Vous le savez (ou peut-être pas encore), le dessinateur humoristique René Pétillon vient de faire paraître "L'intégrale Corse". Le volume de 142 pages comprend tous ses dessins consacrés à la Corse depuis 30 ans.
C'est vraiment drôle, et à déguster par petites touches, car je trouve qu'une lecture continue peut amoindrir la force comique des dessins (on y voit alors se répéter systématiquement les procédés : l'insistance sur la mauvaise foi, les renversements de situation). Un sentiment assez globalement partagé par tous les "personnages" de ces dessins est finalement une calme résignation, mélange d'exaspération et d'adhésion face à une situation inextricable. Le regard de Pétillon conserve ainsi une certaine tendresse, une certaine humanité (on imagine la différence d'avec un dessinateur comme Cardon, dont on sent que c'est un rire de colère qui l'anime). (Vous n'êtes peut-être pas d'accord ?)
Mais je voudrais revenir plus précisément sur la préface de l'ouvrage, écrite par la journaliste Ariane Chemin. Une chose m'a fait sursauter, même si en relisant aujourd'hui son texte introductif, j'ai un peu révisé mon jugement.
Il se trouve que le passage qui m'a gêné est aussi en quatrième de couverture (ce qui peut commercialement se comprendre), dans une version légèrement différente.
Voici les deux passages :
"Sa chronique de la Corse contemporaine renoue avec les récits folkloriques de Mérimée (l'homme qui a mis l'île à la mode), de Maupassant et d'Alexandre Dumas - encore un pinzutu qui n'avait jamais même posé un pied en Corse." (Quatrième de couverture.)
"Les bulles de René, pour dire la vérité de la Corse ! Volens nolens, l'homme est devenu une référence insulaire. Comme L'Enquête corse, cette Intégrale servira de vade-mecum de la Corse contemporaine, après les récits de Maupassant, Mérimée, ou d'Alexandre Dumas - encore un pinzutu qui n'avait même jamais posé un pied sur l'île." (Préface, page 11.)
Pourquoi ces références anachroniques aux auteurs français du XIXème siècle ?
Il est vrai qu'elles sont contrebalancées par le rapprochement du travail de Pétillon avec des éléments corses, qui d'ailleurs sont intéressants pour mieux apprécier le travail du dessinateur :
- "Et si la sympathie des Corses pour Pétillon venait de là ? En troussant l'idiot intelligent (il s'agit de Jack Palmer), l'imbécile malin - le personnage si méditerranéen de Grossu Minutu -, le dessinateur se moque de tout, y compris de l'envoyé spécial." (page 8.)
- "Pétillon a su aussi saisir l'amour de ces îliens pour les clichés et leur goût pour le jeu de rôle. Les Corses jouent aux Corses et ne sont pas dupes des personnages qu'ils fabriquent." (page 9.)
- "Dans un dessin de l'ami Batti, on voit un Corse chercher son cousin pour "lui remettre deux figatelli et une BD". Vous reprendrez bien un peu de Pétillon avec vos saucisses de foie ?" (page 11.)
Mais tout de même, il est presque désespérément significatif de voir qu'en 2009, c'est encore une littérature du XIXème siècle que l'on convoque comme référence ! Ariane Chemin doit pourtant savoir combien de nombreux livres écrits depuis Mérimée et Maupassant, souvent par des Corses, ont oeuvré pour "dire la vérité de la Corse". Surtout concernant la "Corse contemporaine".
Pourquoi ne pas signaler - même en passant - que le travail de Pétillon vient s'ajouter à un ensemble beaucoup plus riche et original (inclure ici la liste des auteurs et des livres qui vous semblent consituer cet ensemble, par exemple, pour rester dans l'ordre des oeuvres critiques et comiques : "Le peuple du quad" de Marcu Biancarelli, "Cunniscenza di u corpu umanu" des Cantelli, ou "Captain Corsica" de Filippu Antonetti) ?
Tout de même, relisant les gags de Pétillon, vraiment très drôles, je me suis arrêté sur l'un d'eux. Il se trouve page 30 et est intitulé "Attentat contre le Secrétariat général aux Affaires corses". (Je me dis qu'il peut remplacer la vidéo maintenant introuvable de l'INA que je citais dans un précédent billet). Sur ce dessin, les deux cagoulés auteurs de l'attentat tournent nonchalamment le dos aux lieux du crime - des vitres brisées, des dizaines de papiers dans les airs et finissant par couvrir le sol - et l'un des deux dit à l'autre, en tenant un de ces papiers, quelque peu roussi : "TIENS... ÇA PARLE DE TOI..."
Il reste encore à savoir ce qu'il pouvait bien y avoir d'écrit sur ce papier du Secrétariat général aux Affaires corses... De la littérature corse contemporaine et bien vivante, certainement !
(AJOUT DU 8 NOVEMBRE 2009 : Je signale ici un billet du site Corsicapolar qui remarquait la parution de l'ouvrage de Pétillon et qui contient un lien vers un reportage télévisé donnant la parole à René Pétillon ("plaisantin sans complaisance") et Ariane Chemin ; cela peut alimenter la discussion).
Ce blog est destiné à accueillir des points de vue (les vôtres, les miens) concernant les oeuvres corses et particulièrement la littérature corse (écrite en latin, italien, corse, français, etc.). Vous pouvez signifier des admirations aussi bien que des détestations (toujours courtoisement). Ecrivez-moi : f.renucci@free.fr Pour plus de précisions : voir l'article "Take 1" du 24 janvier 2009 !
