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mercredi 2 janvier 2013

"Paoli city", une lecture. E po duie tese nant'à a literatura corsa !

Devant moi : toute la largeur de la 5ème tranquillement étirée jusqu'à l'horizon. Derrière moi : pareil. J'ai l'impression, un instant, que la Grande Pomme s'est ouverte en deux par le milieu rien que pour moi. Il n'y a pas grand monde sur les trottoirs, à part les incontournables uniformes bleus foncés du N.Y.P.D., en nombre, qui installent nonchalamment les barrières de protection. Peu à peu, les trottoirs se garnissent, des familles pour la plupart, des touristes.

Je comprends qu'il me faut rejoindre le trottoir moi aussi, bien que personne ne me l'ait signifié, de quelque façon. Je dois être sensible à cette mise en scène invisible et pourtant bien précise qui règle tout autour depuis le matin. Dommage ! J'étais bien là où j'étais...

Mais il est bien temps. Les regards se tendent vers le bas de la 5ème. La parade a commencé.

Des centaines de Hell's Angels remontent lentement l'avenue sur leurs motos. Cuirs, tatouages, catogans, badges et drapeaux américains déployés à l'arrière de leurs machines. Le bruit est maintenant assourdissant. Des applaudissement éclatent çà et là sur le trottoir, hommage ému à ces combattants du Vietnam. Ils semblent invincibles et fils, malgré leur soixantaine bien déclarée. Pourtant leur histoire reste éternellement celle d'une défaite. Mais ici la fierté se reconstruit toujours, même après l'échec.

Un autre temps suspendu. Une autre attente.

Une respiration. Puis trois ou quatre silhouettes tremblantes, approximatives, hésitantes s'avancent au milieu de l'avenue soudain trop large. Tassés, cassés sur des fauteuils roulants électriques : une poignée de centenaires survivants. La Première Guerre mondiale est, cette fois encore, représentée. La dernière fois, peut-être... Les applaudissements sont maintenant nourris. Une main décharnée se lève un peu, pour saluer.

Encore un temps. Ce sont maintenant les anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale qui défilent. À leur tête, un marine en uniforme, s'aidant d'une canne. Il ressemble étrangement à John Wayne. Les applaudissements lui font tourner la tête de mon côté. Son regard tout à coup heureux, empli de fierté et de reconnaissance, croise le mien. Je n'ai pas applaudi. Je sui bien trop compliquée pour cela. Lui, le croit et il me remercie un peu comme un enfant. Merde, c'est lui qui a fait cette guerre abominable, pas moi. Je ne vais quand même pas me mettre à chialer. Je lui fais un geste timide de la main. Il me sourit et repart. Une femme flic noire, qui a vu la scène, me sourit à son tour. Pour un peu, touce sentimentalisme finirait par me gagner !

À distance, derrière eux, des chars semblables à ceux utilisés dans les carnavals. Sur l'un d'eux un vieux crooner et son orchestre entonnent des standards des années quarante, que les spectateurs d'un certain âge reprennent en choeur. D'autres anciens combattants, d'autres corps d'armée, d'autres uniformes.

Une autre respiration.

Puis de jeunes pom-pom girls offrent leur grâce et leur jeunesse sur des musiques rythmées et festives, dont une version très "swing" de l'hymne national. La parade affirme maintenant sa vitesse de croisière. Page après page, c'est presque toute l'histoire guerrière du XXème siècle et du début du XXIème qui se raconte à haute voix.

C'est le tour maintenant des vétérans de la guerre de Corée puis ceux du Vietnam. Certains quittent les rangs pour venir serrer des mains sur le trottoir, distribuer des stylos, des badges, et des coquelicots en plastique. Sans transition presque cette cette fois, un jeune homme en tutu rose fait des pointes sur un titre de Klaus Nomi, je crois. Derrière lui, des camarades brandissent une banderole en l'honneur des gays dans l'armée américaine. Klaus Nomi fait place au silence. Puis de longs, de très longs applaudissements remontent la 5ème jusqu'à nous. Ils précèdent et accompagnent le passage de toute une armada de fourgons et fourgonnettes vitrés, mis à la disposition des blessés de la première guerre d'Irak. un arrêt, pour permettre sans doute, à ceux qui le souhaitent, de pouvoir prendre des photos. Les passagers de la fourgonnette immobilisée à ma hauteur ont perdu la vue au cours de l'opération "Tempête du désert". À l'arrêt des véhicules, les applaudissements redoublent. Alors les passagers tournent vers le trottoir leurs visages sans regards et lèvent ensemble la main droite pour saluer. Ce sont ensuite d'autres écoles venues des coins les plus reculés du pays, d'autres jeunes danseuses court vêtues, souriantes, des pom-pom girls encore, des majorettes, des airs de comédie musicale, d'autres vétérans, d'autres souffrances anciennes, encore toutes fraîches ou à venir. Après les mutilés de la première guerre en Irak, un petit groupe portant des pancartes contre la guerre en Irak justement, contre toutes les guerres. Applaudi lui aussi.

Suivant de près, des associations venues de Harlem. Tous Africains-Américains, portant l'uniforme des rappeurs et une banderole : "Notre lutte est quotidienne. Nous nous battons pour la justice sociale." D'autres applaudissements. Chacun choisit sa causes, ses héros...

Deux heures plus tard, la parade touche à sa fin. On sent bien que l'on s'avance vers une sorte de bouquet final... Ce sont d'abord les combattants actuels en Irak. Je ne comprends pas bien s'ils sont seulement en permission ou bien s'ils viennent de rentrer, en tout cas quelque chose d'indéfinissable saisit ceux des trottoirs. Il y a de la peur sans doute, de l'admiration c'est sûr, de la pitié, de la solennité, comme une envie de s'excuser aussi... Tout le monde applaudit, cette fois. Ceux qui approuvent cette guerre... ses prolongements plutôt, comme ceux qui la désapprouvent entièrement. On salue ici le courage, le risque. C'est sûrement pour cela que suivent, rapprochés, les pompiers de New York, toutes sirènes dehors. Ce sont les héros du 11 septembre qui sont ovationnés ici. Ils brandissent d'ailleurs bien haut le nom de tous ceux de leurs camarades qui y ont laissé la vie. Les yeux de beaucoup de ceux qui sont autour de moi se remplissent de larmes... Heureusement, toujours ce sens du mouvement, du rythme, de la respiration, du spectacle !

C'est au tour des Miss America, de 1950 à 2007, de remonter la 5ème Avenue, en ordre chronologique, juchées par groupe de trois sur l'arrière de somptueuses américaines : Chrysler, Chevrolet, Pontiac, Buick, et autres Studebaker ou Daimler de la grande époque, aux couleurs acidulées. Le drapeau américain est devenu le maillot de bain. Les Miss arborent fièrement l'année de leur couronnement. Malgré leur sourire généreux, les premières témoignent courageusement de la cruauté des blessures infligées par le temps. Elles sont sans doute là pour nous rappeler que la vie elle-même est un combat, dont l'issue est certaine. À peine quelques Cadillac plus loin et le corps des "Miss" nous raconte toute autre chose...
Que le "show must go on" par exemple ! C'est certainement ce que signifie le final de cette parade. Des milliers de conscrits en tenue camouflée, par groupe de cent, en petite foulée... Ils iront en Irak, c'est sûr, en Afghanistan, qui sait, un jour en Iran peut-être : là où notre folie les conduira. Ils ne connaissant pas encore la souffrance.
Ils n'ont pas dû voir le début de la parade. Si, pourtant... Mais, ils sont jeunes et ils courent. Des Blancs, des Noirs, des Latinos, des Asiatiques, des Indiens. Des hommes et des femmes en nombre égal. Tous dans cette même cours. Dans ces mêmes uniformes. Je n'applaudis pas. Je les regarde... avec honte, je crois. Oui, c'est ça. Pas émue : honteuse, juste à cet instant-là. Et curieuse. Je les trouve petits de taille, tous : pas l'image que nous avions, dans ma jeunesse, des marines et des GI's. Peu de wasps, me semble-t-il. Peu de Blancs. L'Amérique a changé. Le monde a changé. D'autres corps pour d'autres guerres.

C'est fini.

Les derniers coureurs se perdent dans l'Upper Manhattan. Les services de voirie remontent à leur tour l'avenue. Arrosage, balayage, ramassage. Les barrières sont retirées. Je reprends un temps le milieu de la 5ème. Ce n'est pas tous les jours... Je lève les yeux et revois les images de l'Amérique triomphante qui descend la 5ème sous un déluge de confettis et de guirlandes. Je revois les images en boucle de J.F. Kennedy dans sa voiture décapotable. Quelques flics en moto descendent l'avenue doucement. Dernières vérifications avant réouverture à la circulation, sans doute. Je rejoins le trottoir, surprise que personne ne me l'ait demandé... Encore d'autres motards, des voitures de police, quelques premiers taxis jaunes pour bien souligner que nous sommes toujours à New York. Un premier bus. Encore une hésitation... et soudainement, en flot serré, la vie new-yorkaise reprend son cours ordinaire.

Quelques heures plus tard je prenais l'avion pour la France à JFK... avec ces images... prises pour moi, pour vous surtout !

Cela a été érit par Catherine Sorba et Francis Aïqui, publié sous le titre "Paoli city", cinquième volume de la collection "Centu milla" aux éditions Albiana (2011).  A l'origine (3 juin 2008) c'est du théâtre. Et du cinéma. (Voyez sur le site de l'éditeur, les liens.)

