Ce blog est destiné à accueillir des points de vue (les vôtres, les miens) concernant les oeuvres corses et particulièrement la littérature corse (écrite en latin, italien, corse, français, etc.). Vous pouvez signifier des admirations aussi bien que des détestations (toujours courtoisement). Ecrivez-moi : f.renucci@free.fr Pour plus de précisions : voir l'article "Take 1" du 24 janvier 2009 !
lundi 8 août 2011
Littérature corse à Ouessant : malgré tout, elle est présente !
Il s'agit pourtant d'un magnifique festival littéraire qui concerne au premier chef la production littéraire corse. C'est donc une occasion presque unique (vous en voyez d'autres ?) de donner à voir la "littérature corse" comme un ensemble, avec des livres de qualité, et d'être sûr de trouver des lecteurs attentifs dans la personne des membres du jury. Non ? D'autant plus que cette littérature y a été largement honorée par le passé, avec de nombreux prix (10 prix depuis que le Salon a ouvert ses portes en 1999 ; souvenons des deux Prix en catégorie Fiction remportés par Marcu Biancarelli, par exemple...)
Alors ? Espérons que l'année prochaine verra le retour des éditeurs corses, leurs livres pour les prix mais aussi peut-être sur les stands du salon, et peut-être encore dans des conférences ou des ateliers ?
Ah, attention, s'il n'y a pas de livres d'éditeurs corses cette année, cela ne veut pas dire que les livres corses sont totalement absents...
Citons donc les ouvrages corses en compétition et souhaitons-leur bonne chance (mais on sait bien que l'important est de participer et de rencontrer des lecteurs) :
Catégorie Fiction :
- Journal d'outre-mort, Jeanne Bresciani, éd. Petra
- Pépé l'anguille, Sebastianu Dalzeto (trad. François-Michel Durazzo), éd. Federop
Catégorie Poésie :
- Genitori, Stefanu Cesari, éd. Les Presses Littéraires
Catégorie Beaux-Livres :
- Corse, éloge de la ruralité, Maddalena Rodriguez-Antoniotti, éd. Images en manoeuvres
Catégorie Sciences : rien
Catégorie Essai : rien
Catégorie Jeunesse : rien
Catégorie Roman policier : rien
samedi 2 octobre 2010
Madame Kessler ci parla di "Pesciu Anguilla"

Incroyable...
... ce matin, je reçois "Vae Victis", de Marc Biancarelli...
... cet après-midi, je récupère un courrier de Madame Kessler concernant sa lecture de "Pesciu Anguilla", le fameux roman de Sebastianu Dalzeto (premier roman en langue corse, 1930 ; récemment traduit en français par François-Michel Durazzo, éditions Fédérop).
Et donc ? Eh bien, tenez-vous bien, Madame Kessler conclut sa lettre par une citation du roman de Dalzeto qui est (presque) exactement la citation qui ouvre le livre de Marc Biancarelli !
J'assiste (et vous avec moi) ainsi à - ni plus, ni moins - la naissance véritable de la littérature corse... : trois regards dévorent le même morceau romanesque, sans se donner le mot (si je puis dire) ! Parmi les papiers déchirés de l'emballage du colis et de l'enveloppe qui contenait la lettre, posés sur ce coin de secrétaire biseauté par le soleil d'octobre (plein ouest), la littérature corse...
Bon, trêve de lyrisme à deux sous (mon préféré), passons aux propos de Madame Kessler (que nous remercions bien sûr infiniment !) que je reproduis ici in extenso, en respectant son orthographe (à la suite je propose une version "corrigée" et certainement imparfaite, ce sera peut-être un document intéressant pour une étude socio-linguistique), dont elle dit ceci dans une lettre personnelle : "J'ai écrit ce résumé en Corse, le Corse que je connais et que j'ai toujours parlé mais que j'ai rarement écrit. Si vous le mettez sur le Blog sur Internet, vous allez, peut-être, recevoir des remarques, quant aux tournures et à l'ortographe !!! Tant pis !! J'ai écrit simplement l'histoire de ce gamin misérieux et qui, par la grâce de ce Dieu auquel il croit tant soit peu, atteint le bonheur et la joie de trouver sa voie pleine de lumière. Histoire qui me comble moi aussi d'allégresse car j'aime voir les gens heureux et j'aime les histoires qui finissent bien. je suis comme les enfants, peut-être à cause de ma grand-mère qui me disait toujours : "A me figliolina, forse ci sarà un santu chi pregara per noi altri, un ti ni fà.") :
Christiane Kessler née Nicoli
Résumé du livre de Sebastianu Dalzeto, "Pesciu Anguilla"
A storia di stu zitellu disgraziatu, in Bastia, nel 1881, chi parla di a miseria nera di tutta sta povera ghjente, m'a datu tamantu turmentu, chi, eiu, aghju vistu sta miseria in certi carrughji d'Ajacciu quandu eru chjuga. Ma a storia si finisce bè e megliu come lu mi piace a mè.
