4 décembre 2009

Acheter de la poésie corse contemporaine sur le Web

Voici de la poésie contemporaine qui joue un rôle dans l'imaginaire corse, donc voici de la poésie corse (suivant la définition en vigueur sur ce blog).

Il faut savoir que François Bon, l'écrivain, a créé, voici quelques années, une structure numérique nommée "Publie.net". Il s'agit d'un lieu qui donne accès à des textes numériques (poésie, essais, revues, etc.), via un paiement maximum de 5 € 50 par texte, avec une possibilité d'abonnement annuel, etc. Les textes sont choisis voire sollicités par un petit groupe de collaborateurs. Ils sont écrits par des auteurs très connus ou beaucoup moins. Ils sont inédits. Plusieurs sont pensés d'abord et exclusivement comme de "l'écriture numérique".

Bref, tout cela est passionnant pour nous, amoureux de littérature corse. Stimulant. À quand la même plate forme pour donner accès à des textes corses ? À quand le développement d'une littérature numérique corse ? Cela croise les objectifs de diffusion et de production, sollicitant des moyens nouveaux, capables de renouveler les formes littéraires et la façon de les lire ou de les appréhender.

Voir ce billet de François Bon qui présente un bilan actuel de l'aventure "Publie.net" (passionnant).

Eh bien, dans le catalogue de "Publie.net", que trouve-t-on qui travaille la matière corse ?

Une oeuvre d'Hélène Sanguinetti (voir aussi chez Angèle Paoli, pour bien d'autres références, comme toujours).

Titre : "TOI, TU NE VIEILLIS PLUS, TU REGARDES LA MONTAGNE".

C'est dédié au "San Pedrone", (le sommet de la Castagniccia), c'est écrit entre 1992 et 1993, entre Ghjucatoghju et Arles. Quelques pages et 8 photos (8 variantes photographiques du San Petrone).

Je lis et relis ce texte, que j'ai acheté et qui se trouve dans mes téléchargements, donc.

Notamment, la page 15 : le texte, dans une mise en page particulière, est accroché à une photo du sommet tronqué du San Petrone (qui m'a toujours fait penser à un volcan... vieux rêve corse du volcan, voir
ici pour le prolonger) :




— Vent, voix, et abeilles
ensemble cousus,
coulantes abeilles
espèrent dans la branche d’un pin
Cette branche touche le sol,
Presque,
On peut descendre,
Sous la terre,
Qui circule en barque légère ?
Vent, voix, et abeilles,
secrets compagnons de la surface,
et de son ombre —





Tiens, cela me rappelle cette obsession de l'ancien mythologique, parmi les "vieux fonds" qui hantent l'imaginaire corse.

Je ne sais pourquoi, c'est le vers - "Cette branche touche le sol" - qui m'émeut singulièrement ; j'ai l'impression que c'est le présent du verbe "touche", cette simple et unique syllabe qui donne accès aux enfers, à un voyage.

On peut aussi écouter le texte lu (jusqu'à la page 9) par Hélène Sanguinetti elle-même : ici.
Et aussi "prévisualiser" l'intégralité du livre, et ensuite l'acheter, le lire, en parler, notamment sur ce blog ?

jeudi 3 décembre 2009

Cela paraît peu de choses

Toutefois, lorsqu'on vit hors de l'île, la voir, surtout par hasard, survenir sur son écran d'ordinateur, dans un film que l'on ne connaissait pas, c'est toujours un bonheur.

C'est un film de Madeleine Santandréa, qui forme couple, à l'écran comme à la ville, avec l'écrivain Jean-Philippe Toussaint. Ils habitent le Cap Corse une partie de leur temps. Furetant sur le site de François Bon (une mine absolument extraordinaire de réflexion et de proposition en acte pour la littérature contemporaine, notamment dans ses rapports avec les outils numériques), un clic me conduit à l'article qui suit en fin de ce billet et que je vous recommande. (Personnellement, je n'ai lu que "La télévision" et "Autoportrait à l'étranger" de Jean-Philippe Toussaint, et j'avais vraiment bien aimé ; je me souviens évidemment de la partie de boules en Corse gagnée par Toussaint ; et aussi d'un vol en petit avion au-dessus de Berlin dans la "Télévision").

