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jeudi 5 avril 2012

Un pocu di tuttu : quelle vie, quelle vie que la vie littéraire corse !!

Je relaie donc :

1 - un nouveau blog est né, je salue avec joie l'initiative de Jean Chiorboli, linguiste et professeur d'université à Corti. Son blog s'appelle "Corsica linguistica". Il est donc consacré à la langue corse mais aussi aux autres langues romanes qui font partie de l'histoire de l'île. Et en plus, il lance un appel aux internautes pour envoyer questions, remarques, opinions... à débattre ! Sans nul doute, les questions concernant la littérature corse (langues d'écritures, contacts de langues, styles des écrivains, évolutions diverses et variées, etc... Voir ici, un début de discussion sur Facebook) auront toute leur place dans le futur. Pregemu una longa vita à issu novu blog ! : quì : Corsica linguistica.

2 - de nouvelles interviews d'auteurs corses : Philippe Stima, Jean-François Agostini... C'est dans l'émission "Sera inseme" animée par Philippe Martinetti. Cela dure 21 minutes à chaque fois, cela parle littérature contemporaine ou non, écriture, livres, c'est toujours agréable et instructif. Et cela donne envie d'aller relire "Le monde a soif d'amour" ou les recueils comme "Quelques mots en l'air pour ne pas dire".

3 - une nouveauté dans les cafés littéraires de l'association Musanostra : "Literatura in caffè". Les participants y sont conviés à évoquer en langue corse leurs lectures, et autres sujets culturels, ou bien simplement à écouter ceux venus prendre la parole, et le tout avec une grand bienveillance pour les difficultés d'expression et les doutes qui peuvent se manifester. Je trouve cet esprit extrêmement positif (car la plupart des Corses et un certain nombre de non Corses sont en train d'apprendre et de développer des compétences dans la langue corse ; et puis quand on y réfléchit, c'est le cas pour n'importe quel locuteur dans n'importe quelle langue, non ?). Les livres et auteurs évoqués lors de ce premier "Literatura in caffè" furent :

"I scritti di P.Desanti ("a rivolta di u spermatosoidu"), Geronimi è Raffaelli ("U rumenzulaghju"), Rigiru, P.Susini, De Zerbi ("Cantu nustrale"), Guerrazzi ("Pasquale Paoli"), Lucia Santucci ("U Santacroce")... è a storia d'Ulisse quand'ellu hà avutu da battesi cù u ciclope..."

Voir ici sur le forum de Musanostra.

4 - une poète israélienne - Tal Nitzán - a été invitée, à Corti et à Bunifaziu, dans le cadre du printemps des poètes, avec Alanu di Meglio, Ghjacumu Thiers, Stefanu Cesari, Rosa Alice Branco, Patrizia Gattaceca : voir ici et ici.

- je relaie aussi une lecture d'une pièce de théâtre de Marcu Biancarelli, "Cuntruversa di Valdu Nieddu", sur le blog "L'or des livres" ; une lecture à la fois positive et négative, vraiment intéressante, car elle replace ce texte dans l'oeuvre générale de l'auteur.

...Lors de l'émission "Sera inseme", Jean-François Agostini a lu (mille mercis) un poème de Marcel Migozzi. Je me permets de le retranscrire ici (après l'avoir entendu sur Youtube...), pour le partager avec vous, avec grande joie :

Toutes ces pierres en pure
perte
les épreuves les ont blanchies
mais à midi
elles frémissent toutes en une assemblée de pigeons à terre

mardi 12 janvier 2010

Autopromotion sur les Ondes de la Grenouille (+ lecture d'un poème de Stima)

Rapidement, je signale que l'on peut maintenant écouter le dernier numéro de "Périscope", la petite émission littéraire que nous (des amis et moi) réalisons avec Radio Grenouille :

l'émission de novembre 2009 était en grande partie consacrée à la présentation par moi-même (et en dialogue avec Valou) du blog que vous lisez en ce moment ; très beau moment d'auto-promotion. Le but était aussi de parler de la littérature corse en général et j'en ai profité pour faire la lecture du poème intitulé "Impériale" de Philippe Stima (que l'on trouve dans le volume 1 de la collection "Centu Milla" d'Albiana, nommé "Le monde a soif d'amour").

