Affichage des articles dont le libellé est Pasquale Paoli. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pasquale Paoli. Afficher tous les articles

mercredi 2 janvier 2013

"Paoli city", une lecture. E po duie tese nant'à a literatura corsa !

Devant moi : toute la largeur de la 5ème tranquillement étirée jusqu'à l'horizon. Derrière moi : pareil. J'ai l'impression, un instant, que la Grande Pomme s'est ouverte en deux par le milieu rien que pour moi. Il n'y a pas grand monde sur les trottoirs, à part les incontournables uniformes bleus foncés du N.Y.P.D., en nombre, qui installent nonchalamment les barrières de protection. Peu à peu, les trottoirs se garnissent, des familles pour la plupart, des touristes.

Je comprends qu'il me faut rejoindre le trottoir moi aussi, bien que personne ne me l'ait signifié, de quelque façon. Je dois être sensible à cette mise en scène invisible et pourtant bien précise qui règle tout autour depuis le matin. Dommage ! J'étais bien là où j'étais...

Mais il est bien temps. Les regards se tendent vers le bas de la 5ème. La parade a commencé.

Des centaines de Hell's Angels remontent lentement l'avenue sur leurs motos. Cuirs, tatouages, catogans, badges et drapeaux américains déployés à l'arrière de leurs machines. Le bruit est maintenant assourdissant. Des applaudissement éclatent çà et là sur le trottoir, hommage ému à ces combattants du Vietnam. Ils semblent invincibles et fils, malgré leur soixantaine bien déclarée. Pourtant leur histoire reste éternellement celle d'une défaite. Mais ici la fierté se reconstruit toujours, même après l'échec.

Un autre temps suspendu. Une autre attente.

Une respiration. Puis trois ou quatre silhouettes tremblantes, approximatives, hésitantes s'avancent au milieu de l'avenue soudain trop large. Tassés, cassés sur des fauteuils roulants électriques : une poignée de centenaires survivants. La Première Guerre mondiale est, cette fois encore, représentée. La dernière fois, peut-être... Les applaudissements sont maintenant nourris. Une main décharnée se lève un peu, pour saluer.

Encore un temps. Ce sont maintenant les anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale qui défilent. À leur tête, un marine en uniforme, s'aidant d'une canne. Il ressemble étrangement à John Wayne. Les applaudissements lui font tourner la tête de mon côté. Son regard tout à coup heureux, empli de fierté et de reconnaissance, croise le mien. Je n'ai pas applaudi. Je sui bien trop compliquée pour cela. Lui, le croit et il me remercie un peu comme un enfant. Merde, c'est lui qui a fait cette guerre abominable, pas moi. Je ne vais quand même pas me mettre à chialer. Je lui fais un geste timide de la main. Il me sourit et repart. Une femme flic noire, qui a vu la scène, me sourit à son tour. Pour un peu, touce sentimentalisme finirait par me gagner !

À distance, derrière eux, des chars semblables à ceux utilisés dans les carnavals. Sur l'un d'eux un vieux crooner et son orchestre entonnent des standards des années quarante, que les spectateurs d'un certain âge reprennent en choeur. D'autres anciens combattants, d'autres corps d'armée, d'autres uniformes.

Une autre respiration.

Puis de jeunes pom-pom girls offrent leur grâce et leur jeunesse sur des musiques rythmées et festives, dont une version très "swing" de l'hymne national. La parade affirme maintenant sa vitesse de croisière. Page après page, c'est presque toute l'histoire guerrière du XXème siècle et du début du XXIème qui se raconte à haute voix.