Le film de Madeleine Santadréa est sobrement intitulé "Barcaggio, mai 2007". L'auteur est interviewé sur façon de travailler, de préparer un roman. Ses mots se perdent parfois dans le bruit des vagues, ou sont couverts par le souffle du vent dans le micro de la caméra (quelle caméra d'ailleurs ?). Les lieux traversés... (je n'en dis rien).

La Corse est une terre d'Imaginaire (une parmi d'autre bien sûr !, mais une avec les autres, pleinement).

Je rapprocherais volontiers ce joli film sur l'écrivain au travail avec la vidéo consacrée au jockey au travail, à Vignetta près d'Ajaccio (un autre bout de la Corse). Dans la série, comment capturer les images d'une "chose" qu'on ne filmait pas vraiment... et lui laisser ainsi toute sa puissance indifférente aux hommes et à leurs discours. Les lieux sont des abîmes sublimes de perplexité. (C'est en tout cas ce que j'entends dans le silence final de l'écrivain, et dans son léger mouvement de tête, presque un "non, incrédule et brisé d'émotion).

Voici le film de Madeleine Santandréa (sur le site de François Bon).

mardi 1 décembre 2009

Sinemà corsu : Marie-Jeanne Tomasi

La conscience de l'éphémère taraude l'humanité depuis un moment déjà, mais si nous l'avions oublié, rien de mieux que le Web pour nous rappeler à notre condition limitée dans le temps et l'espace : les pages et les images y disparaissent avec une rapidité confondante.

Alors dépêchons-nous !

Sur Via Stella, l'émission de Petru Leca (in lingua corsa, chì piacè), avec un invité. Ce jour-là, Marie-Jeanne Tomasi (avez-vous vu "On l'appelle Aurore", un chef d'oeuvre du documentaire corse ?!). Elle est interrogée sur sa vie, son parcours, son oeuvre. Trois extraits de sa filmographie sont montrés (sachant que ce sont des images absolument impossibles à voir en temps normal - me semble-t-il...) :

- un extrait de "Avà basta" (une fiction de 1982) : minute 9:34
- un extrait de "Los Corsos" (documentaire sur les Corses de Porto-Rico) : minute 14:44
- un extrait de "Aï Stratis" (documentaire sur les habitants d'une petite île de la mer Egée) : minute 18:15

Ce qui me frappe ? Le thème de la parole entravée !

Un téléphone sonne sans qu'on lui réponde (magnifique sentiment de la durée, alors qu'une femme se coiffe et traverse lentement l'appartement vers le téléphone). Cela se passe à Sartène.

Des femmes racontent comment les hommes parlent en corse entre eux en jouant aux cartes, et elles, elles sont exclues.

Deux hommes assis sur des chaises dans une petite maison sur la plage, un grand silence soudain.

Somptueuse anthologie cinématographique de l'oeuvre de Marie-Jeanne Tomasi (personnellement je n'ai vu que "On l'appelle Aurore" et son documentaire-enquête sur des Maghrébins partis de Corse, c'était en 2005 quand l'Amicale corse d'Aix avait organisé un festival de cinéma corse avec l'Institut de l'image à Aix et la Cinémathèque de Corse, et Karim Ghyati ; grands souvenirs, à raconter un jour).

Pour le numéro de "Par un dettu" avec Marie-Jeanne Tomasi, voir ici (il faut cliquer sur la petite vignette consacrée à Tomasi). Dépêchons-nous, il va bientôt disparaître derrière un message d'Erreur 404 ou je ne sais quoi d'autre (c'est vrai que je n'y connais rien à l'informatique).