- Pepe, zitellu di dodeci anni, passa a so vita in carrughju, a fassi qualchi soldi, lustrendu i scarpi di l'omi, à i caffè. U so briaconnu di babbu li piglia i so soldi e u si pista ogni sera. Pepe, per un esse tribbiatu da u babbu, si ni dormi fora senza cena. A so mama, brava donna curagiosa, lava i pani di i "sgio", da a matina à a sera, in u fiumicellu. Ella s'hè fata amica incu u "Consigliere à a Corte d'Appellu", Morfini chi decide d'occupassi di Pepe : a moglie di Morfini, a Signora Maria, brava e bona, cumincia à fa a scola à Pepe. A Pepe, li piacci d'impara e d'anda in chjesa a sente a musica. Tantu che si vole fa prete come prete Canone, amicu di Morfini. Pocu a pocu, Pepe duvente un mudelu di sculari e un mudelu di pietà. E c'hè un primu miraculu : Una notte, chi Pepe era andatu in mari à pisca, una timpesta d'infernu si scatena, e solu, Pepe hè salvatu !! tuttu ognonu da i soldi à Pepe ; ma u babbu, briaconu, i si piglia tutti e i si bia tutti !! Ma sara castigatu e imbanbulisce in tuttu !! Morfini fa entra Pepe à u siminariu in Ajacciu : Pepe diventa prete...
Ma, sicondu miraculu, Pepe chi veghia l'amicu di u so babbu, u Turco, chi si ni more bastemiendu, di briachina, sente una voce chi li parla : "Un sia mica prete di salone, ma ritorna à u populu ; parla, succori, fa del bene senza aspetta nunda di a sucietà !!" "Alora, a u pede di u lettu, prete Pepe si lampò in ghinocchje e, per a prima volta di a so vita, a Fede li penetrava u core di un raggio ineffabile !"
Les mêmes propos (d'une corsophone née avant la Deuxième Guerre mondiale, dont le corse est la première langue et qui a appris à l'écrire par elle-même), comme je les aurais écrits (qui suis un médiocre corsophone qui a appris à lire et écrire le corse au collège et au lycée à Ajaccio dans les années 1980) :
Christiane Kessler née Nicoli
Résumé du livre de Sebastianu Dalzeto, "Pesciu Anguilla"
A storia di stu zitellu disgraziatu, in Bastia, nel 1881, chì parla di a miseria nera di tutta sta povera ghjente, m'hà datu tamantu turmentu, chì, eiu, aghju vistu sta miseria in certi carrughji d'Aiacciu quandu eru chjuca. Ma a storia si finisce bè e megliu cum'ellu mi piace à mè.
- Pépé, zitellu di dodeci anni, passa a so vita in carrughju, à fassi qualchì soldi, lustrendu i scarpi di l'omi, à i caffè. U so briacone di babbu li piglia i so soldi è u si pista ogni sera. Pépé, per ùn esse tribbiatu da u babbu, si ni dormi fora senza cena. A so mamma, brava donna curagiosa, lava i panni di i "sgiò", da a matina à a sera, in u fiumicellu. Ella s'hè fata amica incù u "Consigliere à a Corte d'Appellu", Morfini chi decide d'occupassi di Pepe : a moglie di Morfini, a Signora Maria, brava è bona, cumincia à fa a scola à Pépé. À Pépé, li piace d'imparà è d'andà in chjesa à sente a musica. Tantu più chì si vole fà prete cume prete Canone, amicu di Morfini. Pocu à pocu, Pépé diventa un mudellu di sculari è un mudellu di pietà. È c'hè un primu miraculu : Una notte, chi Pépé era andatu in mari à piscà, una timpesta d'infernu si scatena, è solu, Pépé hè salvatu !! tuttu ognunu dà i soldi à Pépé ; ma u babbu, briacone, i si piglia tutti è i si bia tutti !! Ma sarà castigatu è imbambulisce in tuttu !!
Morfini fa entre Pépé à u seminariu in Aiacciu : Pépé diventa prete... Ma, sicondu miraculu, Pépé chì veghja l'amicu di u so babbu, u Turcò, chì si ne more biastimiendu, di briachina, sente una voce chì li parla : "Ùn sia micca prete di salone, ma ritorna a u populu ; parla, succori, fà del bene, senza aspettà nunda di a sucietà !!" "Allora, a u pede di u lettu, prete Pépé si lampò in dinocchje è, per a prima volta di a so vita, a Fede li penetrava u core di un raggiu ineffabile !"