C'est le tour maintenant des vétérans de la guerre de Corée puis ceux du Vietnam. Certains quittent les rangs pour venir serrer des mains sur le trottoir, distribuer des stylos, des badges, et des coquelicots en plastique. Sans transition presque cette cette fois, un jeune homme en tutu rose fait des pointes sur un titre de Klaus Nomi, je crois. Derrière lui, des camarades brandissent une banderole en l'honneur des gays dans l'armée américaine. Klaus Nomi fait place au silence. Puis de longs, de très longs applaudissements remontent la 5ème jusqu'à nous. Ils précèdent et accompagnent le passage de toute une armada de fourgons et fourgonnettes vitrés, mis à la disposition des blessés de la première guerre d'Irak. un arrêt, pour permettre sans doute, à ceux qui le souhaitent, de pouvoir prendre des photos. Les passagers de la fourgonnette immobilisée à ma hauteur ont perdu la vue au cours de l'opération "Tempête du désert". À l'arrêt des véhicules, les applaudissements redoublent. Alors les passagers tournent vers le trottoir leurs visages sans regards et lèvent ensemble la main droite pour saluer. Ce sont ensuite d'autres écoles venues des coins les plus reculés du pays, d'autres jeunes danseuses court vêtues, souriantes, des pom-pom girls encore, des majorettes, des airs de comédie musicale, d'autres vétérans, d'autres souffrances anciennes, encore toutes fraîches ou à venir. Après les mutilés de la première guerre en Irak, un petit groupe portant des pancartes contre la guerre en Irak justement, contre toutes les guerres. Applaudi lui aussi.

Suivant de près, des associations venues de Harlem. Tous Africains-Américains, portant l'uniforme des rappeurs et une banderole : "Notre lutte est quotidienne. Nous nous battons pour la justice sociale." D'autres applaudissements. Chacun choisit sa causes, ses héros...

Deux heures plus tard, la parade touche à sa fin. On sent bien que l'on s'avance vers une sorte de bouquet final... Ce sont d'abord les combattants actuels en Irak. Je ne comprends pas bien s'ils sont seulement en permission ou bien s'ils viennent de rentrer, en tout cas quelque chose d'indéfinissable saisit ceux des trottoirs. Il y a de la peur sans doute, de l'admiration c'est sûr, de la pitié, de la solennité, comme une envie de s'excuser aussi... Tout le monde applaudit, cette fois. Ceux qui approuvent cette guerre... ses prolongements plutôt, comme ceux qui la désapprouvent entièrement. On salue ici le courage, le risque. C'est sûrement pour cela que suivent, rapprochés, les pompiers de New York, toutes sirènes dehors. Ce sont les héros du 11 septembre qui sont ovationnés ici. Ils brandissent d'ailleurs bien haut le nom de tous ceux de leurs camarades qui y ont laissé la vie. Les yeux de beaucoup de ceux qui sont autour de moi se remplissent de larmes... Heureusement, toujours ce sens du mouvement, du rythme, de la respiration, du spectacle !

C'est au tour des Miss America, de 1950 à 2007, de remonter la 5ème Avenue, en ordre chronologique, juchées par groupe de trois sur l'arrière de somptueuses américaines : Chrysler, Chevrolet, Pontiac, Buick, et autres Studebaker ou Daimler de la grande époque, aux couleurs acidulées. Le drapeau américain est devenu le maillot de bain. Les Miss arborent fièrement l'année de leur couronnement. Malgré leur sourire généreux, les premières témoignent courageusement de la cruauté des blessures infligées par le temps. Elles sont sans doute là pour nous rappeler que la vie elle-même est un combat, dont l'issue est certaine. À peine quelques Cadillac plus loin et le corps des "Miss" nous raconte toute autre chose...
Que le "show must go on" par exemple ! C'est certainement ce que signifie le final de cette parade. Des milliers de conscrits en tenue camouflée, par groupe de cent, en petite foulée... Ils iront en Irak, c'est sûr, en Afghanistan, qui sait, un jour en Iran peut-être : là où notre folie les conduira. Ils ne connaissant pas encore la souffrance.
Ils n'ont pas dû voir le début de la parade. Si, pourtant... Mais, ils sont jeunes et ils courent. Des Blancs, des Noirs, des Latinos, des Asiatiques, des Indiens. Des hommes et des femmes en nombre égal. Tous dans cette même cours. Dans ces mêmes uniformes. Je n'applaudis pas. Je les regarde... avec honte, je crois. Oui, c'est ça. Pas émue : honteuse, juste à cet instant-là. Et curieuse. Je les trouve petits de taille, tous : pas l'image que nous avions, dans ma jeunesse, des marines et des GI's. Peu de wasps, me semble-t-il. Peu de Blancs. L'Amérique a changé. Le monde a changé. D'autres corps pour d'autres guerres.

C'est fini.