C'est l'histoire d'une Américaine (Lisa) qui vient voir deux amis (Antoine et Joseph) de son compagnon défunt (Noël), en Corse. Elle porte avec elle de petits films vidéos et les cendres de son compagnon. Les trois discutent. Evoquent l'amitié des trois hommes fondées dans le mouvement nationaliste des années 70/80, les désillusions, l'amertume Le tout donne la sensation désagréable que "tout est foutu". Mais il y a cette Américaine, qui voudrait comprendre pourquoi Noël parlait si souvent de la Corse, qu'est-ce qui avait bien pu nourrir cet enthousiasme et susciter ce départ. Et il y a donc ces évocations des Etats-Unis, en parole et en image (une soixantaine de photogrammes sont éparpillés sur les 73 pages du livre, mais dans un format noir et blanc si petit qu'ils ne donnent presque rien à voir).

Et parmi ces évocations, il y a cette description de la parade du Veteran's Day, le 11 novembre, sur la 5ème avenue à New-York. Et ce que j'ai aimé à la première lecture en lisant ce passage, c'est exactement le contraire de ce qui m'a déplu dans les paroles des deux autres personnages, les amis de Noël restés dans l'île : un regard qui malgré la mort, la déception, la honte, la confusion, l'incertitude, ose encore mettre en forme ce qu'offre le monde. Voilà ce que j'ai pensée : les personnages corses de "Paoli city" sont "morts" au monde (agriculteur ou professeur), ils n'y croient plus - cela ne les empêche pourtant pas d'agir, d'une certaine façon (ils fabriquent des produits agricoles ou des cours, ils envoient dans la société des idées, à une petit échelle certes). Mais ils sont "morts". Et l'Américaine, qui est veuve, qui a le désir de se défaire de son mari défunt en allant discuter avec ses anciens amis dans l'île, et en répandant ses cendres quelque part où ils penseront que ce sera le mieux, l'Américaine, qui n'arrête pas de dire qu'elle ne sait pas raconter, qu'elle ne sait pas relier entre elles les images qu'elle filme, qu'elle n'a pas fait de film, cette Américaine ouvre des horizons, s'étonne, et finit par juger Joseph et Antoine comme "complaisants".

C'est pourquoi je voulais citer intégralement (ou presque) la description de la parade du Veteran's Day, avec ses éléments si contradictoires. J'y ai ressenti comme une certaine faculté d'accueillir ce qui est, sans jugement préconçu (par exemple sans intention a priori satirique, ou sans humeur forcément hautaine, blasée).

A la fin du livre, les personnages se lèvent pour trouver l'endroit où répandre les cendres de Noël et ce sont les deux amis qui ont les derniers mots (les seuls un peu "positifs", qui ouvrent une perspective) :

Antoine. - C'est vous qui avez inventé ça, non, le road-movie ? On part à la recherche d'on ne sait pas quoi et à la fin on trouve autre chose. Et entre-temps, alors là, on a beaucoup changé.
Joseph. - Il va y avoir du boulot.

Voilà une nouvelle définition programmatique de la "littérature corse" : un road-movie avec beaucoup de boulot ("a hard job" dit la version anglaise de l'ouvrage, qui est donc bilingue)...

Mais vous avez peut-être une autre lecture de cet ouvrage ? Ou vu la pièce en 2008 ? Pourquoi n'en parlerions-nous pas ? Ici ou là ?

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En ce début d'année civile (2013), je signale l'existence de deux thèses de doctorat sur des sujets qui intéressent au plus haut point ce blog et qui ont été soutenues il y a quelques semaines :

* Marie-Jeanne Colombani, angliciste, a soutenu une thèse sous le titre : "James Boswell, historien et publiciste de la Corse. Edition critique de la taduction de "British Essays in Favor of the Brave Corsicans : by Several Hands. Collected and Published by James Boswell, Esq. (1769)".

* Jean-Guy Talamoni, avocat, homme politique, a soutenu une thèse sous le titre : "Littérature et construction politique : l'exemple du Primu Riacquistu corse (1896-1945)".

J'ai la chance de pouvoir lire la deuxième, ce que j'ai fait en grande partie et je pense sincèrement que la publication de la thèse de JG Talamoni va être un des événements littéraires les plus importants et intéressants de cette année ! Il donnera matière à découverte, mais aussi à discussion. Je ferai une petite liste (à compléter bien sûr !!) des ouvrages qui se consacrent à la question littéraire corse, et je suis sûr que le livre de Talamoni va remuer nos conceptions, nos imaginaires et réactiver notre désir de lire et relire les ouvrages de tous les auteurs cités.

Vivement la publication de ces deux thèses (à quand celle si attendue de Paulu Desanti sur trois poètes corses de l'entre-deux guerres ??).

Bon allons-y, bon annu à quellu chì leghje...

vendredi 25 mai 2012

"Un innu à a verità ?" (Homère, Giraudoux, Arca, Thiers)

Fiffina est l'amie de Paulina. Paulina, c'est l'actrice. Fiffina, elle, est la petite main qui se rend utile partout, tout le temps, sur scène et dans les coulisses, rouage invisible et essentiel. Mais Fiffina est attentive, elle a écouté les acteurs déclamer leurs répliques sur la scène du théâtre, et elle les connaît par coeur, parce qu'elle aime le théâtre, les acteurs et les grands textes.

Et notamment les grandes répliques des héroïnes tragiques.

Lorsque j'ai lu la première fois "Ofelia", pièce de théâtre d'Antoni Arca (écrivain sarde), traduite en corse par Ghjacumu Thiers (édition du Centru culturale universitariu di Corti, 2012), eh bien j'ai été fasciné par la violente lucidité de Clytemnestre. En fait, Fiffina reprend une tirade de ce personnage mis en scène par Jean Giraudoux dans "Electre". Il me plaît ici de la réécrire :

FIFFINA : (listessu ghjocu scherzendu è indirizzendu si à u publicu, cù a voce di l'oratore) : (...)

Ci vole à sente la à Fiffina in u rollu di Clitemnestra ! Tuttu u mondu si ricorda chì ind'è L'Electre di Giraudoux, Agamemnone hà sacrificatu a so figliola Ifigenia. Finita a Guerra di Troia, volta Agamemnone è a moglie Clitemnestra u face assassinà. In casa ùn ferma chè Electra, a surella d'Ifigenia. A giovana hà da vulè vendicà u so babbu è a so surella. In a scena 8, Giraudoux face parlà à Clitemnestra chì si indirizza à Electra. Hè propiu una campa...

L'odiu, solu odiu. Ùn lu pudia pate. Iè, ai puru da vede ciò ch'ellu era, issu babbu magnificu ! Iè, vinti anni dopu, mi aghju da pacà un lussu... Una donna hè di tutti. Ci hè solu un omu, in u mondu, di quale ùn hè issa donna custì. U solu omu di quale ùn era, eo, era ellu. U rè di i rè, u babbu di i babbi. Da u ghjornu ch'ellu hè ghjuntu à strappà mi da casa meia, cù a so barba infiucchittata, cù quella manu cù u ditucciu sempre arrittu, ùn l'aghju pussutu pate. U ditu, u pisava per beie, u pisava per conduce ancu quand'ellu s'imballava u cavallu. È quand'ellu tenia u so scettru, è quand'ellu tenia à mè, nantu à u mo spinu, eo, dite ùn ne ne sentia appughjà chè quattru ! À mè, quessa mi scimia, è quandu, à l'albore, hà lampatu à a morte a to surella Ifigenia, o lu spaventu ! eo vidia nantu à e so duie mani, u ditucciu chì si staccava à nantu à u lume di u sole ! U rè di i rè ? Ma chì scumpientu ! Un omu pumposu, indecisu, niscentre. Era u più vanu di l'omi vani, cridanciu più chè i cridanci. U rè di i rè ùn hè statu mai altru chè issu ditucciu arrittu è issa barba chì ùn si lacava pettinà. Ùn ghjuvava à nunda, l'acqua di u bagnu, duve li ciuttava u capu, ùn ghjuvava a notte di amore fintu, chì a li stinzava è li imbrugliava, ùn ghjuvò quellu tempurale in Delfu chì i capelli di e ballatrice eranu diventati setina animale. Da l'acqua, da u lettu, da a tempara, da u tempu, surtia sempre d'oru, cù i so ciuffi anellati. È mi facia segnu ch'o mi avvicinessi, cù issa manuccia cun ditucciu, ed eo andava à boccarisa... Perchè ?... È mi dicia di basgià quella bocca à mezu à i peli è curria à basgià la. È a basgiava... Perchè ?... È svegliendu mi a matina, quandu l'ingannava cù u legnu di u lettu, un legnu più rillevatu di sicuru, un legnu più di rè, legnu di sandalu rossu, è ch'ellu mi dicia di parlà li, è cumu sapia ch'ellu era vanu, viotu è banale, li dicia ch'ellu era mudestia, stranezza è splendore. Perchè ?... È s'ellu li venia d'insiste una cria, tartagliulendu è pianghjuloni, li ghjurava ch'ellu era per mè un veru diu. Rè di i rè, a sola scusa pè issu cugnome hè ch'ellu face lecitu l'odiu di l'odiu. Voli sapè, o Electra, ciò ch'aghju fattu eo u ghjornu ch'ellu partì, chì a so nave era sempre in vista ? Aghju pigliatu u muntone più ricciulatu, più ciuffintricciatu, l'aghju fattu pulzà, è po mi sò ficcata, à mezanotte, in a sala di u tronu, sola sola è aghju pigliatu u scetrru reale è l'aghju strintu ! Sai tuttu tuttu, avà ! Vulia un innu à a verità ! Questu quì hè u più bellu !