Oui, je disais, "Vae Victis" est un recueil de 14 articles introduits par une préface, écrits et publiés dans diverses revues entre 2002 et 2010. (Qui veut en parler, revenir sur certains passages, discuter les propositions de l'auteur ?) Le premier texte, "Vae Victis", qui donne son titre au recueil, commence donc par cette citation, que vous reconnaîtrez :
"Sì sacerdote e non più. Vai. A to missione è immensa. Un sia micca prete di salone cume ci n'è tanti, ma un duttrinariu di grande nubiltà. Ritorna a u populu d'induve sorti. Parla, succori, fà del bene, senza aspettà nunda di a sucietà, matrigna, degna di forca."
On se rend compte que la citation de Madame Kessler est un montage, intéressant non ?
(La photo)
samedi 24 avril 2010
Le retour d'un "chef-d'oeuvre" !!
"Pesciu Anguilla",
c'est ce très fameux personnage de la littérature corse, ce jeune garçon, ce sgaiuffu bastiais qui dans le magnifique roman d'initation de Sebastianu Dalzeto va traverser de nombreuses épreuves avant de parvenir à se forger des convictions et une mission... Roman profondément humain, avec des situations existentielles aussi banales que tragiques ; roman social sans être à thèse ; premier roman en langue corse (1930 !) qui se paye le luxe d'être multilingue ; roman bastiais réinventant la Corse de la fin du XIXème siècle ; roman qui comme les autres grands romans s'attellent à rejouer la comédie humaine avec les larmes et les rires, les ambiguïtés et les perversités, les élans et les émotions vraies de notre belle espèce.
Je dis cela sur la foi de mon souvenir émerveillé de lecture de ce livre ; il faudrait que je le relise et...
justement, une occasion en or nous est offerte de (re)découvrir "Pesciu Anguilla" !
IL FAUT LE SAVOIR : la première traduction en français de ce si important livre de la littérature corse est publiée par la maison d'édition Fédérop (cliquer sur "Index des auteurs", "Dalzeto"). Louanges au traducteur et aux éditeurs car...
il est d'une extrême importance que les grands textes de la littérature corse, écrits en corse, soient traduits et récoltent des lectures de la part de non-corsophones, non ?. Et si, en plus, cette traduction peut être une aide pour aller voir le texte original, c'est encore mieux. Je pense aux gens qui, comme moi, se sentent proche de la langue corse sans la maîtriser totalement mais qui, au contraire de moi, n'ont pas passé outre leurs préventions et n'ont pas encore tenté l'expérience de lire un livre en langue corse.
L'essentiel est là : "Pesciu Anguilla" devient "Pépé l'Anguille". C'est François-Michel Durazzo qui propose la première traduction en français (qui a déjà suscité, à sa demande, des discussions sur ce même blog ; la qualité et l'intérêt de sa traduction sont bien évidemment toujours discutables, non ?).
De même, l'intérêt de lire aujourd'hui (2010) ce roman de 1930 mettant en scène une Corse des années 1880 (je crois) est à discuter, non ?
Alors bien sûr il faut acquérir l'ouvrage (concernant le texte original, sa dernière réédition date de 1990 aux éditions La Marge, mais il me semble qu'il n'est plus disponible ! Il faut réclamer une réédition immédiate de ce texte fondamental, non ?) :
deux occasions merveilleuses s'offrent à nous, pour acheter le livre et rencontrer le traducteur et les éditeurs, les écouter, discuter avec eux :
1. Le mercredi 19 mai 2010, entre 18 h et 20 h, dans les locaux de l'Amicale corse d'Aix-en-Provence (avenue Laurent Vibert, Espace Frédéric Mistral, pour tout renseignement : soit mon numéro : 06 88 80 62 83, soit celui du président de l'amicale, Pierre-Paul Calendini : 06 12 22 63 85). C'est donc une première mondiale et l'amicale est très heureuse de ce fait !
2. Le samedi 22 mai 2010, entre 15 h 45 et 16 h 30, dans le cloître et les jardins Jean Nicoli, à Bastia. C'est dans le cadre du festival "Histoire(s) en mai", organisé par Arte Mare. Est également prévu la présence de Marie-Jean Vinciguerra, le préfacier de l'ouvrage.
jeudi 14 janvier 2010
Où donner de la tête ? Que faire de tous ces textes ?
è leghju, leghju, rileghju issu puema di Angèle Paoli (ùn socu micca perchè mi piace issu puema - è micca altri, aghju da riflette à issu bellu misteru : forse a rilazione trà a Corsica è l'altre "isule" :
Nouvelle Zemble
Barents
Nord (petit et grand)
forse u piacè di u sonniu, a meditazione, marchjendu, attippendu pè i chjassi :
tout en marchant (je) rêve
aux brouillards de Barents
à cette île noyée ― passage du Nord-Est ―
qui depuis des jours vacille
toujours son nom échappe
entre un [k] … et un [v]
le tréma et l'arrondi d'un [o]
placés dans le désordre
Ma ci vole leghje u puema interu chì u so ritimu hè assai impurtante, sin'à l'ultima maghjina di u cacatu di e capre ! Marvelous !