Les derniers coureurs se perdent dans l'Upper Manhattan. Les services de voirie remontent à leur tour l'avenue. Arrosage, balayage, ramassage. Les barrières sont retirées. Je reprends un temps le milieu de la 5ème. Ce n'est pas tous les jours... Je lève les yeux et revois les images de l'Amérique triomphante qui descend la 5ème sous un déluge de confettis et de guirlandes. Je revois les images en boucle de J.F. Kennedy dans sa voiture décapotable. Quelques flics en moto descendent l'avenue doucement. Dernières vérifications avant réouverture à la circulation, sans doute. Je rejoins le trottoir, surprise que personne ne me l'ait demandé... Encore d'autres motards, des voitures de police, quelques premiers taxis jaunes pour bien souligner que nous sommes toujours à New York. Un premier bus. Encore une hésitation... et soudainement, en flot serré, la vie new-yorkaise reprend son cours ordinaire.

Quelques heures plus tard je prenais l'avion pour la France à JFK... avec ces images... prises pour moi, pour vous surtout !

Cela a été érit par Catherine Sorba et Francis Aïqui, publié sous le titre "Paoli city", cinquième volume de la collection "Centu milla" aux éditions Albiana (2011).  A l'origine (3 juin 2008) c'est du théâtre. Et du cinéma. (Voyez sur le site de l'éditeur, les liens.)

C'est l'histoire d'une Américaine (Lisa) qui vient voir deux amis (Antoine et Joseph) de son compagnon défunt (Noël), en Corse. Elle porte avec elle de petits films vidéos et les cendres de son compagnon. Les trois discutent. Evoquent l'amitié des trois hommes fondées dans le mouvement nationaliste des années 70/80, les désillusions, l'amertume Le tout donne la sensation désagréable que "tout est foutu". Mais il y a cette Américaine, qui voudrait comprendre pourquoi Noël parlait si souvent de la Corse, qu'est-ce qui avait bien pu nourrir cet enthousiasme et susciter ce départ. Et il y a donc ces évocations des Etats-Unis, en parole et en image (une soixantaine de photogrammes sont éparpillés sur les 73 pages du livre, mais dans un format noir et blanc si petit qu'ils ne donnent presque rien à voir).

Et parmi ces évocations, il y a cette description de la parade du Veteran's Day, le 11 novembre, sur la 5ème avenue à New-York. Et ce que j'ai aimé à la première lecture en lisant ce passage, c'est exactement le contraire de ce qui m'a déplu dans les paroles des deux autres personnages, les amis de Noël restés dans l'île : un regard qui malgré la mort, la déception, la honte, la confusion, l'incertitude, ose encore mettre en forme ce qu'offre le monde. Voilà ce que j'ai pensée : les personnages corses de "Paoli city" sont "morts" au monde (agriculteur ou professeur), ils n'y croient plus - cela ne les empêche pourtant pas d'agir, d'une certaine façon (ils fabriquent des produits agricoles ou des cours, ils envoient dans la société des idées, à une petit échelle certes). Mais ils sont "morts". Et l'Américaine, qui est veuve, qui a le désir de se défaire de son mari défunt en allant discuter avec ses anciens amis dans l'île, et en répandant ses cendres quelque part où ils penseront que ce sera le mieux, l'Américaine, qui n'arrête pas de dire qu'elle ne sait pas raconter, qu'elle ne sait pas relier entre elles les images qu'elle filme, qu'elle n'a pas fait de film, cette Américaine ouvre des horizons, s'étonne, et finit par juger Joseph et Antoine comme "complaisants".

C'est pourquoi je voulais citer intégralement (ou presque) la description de la parade du Veteran's Day, avec ses éléments si contradictoires. J'y ai ressenti comme une certaine faculté d'accueillir ce qui est, sans jugement préconçu (par exemple sans intention a priori satirique, ou sans humeur forcément hautaine, blasée).

A la fin du livre, les personnages se lèvent pour trouver l'endroit où répandre les cendres de Noël et ce sont les deux amis qui ont les derniers mots (les seuls un peu "positifs", qui ouvrent une perspective) :

Antoine. - C'est vous qui avez inventé ça, non, le road-movie ? On part à la recherche d'on ne sait pas quoi et à la fin on trouve autre chose. Et entre-temps, alors là, on a beaucoup changé.
Joseph. - Il va y avoir du boulot.

