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dimanche 3 juin 2012

Ce qu'on lit, ce qu'on retient... Des textes de François Farellacci

J'avais oublié que j'avais lu ces textes début 2011, dans le numéro 8 de la revue Fora ! (j'espère vraiment que vous connaissez tous cette revue, d'une richesse incroyable, qui accueille tant de points de vue extrêmement intéressants sur la Corse contemporaine, en jouant des détours, des chemins de traverse, et de tous les moyens artistiques ! Abonnez-vous ! C'est par ici...)...

Oui, j'avais oublié que j'avais lu ces textes ainsi imprimés entre les pages 80 à 83. Sous le titre "Chantier". Dans la rubrique intitulée, "lascia corre" qui donne "carte-blanche à des créateurs".

Le créateur c'est donc François Farellacci, jeune cinéaste corse, très lié à l'Italie. Voir ici son site : françois farellacci.com.

Il fait notamment partie du groupe d'artistes de cinéma nommé "Stanley White" (du nom du personnage de "L'Année du Dragon" (1985) de Michael Cimino ; encore un film que j'ai raté ; pour l'instant.) En espérant que ce regroupement sera utile pour mettre en évidence le travail de ces très talentueux artistes (je n'ai vu que les travaux filmiques de Thierry de Peretti, personnellement).

François Farellacci prépare un long métrage de fiction qu'il intitule "L'île des morts". Je ne dois pas être le seul à attendre cela avec grande curiosité et grand intérêt. (Voir ici la page Facebook du film en cours d'élaboration).

Or, ces fameux textes lus dans la revue Fora ! sont aussi présents sur cette page Facebook, sous le titre "Repérages dans un un sud idéal".

Et c'est sur cette page que je les ai "retrouvés", il y a quelques jours, après les avoir oubliés. (Un peu comme Ménélas qui, ne retrouvant pas le chemin de sa maison et prenant conseil auprès du devin Protée, se voit signifier qu'il avait oublié... l'essentiel ; je vous laisse retrouver cet essentiel en reprenant l'Odyssée (chant 4, page (57) dans cette version numérique de la traduction de Leconte de Lisle)...

Je les ai lus, à nouveau donc, et j'ai été vivement ému, vivement frappé : j'avais l'impression - sur cet écran connecté - que j'assistais à l'éclosion d'une parole qui arrivait - au moins à mes yeux - à saisir une des "formes de vie" actuelles dans l'île (comme le font Marceddu Jureczek avec "Caotidianu" et Noël Casale dans quelques billets de son blog sur Mediapart ; où il apparaît que nombreux - on peut ajouter d'autres noms - sont les artistes qui se coltinent la réalité contemporaine de la Corse, en tant qu'artistes). Une réalité, c'est-à-dire quelque chose avec toute son épaisseur, quotidienne, parfois obscure, saisie tout autant par le corps et tous ses sens que par un effort de conscience, tendre et sans illusion (parodiant le style sociologique). C'est pour ces raisons que je relis maintenant à nouveau ces pages et que je les place, avec l'accord de l'auteur (merci infiniment), dans ce billet.

Peut-être (forcément) que quelques réactions et remarques de votre part naîtront à la lecture de ces textes ? Parlons-en.


"Repérages dans un sud idéal - 1"

Je viens du Sud, au bord de la Méditerranée. Le village dans lequel j’ai vécu vingt ans est une langue de goudron qui s’étend entre la mer et des collines raides et sauvages. Plus qu’un véritable village c’est une succession de champs abandonnés par l’économie pastorale que les années 70 et 80 ont transformé d’abord en terrains vagues, puis en chantiers.

L’état de chantier est l’aboutissement de l’écosystème méditerranéen. Tous les espaces naturels du Sud, mêmes les plus sauvages et inaccessibles, ont pour destin le passage par l’état de chantier. Cet état de transition a la propriété surprenante de devenir définitif. Le ver par exemple devient chrysalide puis papillon, prospère, connaît l’amour, la solitude, et avant de mourir se reproduit donnant vie à un nouveau cycle. Le chantier, lui, reste comme suspendu dans son élan et ne s’achève jamais. Les villas de nos lotissements prolifèrent comme les cellules d’un corps en expansion, en se divisant. Sur des parcelles dont la verticalité semble un défi lancé aux maçons une villa en crache une autre presque identique. On construit en hâte avec ces parpaings qui ont été conçus pour colmater les cicatrices architecturales de la France après la Seconde Guerre mondiale. La mer, le soleil et le vent consument rapidement les crépis rosâtres ou beige si bien qu’aujourd’hui il faut déjà réparer ce qui était neuf il y a seulement quelques années. On colmate, on agrandit, on refait la façade pour accueillir une nouvelle boutique qui essayera de faire oublier le précédent dépôt de bilan pour cause de mauvaise saison ou autres calamités. On refait le toit de la discothèque incendiée et les villas se munissent de protubérances annexes construites le week-end pour chaque enfant de la famille en âge de se marier.

Notre architecture emprunte généralement un style pseudo-provençal qui même après avoir réussi à conquérir ces dernières décennies une large part du territoire continue à sonner comme quelque chose de faux et de fragile. Les autochtones, c’est-à-dire nous le peuple du lotissement, se retrouvent à habiter un espace construit sur mesure et familier qui pourtant génère un sentiment continu d’étrangeté, comme un bruit de fond.