Ed avà scrivu a versione "uriginale", quella di Giraudoux (1937) :

Oui, je le haïssais. Oui, tu vas savoir enfin ce qu'il était, ce père admirable ! Oui, après vingt ans, je vais m'offrir la joie que s'est offerte Agathe !... Une femme est à tout le monde. Il y a tout juste au monde un homme auquel elle ne soit pas. Le seul homme auquel je n'étais pas, c'était le roi des rois, le père des pères, c'était lui ! Du jour où il est venu m'arracher à ma maison, avec sa barbe bouclée, de cette main dont il relevait toujours le petit doigt, je l'ai haï. Il le relevait pour boire, il le relevait pour conduire, le cheval s'emballât-il, et quand il tenait son sceptre... et quand il me tenait moi-même, je ne sentais sur mon dos que la pression de quatre doigts : j'en étais folle, et quand dans l'aube il livra à la mort ta soeur Iphigénie, horreur, je voyais aux deux mains le petit doigt se détacher sur le soleil ! Le roi des rois, quelle dérision ! Il était pompeux, indécis, niais. C'était le fat des fats, le crédule des crédules. Le roi des rois n'a jamais été que ce petit doigt et cette barbe que rien ne rendait lisse. Inutile, l'eau du bain, sous laquelle je plongeais sa tête, inutile la nuit de faux amour, où je la tirais et l'emmêlais, inutile cet orage de Delphes sous lequel les cheveux des danseuses n'étaient plus que des crins ; de l'eau, du lit, de l'averse, du temps, elle ressortait en or, avec ses annelages. Et il me faisait signe d'approcher, de cette main à petit doigt, et je venais en souriant. Pourquoi ?... Et il me disait de baiser cette bouche au milieu de cette toison, et j'accourais pour la baiser. Et je la baisais. Pourquoi ?... Et quand au réveil, je le trompais, comme Agathe, avec le bois de mon lit, un bois plus relevé, évidemment, plus royal, de l'amboine, et qu'il me disait de lui parler, et que je le savais vaniteux, vide aussi, banal, je lui disais qu'il était la modestie, l'étrangeté, aussi, la splendeur. Pourquoi ?... Et s'il insistait tant soit peu, bégayant, lamentable, je lui jurais qu'il était un dieu. Roi des rois, la seule excuse de ce surnom est qu'il justifie la haine de la haine. Sais-tu ce que j'ai fait, le jour de son départ, Electre ; son navire encore en vue ? J'ai fait immoler le bélier le plus bouclé, le plus indéfrisable, et je me glissée vers minuit, dans la salle du trône, toute seule, pour prendre le sceptre à pleines mains ! Maintenant tu sais tout. Tu voulais un hymne de la vérité : voilà le plus beau !

C'est la seconde fois que je vois cette pièce citée dans une oeuvre corse ; la première c'était au tout début - magnifique séquence d'ouverture - du magnifique film documentaire de Marie-Jeanne Tomasi, "On l'appelle Aurore", où l'on voit un jeune homme assis dans un bus qui descend le boulevard Paoli à Bastia lire - avec difficulté, en s'y reprenant - les tous derniers mots de la pièce :

Oui, explique ! Je ne saisis jamais bien vite. Je sens évidemment qu'il se passe quelque chose, mais je me rends mal compte. Comment cela s'appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd'hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l'air pourtant se respire, et qu'on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s'entretuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ? / Demande au mendiant, il le sait / Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s'appelle l'aurore.


Cela me frappe : toutes ces paroles (depuis l'Odyssée en l'occurrence jusqu'à Thiers) traversant tant de temps, de langues, d'époques, servant à tant d'usages, ces paroles d'une femme - qu'on appelle Clytemnestre (en français) - et que nous lisons, entendons, encore. Et je ressens cette colère. Ce désir d'une parole de vérité qui dit son fait à tous, cette beauté de la parole de colère, qui se nourrit d'elle-même, ouvre encore la plaie, aux yeux de tous, y plonge les doigts, exprime des mots de sang : "un innu à a verità ? questu quì hè u più bellu !"

jeudi 5 avril 2012

Les 7 questions ont encore frappé... : une lecture de "Cuntruversa di Valdu Nieddu" de Marcu Biancarelli

Reçu il y a quelques minutes, ceci (mille mercis, bien sûr !), bonne lecture (et discussion ?) :

Intéressante cette grille renuccio-casanovienne pour aborder le récit de lecture ! Car il s'agit plus de rendre compte d'une lecture, saisie dans sa dynamique, que d'un livre. Elle me semble notamment permettre de mieux saisir les interactions livre/lecteur et leur évolution au fil du processus d'appropriation du livre par le lecteur.
Je me plie donc volontiers à la contrainte avec une entière sincérité. Pour une analyse plus fouillée de Cuntruversa di Valdu Nieddiu de Marcu Biancarelli, vous pouvez consulter la chronique de mon blog avec en prime un extrait de la première scène...

1. J'ai été informée de la publication récente de ce livre sur Facebook via Musanostra et ce n'est pas la lectrice de roman qui a été intéressée mais la spectatrice de théâtre, d'autant plus que le titre plaçait cette pièce sous les meilleurs auspices (m'évoquant Jean-Claude Carrière dont les écrits et la collaboration avec de grands metteurs en scène sont pour moi indissociables de grands moments de théâtre...)

2. Je signale quand même que rien n'est fait pour qu'on lise ce livre - ou que tout est fait pour qu'on ne le lise pas ! Pour se le procurer sur le continent, il faut vraiment le vouloir puisqu'il n'est pas en vente, à ma connaissance, dans le circuit des libraires ni sur les grands sites de vente en ligne. Quant au site de l'éditeur, il n'a pas été encore mis à jour et le livre n'est pas présent au catalogue...

3. On écrit peu actuellement pour le théâtre et il me semblait que l'écriture de Marcu Biancarelli pourrait y revêtir une certaine force, deux raisons d'être curieuse. Je croyais aussi que c'était son dernier livre, ignorant qu'il s'agissait de la traduction d'une pièce antérieure, et ne m'attendant donc en aucun cas à retrouver une écriture potache cédant à la facilité. La consultation préliminaire des nombreux personnages de la pièce m'a laissé présager quelque chose de beaucoup plus déjanté – et très alléchant - que ce que j'avais pu imaginer et la présence parmi eux d'une cantatrice m'a fait comprendre qu'on allait plus tirer vers Ionesco que vers Jean-Claude Carrière, mais j'apprécie la logique absurde de "La cantatrice chauve" !

4. Après une scène introductive assez bien engagée, j'ai réalisé que malheureusement le burlesque tablerait plus sur la farce que sur l'absurde et l'écriture m'a vite déçue (peu inspirée et peu corrosive dans l'ensemble) et même parfois exaspérée quand l'auteur s'est mis à répéter une même plaisanterie (en refaisant le coup de la carte de Sardaigne) ou, pire, à se livrer à un humour digne d'une cour de récréation d'école primaire (« mon chou/ chou-croute ...» ou l'acteur célèbre « Christian Glaviot »).

5. Mais j'ai aimé toute cette galerie de personnages dont je ne connaissais pas certains (Santu Casanova et Sampiero Corso), ce qui m'a amenée à rechercher des renseignements sur Google et à voir combien ils avaient été pertinemment choisis (d'une manière générale, j'aime les livres qui stimulent la recherche.)

6. J'ai trouvé ces faiblesses d'écriture d'autant plus regrettables que Marcu Biancarelli déploie une imagination délirante et que la construction de sa pièce est habile. Dommage qu'il n'ait pas retravaillé l'écriture avant de la donner à traduire (il n'y avait pourtant pas beaucoup à élaguer ou à remanier...)

7. Je ne recommanderai pas cette pièce à de simples lecteurs, mais je la ferai certainement lire à ceux qui, en amateurs ou en professionnels, pratiquent le théâtre. Il me semble que malgré ses faiblesses, la pièce comporte suffisamment de richesse pour qu'on puisse en tirer quelque chose à la scène, mais en la jouant avec sobriété. Il n'y a surtout pas besoin d'en rajouter !

8. Je viens de lire ce livre, il est donc trop tôt pour savoir si certains moments hanteront ma mémoire.

9. C'est une pièce très reliée à la Corse et à la littérature puisqu'elle pose justement au travers de la crise de son héros les problèmes qui se posent à la Corse et à l'écrivain. Une dimension du livre qui, elle, est très réussie.

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La grille évoquée au début du billet est la suivante :

1. Situation : dans quelles circonstances avez-vous pris connaissance puis rencontré (placer ici le livre en question) ?
2. Attentes : avant de le lire, qu'en attendiez-vous ?
3. Ressenti : au cours de votre lecture, qu'avez-vous ressenti et pensé ?
4. Effets : après l'avoir lu, qu'avez-vous fait et pensé de ce livre ?
5. Partage : aujourd'hui, comment en parleriez-vous à vos amis ?
6. Focalisation : quels moments du livre hantent votre mémoire ?
7. Généralisation : que diriez-vous de ce livre à propos de sa relation à la Corse et sa littérature ?

samedi 29 octobre 2011

"Bleu Conrad", métamorphose d'un texte sur une scène théâtrale à Toulon

Grand plaisir à relayer ici la métamorphose théâtrale du texte si original de Maddalena Rodriguez-Antoniotti, "Bleu Conrad", publié en 2007 chez Albiana. Il s'agit visiblement d'une "lecture-spectacle", un acteur disant un certain nombre de passages du texte et le groupe Barbara Furtuna y ajoutant ses chants.

Ce spectacle a déjà été présenté en mars 2011 à Ajaccio dans le cadre des journées Conrad organisées par Maddalena et la ville d'Ajaccio, me semble-t-il.

Grand plaisir à relayer l'annonce de ce spectacle car il a va être donné sur les planches d'un tout nouveau théâtre, le Théâtre Liberté, dirigé par les frères Berling, à Toulon (place de la liberté).

Dans leur éditorial, les directeurs mettent en avant la volonté d'éclectisme de leur programmation, ouverte au théâtre le plus classique, ou antique, ainsi qu'aux arts numériques les plus contemporains. Ils insistent aussi sur la vocation méditerranéenne de ce théâtre : "Le Théâtre Liberté sera fait d’influences méditerranéennes : italiennes, espagnoles, catalanes, albanaises, croatiennes, françaises, montenegresques, turques, grecques, vénitiennes, crétoises, corses, sardes, siciliennes, chypriotes, maltaises, algériennes, marocaines, tunisiennes, libyennes, israéliennes, palestiniennes, libanaises, maghrébines... et maritimes au sens large." (On peut discuter de la forme de certains adjectifs ou de l'absence des Egyptiens, mais il me semble que l'essentiel n'est pas là.)