Voilà une nouvelle définition programmatique de la "littérature corse" : un road-movie avec beaucoup de boulot ("a hard job" dit la version anglaise de l'ouvrage, qui est donc bilingue)...

Mais vous avez peut-être une autre lecture de cet ouvrage ? Ou vu la pièce en 2008 ? Pourquoi n'en parlerions-nous pas ? Ici ou là ?

--------------

En ce début d'année civile (2013), je signale l'existence de deux thèses de doctorat sur des sujets qui intéressent au plus haut point ce blog et qui ont été soutenues il y a quelques semaines :

* Marie-Jeanne Colombani, angliciste, a soutenu une thèse sous le titre : "James Boswell, historien et publiciste de la Corse. Edition critique de la taduction de "British Essays in Favor of the Brave Corsicans : by Several Hands. Collected and Published by James Boswell, Esq. (1769)".

* Jean-Guy Talamoni, avocat, homme politique, a soutenu une thèse sous le titre : "Littérature et construction politique : l'exemple du Primu Riacquistu corse (1896-1945)".

J'ai la chance de pouvoir lire la deuxième, ce que j'ai fait en grande partie et je pense sincèrement que la publication de la thèse de JG Talamoni va être un des événements littéraires les plus importants et intéressants de cette année ! Il donnera matière à découverte, mais aussi à discussion. Je ferai une petite liste (à compléter bien sûr !!) des ouvrages qui se consacrent à la question littéraire corse, et je suis sûr que le livre de Talamoni va remuer nos conceptions, nos imaginaires et réactiver notre désir de lire et relire les ouvrages de tous les auteurs cités.

Vivement la publication de ces deux thèses (à quand celle si attendue de Paulu Desanti sur trois poètes corses de l'entre-deux guerres ??).

Bon allons-y, bon annu à quellu chì leghje...

mercredi 1 juin 2011

Lettera/Guerra/Festa...


Oghje si parla à spessu di guerra, o si scrive... Pensu à issu testu magnificu, "Guerra civili" di Marcu Biancarelli (in "Vae Victis", edizione Materia Scritta), o à issa misteriosa lettera chì (ci) dice u so desideriu di "guerra"... (videte quì u bigliettu scrittu nant'à u blog di A Piazzetta).

Ma si po ancu parlà è scrive di festa, a festa di a vita (è micca sola quella di e serate di statina).


Oghje ci manda MP SImonetti a versione francese di una famosa lettera, quella ch'à scritta (in talianu, sicuru) Pasquale Paoli à u so babbu. Era in 1754, mi pare. A ringraziu quì.


Bona lettura... mandate puru i vostri cumenti, e vostre rimarche...


Voici la lettre de Pasquale Paoli à son père, dont nous avions déjà discuté... Une petite idée (une idée d'enseignante, certainement...) : pourquoi ne pas s'amuser à écrire non pas la réponse de Giacinto Paoli mais la lettre qui la précède ? Voilà un petit exercice de style qui pourrait amuser nos blogueurs... Par ailleurs, j'en ai deux autres qui sont tout aussi passionnantes...

MP Simonetti.

D'après la lettre que je reçois de vous par ce courrier, je m'aperçois que vous êtes tout empli de terreurs paniques. Comme nous sommes dans des dispositions contraires ! Je regarde mon passage (en Corse) comme l'invitation à une fête, et vous le regardez comme un pas vers la mort et vers le malheur. Je vous ai écrit, dans mes lettres précédentes, que je prendrais des précautions telles qu'il en découlera avec certitude que vos rêves sont clairement enfantés par l'imagination alarmée d'un père, qui loin du danger, le considère imminent et proche, quand il ne devrait pas avoir même sujet de le craindre. Quelle différence faites-vous, que je sois ici (ile d'Elbe) ou à la maison? La distance est la même et, avec la même facilité, on peut aller et venir.
A la maison, je puis faire le bien aux autres et à moi même ; ici, je ne fais autre chose que le paresseux. Me parleriez-vous de songes et de craintes si je devais marcher avec mon régiment à l'ennemi ? Non certainement ; et pourtant, il y aurait un danger plus évident, moins de dignité, moins de gloire et moins de profit.