Pour lever tous ces murs les anciens chômeurs, paysans, flics et bergers s’improvisent entrepreneurs. Ici tout le monde sait poser une brique sur l’autre. Parce qu’il faut reconnaître une chose, c’est qu’ici nous avons un sens pratique qui semble avoir disparu dans les métropoles continentales. Et comme on n’a pas encore appris à avoir peur de la vie et à gérer ses doutes, quand il faut s’y mettre on s’y met, on pose les briques. La plupart du temps on fait tout seul en famille, doucement. Pour ceux qui ont besoin d’un coup de main il suffit de piocher dans les muscles bon marché qui arrivent dans les conteneurs. Mon parrain trouve souvent des ouvriers allongés sur les patates en provenance du Maroc. Un peu de Kurdes, quelques Africains, et surtout des Arabes. Je ne saurais pas dire à quoi ils s’attendent en arrivant ici, toujours est-il que puisque nous sommes un peu Arabes nous-mêmes beaucoup finissent par s’installer.
 "Repérages dans un sud idéal - 2"

Derrière la pizzeria familiale, caché dans le maquis, un mini bidon-ville de parpaings et roulottes abrite cuisiniers et plongeurs : Ali, Mustafa, Hassan. Hassan mange le sanglier. Les roulottes sont à l’ombre de la maison en pierres sèches, sous le vent, froides. Il y a quatre ans la bâche en plastique-véranda de la baraque d’Ali a pris feu. C’est la faute au poêle à pétrole et les chênes-liège ont failli cramer pour de bon, mais tout le monde s’y est mis, Arabes ou pas, et les arbres sont encore là. Le feu a léché la jambe d’Ali depuis la cheville, là ou le tendon se courbe et s’affine, jusqu’au mou de la cuisse, juste sous la bite. Il m’a fait voir sa cicatrice, on dirait du plastique ou de la cire fondue. Le chemin qui part des roulottes, conduit tout droit à la porte de service du restaurant. La marge de manoeuvre des trois Arabes c’est : la roulotte-la plonge, la plonge-la roulotte, deux fois par jour. Mets-y une voiture au milieu et à peu de choses près c’est la marge de manoeuvre de tout le monde ici. Parce qu’ici on bosse. Ici on a la réputation d’être des branleurs, et je sais qu’il y en a, mais la plupart des gens bossent, dur même, sur les chantiers ou dans les restaurants, tous ensemble, Arabes ou pas.

D’ailleurs ici il n’y a pas que des restaurants et des chantiers, il y a les boîtes aussi. Elles changent souvent de nom, parfois elles sautent, mais leur nombre est constant depuis les années soixante-dix. Il y en a sept, pour mille habitants, sur quelques kilomètres. Je les connais toutes, j’ai commencé à me jeter les tequilas paf quand j’avais treize ans. Pour les ados sortir en boîte reste une activité étonnement sûre ici. Ça tient du paradoxe, j’ai vu mon premier cadavre à la sortie du collège en sixième, il s’était pris une rafale, pourtant ici à quatorze ans tu peux sortir boire des coups jusqu’à la nausée sans prendre trop de risques. Les videurs des établissements de la commune connaissent tous nos parents ce qui nous a garanti de pouvoir nous enfiler des téquilas pas sans ennuis pendant toute notre adolescence.

En grandissant c’est différent, l’aura protectrice de l’enfance tombe, et de toute façon on ne danse plus, on boit et on regarde le femmes et les touristes qui gigotent. Il y a ceux qui se marient, ceux qui fréquentent les bars du front de mer, et ceux qui vont au piano-bar. Le piano c’est le bordel, mais personne ne l’appelle par son nom, bordel. Ici tout le monde a passé une soirée avec une hôtesse, et tout le monde connaît au moins un mac, un proxénète. Même moi. Je sais même qu’en ce moment chez l’autre il y a des chinoises, il dit «qu’elles ont les poils tous lisses et que c’est dégueulasse». Il sort sa vanne débile au comptoir et personne ne se casse. Ici ça paraît normal. On se marie avant vingt-cinq ans à l’église, puis les hommes vont au bordel. Tout le monde, même les immigrés, c’est eux qui vont avec les Chinoises, nous on va avec les filles d’Europe de l’Est ou les Arabes.