On ne peut que se réjouir de voir un théâtre situé hors de l'île manifester explicitement son attention à ce qui sera produit en Corse. De nouveaux publics seront ainsi familiarisés avec les oeuvres insulaires et on peut espérer que cela jouera un rôle, régulier et efficace, dans la mise en valeur et en discussion de ces oeuvres.

Quand peut-on voir "Bleu Conrad" ?

Les vendredi 25 et samedi 26 novembre 2011.

Cliquer ici pour arriver à la page adéquate sur le site du théâtre.

Ici pour le billet évoquant le livre de Maddalena Rodriguez-Antoniotti sur ce blog, sur le blog "L'or des livres", sur le site "Terres de femmes" et sur le site d'Albiana.

La vie continue.

dimanche 27 février 2011

Un rapide commentaire sur le livre de Dumenicu Tognotti


Reçu dernièrement cet avis sur la lecture de "Par-delà le théâtre. Culture et politique (1972-1991)" (livre de Dumenicu Tognotti évoqué dans un précédent billet).

Cela suscitera peut-être d'autres échos ?

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J'ai terminé la lecture de Dumenicu Tognotti. Je suis partagé. J'aurais aimé
assister à une représentation pour me rendre compte de son travail.

Son expérience est très riche mais je trouve le livre trop allusif sur le
fond de son travail. Je n'ai pas été très sensible à son travail sur le mythe
bien que ce soit un axe central de son travail. Par exemple la relation entre
Nunzia et Antigone à la fin de l'ouvrage est frustrante. Qu'apporte Antigone à
la Corse ? Et réciproquement ? Comment s'incarne t'elle ?

Je ne le rejoins pas dans l'opposition qu'il fait entre le corps et le texte et
le "rejet" du théâtre comme littérature. Rejet relatif et surtout nuancé par le
travail remarquable de Rinatu Coti dans A Rimigna.

Au sujet du lien entre littérature et mythe, est-ce que tu connais le texte
d'Henri Bauchau, Les vallées du bonheur profond ?
Dans la dernière nouvelle du livre, il décrit la rencontre entre Antigone,
Oedipe et Sophocle.
"Sophocle cherche sa voie et sa voix sans trop savoir où ses pas et ses vers le
mènent. Il cherche jusqu’au jour où il rencontre ces personnages, ces
personnages qui vont l’habiter et faire de lui cet immense poète".

Ce que je ne comprends pas, c'est sa relation avec la Corse. Je suis certain que
son travail aurait été beaucoup plus connu s'il ne l'avait pas mené
exclusivement en Corse mais en Algérie par exemple. La notoriété n'est ici
qu'un exemple. Le récit des 10 années entre 1972 et 1983 est passionnant mais là
encore c'est le récit du mythe de la résistance armée avec laquelle il prend ses
distances qui est intéressant mais à quel prix, celui de l'enfermement dans un
discours jusqu'à l'abandon de son travail. A t-il de nouveaux projets ?
Ce mythe est à rapprocher des récits de Pierre Goldmann dans un tout autre
contexte.
J'ai trouvé déconcertant sa/la fascination de la cagoule ! Moi je trouve cela
juste effrayant... surtout pour être déçu par le visage des hommes qui se
décagoulent les premiers. No comment.

samedi 22 janvier 2011

Serait-il pertinent de jouer à nouveau "U Fiatu", "A Rimigna", "A Cabia", "Innò", "Prima tù", "Sogni di Soli" et "Missa pà i Ghjuvannali" ?


Bon, celui-là de titre c'est un vrai ! Non ?

...voyons, voyons, qu'ai-je lu dernièrement qui m'ait vraiment emballé ? Quelque chose qui m'ait ouvert de nouveaux horizons, qui m'ait étonné au sens fort, qui m'ait conduit à réfléchir et à imaginer ?

Réponse : "Par-delà le théâtre. Culture et politique en Corse (1972-1991)" de Dumenicu Tognotti, préfacé par Dominique Salini qui publie ce petit ouvrage dense (128 pages dans un format proche d'un "Que sais-je ?") dans la collection qu'elle dirige, "Hommes et territoires", aux éditions Dumane (quatrième trimestre 2010).

J'ai trouvé cet ouvrage absolument passionnant. Pour bien des raisons.

1. Dumenicu Tognotti raconte et décrit en détail une expérience théâtrale quasiment unique en son genre en Corse, et qu'il a mené durant une dizaine d'années (1972-1983) avant de se murer dans un silence total depuis l'ultime création produite en 1991 : un théâtre déroutant plongeant ses racines dans des mythes populaires que des mises en scènes radicales réactivent, pour entraîner le public dans une véritable expérience vitale. Le théâtre de D. Tognotti est décrit comme un théâtre du corps, qui n'est pas au service de la littérature mais qui se rapproche du cérémonial collectif. (Mais peut-être est-ce que je me trompe quant au caractère unique de ce théâtre ? j'ai tellement peu vu de pièces de théâtre corse ; voyons, dans mes souvenirs : "Paoli Boswell Bonaparte" - à Ajaccio, au cinéma Empire - et "Les frères corses" - à Marseille, au Toursky - de Francis Aïqui ; "Troïlu è Cressida" - à l'auditorium de Pigna puis au Toursky à Marseille - de Ghjacumu Thiers ; "51 Pegasi" de M. Biancarelli à Aubagne et à Ventabren ; les quatre pièces corses de Noël Casale à Marseille, voir tel billet à ce sujet ; c'est effectivement peu...).

2. Le projet de Dumenicu Tognotti fut de produire un théâtre "national", totalement inclus dans la lutte de libération du peuple corse, en vue de l'indépendance, donc sensible à tous les combats politiques y conduisant (Aleria, la création du FLNC et du mythe du "cagoulé", la répression politique et judiciaire). Un tel théâtre est-il encore possible et/ou souhaitable ? D. Tognotti répond par la négative. Personnellement, je trouve que nous avons besoin de la plus extrême diversité dans l'expression artistique et la lecture de cet ouvrage me fait regretter de n'avoir jamais assisté à aucune des pièces du Teatru Paisanu de D. Tognotti. (Je me souviens d'un article de Thiers dans un Kyrn des années 80 revenant sur le "scandale" qu'avait produit telle pièce - je ne me souviens plus laquelle - et tentant de défendre une expression théâtrale aussi radicale et politique ; il faut que je le retrouve ; mais peut-être que la recherche effectuée par Stefanu Cesari dans le cadre de ses études à l'université de Corti inclut l'ensemble des articles parus dans la presse à propos des représentations de Teatru Paisanu : Teatru Paisanu. Un teatru corsu di ricerca, DEA d'Etudes corses, Università di Corsica, 2002 ; espérons que cette recherche sera publiée un jour !)

3. Et d'ailleurs, chose à la fois merveilleuse et très dommageable, il nous est aujourd'hui impossible de voir les pièces de D. Tognotti : elles ne sont pas jouées, elles n'ont pas été filmées (à moins qu'on puisse en voir des extraits dans les deux films indiqués en fin d'ouvrage : Teatru corsu, u primu fiatu. FR3 Corse, 2007 par Jackie Poggioli et U spechju di un populu. La Troisième rive, 2008 par Denis Robert). Peut-être savez-vous par quel moyen on peut "voir" ces pièces ? Ne serait-il pas passionnant de "rejouer" ces pièces ? Par exemple, lors d'une rétrospective intégrale des créations de D. Tognotti ?

4. Ce qui m'a passionné par ailleurs dans cet ouvrage, c'est la façon d'entremêler réflexions sur le théâtre (depuis la tragédie grecque jusqu'à Grotowski) et micro-récits d'expériences vécues par l'auteur (notamment ses rencontres avec Grotowski, les discussions avec les habitants de Corscia avant une représentation de "A Rimigna", le travail avec Archie Shepp, Saveriu Valentini, Rinatu Coti ou Patrizia Poli). Réflexions et récits s'entre-nourrissent et font du livre à la fois un document particulièrement vivant et un art poétique clair qui ouvre à bien des discussions pour le théâtre corse d'aujourd'hui.

5. Un dernier point qui m'a beaucoup plu : l'auteur revient régulièrement sur les critiques qui ont été faites à ses pièces, explique ses intentions, réaffirme ses convictions, dans une radicalité qui peut paraître parfois intransigeante mais qui a le grand mérite d'éclaircir les débats. Par exemple, il réfute les critiques d'hermétisme et de volonté de créer un malaise chez le spectateur, en signalant que c'est l'attente d'un théâtre de la parole (ou du bavardage) ou d'un théâtre "militant" (qui se substituerait au vrai militantisme) qui crée le malaise chez un spectateur dominé par des formes culturelles qui empêchent de comprendre d'autres démarches.