Chì ne pinsate voi di issu testu ?
Je profite de ce billet pour signaler deux autres textes rencontrés sur Internet et qui m'ont tapé dans l'oeil, auxquels je pense, j'y reviendrai dans un autre billet (à moins que ce ne soit vous ?) :
- un texte de Ghjilormu Capirossi que j'appellerai par ses premiers mots : "Je suis né à Bastia un jour de mai". Abrité sur le site de Nadine Manzagol, "Operata Bastia". Texte qui fait écho au "Pesciu Anguilla" de Sebastianu Dalzeto et que je rapproche d'un autre texte de naissance bastiaise : "Brumes réseaux miroirs" (évoqué ailleurs sur ce blog) de Max Caisson.
- une traduction par le même Ghjilormu Capirossi sur son blog "Cursichella" d'un superbe poème Peter Handke : "U puema di a zitellina". (Voir ici pour la version originale en allemand, chantonnée de façon si émouvante au tout début du film de Wim Wenders, "Les ailes du désir", et une version française) :
Quandu era ciucciu u ciucciu
Lorsque l'enfant était enfant
Als das Kind Kind war
(Merveilleux déplacement du verbe "être" entre les trois versions, non ?)
samedi 7 novembre 2009
De fil en aiguille : le retour de "Pesciu Anguilla"
L'illustration d'un premier sujet finit par devenir un nouveau sujet, etc.
Suite à un billet du 6 août 2009, consacré à un passage des Chroniques de Giovanni della Grossa, les commentaires ont notamment évoqué les noms de lieux, le polar corse, Ajaccio et Bastia dans la littérature et le 25 août, j'écrivais ceci dans un des derniers commentaires :
- Bastia : "Pesciu Anguilla" de Sebastianu Dalzeto (dont j'ai appris à Ouessant qu'une traduction en français se prépare en ce moment), les romans de Ghjacumu Thiers et d'Angelo Rinaldi, le livre des soeurs Bresciani ("2 rue de la Marine", je crois), et je dois en oublier...
Les débats semblaient clos le lendemain et puis, le 5 novembre 2009 (avant-hier), François-Michel Durazzo (celui qui "prépare en ce moment" une traduction en français de "Pesciu Anguilla") reprenait la main et ouvrait ainsi un nouveau débat : comment traduire ce livre, et notamment les noms propres ?
La discussion est en cours et je me permets de la reprendre dans ce billet afin de la faire connaître à tous les utilisateurs du blog (je crains que la rubrique des "derniers commentaires" ne soit pas suffisante pour faire connaître les discussions qui ont lieu sur des billets anciens..., désolé pour tous ceux qui ont déjà lu - et écrit - ces commentaires, et que je remercie encore !).
Bonne lecture, au plaisir de lire vos points de vue !
- Anonyme a dit…
-
La toponymie pourrait nous faire voyager très loin dans le temps, par exemple à une époque où mon village Campomoro s'appelait Portus illex, "Port franc", "port sans loi", d'où Porto Elice, puis par rhotacisme Porto Erice des anciens portulans, avant que les invasion moresques ne le rebaptisent Campomoro, à l'époque de la construction de la tour.
Mais revenons à l'annonce discrète que je lis plus haut de la traduction de Pesciu Anguilla, pour vous annoncer que je viens de l'achever, de faire une ultime correction, grâce à l'aide de l'ami Jacques Thiers.
Une des questions que je me suis posées, c'est précisément celle de la traduction des noms propres. Voici comment j'explique dans une note liminaire mon parti pris :
"La traduction des noms corses est toujours délicate. L’usage en traduction littéraire veut qu’on laisse les noms propres dans la langue originale, sauf quand, s’agissant de toponymes, les cartes et les atlas proposent une traduction française. C’est ici le cas des toponymes – noms de villages, de quartiers ou des rues de Bastia – qui furent italianisés. Aussi les avons-nous adoptés.
En revanche, nous avons respecté les prénoms corses, qu’il semblait artificiel de traduire en français, comme l’imposa autrefois l’état-civil, ou de les italianiser à la manière de Mérimée. Seuls les surnoms ont été adaptés ou traduits. Pesciu Anguilla (« Poisson Anguille ») a été rendu par Pépé l’Anguille, avant de devenir u Remitu, c’est-à-dire l’Ermite. U Turcò (forme syncopée de turcottu, que ce personnage doit à son passé chez les zouaves – i turcotti) est devenu le Turcon, u Sciancu le Bancal, u Guadrochju (œil qui regarde in guadrina, de travers) Œil-en-coin, Manghjapuce Mange-puces, u prete Coghja le père Couenne.