J'y répète que :
- la littérature corse est multilingue
- vivace
- pleine de surprises, d'oeuvres de qualité
- médiocre en général
- et qu'il faut produire des critiques négatives sur les livres corses, c'est nécessaire pour avancer

Je sais que vous userez de votre libre arbitre de la façon la plus judicieuse : le silence est possible mais si par hasard vous aviez quelque chose sur le coeur, n'hésitez pas à le dire ! Vous pouvez tout à fait critiquer cette émission (la forme - on m'entend trop sourire ou rire, lecture trop "lyrique" - et le fond - formules vagues et à l'emporte-pièce) et faire des propositions, des remarques, etc. Cela sera tout à fait le bienvenu (si tant est que tout soit fait sincèrement et courtoisement).

Je poursuivrai autant que possible la présentation d'ouvrages littéraires corses via "Périscope".

Vous pourrez aussi écouter Valou évoquer en deuxième partie d'émission le "Dictionnaire critique des mots de l'identité nationale" (L'Harmattan).

Bonne écoute !

(Ici le billet qui précédemment parlait des autres émissions de "Périscope").

mardi 8 décembre 2009

Littératures (notamment corse) sur la Grenouille (et Zibeline)

Vous devez être assez peu nombreux à connaître ce canal audio... : Radio Grenouille (et ce canal écrit... : Zibeline). Et pourtant, là aussi la littérature corse vit...

Petit historique : voir ici, pour les étapes essentielles de Radio Grenouille, radio marseillaise et mondiale (naissance en 1981 au Théâtre Toursky, par Richard Martin ; 1991 migration à La Friche Belle de Mai ; projets foisonnants dans les années 2000 qui en font un lieu de débats, de musiques, de créations sonores : la radio comme lien social et comme art !).

Historique petit : il me souvient d'un temps, pas si lointain (quelques années), où André Mariaggi et moi-même eûmes l'idée de descendre voir l'équipe de cette radio dont nous avions l'habitude d'écouter l'émission littéraire (son nom m'échappe maintenant, désolé). Cette émission avait disparu ; nous nous en étonnions ; le plus simple fut finalement de proposer nos services ! Ainsi est né l'émission "Périscope" (en janvier 2003, tout de même, comme le temps passe...).

Aujourd'hui : aujourd'hui l'équipe de Périscope - regroupée dans une association que nous avons nommée "Le Nador" (dont le site internet est mort, mais dont le mail fonctionne encore : lenador@free.fr) repose sur le travail de Valérie Brayda-Brun, Aude Fanlo et moi-même (mais elle est ouverte à tout contributeur potentiel, bien du monde est passé par les micros de la Grenouille dans le cadre de cette petite émission littéraire).

Histoire de présenter la chose brièvement, je cite ici un extrait de la présentation que vous trouverez sur le site de Radio Grenouille :

À l’origine, le périscope a une fonction : regarder sans être vu ; le nôtre au contraire cherche à débusquer ce qui est caché sous la surface. Il s’agit en fait de repérer ici des textes des littératures de Méditerranée anciens et contemporains - parfois oubliés ou méconnus pour diverses raisons. Mais en fait nous accueillons des publications confidentielles aussi bien que renommées, le seul critère étant notre plaisir et notre envie de faire connaître certaines expressions littéraires. Les choix sont dûs au hasard des rencontres et aux obsessions personnelles.
Commentaires dialogués, lectures d’extraits, entretiens avec les auteurs peuvent se mêler. Il s’agit aussi, le plus possible, de faire sonner toutes les langues qui ont traversé la Méditerranée.
Il arrive que l’été, "Périscope" se métamorphose en feuilleton radiophonique pour donner à entendre une longue respiration littéraire.

Les toutes premières émissions sont gravées sur quelques CD, mais 8 sont disponibles sur Internet : rien de plus facile donc que de les écouter comme le voulez (en plus il y a une possibilité de podcast) : voir ici (colonne de droite, il suffit de cliquer les Titres soulignés précédés d'un symbole audio).