Un jour mon père en rentrant de la pizzeria a conduit une jeune prostituée, une Européenne, à l’hôpital. C’est elle qui le lui a demandé. En se voyant toutes les nuits sur le parking du centre commercial, à la fin du service vers deux heures du mat, ils ont pris l’habitude de se dire bonne nuit, probablement pour se rassurer mutuellement, elle de faire le tapin, lui de prendre la route avec la caisse dans la poche. Ce jour-là elle devait se faire avorter, elle avait rendez-vous, mais l’hôpital c’est loin, quinze kilomètres et des années-lumière de peur. Alors il l’a déposée. Après on l’a plus revue. La prostitution c’est la phase un de la modernisation du banditisme post-pastoral devenu maintenant criminalité. La prostitution est arrivée avant les armes, avant la drogue. Ma génération n’a pas eu le temps de connaître l’héroïne, pas vraiment la coco, juste quelques extras et beaucoup d’alcool. Maintenant c’est différent. A l’époque le lotissement ça ressemblait déjà à la ville mais c’était encore la campagne. Maintenant ça ressemble un peu plus à la ville, il y a quelques immeubles, on dit résidences, qui grimpent sur la colline, l’équivalent des HLM parisiens. Ils se sont construits dans les années quatre-vingt quand les gens ont commencé à arriver de partout, des villages pour fuir la misère affective, du continent pour profiter de la mer et du soleil en croyant qu’ici c’est la Californie. Je ne sais pas comment c’est la Californie et sincèrement ça ne m’intéresse pas. Ici c’est beau, mais ce n’est pas la Californie.
"Repérages dans un sud idéal - 3"

Derrière les immeubles passe la rocade, la synapse qui relie tous les lotissements, ceux qui existent déjà et ceux qui existeront peut-être, une sorte de mini-périphérique qui est le décor d’innombrables trafics. On peut y rouler vite et les flics ne la fréquentent pas trop. Nous on la prenait déjà à seize ans, pour éviter les contrôles, quand on conduisait bourrés sans permis en rentrant de téquila-paf et qu’elle n’était qu’un lacet de terre. Aujourd’hui elle est goudronnée et large mais les forces de l’ordre s’obstinent à placer les barrages filtrants en bord de mer, comme la dernière fois lorsqu’ils notaient les noms de chaque passager de chaque véhicule sur un registre. «Ils doivent chercher quelqu’un» on s’est dit, quelqu’un qui a dû rester chez lui ou passer par la rocade. Juste derrière la rocade il n’y a rien. 
En quinze mètres, la largeur de la chaussée, on passe des lotissements à rien, le maquis vert et sec, parce que pour nous le maquis c’est pas la nature, c’est rien, même si depuis quelques années les hangars, puis les résidences aux airs de banlieue, ont commencé à apparaître de l’autre côté de la route après chaque saison estivale, comme oubliés par la marée descendante. Il y a pas mal de gens qui échouent ici au mois de septembre. Ils viennent de la terre ferme en début de saison pleins d’espoirs et d’illusions de vies nouvelles, et lorsque les vagues de touristes nous quittent ils se retrouvent seuls avec la fatigue des heures sup du mois d’août et les tristesses d’avant l’été. Ils doivent se dire qu’ici c’est un peu ailleurs tout en étant pas très loin, alors ils se trouvent une place dans une maison en colline, ou dans un immeuble à l’entrée de la ville. 
Beaucoup conservent sur leur corps une spontanéité différente de la nôtre, si bien que quelques années plus tard, lorsqu’ils me payent un coup depuis le comptoir derrière lequel je les vois tous les jours, malgré une certaine familiarité ils dégagent quelque chose d’étranger. 
Dans mon village il y avait une famille de blonds, tous minces dont la pâleur m’a toujours frappé tant elle se démarquait du reste de la population autochtone ou acquise. Leur fille, grande et secrète était coiffée comme France Gall. Abandonnés par une marée descendante après avoir pris nos rivages pour ceux de la Californie ils ont reçu le titre exclusif de cas sociaux. Pendant longtemps les seuls cas sociaux de la commune, car les seuls à reconnaître leur propre précarité. En tous cas Tata Marie les appelait «les cassos», terme aux sens multiples, lorsqu’ils descendaient au centre commercial. Elle les appelle toujours les cassos aujourd’hui lorsqu’elle demande des nouvelles de leur fille aînée qu’elle n’a plus vue depuis qu’elle est immobilisée par son appareil respiratoire. 
Sans s’en rendre compte on est un peu tous devenus des cassos ici pendant qu’on était occupés à construire des villas en faux style provençal et à payer les traites du 4x4. Je me dis que le 4x4 est le côté face du côté pile qui est la précarité gangrenante pendant que j’observe le fils de Marie essayer de dégager son Peugeot 4007 HDI aux faux airs Cayenne. Le Cayenne c’est le 4x4 du riche, le Peugeot 4007 HDI c’est le Cayenne du pauvre. Le véhicule émet des bip-bip d’alerte à répétition en effectuant une série de va-et-viens, dont la somme est proche de l’immobilité, entre les murs trop étroits d’une allée du lotissement. Voiture trop grosse pour une ruelle corse. Je quitte le cétacé métallique pour pas ne devoir échanger de regards avec le pilote confronté à ses contradictions. Le Sud a vraiment la capacité d’accueillir tous les désespérés dans sa moiteur, sous son vent, même les pilotes de 4x4. Le temps que j’écrive cette page pour expliquer d’où je viens le Sud a probablement déjà mué, c’est la frontière invisible du monde qui se débat tout en restant immobile et de ce fait l’unique lieu où aujourd’hui il peut advenir quelque chose.
François Farellacci

mardi 27 décembre 2011

"Diversité est ma devise", comme disait l'autre : un tour sur le net littéraire corse

Quelques mots pour signaler quelques voies empruntées par des paroles contemporaines, et qui, d'une façon singulière, disent quelque chose de la Corse et de la vie de son imaginaire (ou de ses imaginaires) aujourd'hui :