Un passage du chapitre IV évoque les différentes inflexions et variantes phonétiques présentes dans l’île. Nous l’avons laissé tel quel, quitte à le traduire en note, de même que les chansons populaires parfois en corse, souvent en italien ou dans un italien mâtiné de corse, voire une fois en provençal. Quant aux répliques en français, en provençal, elles ont été laissées en italiques, comme les emprunts au français ou à l’italien. Les répliques en italien ont-elles été traduites et laissées en italique, accompagnées d’une note de bas de page."
Evidemment rien n'est fermé, et je suis encore hésitant. je vous soumets donc ma posture pour recueillir commentaires et réactions.
François-Michel Durazzo - 5 novembre 2009 23:27
- francesca a dit…
-
Bravo pour les noms propres, cela me paraît évident, mais je trouve très dommage de ne pas garder les noms corses aussi pour les toponymes, vraiment très dommage, c'est très "français" comme réflexe (les français sont quasiment les seuls à donner des noms français aux ville étrangères, par exemple, les Anglais disent "Firenze")... Les noms toscanisés ont mis très longtemps à être adoptés dans l'usage oral(hélas, d'ailleurs)parallèlement au développement de l'usage du français... Mais ce n'était sûrement pas le cas à l'époque de pesciu anguilla. Les noms toscanisés me donnent toujours une impression étrange, comme si l'on désincarnait la Corse, la transportant dans un ailleurs abstrait.
D'ailleurs je n'aurais pas non plus changé les surnoms, qui sont comme des noms propres en fait. Une note donnant leur signification suffirait. Cela donne une "couleur" : tout traduire "désincarne" l'histoire, on ne sait plus où on est, on perd la saveur...Le père Couenne, le Turcon? c'est beaucoup se creuser la tête pour que le résultat fasse un peu...parisien!! Là encore j'ai le sentiment que l'on transporte l'histoire ailleurs. On ne traduit que pour rendre l'histoire accessible à tous, pas pour lui enlever sa couleur...C'est mon avis, et je le partage LOL - 6 novembre 2009 07:24
- Anonyme a dit…
-
Mon point de vue est qu'il fallait laisser les surnoms en corse. Rien de moins crédible, et de jamais prononcé par une bouche en corse, que le Turcon ou le père Couenne.
C'est une traduction, certes, mais sans tomber dans le folklorisme - par exemple je trouve normal de garder les toponymes italianisés - pourquoi dénaturer un texte de son environnement culturel ?
A mon avis on doit faire les chose par rapport à sa propre culture, et pas en suivant la dictée du regard dominant. Si en corse personne n'a jamais dit Turcon même en parlant français pourquoi ne pas garder ce que tout le monde (sauf Clavier)aurait prononcé ?
Bon je fais court parce que je commence à en avoir ma claque de lire des messages longs à n'en plus finir (je vise pas celui qui me fait réagir qui est de dimension raisonnable et propose quelque chose de litéraire à discuter).
Mais bon ,si on peut échapper aux cours de management et autres élucubrations... On me censure bien moi bordel !
Mirvella - 6 novembre 2009 10:48
- Vladimir Ilitch Jaruzelski a dit…
-
Moi ce que j'en dis c'est que même le Français le plus dégénéré est capable de comprendre que dans une histoire se passant au 19ème siècle à Bastia il serait impossible qu'un personnage soit affublé d'un sobriquet aussi débile que "le Turcon".
C'est pas parce qu'on va lire en français qu'on n'est pas capable de dire "u Turcò" pour le nom d'un mec. Faut quand même pas prendre tout le monde pour des billes.
VIJ - 6 novembre 2009 15:20
- Petrusantu De La Foata a dit…
-
Le "Turcon"... ? Ah ! Ah ! Ah !
- 6 novembre 2009 15:24
- POPRICHTCHINE a dit…
-
Entièrement d'accord avec Francesca, les noms, surnoms et toponymes gagneraient à n'être pas traduits, une note en bas de page suffirait.
Mirvella...dans ma jeunesse j'avais un prof qui disait : "le chien lèche la main du patron qui lui donne à manger, le chien peut-être mais l'homme?"
Un même esprit de révolte l'animait. C'est sain la révolte. Encore faut-il qu'elle ait un impact et ne reste pas couchée sur le papier, uniquement.