6. Pour finir (et je voudrais citer bien des pages, mais le mieux est que vous vous précipitiez sur cet ouvrage que je trouve essentiel pour connaître et comprendre le passé de la Corse mais aussi pour réfléchir aux expressions artistiques contemporaines), je cite un passage (pages 40-41) que je trouve important, parce qu'il me semble contenir une force positive, alors que l'auteur émaille tout son livre de jugements très pessimistes sur la situation actuelle de la Corse. Ce passage évoque la question de la mise en scène de "A Rimigna", pièce consacrée au procès inique et à la mise à mort de plusieurs Niolins en 1774 par l'armée française :

"Si le thème central de la pièce est sans équivoque, si le conflit mis en scène et rapporté fidèlement nous assurait d'une adhésion partisane des spectateurs, il n'empêche nous nous sommes alors trouvés face à la difficile question d'une écriture dramatique spécifique. À une époque où l'affirmation de la corsitude suscite dans tous les actes de la vie quotidienne une véritable frénésie, le théâtre se doit d'être au diapason. Il doit lui aussi jalousement s'affirmer comme étant exclusivement corse, débarrassé de toutes les influences connues. Il doit être reconnaissable par des signes qui lui appartiennent en propre. Il doit donc inventer un langage qui lui soit singulier, immédiatement identifiable comme étant corse. Cela ne veut pas dire qu'il doive reproduire des traits culturels connus. L'identité n'est vivante et palpable que dans le mouvement, que si elle exerce sa faculté de se remettre perpétuellement en question. L'identité n'est jamais acquise. Et si notre théâtre ambitionne une reconnaissance de corse, il doit alors posséder la capacité de faire reconnaître l'inconnu. A Rimigna, nous l'avons dit, n'est la récit d'un épisode tragique de notre histoire, c'est un spectacle de notre temps qui entend considérer notre aujourd'hui dans la perspective d'hier, et notre hier dans la perspective d'aujourd'hui. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre une démarche qui milite en faveur d'un théâtre contemporain et national. Dans A Rimigna, ce qui appartient exclusivement à l'histoire, au passé, aux ténèbres, est symboliquement représenté par des mannequins géants vêtus de bure, aux têtes difformes et effrayantes. L'interprète qui lit la sentence porte un masque pour bien signifier que son monde et son temps ne sont pas les nôtres. Par contre, les acteurs qui revivent l'annu di a disgrazia sont vêtus comme tous les jeunes Corses de leur temps pour bien indiquer que leur histoire continue. Les manifestations de l'inconscient collectif qui peuvent découler de la confrontation au passé ne doivent pas les conduire sur les voies de la recherche d'un improbable âge d'or. L'enracinement est ici souhaité pour sa fonction cathartique, en ce qu'il permet de faire tomber les masques imposés par une société d'autant plus répressive qu'elle est régentée par un pouvoir politique illégitime.

On voit bien que si le théâtre s'empare de l'histoire comme prétexte, il est lui-même prétexte à l'histoire. Il est déjà, dans notre esprit, le véhicule qui doit nous révéler une vie dont l'évidence est incertaine. Enfouie sous cette mauvaise herbe qu'est
a rimigna, cette vie est pourtant là, loin d'un ailleurs invraisemblable. Elle ne demande qu'à ressurgir en abondance comme un cours d'eau dont on aurait trop longtemps obstrué la source."

(la carte postale)

mercredi 20 octobre 2010

57 ghjorni

Passà u tempu... sò tante e manere di passà lu ! Pudemu cuntà i ghjorni... 57 ghjorni trà l'assassiniu di u ghjudice Falcone è quellu di u so amicu Borsellino. Hè un esempiu sicilianu.

Ma ramintemu ci chì Stendhal hà scrittu "La Chartreuse de Parme" in 52 ghjorni !

Eccu un testu di Madeleine Rossi, ghjurnalista (eccu un altru travagliu nant'à i mazzeri). A ringraziemu pè l'autorisazione di publicazione nant'à issu blog !


IL VINO, IL SOLE, IL SANGUE: CORSICA-SICILIA.

La Corse et la Sicile ont en commun une langue maternelle, le silence. Une manière de ne pas dire, une manière de nourrir les codes. La violence souterraine et l’âpreté de la question criminelle ont sur les deux îles de semblables racines, celles du destin, du clan et du sentiment d’appartenance à quelque chose que les autres ne possèdent pas.
Car ce n’est pas tout d’être une île. Après tout, ses habitants ne peuvent se comporter qu’en fonction de la couleur et du degré d’hostilité de la mer qui les entoure. La réalité de l’histoire sicilienne et corse est faite de rivalités, de conquêtes et de passages. Quelques moments de répit, des temps de révolution et d’indépendance, et les hommes devenus pères de nations impossibles. Par Garibaldi ou Paoli, c’est le théâtre de ce monde-là qui s’est installé au cours des siècles.
La stratégie de survie d’une société se trouve parfois résumée à un seul être, ou deux, ou une poignée d’hommes. Ainsi en Sicile, l’incarnation du courage et de la vraie justice se nomme Paolo Borsellino & Giovanni Falcone. Amis et boucliers l’un de l’autre, meurtris pour avoir ouvertement annoncé qu’ils résisteraient aux Léviathans de la violence légale et illégale.

Essendo Stato.

Un double sens déjà, dans le titre de ce livre. Essendo Stato : ayant vécu. Essendo Stato : représentant de l’Etat. Ce livre poignant, profond et brûlant est le monologue d’un Paolo Borsellino qui sait n’avoir plus que quelques secondes à vivre. Lui, ses hommes, les voitures, la rue: déchiquetés. C’est la fin, dit-il. C’est la fin. Et Borsellino, en cet ultime instant de sa vie, nous parle de ses rêves, de l’abandon, de la peur et de l’Etat. «Les cinquante-sept jours pendant lesquels vit Borsellino, après la mort de Falcone, font du juge un homme seul. Il est encerclé par des éléments dérivés de l’Etat et de la politique, de Cosa Nostra. Il est seul, dans l’indifférence générale, ce produit culturel hautement raffiné, fait pour enterrer la vérité». C’est par cette métaphore que Ruggero Cappuccio (1) présente sa pièce de théâtre. Mais ce théâtre-là se décalque parfaitement sur du granit. Combien, loin de la Sicile, ont-ils également élaboré leur propre fin, contraints de l’évoquer auprès d’intimes?
Ce n’est pas tant l’acte de guerre en soi qui peut résonner ici, non, mais ses causes et conséquences, soit le conditionnement du fait criminel. L’Etat ne serait-il “une mafia avec un passeport“ qu’en Sicile, comme le dit un capo à Borsellino?

«Sono le sedici e cinquantotto…
È il diciannove del mese di luglio. È il millenovecentonovantadue. Sono per terra. Sono finito. Forse sono finito. Sapevo che sarei finito.
Il est seize heures cinquante-huit. Il est le dix-neuf juillet. Mille neuf cent quatre-vingt douze. Il y a eu une explosion, suivie d’une étrange sensation de silence. À Palerme, les explosions et les mots ne connaissent comme fin absolue que le silence. Je suis à terre. Je ne vois rien d'autre que le ciel à travers un voile de poussière. C'en est fini de moi. Peut-être que c’en est fini de moi. Je savais que je mourrais. Depuis longtemps, je voyais arriver ma fin, et je la voyais déjà passée, dépassée. L'avant et l'après formaient un amalgame dans ma vie, depuis longtemps. Tout était clair depuis longtemps, comme la cendre de cette insolite déflagration de silence. Je suis à terre. C’en est fini de moi. Peut-être qu'il me reste encore quatre secondes. Cinq. Six. Peut-être qu'il ne m'en reste qu'une seule, si petite, ténue, invisible. Mais cet instant est tellement immense».

La violence illégale, en ce jour de juillet 1992, vient de détruire un symbole de l’Etat. En cause: la mafia, bien sûr. Cosa Nostra, qui d’autre. Des meurtres d’une rare brutalité commis par une institution obéissant à une autre institution. De tels actes ne peuvent être commis sans un accord conclu entre les assassins et les commanditaires. Chacune des parties contractuelles s’observe en silence et nettoie sa propre scène de crime, élimine les témoins, procède à l’évacuation sanitaire des nervis. Les procès et les interrogatoires s’enchaînent, laissant planer les mots sybillins et les menaces. La question, pour ceux qui luttent contre cela, c’est le temps. Le temps de dissimuler les derniers indices et les dernières preuves, avant qu’un autre ne s’en empare. Le temps de se cacher, de fuir, pour ne pas subir d’autres tortures. La question, pour ceux qui survivent et qui à leur tour ne peuvent se défendre vraiment, c’est de devoir affronter la violence des institutions. L’Etat ne peut se satisfaire de détruire ses opposants, il lui faut aussi se coucher devant ses intermédiaires. Il faut que les preuves disparaissent, car ni les uns ni les autres ne doivent être impliqués. Le seraient-ils qu’ils ne seraient pas même châtiés. La question, c’est que ceux qui veulent votre mort ne vous toucheront pas. Ils attendront, repus, le moment exact où donner l’ordre.

«La scienza dei rumori è stata la mia scienza…
…Sapevo che un attimo prima della fine avrei sentito il passo di un faccendiere, la portiera di un auto che si chiude, un motorino di avviamento che si collega alla morte.
La science des bruits a été ma science. Je savais qu’un instant avant la fin, j’aurais entendu le pas d’un intermédiaire, la portière d’une voiture qui se ferme, un démarreur qui se connecte à la mort. La fin aurait été annoncée par un bruit. Et ce bruit, un instant avant la fin, aurait été le point final de cette phrase qu’est ma vie».

Quels qu’aient pu être leur bord et leur camp, ils ont tous su que ce bruit-là était le bon, que c’était le bruit qui annoncerait leur mort. Peu à peu, ils se sont habitués à l’idée que chaque son, chaque bruit, pouvait devenir le dernier. À leur tour, ceux qui les ont remplacés et qui ont été formés par eux vivent dans la métaphore de ce qui est, et de ce qu’ils font. Ils ont une conscience illimitée de ce qu’ils sont. Ils ne voient rien d’extraordinaire dans leur action ni dans leur vie. Ni les magistrats, ni les ragazzi d’escorte; ni les leaders, ni leurs amis.
Un problème se pose. S’ils sont juges et donc représentants de l’Etat, ils n’en connaissent que mieux les arrière-pensées très personnelles et pas très nettes. Et c’est là toute l’amertume de la condamnation. L’intimidation parvient de l’Etat, demandes de prudence officielles. L’intimidation arrive d’ailleurs, demandes de prudence au nom de la mafia. Deux fois au nom de la mort. L’Etat démontre son impuissance lorsqu’il leur demande d’ignorer ce qu’ils savent devoir ignorer. Cette limite est précisément une condamnation à mort.
Il arrive que l’Etat crée ses chimères insulaires, et en perde le contrôle. Il n’est dès lors plus possible d’admettre l’erreur commise ou de négocier, il n’est temps que de faire abattre, de désigner et d’écraser la créature. Combien de niveaux d’intermédiaires, de faccendieri, utiles à l’art de ne pas dire. La science des bruits et des grondements les accompagne sans cesse. Certains ont eu le temps de percevoir que leur voiture se consumait. D’autres ont eu le temps de voir les visages découverts de leurs assassins, en cette ultime seconde de leur vie.
Les choses les plus difficiles à dire, lorsque l’idée chaude et solaire de la terre vient apaiser les humeurs nocturnes ou bleues, sont toujours simples et solennelles. C’est ainsi. Le caractère mélancolique et archaïque de la Sicile/Corse rend si difficile l’expression de l’inconditionnel.