- deux voix intimes, qui oscillent entre, ou mêlent, la réflexion exercée au quotidien et la narration de choses vues, avec une belle écriture, précise, souvent humoristique, parfois amère. Paris et la Corse comme pôles majeurs. Donc, la Corse souvent présente comme sujet, mais pas toujours. Ce sont les voix de Sylvestre Rossi (Chroniques insulaires, blog hébergé sur le site du Nouvel Obs, tenu depuis 2 ans ; voir ici par exemple, un billet qui le conduit à évoquer son grand-père et l'utilité de s'interroger sur ses origines : "Buren intra-matic") et de Noël Casale (Collection de sable, blog hébergé cette fois sur le site de Mediapart, tenu depuis 1 an ; beaucoup aimé le récit d'une balade dans les quartiers du Finosello, des Salines, à Ajaccio : ... mince, je ne le trouve plus, le déplacement dans les billets n'est pas facile, pas de tags ou de fonction recherche ; alors en voici un récent concernant un article de Corse-Matin qui oppose théâtre populaire et théâtre élitiste : "A Ajaccio, encore un mur" ; signalons que Noël Casale est dramaturge, metteur en scène, comédien ; plusieurs billets de "Pour une littérature corse", l'évoquent à ce propos).

- Sur le forum de Musanostra, les lecteurs s'expriment sur tous les tons (sérieux, précis, ou bien ironique ou allusif), et je signale une discussion en cours à propos des livres corses à mettre sous le sapin (ou qui ont été mis sous le sapin dimancher dernier) : pour lire le début de la discussion c'est ici : pour voir comment elle a débouché sur un autre sujet, à savoir "Les ouvrages "Ovnis dans le ciel corse" de Christophe Canioni et "Kursig" de José Stromboni sont-ils délirants et peuvent-ils être critiqués ? De quoi sont-ils le signe ?" (c'est moi qui formule cette question...), lire ici.

- Sur le blog de Marie-Hélène Ferarri, écrivain, plusieurs billets concernant notamment la littérature corse (pour laisser un commentaire, il faut d'abord s'inscrire dans l'espace "Membres"). La sincérité du propos et l'acceptation de la contradiction sont à souligner. Ainsi vous participez aux deux discussions en cours : "Littérature régionale, ou pas" (le sujet pourra paraître sempiternel, vous me direz que tout le monde en a fait le tour, mais je ne peux m'empêcher de participer à ce type de débat, la répétition fait partie du jeu et est l'occasion d'approfondir ou de mieux formuler une opinion ou de la faire évoluer ; sur la même question, écouter le point de vue de l'écrivain Kossi Efoui, "Je ne suis pas un auteur africain", sur le site de Courrier International). Deuxième discussion sur le blog de Marie-Hélène Ferrari : "Le droit de dire ou pas, suite". L'auteur donne son point de vue sur 7 sites internet littéraires, notamment corses, qu'elle a dernièrement visités : le forum de l'association "Musanostra", "Du texte au texte", le blog de Joël Jégouzo, "Terres de femmes" d'Angèle Paoli, "Invistita" de Norbert Paganelli, "Isularama" de Xavier Casanova, Mescladis e còps de gula" de Jean-Pierre Cavaillé (taban.canalblog.com) et "Pour une littérature corse". Je ne résiste évidemment pas au plaisir de reprendre ici les mots qui décrivent ce dernier blog : "Le plus polémique. Effervescent, partisan, concerné. Ses qualités sont aussi ses défauts. L'expression du politiquement correct d'une certaine corse y trouve tout son sens." Puisque la dernière expression me paraît trop allusive, j'ai demandé à ce qu'elle soit précisée, la discussion est en cours !

Bonne lecture, et participez aux discussions sur ces différents sites, si le coeur vous en dit.

jeudi 20 mai 2010

De l'amateur, du bricoleur

Mais que se passe-t-il ici ? Peut-on proposer aussi légèrement des poèmes et des textes dont on ne connaît rien de rien ? Qu'en est-il de ces très nécessaires comptes rendus, développés et rigoureux, dont nous avons tant besoin ? Pourquoi cet égarement, cet appariement de fortune, pour aller où ? Avec qui ?

Alors, bien sûr, il ne s'agit pas de s'entêter dans une manière, mais bien de varier les plaisirs, d'essayer, au risque de se fourvoyer. Et puis après ?

Qui dit quoi ?

Mardi soir je discute avec Pascal Génot, nous venons de voir "Bastia l'hiver" (superbe ; et je dois dire que la discussion avec Pascal a augmenté en moi la puissance de cette pièce ; nous critiquions la pièce - une certaine monotonie notamment -, devisant tranquillement, au comptoir du théâtre des Bernardines, quand nous croisâmes le regard de l'auteur, Noël Casale, que j'avais déjà rencontré la semaine auparavant, très sympathique, et puis Antonia Buresi, la comédienne, impressionnante, voix et corps qui ne font plus qu'un, la nudité comme un costume pour dire la vérité, la projeter, montrer l'invisible corps du frère disparu, ou son corps sanglant, ou bien encore le corps de plaisir de la touriste, mais bien sûr en fait les trois en même temps.)