Elevez votre âme et reprenez l'ancienne fierté qui vous a fait plus d'honneur que la vie de langueur que vous menez aujourd'hui. Quel plaisir ressentiriez-vous dans les derniers jours de votre vie, en me voyant au chevet de votre lit, si vous ne pouviez imaginer quoi que ce soit qui vous fît honneur ? N'éprouveriez-vous pas un remords, en considérant la gloire que s'est acquise mon frère, et en pensant que j'aurais pu en acquérir une identique moi même, si je n'étais pas resté comme un poltron sur votre conseil ? Oh ! Ecartez ces mouvements que la nature fait naître en vous, et écoutez plutôt la voix de la raison.

Si on m'accordait un régiment en Espagne, vous me conseillerez immédiatement de partir sur-le-champ ; et pourtant à la tête d'un régiment, que pourrais-je faire qui pût me faire survivre à la tombe ?

Pour des avancements qui m'offriraient l'occasion de vivre dans les plaisirs et le luxe, vous consentiriez que je m'éloigne de vous, et pour secourir notre patrie, pour gagner de l'honneur, et me placer dans une situation où l'on peut se signaler par la vertu, le courage, la constance et la tempérance, vous me défendriez, au nom de l'autorité paternelle de partir. Je ne vous connais plus. L'air de Naples est trop pestilentiel, son poison est trop subtil, puisqu'il parvient à efféminer les caractères les mieux trempés. Dites-moi avec de pareilles dispositions, auriez-vous jamais pu prendre ces résolutions hardies que vous avez prises tant de fois en Corse ? Avec de pareilles craintes, auriez-vous fait obstacle, même du fond des prisons, aux cabales qui se créaient contre la patrie ; auriez-vous désarmé le parti ennemi à la Mazza, à Sant'Antonio, à Venzolasca, à Corte, en Balagne ? Non, certainement pas. Et comment pouvez-vous m'insinuer à moi ces craintes, en les accompagnant du conseil et de l'ordre d'un père ? Ressouvenez-vous de vous même et songez que le jour où vous avez quitté la Corse a été le dernier jour de votre gloire. La Providence l'a peut-être permis pour laisser la place à celle de Clemente qui, à force de rares vertus a vaincu tant d'obstacle.
Giacinto Paoli, avant de devenir Colonel, était maître des colonels ; et depuis qu'il est devenu colonel, il n'a pu faire de son fils un lieutenant. Allons, changez de pensée et souvenez-vous que je ne suis plus un enfant, que je suis en âge de penser à ce que je fais et que je ne vais pas en Corse pour chasser, pour me divertir. En partant je fais une croix sur tous les divertissements, mais j'espère aller dans un lieu où je pourrais donner la mesure de mes talents , et faire connaître si je suis capable de vertu.
Après avoir lu vos lettres édifiantes, lisez et faites-vous lire les histoires romaines; et contemplez à nouveau ces modèles auxquels vous cherchiez autrefois à vous conformez. Après cette lecture, vous me donnerez, j'en suis sûr, des conseils plus hardis. Et si vous ne voulez pas vous donner du courage en lisant l'histoire romaine, lisez celle des Macchabées, et n'oubliez pas le passage que vous aviez mis à la fin de votre manifeste :
Melius est mori, quam videre mala gentis nostrae.
Don Cesare a pacifié les grandes inimitiés qui divisaient le Delà des Monts. Si j'étais parti avec lui, l'honneur de cette opération m'aurait appartenu, sinon en entier, du moins en partie. Pardonnez-moi si, avec ma peine, je vous écris avec un peu trop d'humeur. Je vous joins une lettre de Clemente, qui m'est arrivée hier par Livourne. Ce matin, je lui envoie Savelli, et je lui joins votre lettre.

Monsieur, cessez de douter parce que si j'étais présent, je vous ferais connaître que je n'agis pas comme un enfant. Cela suffit. Si je me rends en Corse, vous auriez un si grand plaisir que cela vous fera vivre dix ans de plus.

Ne vous démunissez pas de votre argent parce que, dès que Savelli sera de retour, j'espère avoir une quarantaine de sequins, et ils me suffisent pour ce que j'ai à faire. Cessez de vous affliger, parce que je pense à tout.

Bénissez-moi.


Cette lettre se trouve notamment dans la monumentale édition en cours de la correspondance de Pasquale Paoli, par Antoine-Marie Graziani et Carlo Bitossi : voir ici.

(l'image)

vendredi 13 mai 2011

Résurgences : I RAGGUAGLI... (bis)


Que s'est-il passé ?