«E penso spesso una cosa: quando rivediamo una persona che non vedevamo da tempo, diciamo facilmente: “da quanto tempo non ci vediamo?“…
…Moi, par contre, je voudrais toujours dire: “pendant combien de temps ne nous reverrons-nous plus?“.

Note (1)
Ruggero Cappuccio est écrivain et metteur en scène Napolitain, vit à Rome et à Palerme. La pièce Essendo Stato a été jouée pour la première fois à Benevento en septembre 2004, avec Massimo de Francovich dans le rôle de Paolo Borsellino (Scritture Segrete editore, Rome 2006 – traduction française de M.Rossi, en attente de publication).

Madeleine Rossi // Journaliste indépendante et traductrice, travaille sur les mécaniques du crime organisé.

jeudi 20 mai 2010

De l'amateur, du bricoleur

Mais que se passe-t-il ici ? Peut-on proposer aussi légèrement des poèmes et des textes dont on ne connaît rien de rien ? Qu'en est-il de ces très nécessaires comptes rendus, développés et rigoureux, dont nous avons tant besoin ? Pourquoi cet égarement, cet appariement de fortune, pour aller où ? Avec qui ?

Alors, bien sûr, il ne s'agit pas de s'entêter dans une manière, mais bien de varier les plaisirs, d'essayer, au risque de se fourvoyer. Et puis après ?

Qui dit quoi ?

Mardi soir je discute avec Pascal Génot, nous venons de voir "Bastia l'hiver" (superbe ; et je dois dire que la discussion avec Pascal a augmenté en moi la puissance de cette pièce ; nous critiquions la pièce - une certaine monotonie notamment -, devisant tranquillement, au comptoir du théâtre des Bernardines, quand nous croisâmes le regard de l'auteur, Noël Casale, que j'avais déjà rencontré la semaine auparavant, très sympathique, et puis Antonia Buresi, la comédienne, impressionnante, voix et corps qui ne font plus qu'un, la nudité comme un costume pour dire la vérité, la projeter, montrer l'invisible corps du frère disparu, ou son corps sanglant, ou bien encore le corps de plaisir de la touriste, mais bien sûr en fait les trois en même temps.)

Mais qui a vu cette pièce ? J'ai ainsi vu les quatre pièces bastiaises de Noël Casale : il faut voir les quatre (même si pour moi la plus réussie, c'est "Forza Bastia", celle qui parvient à ne jamais lâcher le spectateur, qui le conduit de drôlerie en fantaisie jusqu'à l'émotion sublime du dernier geste - non, je ne vous dirai pas lequel !!), il faut voir les quatre pièces, quatre variations scéniques sorties du chaudron du passé familial, matière sempiternelle dont on a l'impression qu'on ne peut sortir, ou comment créer des horizons, même brefs, même obscurs, à l'intérieur du gouffre : en hurlant de rire (je pense à la tirade d'Ulysse dans "Reprise d'un triomphe") ou en éructant tout le dérisoire des vies gâchées (dans la fin des années 80, à Bastia, l'hiver). J'en parle ici trop rapidement, pas le temps désolé, plus tard, j'espère, plus longuement, mais... Mais il faut vraiment voir les quatre pièces, dans la foulée, combien je suis heureux d'avoir pu le faire ! Et dire qu'une cinquième est en préparation !!

Mais ce n'est pas ce que je voulais dire ce soir, bien sûr !

Je voulais citer ici deux poèmes. Pourquoi ? Mais parce qu'ils m'ont plu... Et pourtant je les ai lus vite, presque en passant, est-ce possible d'être aussi désinvolte avec la littérature corse ? Ce soir oui, pour moi.

Alors, suite à une rencontre numérique - bonheur du Web - voici un poème de Pierre Bacchelli (voir ici son blog - longue vie à tous les blogs littéraires corses !) :


Loin

Dans un coin du jardin où la mer devient carrossable, ils chargent les braises

du dernier foyer de la nuit dernière.

Ils avaient laissé les rivages plus lourds près de la mare.

-Immédiateté pantelante, chiques fébriles-

Ils passèrent le cap du Grand Cimetière par vent de travers.

Récifs rouillés, remous boueux. Anse des Rêves Eunuques, Passe des Jardinières

Fardées, Défilé des Debouts Tristes, Fosse des Souvenirs, Rochers

des Encens.

Puis la haute mer et sous l'horizon l'Ile de la Nef.

1984

(Voir ici pour la version complète du poème, je veux dire avec son exergue, tirée de Saint-John Perse, mille excuses, je me suis permis de l'enlever ici !)

Et puis, comme hier, nous avons accueilli (dans le local de l'amicale corse d'Aix), François-Michel Durazzo, le traducteur de "Pesciu Anguilla", qui devient "Pépé l'Anguille", grâces soient rendues aux éditeurs Bernadette Paringaux et Jean-Paul Blot, éditions Fédérop - oui, j'ai pris des notes, j'ai pris des notes, bientôt un compte rendu ici même (et peut-être un autre grâce à Sylvie Saliceti ?)...

... donc, comme hier, François-Michel Durazzo était là, ce soir je feuillette à nouveau "Corsica calling" et plutôt que de reprendre la poésie de Jacques Biancarelli, ce petit poème, plutôt :

L'élan dans mon poème
est cet enfant pensif
qui collait son oreille contre l'écorce de l'arbre
pour entendre la mer
faute de coquillage.

Mais cet arbre qu'écorce
la langue qui le sculpte
se fait chair
dans mon regard.

Et tu lèves les yeux.


(extrait du recueil "Finitarri", pas encore lu...)

Et bien sûr - je sais que cet appel énerve un de mes amis... - vous n'êtes pas obligés d'aimer ces poèmes... Mais après les avoir critiqués, faites-moi plaisir, citez-en d'autres...

jeudi 13 mai 2010

News in furia : des SCOOPS en veux-tu en voilà !

Sò quattru e pezze di teatru bastiacce di Noël Casale... N'aghju vistu trè :

- "Forza Bastia" (magnifica - ghjè u mo parè)
- "Liberty Valance est mort" (m'hè parsu menu forte...)
- "Reprise d'un triomphe" (segondu mè, sò parechji i mumenti bellissimi (u discorsu finale di Ulisse hè fantasticu !) ma a prima parte di a pezza si ripeta troppu)

Marti sera (18 di maghju, teatru di e Bernardines, 21 ore), videraghju "Bastia l'hiver" ! E po parleraghju di e quattru pezze. Ma chì piacè di vede una opera uriginale, cuerenta, comica chì travaglia issa materia corsa !

(Vede quì pè i sfarenti orarii).

Ah oui, avant de finir, DEUX SCOOPS révélés avec l'autorisation de l'artiste, rencontré mardi soir dernier :

- une 5ème pièce bastiaise est en cours d'écriture : "On a payé cher les oursins" (reprenant le personnage de Marc-Aurèle de "Reprise d'un triomphe") ; heureux je fus de voir que l'oeuvre ainsi se poursuivrait...

- les textes de Noël Casale vont enfin être publiés (en 2010 ? en 2011 ?) ! (Pour l'instant seul un extrait de "Forza Bastia" est disponible dans la Revue littéraire (éditions Léo Scheer) : voir billet ici). Aux éditions des Solitaires intempestifs.

- et un TROISIEME SCOOP : "Forza Bastia" sera rejoué à Marseille la saison prochaine (2010-2011) ; une occasion en or de voir et revoir une pièce que je trouve vraiment très belle pour tous ceux qui aiment la Corse, le Sporting, Bastia, le théâtre, la fantaisie au théâtre (celle qui unit en même temps - et pas alternativement - le rire et l'émotion).

Chì pinsate di quessu ?

samedi 8 mai 2010

Ce texte est introuvable

Sauf par hasard...

Il s'agit d'une tragédie écrite par Marie-Jean Vinciguerra : "Don Petru" (je l'évoquais déjà, lors d'un précédent billet). Publiée en 2006. Sans nom d'éditeur et avec un numéro d'ISBN. Mais où peut-on se procurer ce livre (je parle pour ceux qui aiment se tracasser l'esprit avec la "littérature corse", bien sûr...) ? Nulle part, sauf erreur de ma part (sinon en tombant par hasard sur la chose, parce que vous furetez dans un rayon corse d'une librairie insulaire...

Loin de moi l'idée que tous les livres publiés en Corse méritent d'être relus et sont également bons ! Personne ne le dira, bien sûr. Mais si on ne fait pas en sorte que le catalogue exhaustif et permanent des publications corses soit connu et accessible, comment espérer que certaines de ces publications soient reconnues comme les plus intéressantes, les plus riches ? Ou mieux encore comment espérer que l'on puisse en discuter ?

L'auteur me demanda de préfacer l'ouvrage, alors j'offre ici la possibilité de lire cette préface (à l'origine conçue comme une postface) ; peut-être que vous aurez envie de feuilleter le livre dont vous aurez vérifié que votre librairie préférée en possède un exemplaire oublié ? Et peut-être que vous aurez envie de faire part de votre lecture personnelle ? Peut-être ?...