Mais qui a vu cette pièce ? J'ai ainsi vu les quatre pièces bastiaises de Noël Casale : il faut voir les quatre (même si pour moi la plus réussie, c'est "Forza Bastia", celle qui parvient à ne jamais lâcher le spectateur, qui le conduit de drôlerie en fantaisie jusqu'à l'émotion sublime du dernier geste - non, je ne vous dirai pas lequel !!), il faut voir les quatre pièces, quatre variations scéniques sorties du chaudron du passé familial, matière sempiternelle dont on a l'impression qu'on ne peut sortir, ou comment créer des horizons, même brefs, même obscurs, à l'intérieur du gouffre : en hurlant de rire (je pense à la tirade d'Ulysse dans "Reprise d'un triomphe") ou en éructant tout le dérisoire des vies gâchées (dans la fin des années 80, à Bastia, l'hiver). J'en parle ici trop rapidement, pas le temps désolé, plus tard, j'espère, plus longuement, mais... Mais il faut vraiment voir les quatre pièces, dans la foulée, combien je suis heureux d'avoir pu le faire ! Et dire qu'une cinquième est en préparation !!

Mais ce n'est pas ce que je voulais dire ce soir, bien sûr !

Je voulais citer ici deux poèmes. Pourquoi ? Mais parce qu'ils m'ont plu... Et pourtant je les ai lus vite, presque en passant, est-ce possible d'être aussi désinvolte avec la littérature corse ? Ce soir oui, pour moi.

Alors, suite à une rencontre numérique - bonheur du Web - voici un poème de Pierre Bacchelli (voir ici son blog - longue vie à tous les blogs littéraires corses !) :


Loin

Dans un coin du jardin où la mer devient carrossable, ils chargent les braises

du dernier foyer de la nuit dernière.

Ils avaient laissé les rivages plus lourds près de la mare.

-Immédiateté pantelante, chiques fébriles-

Ils passèrent le cap du Grand Cimetière par vent de travers.

Récifs rouillés, remous boueux. Anse des Rêves Eunuques, Passe des Jardinières

Fardées, Défilé des Debouts Tristes, Fosse des Souvenirs, Rochers

des Encens.

Puis la haute mer et sous l'horizon l'Ile de la Nef.

1984

(Voir ici pour la version complète du poème, je veux dire avec son exergue, tirée de Saint-John Perse, mille excuses, je me suis permis de l'enlever ici !)

Et puis, comme hier, nous avons accueilli (dans le local de l'amicale corse d'Aix), François-Michel Durazzo, le traducteur de "Pesciu Anguilla", qui devient "Pépé l'Anguille", grâces soient rendues aux éditeurs Bernadette Paringaux et Jean-Paul Blot, éditions Fédérop - oui, j'ai pris des notes, j'ai pris des notes, bientôt un compte rendu ici même (et peut-être un autre grâce à Sylvie Saliceti ?)...

... donc, comme hier, François-Michel Durazzo était là, ce soir je feuillette à nouveau "Corsica calling" et plutôt que de reprendre la poésie de Jacques Biancarelli, ce petit poème, plutôt :

L'élan dans mon poème
est cet enfant pensif
qui collait son oreille contre l'écorce de l'arbre
pour entendre la mer
faute de coquillage.

Mais cet arbre qu'écorce
la langue qui le sculpte
se fait chair
dans mon regard.

Et tu lèves les yeux.


(extrait du recueil "Finitarri", pas encore lu...)

Et bien sûr - je sais que cet appel énerve un de mes amis... - vous n'êtes pas obligés d'aimer ces poèmes... Mais après les avoir critiqués, faites-moi plaisir, citez-en d'autres...

jeudi 13 mai 2010

News in furia : des SCOOPS en veux-tu en voilà !

Sò quattru e pezze di teatru bastiacce di Noël Casale... N'aghju vistu trè :

- "Forza Bastia" (magnifica - ghjè u mo parè)
- "Liberty Valance est mort" (m'hè parsu menu forte...)
- "Reprise d'un triomphe" (segondu mè, sò parechji i mumenti bellissimi (u discorsu finale di Ulisse hè fantasticu !) ma a prima parte di a pezza si ripeta troppu)

Marti sera (18 di maghju, teatru di e Bernardines, 21 ore), videraghju "Bastia l'hiver" ! E po parleraghju di e quattru pezze. Ma chì piacè di vede una opera uriginale, cuerenta, comica chì travaglia issa materia corsa !

(Vede quì pè i sfarenti orarii).

Ah oui, avant de finir, DEUX SCOOPS révélés avec l'autorisation de l'artiste, rencontré mardi soir dernier :

- une 5ème pièce bastiaise est en cours d'écriture : "On a payé cher les oursins" (reprenant le personnage de Marc-Aurèle de "Reprise d'un triomphe") ; heureux je fus de voir que l'oeuvre ainsi se poursuivrait...

- les textes de Noël Casale vont enfin être publiés (en 2010 ? en 2011 ?) ! (Pour l'instant seul un extrait de "Forza Bastia" est disponible dans la Revue littéraire (éditions Léo Scheer) : voir billet ici). Aux éditions des Solitaires intempestifs.