Blogger débloque un peu ?... Un billet a disparu ; tant pis (une cyber attaque ?...) ; je le remplace par celui-ci, qui ne cherchera pas à l'imiter en tous points.


Je voulais simplement signaler qu'un lecteur a gentiment envoyé quelques menus propos sur une de ses lectures en cours : il s'agit des RAGGUAGLI DELL'ISOLA DI CORSICA (la gazette officiel du jeune état corse indépendant sous le généralat de Pascal Paoli, au XVIIIème siècle).


Alors je replace ce commentaire dans son contexte en reprenant les mots que j'écrivais (dans un billet de juin 2010, "En vrac, tel un fantôme...") à propos de cet ouvrage, publié chez Alain Piazzola, par Antoine-Marie Graziani. Et je vous laisse à votre lecture et à vos éventuels échos... :


1. À Avignon, Monsieur Piazzola était là et proposait des livres corses à la vente : ce samedi 5 juin, j'ai acquis...

- "Ragguagli dell'Isola di Corsica (1760-1768)" (chez Piazzola ; édition critique de la Gazette de la Corse indépendante de Paoli, avec traduction en français, puisque c'est écrit en italien ; l'édition est établie par Antoine-Marie Graziani et Carlo Bitossi, ceux qui sont en train de publier la correspondance du Grand Homme Corse)... Mais quand est-ce que je vais avoir le temps de lire ces 700 pages ? (Et d'ailleurs, qui lira jamais ces 700 pages in extenso ? Qu'il se manifeste et qu'il raconte son périple !) Folie, folie, folie ! Il le faudrait pourtant, car j'ai envie de savoir si, au milieu des propos politiques, militaires, sociaux, l'abbé Rostini a pu glisser quelques "fables, formes, figures" propres à réveiller notre imaginaire contemporain !
Mais au coeur de la folie, tout de même, une notation qui me soulève d'aise - mi cantanu l'anghjuli, toujours adoré cette expression, rencontrée chez Coti (qui est aussi un écrivain de la Joie Profonde, non ?) -, oui, une notation qui me transporte chez les anges :

"Sur 64 numéros parvenus jusqu'à nous, vingt-sept ne sont connus que par un seul exemplaire et vingt-trois par deux exemplaires, le numéro le plus connu a été répertorié six fois. Plusieurs facteurs ont concouru à la disparition des "Ragguagli". Les tirages furent relativement limités. En se basant sur la livraison du papier réclamé pour la publication de janvier 1764, François Flori a évalué le tirage à 250 exemplaires ; notre calcul atteindrait un tirage limité de 316 exemplaires.
Plus ou moins rapidement, selon les conditions de conservation, l'encre acide a altéré et pénétré le papier de médiocre qualité. Nous avons travaillé sur des pages très complexes à décrypter où le texte d'un recto ressortait au verso, l'encre ayant traversé l'épaisseur du papier."

SUBLIME ! Lire le recto et le verso en même temps ! Et le décryptage des historiens qui est peut-être totalement erronné ! Et pourquoi pas ? Ce livre est donc la "lecture" des Ragguagli - ancien discours de propagande, donc déjà sujet à caution, devenu illisible et rarissime - par Graziani et Bitossi au XXIème siècle. SUBLIME ! Mais cette littérature est vraiment faite pour moi ! Comment pourrais-je m'arrêter de nourrir ce blog ?

ET VOICI LE COMMENTAIRE DU LECTEUR ANONYME :

Pour vous parler des Ragguagli... Je suis entrain de lire in extenso... je n'en reviens pas d'ailleurs de la facilité avec laquelle je les lis. Il en est de même de la correspondance de Paoli... Folie que tout cela ! Folie... certes... mais douce ! Le but étant de démêler propagande et réalité (réalité... quelle réalité 250 ans plus tard pouvons nous dégager ?), de déterminer ce qui est de la main de L'Abbé Rostini et de la main de Paoli... de lire au détour d'une dépêche la mort accidentelle d'un ami du Général et la peine ressentie par celui-ci (par exemple la mort de Titto Buttafoco...) Enfin, ces lectures sont passionnantes. Nous passons d'un sujet à l’autre, nous effleurons l'histoire et il est donné à chacun de nous de toucher du doigt la matière brute (du moins la plus "brute" possible... compte tenu des interprétations dues aux manques et à la traduction)

(l'image)

jeudi 12 mai 2011

Résurgences : I RAGGUAGLI...