DON PETRU ou Les derniers feux de la Parole

La voix de Don Petru vient de s'éteindre. Reprenons-la.

La lecture de cette pièce de théâtre de Marie-Jean Vinciguerra offre bien des plaisirs ; je voudrais simplement signaler ici l'importance de certains d'entre eux.

Il y a d'abord le plaisir de la reconnaissance, l'impression très agréable de retrouver cette forme artistique bien connue qu'est la tragédie. Rien n'y manque : les héros bourreaux d'eux-mêmes, la force collective du destin, la mort inévitable, l'impression d'un saccage extraordinaire, jusqu'à la présence des choeurs antiques (deux vieux sur un banc, trois vieilles sur leur chaise) expliquant le passé et laissant présager le pire. La famille Bonavita est condamnée depuis toujours, nous le savons dès les premiers mots de cette étrange Voix off qui commente ainsi le premier son - le vent - qui, avant toute parole, intervient sur scène :

Le vent jette ses griffes sur la mer.
S'annoncent les jours arides
Bourrasque et ciel noir.
Mauvais présage.

La tragédie a déjà commencé et elle s'accomplira.

Mais le plus intéressant est peut-être de découvrir qu'elle a déjà eu lieu. En effet, l'histoire présentée ici n'est pas seulement une énième version de l'honneur restauré par la vengeance ou de l'amour impossible et humilié, cette histoire serait trop simple et se résumerait ainsi : Don Petru Bonavita tue le berger du village car celui-ci a séduit - et abandonné - sa soeur Francesca autrefois mais encore la jeune et belle Angèle aujourd'hui, jeune et belle femme aimée en secret par Don Petru. Des choses humaines en somme, et qui ont leur poids, mais qui lorgneraient ici du côté des stéréoptypes. Or la pièce de M.-J. Vinciguerra a une autre ambition, et tire sa force notamment d'un ancrage historique aussi discret que précis. Car Don Petru est la tragédie d'une certaine Corse qui n'en finit pas de mourir. L'intrigue se déroule dans les années 1950, Don Petru a 50 ans, il a donc pu naître en 1900 d'un père déjà âgé, puisque son grand-père construisit le portail de l'église de Vezzani en 1813 : "Orsu Dumenicu Bonavita fecit 1813", c'est Orsola qui le rappelle avec admiration. C'est une famille marquée du sceau de l'âge et ce mot le dit bien, plusieurs fois répété : "Nous sommes vieux avant l'âge." Car si les enfants tardaient à venir pour les père et grand-père, ils manquent à l'appel pour le fils et ses deux soeurs. Vieille famille, vieux garçon, vieilles filles. L'Histoire a ici officié : si l'absence des parents de Don Petru n'est pas clairement expliquée (peut-on imaginer que la première Guerre Mondiale ait joué un rôle ?), c'est bien la seconde Guerre Mondiale qui a exilé pour un temps le frère, laissant deux soeurs à la merci de la bienveillance et du charme infidèle du berger lucquois. Toutes les cartes ont ainsi été brouillées : le frère est devenu le père de ses soeurs qui sont devenues ses servantes, en attendant vainement d'être des tantes, des zie. Confusion qui trouve son origine dans une perte de la puissance de vie, de la puissance érotique, de la force du désir. La possibilité de se donner, de se transmettre, et de se perdre, par amour a été refusée au trio Bonavita.

De là découle le divorce entre chacun de ces personnages, unis dans le malheur, mais profondément séparés les uns des autres, solitaires, profondément éloignés d'eux-mêmes aussi et de leurs rêves intimes : Petru est un "sanglier" incapable d'une parole affectueuse même avec Angèle, Francesca rumine son passé malheureux et incarne la nécessité sourde de la vengeance, Orsola ne laisse qu'entrevoir son désir d'enfant et son rêve d'amour avec le berger, passion inconnue de tous jusque dans la dernière scène. Et voilà peut-être un des sens les plus forts de cette tragédie : la société corse symbolisée par la famille Bonavita est incapable d'amour. Elle s'étiole dans des jeux de pouvoir (il faut reconquérir la mairie, plaire au député, au curé) qui ne créent aucune fidélité réelle, ennuient les jeunes générations et ne servent que de divertissement, au sens fort du terme, pour supporter le fait que le village soit en train de devenir un néant. Elle conserve, sans sincérité, les croyances passées dans les signes et les présages. Elle s'arcboute sur les valeurs de l'honneur et donc de la vengeance en exaspérant une haine de l'étranger (ici l'Italien), à travers la figure du berger, ou lorsqu'Orsola ose énoncer l'hypothèse que les Bonavita aient pu avoir un ancêtre italien. C'est Don Petru lui-même qui en fait le constat cruel et radical à la fin de la pièce : "J'ai tout perdu pour avoir misé sur l'honneur. J'ai craché toute ma salive. Ma bouche est amère."

La pièce de M.-J. Vinciguerra nous plonge donc au coeur d'un tragique qui ne doit pas être compris comme la manifestation de la mort punissant les fautes et les déshonneurs mais ainsi que le dit lui-même l'auteur dans un autre de ses ouvrages comme "l'absence d'espérance et la perte de la dignité.(1)" La famille Bonavita n'espère plus vraiment quoi que ce soit et perdra sa dignité dans un comportement mortifère. Il est significatif qu'une deuxième mort intervienne en fin de pièce et que cette mort violente soit un suicide, motif rare dans notre littérature. Un coup de feu conclut la pièce : "Don Petru, nouveau roi sans divertissement ou Dionysos raté incapable de revivifier la société avec son vin, s'est enfin rendu justice, car depuis longtemps déjà leur maison est un "caveau".

Alors que reste-t-il à la fin des fins ? Cette pièce est-elle entièrement sombre ? Il le semblerait car même la nature s'est liguée contre les Bonavita : l'eau, la foudre et le vent de la tempête (acte I) ainsi que l'incendie avec ses cendres (acte III) encadrent fortement l'oasis d'une matinée ensoleillée dans l'acte II. Mais on peut trouver une cohérence plus forte dans ces réalités naturelles : c'est le feu (foudre, soleil, incendie) qui prédomine, jusqu'au coup de feu final. Le feu du désir (Angèle a "les cheveux pleins de soleil") que ne sauront pas maîtriser les Bonavita et qui deviendra auto-destructeur. Or ce feu est aussi celui de la Parole, la parole créatrice, porteuse de cette vie que l'art peut rendre aux hommes, notre auteur en est convaincu.

Don Petru n'est pas qu'une tragédie rénovée, un constat amer de la déliquescence d'une société, c'est aussi un chant, un entremêlement magnifique de voix qui procure un plaisir au moins aussi grand que son intrigue. Et il ne s'agit pas ici d'une remarque qui n'engagerait que la forme de l'oeuvre. L'écriture est la clé qui permet de dépasser le simple constat. Dans un article ancien, l'auteur expliquait déjà : "L'écriture, poème, roman, théâtre est sacrifice, acte de régularisation, ritualisation de la violence première. (...) Procédure d'expiation, de liquidation et de sublimation(2)." Une telle cohérence entre ces propos et cette pièce de théâtre nous commande aujourd'hui de considérer l'ensemble des écrits de M.-J. Vinciguerra dans leur profonde unité : la quête du salut par le Verbe.

On peut imaginer le parti que tirera un metteur en scène de cette pièce de théâtre pour proposer - loin de tout réalisme - un rêve éveillé, un cauchemar volontaire, fulgurant et fascinant, un huis-clos presque permanent et étouffant : de ce point de vue on remarquera l'évocation par Orsola d'une "fable" elle-même fascinante et à l'atmosphère étouffante, déjà évoquée dans La veuve de l'écrivain, et dans laquelle un homme, Anghjulu, séduit les trois femmes d'une maison qui le laisseront pourtant agoniser dans la cave où il allait chercher du vin. Mais la simple lecture du texte suffit pour apprécier la puissance et l'importance de la Parole unique tissée par les personnages, les choeurs et cette étrange Voix off (une survivance de la voix d'un narrateur ou du poète ?). La diversité des tons et des échanges, des dialogues prosaïques ou mesquins jusqu'aux pseudo-monologues rêveurs en passant par le voceru d'Orsola, les psalmodies et commentaires des vieux et des vieilles, cette diversité est marquée par une même pratique de la formule. Choeurs, Voix off et personnages cherchent la concision, l'expression nette, définitive ; ce qui ne les empêche guère de ses contredire ou de se répéter... Cependant la quête de la formule est bien le symbole de la valeur accordée à la Parole, ou au moins à l'effort - souvent douloureux - qui tend à atteindre la Parole. Ainsi de la Voix off :

Le torrent de feu dévale
Le vent s'y jette.
Les yeux furieux de l'incendie
Tourbillonnent.
Les langue de feu
Lacèrent les arbres.
Les nuages noirs rougeoient.
Le ciel dans ses forges
Apprête l'éclair de la vengeance
Et les larmes des femmes.

Petite forme, rituel magique tentant de raccommoder ce qui se déchire, le texte théâtral trouve ici sa fonction et devient l'acteur final de la tragédie, la force qui transforme l'échec en victoire, qui unit les proverbes du passé et les échappées lyriques d'une poésie plus elliptique, les rancoeurs ressassées et les rêves interdits (la mer - et ses îles - contemplée par Don Petru, par exemple ; Don Petru, personnage le plus fascinant de la pièce par le nombre très important de contradictions brutales qui le constitue), la violence et l'affection, la société qui meurt et celle qui se prépare. Le texte de Don Petru trouve ici toute son originalité et sa beauté, tout en manifestant l'harmonie de l'ensemble de l'oeuvre(3) de M.-J. Vinciguerra. Car notre auteur est d'abord un poète, certes amoureux du théâtre mais du théâtre de la Parole et dont même le roman autobiographique, consacré à une figure de dramaturge, est d'abord sous-titré "confession poétique".