- et un TROISIEME SCOOP : "Forza Bastia" sera rejoué à Marseille la saison prochaine (2010-2011) ; une occasion en or de voir et revoir une pièce que je trouve vraiment très belle pour tous ceux qui aiment la Corse, le Sporting, Bastia, le théâtre, la fantaisie au théâtre (celle qui unit en même temps - et pas alternativement - le rire et l'émotion).

Chì pinsate di quessu ?

samedi 8 mai 2010

L'eau à la bouche...

Très rapide billet, ce matin, avant de partir dans une demi-heure pour aller voir la pièce de Noël Casale, "Liberty Valance est mort", au théâtre de la Minoterie (quartier de la Joliette, Marseille).

Pour dire ceci : la littérature corse est faite de livres invisibles, c'est-à-dire inaccessibles (et je n'ai pas dit illisibles !).

Trois exemples :

- hier soir (vendredi 7 mai 2010, théâtre des Bernardines, Marseille), j'ai vu "Forza Bastia", une des quatre pièces bastiaises de Noël Casale... Je reviendrai dans un autre billet sur ce que j'ai ressenti et pensé (très rapidement : j'ai été intéressé, amusé, puis au milieu de la pièce très surpris, très agréablement surpris, secoué par le rire, et des émotions aussi, mais surtout finalement complètement enthousiasmé par la FANTAISIE - ah, Noël Casale jouant l'ours blanc qui regarde jongler Orlanducci au pôle Nord, dans un paradis bleu et blanc... - voilà, très brièvement : la pièce est encore jouée une fois ce soir, si vous pouvez, ne ratez pas la "chose", c'est une vraie performance d'acteur et je suis sûr que la pièce que vous verrez ce soir sera légèrement différente de celle que j'ai vu, tant l'improvisation a sa part dans le travail de Casale). OR, comme je le disais dans un précédent billet, nous n'avons pas le texte de cette pièce... Seule la première partie a été publiée (voir également billet précédent). Nous (je parmi vous) réclamons la publication, ou un quelconque accès au textes des pièces de théâtre de Noël Casale !

- j'apprends par Cuurdinazione corsa (liste de diffusion d'informations corses) qui relaie un article du Corse Matin que les éditions Alain Piazzola publient les "Raguagli" du XVIIIème siècle (le journal officiel de l'état corse du temps de Paoli), un livre de Petru Casanova ("Motti", un "glossaire en langue corse des activités traditionnelles"), et un recueil des chroniques littéraires de Marie-Jean Vinciguerra. Excellent !!! Mais les éditions Alain Piazzola n'ont pas de site internet, il faut donc que j'appelle l'éditeur pour commander les ouvrages, sans avoir la possibilité d'en prendre connaissance, de les "feuilleter" sur le Web, etc.

- enfin, la publication aux éditions A Fior di Carta de "Pierres Anonymes / Petre Anonime" du collectif "Operata Culturale", j'en ai été informé par les sites Corsicapolar, Isularama, Invistita, dont les animateurs sont impliqués dans la fabrication de l'ouvrage. Ouvrage de création et de réflexion, issu du Manifeste de Luri, dont ce blog s'était fait l'écho. Démarche passionnante, à discuter et qui a été discutée, mais démarche passionnante puisque déjà elle aboutit à un livre. Mais où le trouver ? Invisible sur le site de A Fior di Carta. Sauf erreur de ma part.

TOUTE LA LITTERATURE CORSE (et plus largement toutes les publications corses) DOIVENT ETRE DISPONIBLES SUR LE NET !


Non ?

dimanche 25 avril 2010

Théâtre corse sur le Continent : Noël Casale

C'est une occasion extraordinaire : voir en quelques jours les quatre pièces bastiaises de Noël Casale, jeune dramaturge, metteur en scène et acteur corse.

Je n'ai encore jamais vu ses pièces (déjà jouées à Paris et à Ajaccio ; c'est étrange, pas à Bastia, alors que les pièces s'y déroulent ?) ; je n'ai lu que ce qui a été publié de la pièce "Forza Bastia", dans la "Revue littéraire", éditée par Léo Scheer (voir un précédent billet à ce sujet).

Mais cette simple lecture partielle, associée aux propos de Noël Casale que je lis dans la petite brochure du Théâtre des Bernardines que j'ai reçue dans ma boîte aux lettres, me donne une furieuse envie d'aller voir les quatre pièces en question !

L'idéal ? Que nous soyons très nombreux à voir ce travail théâtral (personnellement, je me débrouillerai pour voir les quatre, l'occasion est trop rare de voir du théâtre corse sur le Continent - dernièrement c'était "51 Pesgasi", souvenez-vous) et qu'ensuite nous puissions en discuter (ici ou ailleurs, pour croiser les réactions, les avis, car tout le monde ne sera peut-être pas d'accord).