Merci donc beaucoup à Anonyme 15:10 d'avoir posté un commentaire aujourd'hui (12 mai 2011) à un billet du 16 juin 2010, intitulé "En vrac, tel un fantôme...". Car ainsi les échos de lecture se poursuivent, se croisent, forment doucement une sorte de dialogue. De quoi s'agit-il ? D'un ouvrage historique dans tous les sens du terme (les trois) : I RAGGUAGLI DELL'ISOLA DI CORSICA (voir ici pour commander l'ouvrage sur le site de Decitre). Je replace ici mon premier écho (de juin 2010) :

1. À Avignon, Monsieur Piazzola était là et proposait des livres corses à la vente : ce samedi 5 juin, j'ai acquis...

- "Ragguagli dell'Isola di Corsica (1760-1768)" (chez Piazzola ; édition critique de la Gazette de la Corse indépendante de Paoli, avec traduction en français, puisque c'est écrit en italien ; l'édition est établie par Antoine-Marie Graziani et Carlo Bitossi, ceux qui sont en train de publier la correspondance du Grand Homme Corse)... Mais quand est-ce que je vais avoir le temps de lire ces 700 pages ? (Et d'ailleurs, qui lira jamais ces 700 pages in extenso ? Qu'il se manifeste et qu'il raconte son périple !) Folie, folie, folie ! Il le faudrait pourtant, car j'ai envie de savoir si, au milieu des propos politiques, militaires, sociaux, l'abbé Rostini a pu glisser quelques "fables, formes, figures" propres à réveiller notre imaginaire contemporain !
Mais au coeur de la folie, tout de même, une notation qui me soulève d'aise - mi cantanu l'anghjuli, toujours adoré cette expression, rencontrée chez Coti (qui est aussi un écrivain de la Joie Profonde, non ?) -, oui, une notation qui me transporte chez les anges :

"Sur 64 numéros parvenus jusqu'à nous, vingt-sept ne sont connus que par un seul et vingt-trois par deux exemplaires, le numéro le plus connu a été répertorié six fois. Plusieurs facteurs ont concouru à la disparition des "Ragguagli". Les tirages furent relativement limités. En se basant sur la livraison du papier réclamé pour la publication de janvier 1764, François Flori a évalué le tirage à 250 exemplaires ; notre calcul atteindrait un tirage limité de 316 exemplaires.
Plus ou moins rapidement, selon les conditions de conservation, l'encre acide a altéré et pénétré le papier de médiocre qualité. Nous avons travaillé sur des pages très complexes à décrypter où le texte d'un recto ressortait au verso, l'encre ayant traversé l'épaisseur du papier."

SUBLIME ! Lire le recto et le verso en même temps ! Et le décryptage des historiens qui est peut-être totalement erroné ! Et pourquoi pas ? Ce livre est donc la "lecture" des Ragguagli - ancien discours de propagande, donc déjà sujet à caution, devenu illisible et rarissime - par Graziani et Bitossi au XXIème siècle. SUBLIME ! Mais cette littérature est vraiment faite pour moi ! Comment pourrais-je m'arrêter de nourrir ce blog ?

Et maintenant le commentaire d'Anonyme 15:10 :

Pour vous parler des Ragguagli... Je suis entrain de lire in extenso...je n'en reviens pas d'ailleurs de la facilité avec lesquelles je les lis. Il en est de même de la correspondance de Paoli... Folie que tout cela! Folie...certes..mais douce! Le but étant de démêler propagande et réalité (réalité...quelle réalité 250 ans plus tard pouvons nous dégager?) de déterminer ce qui est de la main de L'Abbé Rostini et de la main de Paoli...de lire au détour d'une dépêche la mort accidentelle d'un ami du Général et la peine ressentie par celui ci (par exemple la mort de Titto Buttafoco..) Enfin, ces lectures sont passionnantes. Nous passons d'un sujet à l’autre, nous effleurons l'histoire et il est donné à chacunde nous de toucher du doigt la matière brute (du moins la plus "brute" possible...compte tenu des interprétations dues aux manques et à la traduction).

(l'image)