Mon oncle a connu personnellement Albert Camus à Alger, j'ai quelques anecdotes sur le décalage entre l'écriture et l'acte, à ce sujet. - 6 novembre 2009 15:32
- francesca a dit…
-
Garder les toponymes en corse serait du folklorisme? Les bras m'en tombent, cher Mirvella! (Curieuse contradiction, car c'est précisément de garder les surnoms en corse qui va nous faire accuser de folklorisme, à tous les coups, par certains!)
Moi j'appelle seulement cela : l'authenticité. Les noms de nos lieux n'ont jamais été prononcés qu'en corse (jusqu'à il y a peu!!) dans la bouche des Corses, même s'ils ont toujours été transcrits dans la "langue haute" d'autrefois (toscan) puis "gardés" ainsi par les autorités françaises (étonnant "oubli" ou "erreur" involontaire...). Ce qui donne aujourd'hui l'étonnant "bilinguisme" routier si fascinant pour un non initié : Sermano/Sermanu; Guarguale/Guargualè (seul l'accent change)ou le fin du fin : Mezzavia/Mezavia...
Le résultat de nos jours(notamment depuis l'apposition de pannneaux, l'exemple de Porticcio cité par Marie Jo Dalbera est édifiant : dès qu'il y a eu un ppanneau Porticcio dans les années 60, les gens ont commencé l'hypercorrection de Purtichju en Purticciu. Moindre mal, avant d'en arriver auour'hui à Portiche) c'est que ces toponymes "toscans" sont désormais prononcés avec la phonologie française : c'est tout simplement hideux : taraveau (appuyer le o), San Angeûlot idem (celui-là me donne particulièrement envie de vomir), etc.
Si je lis San Angelo dans "Pesciu Anguilla" je vais m'étrangler, je le sens...Tout fout le camp, vraiment... - 6 novembre 2009 16:17
- Clément Renucci (pour le blog sur le Petit Nicolas) et François-Xavier Renucci (pour le blog sur la littérature corse). a dit…
-
Chers contributeurs,
j'ai décidé de publier un certain nombre de vos réactions, que je trouve légitimes sur le fond, mais qui sur la forme peuvent heurter. Je sais bien que la spontanéité peut aider à la clarté du propos, mais une relecture permettrait peut-être de dire la même chose de façon moins violente. En tout cas, il ne s'agit pas pour moi ici d'édulcorer votre pensée, mais de l'expliciter de façon plus tranquille. Après, chacun fait comme il veut.
Je rappelle que F.M. Durazzo a très généreusement proposer ici un point de vue qu'il soumet à discussion. Je suis heureux que la discussion ait lieu mais cet acte sincère et ouvert mérite certainement d'être critiqué de façon aussi généreuse, non ?
Personnellement, je trouve aussi que la traduction pose de nombreux problèmes. Je m'y étais très maladroitement essayé avec une pièce de théâtre de Jacques Thiers et les noms propres m'avaient justement posé problème, particulièrement les surnoms et réductions de prénoms (j'y reviendrai plus précisément). Car il y a une lutte entre ce que le surnom veut faire comprendre (il faut donc que le sens passe) et ce que le surnom a d'intimement lié à la personne (qui se passe du sens). Le choix est toujours compliqué et peu satisfaisant.
Je trouve aussi que "Turcon" mériterait d'être changé (on entend vraiment trop le mot "con", alors qu'il me semble absent de la version corse).
La difficulté est bien sûr qu'il s'agit de traduire pour un public francophone non corsophone, ce qui est une catégorie assez précise.
Merci. - 6 novembre 2009 17:17
- Clément Renucci (pour le blog sur le Petit Nicolas) et François-Xavier Renucci (pour le blog sur la littérature corse). a dit…
-
Chers contributeurs,
quand j'écris dans le message précédent "un certain nombre de vos réactions", je ne voulais pas dire que j'avais refusées certaines, je les ai toutes publiées parce que je préfère prendre le risque de heurter que d'interrompre le dialogue.
A bientôt. - 6 novembre 2009 17:18
- francesca a dit…
-
FXR je t'ai déjà "autorisé" à me "censurer" en cas de dépassement des "limites". Ou alors à m'envoyer un mail de modération...LOL
Désolée si j'ai pu paraître "violente" (est-ce le cas?), en tout cas c'était inconscient!
Je remercie FMD de nous avoir soumis ses "dilemmes". Je suis consciente qu'il s'agit d'un travail fort difficile, et qu'il y a beaucoup plus à discuter qu'à trancher, mais ces questions font partie de mes dadas, alors je pars au quart de tour...Pardon FMD, si j'ai paru désagréable!