La Parole de Don Petru vient de s'exclamer. Accueillons-la.

Notes :
1 - "La veuve de l'écrivain", éditions DCL-Sammarcelli, 2005
2 - "Le théâtre du sacrifice", issu du séminaire "La Corse et la folie : le sacrifice" (Bastia, novembre 1985), éditions Sammarcelli, 1987.
3 - Cohérence d'une oeuvre commencée en 1965 et que Marie-Hélène Ferrandini met en évidence dans sa préface au recueil de poèmes "Marines sauvages", éditions Albiana, collection E Cunchiglie, 1997. Notamment à travers la figure de "l'ange", très présent dans les poèmes, dans le roman "La veuve de l'écrivain" (Angelo, l'homme qui séduit les trois femmes, notamment) et dans notre pièce avec les prénoms d'Angèle et d'Anghjulu...

L'eau à la bouche...

Très rapide billet, ce matin, avant de partir dans une demi-heure pour aller voir la pièce de Noël Casale, "Liberty Valance est mort", au théâtre de la Minoterie (quartier de la Joliette, Marseille).

Pour dire ceci : la littérature corse est faite de livres invisibles, c'est-à-dire inaccessibles (et je n'ai pas dit illisibles !).

Trois exemples :

- hier soir (vendredi 7 mai 2010, théâtre des Bernardines, Marseille), j'ai vu "Forza Bastia", une des quatre pièces bastiaises de Noël Casale... Je reviendrai dans un autre billet sur ce que j'ai ressenti et pensé (très rapidement : j'ai été intéressé, amusé, puis au milieu de la pièce très surpris, très agréablement surpris, secoué par le rire, et des émotions aussi, mais surtout finalement complètement enthousiasmé par la FANTAISIE - ah, Noël Casale jouant l'ours blanc qui regarde jongler Orlanducci au pôle Nord, dans un paradis bleu et blanc... - voilà, très brièvement : la pièce est encore jouée une fois ce soir, si vous pouvez, ne ratez pas la "chose", c'est une vraie performance d'acteur et je suis sûr que la pièce que vous verrez ce soir sera légèrement différente de celle que j'ai vu, tant l'improvisation a sa part dans le travail de Casale). OR, comme je le disais dans un précédent billet, nous n'avons pas le texte de cette pièce... Seule la première partie a été publiée (voir également billet précédent). Nous (je parmi vous) réclamons la publication, ou un quelconque accès au textes des pièces de théâtre de Noël Casale !

- j'apprends par Cuurdinazione corsa (liste de diffusion d'informations corses) qui relaie un article du Corse Matin que les éditions Alain Piazzola publient les "Raguagli" du XVIIIème siècle (le journal officiel de l'état corse du temps de Paoli), un livre de Petru Casanova ("Motti", un "glossaire en langue corse des activités traditionnelles"), et un recueil des chroniques littéraires de Marie-Jean Vinciguerra. Excellent !!! Mais les éditions Alain Piazzola n'ont pas de site internet, il faut donc que j'appelle l'éditeur pour commander les ouvrages, sans avoir la possibilité d'en prendre connaissance, de les "feuilleter" sur le Web, etc.

- enfin, la publication aux éditions A Fior di Carta de "Pierres Anonymes / Petre Anonime" du collectif "Operata Culturale", j'en ai été informé par les sites Corsicapolar, Isularama, Invistita, dont les animateurs sont impliqués dans la fabrication de l'ouvrage. Ouvrage de création et de réflexion, issu du Manifeste de Luri, dont ce blog s'était fait l'écho. Démarche passionnante, à discuter et qui a été discutée, mais démarche passionnante puisque déjà elle aboutit à un livre. Mais où le trouver ? Invisible sur le site de A Fior di Carta. Sauf erreur de ma part.

TOUTE LA LITTERATURE CORSE (et plus largement toutes les publications corses) DOIVENT ETRE DISPONIBLES SUR LE NET !


Non ?

dimanche 25 avril 2010

Théâtre corse sur le Continent : Noël Casale

C'est une occasion extraordinaire : voir en quelques jours les quatre pièces bastiaises de Noël Casale, jeune dramaturge, metteur en scène et acteur corse.

Je n'ai encore jamais vu ses pièces (déjà jouées à Paris et à Ajaccio ; c'est étrange, pas à Bastia, alors que les pièces s'y déroulent ?) ; je n'ai lu que ce qui a été publié de la pièce "Forza Bastia", dans la "Revue littéraire", éditée par Léo Scheer (voir un précédent billet à ce sujet).

Mais cette simple lecture partielle, associée aux propos de Noël Casale que je lis dans la petite brochure du Théâtre des Bernardines que j'ai reçue dans ma boîte aux lettres, me donne une furieuse envie d'aller voir les quatre pièces en question !

L'idéal ? Que nous soyons très nombreux à voir ce travail théâtral (personnellement, je me débrouillerai pour voir les quatre, l'occasion est trop rare de voir du théâtre corse sur le Continent - dernièrement c'était "51 Pesgasi", souvenez-vous) et qu'ensuite nous puissions en discuter (ici ou ailleurs, pour croiser les réactions, les avis, car tout le monde ne sera peut-être pas d'accord).

LES PIECES (Présentation générale par Noël Casale) :

Une intégrale ? Mes quatre pièces - un drame et trois comédies - se déroulent à Bastia de nos jours. Chacune d'elles met en jeu la relation particulière qu'une communauté donnée (des gens de Bastia) peut avoir avec la parole : empêchée et ainsi contrainte de tâtonner et de s'emporter dans "Liberty Valance est mort", complètement débridée et propre à révéler tout ce qui d'ordinaire est tu dans les rapports familiaux, amicaux, amoureux ou sociaux dans "Forza Bastia", ambiguë de bout en bout dans "Reprise d'un triomphe", retenue ou délivrée au compte-gouttes dans "Bastia l'hiver".

LES PIECES : DATES, LIEUX, PRESENTATIONS PARTICULIERES

1. "Liberty Valance est mort" (durée : 40 minutes)
- Bastia l'automne. Un homme dit qu'un jour, il a voulu raconter à sa mère et à sa grand-mère le western de John Ford "L'homme qui tu Liberty Valance"...
- Théâtre de la Minoterie
- Vendredi 7 mai 2010, 10 h 30 (ATTENTION : la séance se poursuit avec "Ce serait trop long" (1 h), de Haïm Menahem)
- Samedi 8 mai 2010, 12 h 30 (ATTENTION : la séance commence à 10 h 30 avec "Premier amour" (1 h) de Samuel Beckett suivie d'un brunch à 11 h 30)

2. "Forza Bastia" (durée : 50 minutes)
- Le 26 avril 1978, jour d'une finale de Coupe d'Europe de football entre Bastia et Eindhoven. Jean-Jojo, Annonciade, Jean-Fleur, Tino Rossi et son fils Laurent, Jicky, Rita, Un (étrange) facteur, Charles Orlanducci, Jules César, Jacques tati... et beaucoup d'autres personnages sont pris dans les turbulences de cette journée complètement folle.
- Théâtre des Bernardines
- Vendredi 7 mai, 21 h 30 (ATTENTION : la séance commence à 20 h 30 avec "Crépuscule des clochards" (50 minutes) de Raymond Federman et Georges Chambers)
- Samedi 8 mai, 20 h 30 (ATTENTION : la séance se poursuit à 21 h 30 avec "Crépuscule des clochards" (50 minutes) de Raymond Federman et Georges Chambers)

3. "Reprise d'un triomphe" (durée : 1 h 15)
- Bastia, l'été prochain. Enfoui dans l'entrée d'une pension modeste de la vieille ville, un homme - Marc-Aurèle - semble se souvenir d'un vieux western américain. Un autre homme entre. C'est Dean Martin. Que font Marc-Aurèle et Dean Martin en pleine nuit à Bastia ?
- Théâtre de la Minoterie
- Lundi 10 mai, 21 h
- Mardi 11 mai, 21 h 30 (ATTENTION : la séance commence à 21 h avec "Ici aussi" (10 minutes) de Carol Vanni et Alain Fourneau)

4. "Bastia l'hiver" (durée : 1 h)
- Bastia, 21 janvier 1987. Depuis plusieurs mois, un jeune homme a disparu. Seule sa jeune soeur, Clémence, va tenter de le retrouver.
- Théâtre des Bernardines
- Mardi 18 mai 2010, 21 h
- Mercredi 19 mai 2010, 21 h
- Jeudi 20 mai 2010, 21 h 30 (ATTENTION : la séance commence avec "Ici aussi" (10 minutes) de Carol Vanni et Alain Fourneau)
- Vendredi 21 mai 2010, 21 h
- Samedi 22 mai, 14 h 30

Il faut signaler que ces pièces seront jouées dans le cadre d'une "carte blanche" initiée par le metteur en scène Xavier Marchand, et ainsi présentée :

"Parce que l'on peut avoir l'envie d'aller au théâtre à des heures inattendues, la Carte Blanche initiée par Xavier Marchand, propose une formule de rendez-vous à prendre plusieurs fois par jour : les séances du matin, de l'après-midi, du soir. Chaque séance est à géométrie variable, composée d'une ou de plusieurs pièces. Le plus souvent accompagnée d'une pause brunch ou repas selon le moment du jour."

Ainsi sont aussi proposées des pièces de Samuel Beckett, Pascal Omhovère, Haïm Menahem, Carol Vanni et Alain Fourneau, Suzanne Joubert, Raymond Federman et Georges Chambers.

Pour tous les détails (tarifs et réservations) : voir le site des Bernardines.

Ah, les adresses :

- Théâtre des Bernardines : 04 91 24 30 40 / 17 bd Garibaldi 13001 Marseille
- Théâtre de la Minoterie : 04 91 90 07 94 / 9-11 rue d'Hozier 13002 Marseille