Et la Corse dans tout cela ? Eh bien elle est une des expressions littéraires évoquées par notre émission (plusieurs auteurs corses contemporains ont été présentés : Ghjacumu Thiers, Marcu Biancarelli, Jérôme Ferrari, Marie Ferranti) et elle a donné son nom à une des parties de l'émission, intitulée "Minute corse". Il s'agit, lors de cette "minute", de présenter des ouvrages collectifs ou fruits d'une aventure collective (la Corse y est ici utilisée comme Métaphore du collectif, ce que je ressens fortement). Et c'est ainsi que la littérature corse est présente tous les mois sur les Ondes si accueillantes de Radio Grenouille (la radio des trois 8 : 88.8 fm) : tous les deuxièmes mercredi de chaque mois, à 11 heures du matin (tiens, c'est demain la prochaine émission : et figurez-vous que j'y évoque le blog "Pour une littérature corse", la littérature corse en général, et les poèmes de Philippe Stima en particulier ! A vos écouteurs ! Connectez-vous ! Ou bien attendez que l'émission soit écoutable sur le le site de Radio G. !)

Voici la liste détaillée des oeuvres présentées dans les 8 émissions écoutables sur le Web :

- Janvier 2008 : "Palestine", Hubert Haddad / "Paroles sans papiers" (BD collective sous la direction d'Alfred et David Chauvelle (cliquer ici pour écouter)

- Avril 2008 : "Seule la mer", Amos Oz / "Roberto", Edmond Baudoin (cliquer ici pour écouter)

- Octobre 2008 : "Le jour où Nina Simone a cessé de chanter", Darina Al-Joundi et Mohamed Kacimi / Chronique "Stéthoscope" par Benoît Reynaud (cliquer ici pour écouter)

- Novembre 2008 : "Beijing Coma", Ma Jian / "Vir Nemoris", Nobili-Savelli (cliquer ici pour écouter)

- Décembre 2008 : "Don Quichotte", Cervantès (nouvelle traduction de Jean-Raymond Fanlo) / "Protocole de l'expulsion", article in Monde Diplomatique / "Au panier", Nathalie Choux et Henri Meunier / "Tu peux pas rester là", Jean-Paul Nozière / "L'Arbre d'ébène", Fadela Hebbadj / "Zone", Mathias Enard / "Syngué Sabour", Atiq Rahimi (cliquer ici pour écouter)

- Janvier 2009 : "Zone", Mathias Enard / La librairie "Le Lièvre de Mars" à Marseille, présentée par Jean-Roch (cliquer ici pour écouter)

- Février 2009 : "Zibeline", le mensuel culturel gratuit en Provence (voir leur site ici, un travail incroyablement riche, foisonnant, critique, avec des articles consacrés à la version théâtrale de "51 PEGASI" de Biancarelli (numéro 13, page 16), à l'oeuvre poétique de Jacques Fusina (numéro 19, page 60, par Maryvonne Colombani) et au "Vir Nemoris" de Nobili-Savelli (numéro 17, page 53, par Maryvonne Colombani) ; en plus tous les numéros sont téléchargeables gratuitement en PDF !), interview avec Agnès Freschel / Un DVD : "L'incinérateur de cadavres", Juaj Herz / Naissance du blog "Pour une littérature corse" (cliquer ici pour écouter)

- Avril 2009 : "Le guide de Mongolie", Svetislav Basara / "Dans le secret", Jérôme Ferrari (cliquer ici pour écouter)

- Mai 2009 : "La piste mongole", Christian Garcin / "Septième ciel", Ghjacumu Thiers / "Il me sera difficile de venir te voir" (ouvrage collectif) (cliquer ici pour écouter)

Bonne écoute, et bonnes lectures !

(Et n'hésitez pas à faire des commentaires : des critiques sur le fond, la forme et le reste ; ou bien encore à proposer des livres, des auteurs ; ou bien enfin à venir enregistrer une émission avec nous !)