LES PIECES (Présentation générale par Noël Casale) :

Une intégrale ? Mes quatre pièces - un drame et trois comédies - se déroulent à Bastia de nos jours. Chacune d'elles met en jeu la relation particulière qu'une communauté donnée (des gens de Bastia) peut avoir avec la parole : empêchée et ainsi contrainte de tâtonner et de s'emporter dans "Liberty Valance est mort", complètement débridée et propre à révéler tout ce qui d'ordinaire est tu dans les rapports familiaux, amicaux, amoureux ou sociaux dans "Forza Bastia", ambiguë de bout en bout dans "Reprise d'un triomphe", retenue ou délivrée au compte-gouttes dans "Bastia l'hiver".

LES PIECES : DATES, LIEUX, PRESENTATIONS PARTICULIERES

1. "Liberty Valance est mort" (durée : 40 minutes)
- Bastia l'automne. Un homme dit qu'un jour, il a voulu raconter à sa mère et à sa grand-mère le western de John Ford "L'homme qui tu Liberty Valance"...
- Théâtre de la Minoterie
- Vendredi 7 mai 2010, 10 h 30 (ATTENTION : la séance se poursuit avec "Ce serait trop long" (1 h), de Haïm Menahem)
- Samedi 8 mai 2010, 12 h 30 (ATTENTION : la séance commence à 10 h 30 avec "Premier amour" (1 h) de Samuel Beckett suivie d'un brunch à 11 h 30)

2. "Forza Bastia" (durée : 50 minutes)
- Le 26 avril 1978, jour d'une finale de Coupe d'Europe de football entre Bastia et Eindhoven. Jean-Jojo, Annonciade, Jean-Fleur, Tino Rossi et son fils Laurent, Jicky, Rita, Un (étrange) facteur, Charles Orlanducci, Jules César, Jacques tati... et beaucoup d'autres personnages sont pris dans les turbulences de cette journée complètement folle.
- Théâtre des Bernardines
- Vendredi 7 mai, 21 h 30 (ATTENTION : la séance commence à 20 h 30 avec "Crépuscule des clochards" (50 minutes) de Raymond Federman et Georges Chambers)
- Samedi 8 mai, 20 h 30 (ATTENTION : la séance se poursuit à 21 h 30 avec "Crépuscule des clochards" (50 minutes) de Raymond Federman et Georges Chambers)

3. "Reprise d'un triomphe" (durée : 1 h 15)
- Bastia, l'été prochain. Enfoui dans l'entrée d'une pension modeste de la vieille ville, un homme - Marc-Aurèle - semble se souvenir d'un vieux western américain. Un autre homme entre. C'est Dean Martin. Que font Marc-Aurèle et Dean Martin en pleine nuit à Bastia ?
- Théâtre de la Minoterie
- Lundi 10 mai, 21 h
- Mardi 11 mai, 21 h 30 (ATTENTION : la séance commence à 21 h avec "Ici aussi" (10 minutes) de Carol Vanni et Alain Fourneau)

4. "Bastia l'hiver" (durée : 1 h)
- Bastia, 21 janvier 1987. Depuis plusieurs mois, un jeune homme a disparu. Seule sa jeune soeur, Clémence, va tenter de le retrouver.
- Théâtre des Bernardines
- Mardi 18 mai 2010, 21 h
- Mercredi 19 mai 2010, 21 h
- Jeudi 20 mai 2010, 21 h 30 (ATTENTION : la séance commence avec "Ici aussi" (10 minutes) de Carol Vanni et Alain Fourneau)
- Vendredi 21 mai 2010, 21 h
- Samedi 22 mai, 14 h 30

Il faut signaler que ces pièces seront jouées dans le cadre d'une "carte blanche" initiée par le metteur en scène Xavier Marchand, et ainsi présentée :

"Parce que l'on peut avoir l'envie d'aller au théâtre à des heures inattendues, la Carte Blanche initiée par Xavier Marchand, propose une formule de rendez-vous à prendre plusieurs fois par jour : les séances du matin, de l'après-midi, du soir. Chaque séance est à géométrie variable, composée d'une ou de plusieurs pièces. Le plus souvent accompagnée d'une pause brunch ou repas selon le moment du jour."

Ainsi sont aussi proposées des pièces de Samuel Beckett, Pascal Omhovère, Haïm Menahem, Carol Vanni et Alain Fourneau, Suzanne Joubert, Raymond Federman et Georges Chambers.

Pour tous les détails (tarifs et réservations) : voir le site des Bernardines.

Ah, les adresses :

- Théâtre des Bernardines : 04 91 24 30 40 / 17 bd Garibaldi 13001 Marseille
- Théâtre de la Minoterie : 04 91 90 07 94 / 9-11 rue d'Hozier 13002 Marseille

mercredi 14 avril 2010

Tino Rossi ouvre les bras en souriant

L'énigme (littéraire corse) du jour : qui est l'auteur des lignes suivantes ? (qui prouvent par ailleurs que le football est bien une source importante de littérature corse : encore plus lorsque - liés par la voix à la rhétorique presque émouvante du journaliste - deux continents comme Johnny Rep et Tino Rossi se "rencontrent" à cette occasion !). Une incroyable surprise attend la personne qui trouvera la bonne réponse !!


