Et voici un récit de lecture par Emmanuelle Caminade :
- Anton Francescu Filippini a écrit un poème (mais quand ? et où ?) ;
- il est lu et cette lecture est enregistrée sur un CD à l'occasion du Printemps des poètes en 2007 et financé me semble-t-il par la CTC ;
- ce disque est écouté par Emmanuelle Caminade, elle s'arrête sur ce poème et nous propose maintenant - jeudi 17 décembre 2009 - des mots de Filippini ("A luna (...) dava vita") sa vision personnelle ("l'évidence lumineuse de la nuit").
Merci !
Et avis à tous les lecteurs qui voudraient discuter de ce poème !
Voici le récit de lecture :
À lu Paese suttanu,
Trà le sepe curiose,
Capitonu strane cose,
Una volta di veranu.
C'era una bella figliola,
A più bella di u cuntornu
Ch'ùn vulia più vede ghjornu
Nè l'amiche di a so scola.
U sole tantu ludatu
Li dava malincunia
Ma di notte si n'escia
Cù lu tempu spurgulatu.
Quandu sopr'à u dolce mare
Spechjulava a prima stella
Bianca come un anghjulella,
S'affacava à lu zigliare.
Tandu u grillu di la machja
A cantava in versu è rima
Sinu à perdesi la stima
Di la so fida grillachja.
U cuccu, per cumpetenza,
Li dava lu benvenutu,
U vechju topu pinnutu
Lu facia la riverenza.
A luna, chi ùn s'ingannava,
Dava vita à fronde è fiori;
U ventu carcu d'odori
Cun manera l'allisciava.
Qualchì volta anc'un zitellu
Di quelli più intraprendenti
Cù a ghjinebera trà i denti,
L'armava un serinatellu.
Ella, invece, si n'andava,
Poi saltava in un giardinu :
Ùn sapia chi pè vicinu
Una foglia la spiava.
Chì dicia : - Soffre la luna
Ma pensava un'altra cosa -
Chì pregava à l'arritrosa
Ch'ella avesse più fortuna
Ma ùn hè voglia di maritu
Chì a guidava à l'abrucata,
Perchì s'era innamurata
D'un persichellu fiuritu.
Extrait de Paisanella, de Anton Francescu Filippini (1908/1985)
Dans la sélection des quatorze poèmes corses présentés sur le CD du printemps des poètes 2007, j'ai beaucoup apprécié ce dernier.
Son thème me semble peu se rattacher à la « lettera amorosa » censée donner unité au recueil. Pour moi, ce poème exalte avant tout la liberté et insère l'homme dans l' univers en lui faisant dépasser le monde limité et étriqué des humains.
De plus, décidément j'ai l'esprit de contradiction, le commentaire introductif de Paisanella ne me paraît pas en phase avec l'extrait proposé : « Ses rimes sont marquées par l'exil, la nostalgie devient mélancolie. Le ton est celui de l'élégie et du lamento (...) »
Je ne ressens point de mélancolie dans ces strophes qui célèbrent la nuit, pas de ton élégiaque dans ces vers empreints, au contraire, d'une joyeuse vitalité!
J'ai aimé cette jolie paysanne qui dédaigne les plaisirs habituels de son âge, délaisse ses amies et se montre insensible aux sérénades de ses galants.
C'est une jeune fille qui s'émancipe des apparences du jour et du conformisme du soleil (U sole tantu ludatu / Li dava malincunia) pour découvrir l'évidence lumineuse de la nuit (A luna, chi ùn s'ingannava). Refusant de voir le jour (Ch'ùn vulia più vede ghjornu), elle s'échappe quand la lune brille (Ma di notte si n'escia / Cù lu tempu spurgulatu.), et fait resplendir les fleurs du pêcher de manière plus intense (Là, j'extrapole, mais ce poète, fin observateur de la nature, sait assurément combien l'ombre intensifie les couleurs claires et , sinon, pourquoi ne pas retrouver son pêcher de jour ? ).
Elle revendique sa liberté et refuse de tomber sous le joug d'un mari (Ma ùn hè voglia di maritu /
Chì a guidava à l'abrucata).
C'est une jeune paysanne heureuse, en osmose avec la nature, attentive à ses vrais amis, grillons, coucous ou rats, amoureuse des arbres et vibrant sous les caresses du vent (U ventu carcu d'odori
Cun manera l'allisciava) : un vent de liberté...
Initiation d'une jeune fille innocente s'éveillant à la lumière de la nuit, comme un agneau blanc se présentant sur le seuil, sachant saisir l'opportunité d'un temps clair pour percevoir un autre monde , quand la première étoile se reflète sur la mer :
Quandu sopr'à u dolce mare
Spechjulava a prima stella
Bianca come un anghjulella,
S'affacava à lu zigliare.
Promenade au clair de lune dans une nuit odorante, bruissante de vie (A luna (...) / Dava vita à fronde è fiori)...
NB :
C'est sans doute prétentieux de ma part de commenter un poème en langue corse ! Certes la structure narrative du poème rend plus facile sa compréhension mai j'ai peut-être fait des contre-sens sur certains mots, car je me suis souvent fiée à la proximité de la langue italienne et à mon intuition sans pouvoir vérifier, vu la pauvreté des dictionnaires accessibles en ligne...
Ce blog est destiné à accueillir des points de vue (les vôtres, les miens) concernant les oeuvres corses et particulièrement la littérature corse (écrite en latin, italien, corse, français, etc.). Vous pouvez signifier des admirations aussi bien que des détestations (toujours courtoisement). Ecrivez-moi : f.renucci@free.fr Pour plus de précisions : voir l'article "Take 1" du 24 janvier 2009 !
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jeudi 17 décembre 2009
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