Le public "francophone non corsophone" ? Il n'est pas si précis que ça. 90 % des gens qui liront ce livre en français seront des Corses ou des gens liés à la Corse, je pense. Les autres le liront au moins par curiosité pour la Corse.(Ce n'est pas la diffusion d'Harry Potter LOL)
Parmi les "Corses" il ne faut pas confondre ceux qui ne "parlent" pas et ceux qui ne "comprennent" pas : ceux qui comprennent sont très nombreux, disons ceux qui ont au moins un niveau minimal de compréhension; ils n'ont simplement pas la capacité de lire un livre en entier.
Si pour les toponymes je suis plutôt acharnée à penser qu'il faut les écrire toujours et partout en corse pour une question d'authenticité, pour les surnoms, je reconnais qu'il peut y avoir un dilemme, une justification à les traduire, si ces surnoms donnent lieu plusieurs fois dans le texte à des jeux de mots autour,ce qui dès lors échapperait au lecteur (car une note d'explication ne rend pas l'effet comique)...
D'autre part Pesciu est dur à prononcer pour un francophone, par exemple, mais Anguilla lui est parfaitement compréhensible.
Pepe l'Anguille est assez sympa. U Turcottu pourrait devenir le Zouave...? U prete Coghja le père Dur- à- cuire ...? C'est vrai que dans le texte en français, "u prete Coghja" vient mal.
Mais je suis prête à faire le pari que la quasi-totalité des lecteurs qui liront ce livre apprécieraient d'avoir les vrais noms ou surnoms, avec les notes adéquates.
Cela me fait penser à la Direction de la concurrence et de la consommation qui oblige les producteurs Corses à écrire "jambon" au lieu de "prisuttu" (sous peine d'amende, ho!!) soit- disant par peur que les consommateurs "ne comprennent pas". Aiò : quand tu vois un prisuttu tu ne le prends pas pour un saucisson. Et ces boulangers ajacciens qui affichent "huit" pour les "finuchjetti" pour être "compris" des touristes : allons-nous vraiment tout effacer pour être "compris", que restera-t-il de nous à la fin?
Mais enfin, il est vrai que tout se discute. C'est FXR qui a raison de nous rappeler à l'ordre. - 6 novembre 2009 19:18
- Anonyme a dit…
-
Il faut en même temps essayer d'éviter de pagnoliser un texte bien issu d'un contexte précis. On sait que la tentation de folkoriser est grande dans un ensemble culturel qui continue à se prendre pour un empire civilisationnel.
Il faut donc à mon sens changer radicalement de positionnement pour traduire pesci'anguilla, ne pas descendre du centre pour aller l'extirper de son jus langagier - et lui en imposer un autre classique, normatif - , mais au contraire se mettre dans les conditions de sa production orignelle : aujourd'hui, le bilinguisme de la majeure partie de la population à laquelle ce texte s'adresse dans un premier temps (avant bien sûr de briguer le Goncourt puis le Nobel - ah c'est vrai qu'il faut des auteurs vivants pour cela - mais vous avez compris ce que je veux dire), ce bilinguisme donc - qui fait se rencontrer les langues et produit corsicismes et gallicismes - permet un jeu bien plus intéressant que de chercher "dans la langue française" des équivalents aux forceps, soit en les maintenant tels qu'ils sont (en corse), soit en usant de cet artifice moderne, ô combien moderne et bien vivant, dynamique et inventif que se trouve être le francorse (celui de la rue). Pourquoi pas? Le curé Codje, Turcò, Pechanguille, le Chanque, quatroeil, Durace, Mirvelle, ceccè et cecceca,... cela n'est possible que si le reste du texte garde cet angle d'attaque. Cela aurait au moins l'avantage de laisser au peuple son texte (je ne pense pas que Dalzeto l'imaginait dans un quelconque panthéon littéraire) et d'intéresser une catégorie de la population bien au coeur des enjeux de transmission. Sans exclure les autres... Frédéric Dard par exemple est bien lisible, même si on ne comprend pas toujours la construction langagière... son patois est en soi une reviviscence de la langue (française) de bon aloi, non?
L'esprit du texte avant tout !
(ne me hurlez pas dessus, svp!)
(mais pas Portitche quand même!) - 7 novembre 2009 01:20
vendredi 20 mars 2009
Tout est là : "Tou mi féras crépà de la rise"
Je relis pour la énième fois le début de ce "roman" dans l'Anthologie de littérature corse de Mathieu Ceccaldi. Que vous compreniez bien ou non le corse, lisez ce qui suit, tout est là (vous n'êtes peut-être pas d'accord...) :
la parole (autour du feu) et l'écrit (mémorisé),
Dante et Salvatore Viale,
les confrontations de valeurs, la dispute,
les grands auteurs et les anonymes,
le Corse et le Parisien,
les extravagants,
l'Histoire (Mac-Mahon et Pasquale Paoli),
une histoire d'amour et des digressions,
les langues (corse, français, italien), les langages, leurs mélanges,
et les rires, de tous les côtés.