Le journaliste : Merci Laurent, merci Tino. Je me tourne donc tout d'abord vers cette jeune fille que vous voyez près de moi. Cette jeune fille qui est depuis une semaine le sourire, la lumière, le soleil de Bastia et de toute la Corse s'appelle Livia Sol. Elle a été élue Miss Sporting à l'unanimité moins une voix d'un jury composé exclusivement de tous les joueurs du Sporting de Bastia.
À mes côtés également, Charles Orlanducci, le valeureux capitaine des Bleus de Bastia, des Lions de Furiani. Bonjour Charles. Ce n'est pas vous, Charles, je suppose, qui avez voté pour quelqu'un d'autre que Livia Sol ?

Charles Orlanducci : Non moi, Livia, je l'ai connue toute petite au village et à l'époque déjà, elle voulait devenir mannequin, alors si ce titre de Miss Sporting peut l'aider, eh bien, je suis très content pour elle...

Tino se remet à chanter :

Marinella, ah, reste encore dans mes bras
avec toi je veux jusqu'au jour
danser cette rumba d'amour...

Laurent : Papa, ça suffit !

Le journaliste : Merci Tino !
Mais vous Livia Sol, nous vous avons vue arriver tout à l'heure aux portes du stade aux côtés de Johnny Rep dans une superbe Ferrari rouge décapotable. Johnny Rep, c'est déjà toute une période de l'histoire du football mondial qui a commencé à s'écrire, en Hollande justement, au début des années 70, il n'y a même pas dix ans. Avec l'Ajax d'Amsterdam de Johan Cruyff, de Neeskens, bien sûr, puis avec la grande équipe des Pays-Bas, finaliste malheureuse de la Coupe du Monde 74 en Allemagne et vous, Livia Sol, vous êtes donc venue ici avec lui, Johnny Rep, qui joue aujourd'hui dans les rangs du Sporting de Bastia, Johnny Rep, l'idole de millions de jeunes filles comme vous à travers le monde, qu'est-ce que vous éprouvez là tout de suite ?
Livia Sol.

Livia Sol : Eh bien, la semaine dernière, pour la soirée du concours, je suis venue avec un remplaçant et, franchement, ça n'avait rien à voir.

Le journaliste : Ah bon, Livia, dites-nous.

Livia Sol : Non non non, ce n'est pas mon genre.

Le journaliste : Livia, je ne voudrais pas insister lourdement, mais pensez aux millions de téléspectateurs qui vous regardent et vous écoutent actuellement.

Livia Sol : Oui je sais mais je ne peux pas.

Le journaliste : Merci Livia. Nous reviendrons vers vous tout à l'heure. Et alors maintenant, tous nos regards se tournent vers vous, Tino, et vers vous, Laurent. Ne bougez pas, je vous en prie, restez là où vous êtes, et permettez-moi, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, permettez-moi de vous saluer une nouvelle fois car j'ai maintenant la joie - et je dis bien la joie, et non l'honneur, car comme l'a dit je ne sais plus qui "Si l'honneur peut être immérité, la joie, elle, ne l'est jamais..." - la joie, disais-je, la joie de me trouver tout près - autrement dit dans l'ombre - d'un monument historique. D'une sorte d'institution nationale comme le Sénat, le Panthéon ou la colonne Vendôme, mais un monument qui marche et, surtout, un monument qui chante. Car c'est bien là le miracle : depuis - je dirais depuis toujours -, Tino Rossi n'a jamais cessé de chanter et d'être écouté. Lors de la Coupe du Monde de football en 1932, il chantait déjà Marilou, Marilou. En 1938, lorsque nos dirigeants s'en revinrent de Munich, satisfaits d'avoir signé des accords qui allaient contribuer à plonger le monde dans la guerre, il chantait Ô Corse, ô île d'amour. La guerre, le cauchemar de la guerre et de l'Occupation, pour lui, c'était Bonsoir, madame la lune, Tout près de toi qu'il fait bon ou bien encore La Chanson aux nuages. Le plus beau de tous les tangos du monde marqua la IVème République et de Gaulle régna de Pourquoi n'as-tu rien dit à Quand je vois passer les cigognes. Petit Papa Noël a enchanté le monde entre la guerre d'Indochine et celle d'Algérie. Parle plus bas / car on pourrait bien nous entendre survola les dernières barricades de mai 68. C'est un fait indiscutable : le temps passe, Tino reste. Saviez-vous enfin, mesdames, mesdemoiselles, messieurs que tous les disques que Tino a vendus représentent - empilés les uns sur les autres - 27 fois le mont Everest ou 50 000 fois la Tour Eiffel. Passés les uns après les autres, 70 ans d'écoute. Et la longueur totale du sillon de tous ces disques représente 18 fois le tour de la Terre ou 1 fois le trajet Terre-Lune. Mais avant de vous poser la question du jour, la question dont toute la Corse, et je pourrais dire tout la France, attend la réponse, je voudrais - si vous me le permettez Tino - vous demander tout simplement comment ça va.

Tino Rossi ouvre les bras en souriant.

Le journaliste : Pas tout de suite ! Attendez, Tino !

(AJOUT DU 22 AVRIL 2010, 09:35 : la bonne réponse ayant été donnée dans les commentaires - Noël Casale, "Forza Bastia" -, je renvoie ici au numéro de la Revue littéraire (n° 31, été 2007, éditions Léo Scheer) qui abrite la première partie de cette pièce de théâtre).