Il y a peut-être nécessité à oraliser la littérature corse ; à la faire entendre ; la faire lire à haute voix ; afin d'entendre une multitude d'accents en même temps que les principales langues de cette littérature (corse, français, italien, latin, etc.)
La littérature corse de langue corse peut-elle faire du bien à la langue corse ? L'enrichir ? La présenter comme une langue vivante ?
Au même titre que les chansons (combien ont découvert la langue corse en chantant avec les Muvrini ?), la littérature corse peut-elle être un lieu de partage de la langue corse avec tous ceux qui ne la parlent pas, ou pas bien, ou pas suffisamment ? Un lieu où l'on puisse partager ses maladresses, ses prononciations incertaines (où mettre l'accent tonique ? comment faire sonner telle consonne et telle voyelle ?), ses hésitations, ses scrupules... mais aussi ses plaisirs, parfois enfantins lorsqu'une "autre" langue (qui peut aussi être la "nôtre" dans le même temps) occupe notre gorge ?
Le sujet de la langue (n'importe quelle langue) est ultra-sensible, on le sait bien. D'où l'idée que tous les jeux qui associent plusieurs langues (bien ou mal parlées) sont peut-être l'occasion de lever quelques obstacles psychologiques. Le jeu de la lecture et de l'écoute est-il à tenter ? Sûrement... Nous essaierons de faire cela, le 22 octobre 2009, lors du Club de lecture dans la librairie internationale "All Books and Co" à Aix-en-Provence.
En attendant, je me souviens très bien avoir commis de nombreuses erreurs de prononciation des textes littéraires de langue corse. Je me souviens de la première phrase du texte-incendie de "A Funtana d'Altea" de G. Thiers, la prononçant de mémoire devant l'auteur - "A valle si ne stà accumpulata sottu à a serra cheta ma sempre minacciosa." - l'auteur m'indiqua que le "e" de "serra" se pronçait entre le "a" et le "è", ou quelque chose comme ça.
Ou bien au collège à Ajaccio, mes amis me reprenant dans un rire parce que je prononçais toutes les voyelles de l'expression "ancu eiu" (au lieu d'enlever oralement le "u de "ancu")...
Rien que de très normal : quand on apprend une langue, on fait des erreurs. Le problème est quand une grand partie d'une population adulte se retrouve dans la position d'enfants face à l'apprentissage tardif de sa propre langue (qui sans être maternelle ou première est tout de même un peu "maternelle et première"). Ma cumu fà sè ùn avemu micca a pussibilità di sbaglià ci ?
Est-il permis à un Corse de commencer à parler sa "propre" langue comme une vache espagnole ? Est-ce tolérable ? Est-ce un plaisir et un enchantement d'entendre des étrangers apprendre cette langue et la parler avec leur accent ? Je pense que oui.
Tout cela pour vous dire que j'ai beaucoup apprécié le film de Jacques Audiard, "Un prophète" - vous n'êtes pas obligé d'être d'accord, parlons-en, j'ai moi-même quelques critiques négatives à lui faire - et que j'ai particulièrement apprécié une analyse de l'accent de Malik, personnage principal du film, lorsqu'il se met à parler corse. Cette analyse est faite par Vanina Bernard-Leoni, de la revue Fora !, lors d'un numéro de l'émission passionnante "Ma Corse me Suis Partout" (avec Laurent Vitali et Marina Raibaldi) sur France 3 Corse Via Stella. (Voir ici : attention les propos de Vanina se trouvent vers la 32ème minute, mais les propos de l'invité principale, Marie-Ange Pugliesi, à propos des Rencontres de Bonifacio sont aussi intéressants !).
Il me semble que les premiers mots corses de Malik adressés à quelqu'un d'autre que lui-même sont : "Parlu a to lingua"... Il s'adresse à César Luciani, le chef du clan corse en prison. Etonnement de Luciani.
Je suis d'accord avec Bernard-Leoni sur le fait que la langue corse est ainsi montrée d'un point de vue positif, dans des circonstances naturelles d'utilisation, dans un contexte multilingue roboratif (français, arabe, corse). Qu'en pensez-vous ?
Signalons que la discussion va aussi impliquer Marina Raibaldi (et son accent croate), Alain Fleischer (et son "L'accent : une langue fantôme" - que j'ai très envie de lire maintenant), Michael Cimino (avec un extrait de "Voyage au bout de l'enfer" en version française ; film sublime ! - d'ailleurs j'aime autant Christopher Walken que Robert de Niro, personnellement) et Tarantino (avec son récent et multilingue "Inglourious Basterds")...
Ce blog est destiné à accueillir des points de vue (les vôtres, les miens) concernant les oeuvres corses et particulièrement la littérature corse (écrite en latin, italien, corse, français, etc.). Vous pouvez signifier des admirations aussi bien que des détestations (toujours courtoisement). Ecrivez-moi : f.renucci@free.fr Pour plus de précisions : voir l'article "Take 1" du 24 janvier 2009 !
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mercredi 23 septembre 2009
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