Quel plaisir, dans un texte de 1936 ! (Dommage que nous n'ayons pas d'enregistrement de la voix de Dalzeto lisant ce passage...) En le lisant, j'ai comme l'impression de découvrir quelque chose "étrangement littéraire", absolument novateur, un moment extraordinaire de la littérature corse, un travail à la fois conscient et naïf, ambitieux et humble, avec toute la matière corse (historique, psychologique, linguistique), mettant en scène et faisant tenir ensemble toutes les contradictions.
1930 : Pesciu Anguilla
1936 : Filidatu è Filimonda
Deux années en or pour la littérature corse, non ?
Un tippu, su Maccu Mahon, un tippu stranamente letteràriu, natu corsu cume u 'ranu per fa u pane. In sette anni di serviziu militare, un avia pudutu imparà u francese, fora di ste parolle stòriche da e so proprie orechje intese dopu l'assaltu di a torra di Malakoff : "J'suis, j'y reste" e ch'ellu prununziava d'altronde : "Ci souis, ci restou."
Chi vulete ? U francese un era micca u so affaree, cume stèrcure in bocca, in du so cerbellone mubiliatu eppuru di cose preziose un ci ne pudia entre. Ci vulia à sèntelu in certi passi di a Divina Commedia ch'un prete duve u quale ellu era statu â scola in di tempi l'avia imparatu e ch'ellu declamava cun ènfasi sulenne :
Dinanzi à me non fur cose create,
Se non eterne, ed io eterno duro :
Lasciate ogni speranza, voi ch'entrate !
Avia persunalmente cunnisciutu à Salvatore Viale e fattu e so delìzie di a Dionamachia.
D'avè guerrighjatu cun Maccu Mahon in Crimea, u cugnome l'era statu messu, à tal puntu ch'ellu u purtava appiccicatu à u so statu civile : Cesaru Antone Casanova, dettu Maccu Mahon.
L'omatone ch'avia - vi parlu di più di trent'anni capulatu a settantina - era drittu cume un fusu, nudicutu cume un scruchju di leccia. Intornu à u fucone duve ci truvàvamu uni pochi riuniti, scambellu contra scambellu, sedia contra sedia, dinochju contra dinochju, guardandu d'un'aria pensosa u focu chi sciuppittava, ellu cuminciò :
Fu un passu curiosu l'amore di Filidatu e di Filimonda. Un passu à intenerì i cori i più innacciariti. Un passu cume c'è pochi passi e ch'un si pò cuntà che in corsu. Perchè, sapiàtela, u francese un puderebbe rende l'espressione nustrale. S'e'aghju da andà in Niolu dicu : "Mi ne collu in Niolu." E voi tutti mi capite. E quandu voi dite â vostra Dulcinea : "Cara, carina, caruccia ! Cunsulazione di u miò core afflittu, speranza di a miò vita, ànima di i miò penseri, t'amu, t'adoru, sò toiu e scimiscu. Per te, pigliarebbe a luna cu i denti, u sole c'un ancinu e a furtuna cu i lacci," voi altri, a vi ripetu, mi capite, ma ne u francese, ne l'inglese, ne u tedescu, ne u russiu un c'intèndenu.
Quand'e' era suldatu, u miò cumpagnu di squadra, pariginu di nàscita, mi dicia :
- Ma chi mascatacciuleghji, o Corsicot ? Parli francese cume una vacca spagnola. Un ti capiscu.
Ed eiu li rispundia :
- È vera. Un sò parlà francese. Ma tu, l'averesti sapiutu parlà u corsu se t'eri statu suldatu inde l'armata francese di i tempi di de Paoli ?
- S'e' l'averebbe sapiutu parlà ? Bougre, Corsicot. In tutti i casi, una parolla intesa una volta un mi sarebbe più isciuta d'u miò cerbellu.
- Poh !
- Qué jé té lé dis, Corsicot !
- Bon. Allore, touà chi sì un hommu cusì fier, dis un pò, pour sentir : O Signore, paràtemi sta vacca !
Ci volse à ripèteli parechje volte, parolla per parolla. Infine, quand'ellu ebbe macinnulatu tuttu in da prufundura di a so zucca, mi cappiò stu sprupòsitu :
- O Signoret, bratmi tabacca !
Mi feci una scaccanata.
- Vedi, pinzù ! Encore toua qui inciampi commou mouà. L'omi di differente parlata un cunnoscu meziornu che in casa soia. Un sò che l'animali, soga più intelligenti che noi, chi pàrlanu listessa lingua. In tutti i paesi di a Creazione, u gattu face miaoù, u sumere hi han e a pècura bêêê.
- Sacré Corsicot ! mi disse u pinzutu, tou mi féras crépà de la rise.