(Une dernière info, sous forme de proposition : l'équipe de Périscope a réalisé - pour l'été ou pour l'hiver - des feuilletons radiophoniques. Trois. Nous nous amusons à mettre en sons textes, voix et musiques, en amateurs ! Nous avons ainsi lus des extraits de "Tristram Shandy" de Laurence Sterne, "L'autre côté du miroir" de Lewis Carroll, "La neige n'existe pas" de Michel Mori (celui-là est un peu moins connu, certes, mais il gagne à l'être). Pourquoi pas une prochaine fois, une mise en son d'une oeuvre corse ? Laquelle s'y prêterait le mieux selon vous ?)

dimanche 4 octobre 2009

Lisant "Veilleur" de Philippe Stima : Le Lion et la Neige

Le compte rendu de ce que j'ai vu et entendu au Festival Cuntorni, ce sera pour après, pour bientôt. (Ce fut une expérience très riche, bravo aux organisateurs, j'y reviendrai donc).

Un billet sur "Houdini", chanson que j'aime tellement, de Gambini, chantée par lui hier soir, justement au festival, j'y reviendrai aussi.

Ce soir, contre toute attente, cette page, qui m'arrêta, frappa mon imagination (dans l'avion entre Poretta et Marignane), relue ce soir (je la cherchais), relecture confirmant ma première impression : d'aimer cette page. (Je reviendrai dans les commentaires sur ce qui me plaît ici.)


Bon, mais c'est pas le principal, le principal, monsieur, c'est l'une des images, une image que je suis en train de contempler. (Un temps.) Sur cette image, en couleurs, on voit un vieux lion fatigué. (Un temps.) La légende précise qu'il s'agit d'un vieux lion malade, et sur la même page, un texte dit que ce vieux lion malade vit dans un pays... Oh, un pays splendide, monsieur, je le connais un peu d'ailleurs, parce que ma vraie femme venait de là, elle m'en a... Ma vraie femme, monsieur, vous savez, mon seul amour à part ma mère, ma vraie compagne, pas la remplaçante, pas ma femme selon la loi, pas la mère de mon fils... Oui, monsieur, donc, ce vieux lion fatigué, eh bien, il sent la mort venir, se rapprocher, alors il décide de se réfugier dans une grotte isolée, pour se coucher, pour s'éteindre, mourir silencieusement, paisiblement, mourir indépendant, à l'abri de ses congénères, à l'écart des charognards, enfin, le plus possible. (Un temps.) Eh bien, monsieur, moi, ma mort, je la souhaite un peu comme ça. (Un temps.) J'aimerais que l'histoire, MON histoire se termine ainsi, se termine là-bas, même s'ils ont prévu (il hésite, lève les yeux, voix basse) autre chose pour moi ici, un autre sort, une autre fin. (Un temps.) Tant pis, tant pis pour eux, hein, ou tant pis pour moi, peut-être. (Un temps. Il soupire puis sourit tristement. Il referme le livre lentement, avec vénération.) Tant pis pour moi... Oui, monsieur, une grotte, là-bas, loin, loin des gens, loin des médecins, loin des méchants, loin des clients, loin du patron, loin de l'hôtel, loin du royaume, loin de tout, enfin, le plus possible. (Un temps. Voix légèrement plus forte, émue.) Autour de cette grotte, il y aurait de la neige, il neigerait, ce jour-là, le pays des lions et des vraies femmes serait sous la neige, recouvert de neige, il y aurait de la neige autour partout, une neige douce, rafraîchissante, amicale... (Il sourit.) Blanche ou bleue, monsieur, plus aucune (il hésite) importance dans de telles circonstances... (Il rit doucement.) Exactement, monsieur, exactement : ni lit de mort ni croix, ni fils rancunier ni vinaigre, pas de testament, pas d'enterrement, pas de mots, pas de cris, pas de larmes, pas de grimaces, personne, la nature ferait son travail et puis voilà...


"Le pays des lions et des vraies femmes serait sous la neige" : je crois que c'est au moment de cette proposition que le travail du plaisir a commencé en moi, exactement au moment de cette proposition, le pluriel de "lions", la combinaison "lion malade/vraie femme", cette inexplicable (pour moi) et pourtant si "nécessaire" "neige".

C'est un extrait de "Veilleur", un des textes publiés dans le recueil "Le monde a soif d'amour", premier volume de la nouvelle collection "Centu milla" d'Albiana (leur collection de poche, dirait-on, avec des textes originaux dans tous les sens du terme).

Et je pense soudain à cette page de "Une affaire insulaire" de Jean-Baptiste Predali...

Et vous avez certainement une vision autre ?