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lundi 26 octobre 2009
jeudi 25 juin 2009
Qui identifiera les textes ici mêlés, et l'effet de ce traitement ?
Le hall d'arrivée de l'aéroport d'Aiacciu (Campu di l'Oru), tard le soir.
Vers le commencement du mois de mars de l'année 1841, je voyageais en Corse.
Musique.
Rien de plus pittoresque et de plus commode qu'un voyage en Corse : on s'embarque à Toulon ; en vingt heures, on est à Ajaccio, ou, en vingt-quatre heures, à Bastia.
Les passagers du vol précédent (le Choeur) se dirigent vers la sortie.
Là, on achète ou on loue un cheval : si on le loue, on en est quitte pour cinq francs par jour ; si on l'achète, pour cent cinquante francs une fois payés.
Ils sont gris.
Et qu'on ne rie pas de la modicité du prix ; ce cheval, loué ou acheté, fait, comme ce fameux cheval du Gascon qui sautait du pont Neuf dans la Seine, des choses que ne feraient ni Prospero ni Nautilus, ces héros des courses de Chantilly et du Champ de Mars.
Des silhouettes indistinctes.
Il passe par des chemins où Balmat lui-même eût mis des crampons, et sur des ponts où Auriol demanderait un balancier.
Certains sont accueillis par leur famille, d'autres regardent autour d'eux avec anxiété.
Quant au voyageur, il n'a qu'à fermer les yeux et à laisser faire l'animal : le danger ne le regarde pas.
Les haut-parleurs diffusent des messages pour ceux qui ont été séparés, ou dont la famille est en retard.
Ajoutons qu'avec ce cheval qui passe partout, on peut faire une quinzaine de lieues tous les jours, sans qu'il vous demande ni à boire ni à manger.
Quelques personnes tiennent des écriteaux avec, en grosses lettres, le nom d'un individu ou d'une compagnie.
De temps en temps, quand on s'arrête pour visiter un vieux château bâti par quelque seigneur, héros et chef d'une tradition féodale, pour dessiner une vieille tour élevée par les Génois, le cheval tond une touffe d'herbe, écorce un arbre ou lèche une roche couverte de mousse, et tout est dit.
Des voyageurs s'arrêtent pour les étudier et certains trouvent celui qu'ils cherchaient.
Quant au logement de chaque nuit, c'est bien plus simple encore : le voyageur arrive dans un village, traverse la rue principale dans toute sa longueur, choisit la maison qui lui convient et frappe à la porte.
Parmi cette foule, une femme (Lydia) se détache nettement par les vêtements aux couleurs vives et à la dernière mode qu'elle porte.
Un instant après, le maître ou la maîtresse paraît sur le seuil, invite le voyageur à descendre, lui offre la moitié de son souper, son lit tout entier s'il n'en a qu'un, et, le lendemain, en le reconduisant jusqu'à la porte, le remercie de la préférence qu'il lui a donnée.
Elle tient une grosse valise à la main.
De rétribution quelconque, il est bien entendu qu'il n'en est aucunement question : le maître regarderait comme une insulte la moindre parole à ce sujet.
Elle s'est arrêtée et regarde les différents écriteaux.
Si la maison est servie par une jeune fille, on peut lui offrir quelque foulard, avec lequel elle se fera une coiffure pittoresque lorsqu'elle ira à la fête de Calvi ou de Corte.
Un homme d'affaires, portant lui aussi un costume très distinct, la dépasse.
Si le domestique est mâle, il acceptera volontiers quelque couteau-poignard, avec lequel, s'il le rencontre, il pourra tuer son ennemi.
On entend un coup de feu.
Vers le commencement du mois de mars de l'année 1841, je voyageais en Corse.
Musique.
Rien de plus pittoresque et de plus commode qu'un voyage en Corse : on s'embarque à Toulon ; en vingt heures, on est à Ajaccio, ou, en vingt-quatre heures, à Bastia.
Les passagers du vol précédent (le Choeur) se dirigent vers la sortie.
Là, on achète ou on loue un cheval : si on le loue, on en est quitte pour cinq francs par jour ; si on l'achète, pour cent cinquante francs une fois payés.
Ils sont gris.
Et qu'on ne rie pas de la modicité du prix ; ce cheval, loué ou acheté, fait, comme ce fameux cheval du Gascon qui sautait du pont Neuf dans la Seine, des choses que ne feraient ni Prospero ni Nautilus, ces héros des courses de Chantilly et du Champ de Mars.
Des silhouettes indistinctes.
Il passe par des chemins où Balmat lui-même eût mis des crampons, et sur des ponts où Auriol demanderait un balancier.
Certains sont accueillis par leur famille, d'autres regardent autour d'eux avec anxiété.
Quant au voyageur, il n'a qu'à fermer les yeux et à laisser faire l'animal : le danger ne le regarde pas.
Les haut-parleurs diffusent des messages pour ceux qui ont été séparés, ou dont la famille est en retard.
Ajoutons qu'avec ce cheval qui passe partout, on peut faire une quinzaine de lieues tous les jours, sans qu'il vous demande ni à boire ni à manger.
Quelques personnes tiennent des écriteaux avec, en grosses lettres, le nom d'un individu ou d'une compagnie.
De temps en temps, quand on s'arrête pour visiter un vieux château bâti par quelque seigneur, héros et chef d'une tradition féodale, pour dessiner une vieille tour élevée par les Génois, le cheval tond une touffe d'herbe, écorce un arbre ou lèche une roche couverte de mousse, et tout est dit.
Des voyageurs s'arrêtent pour les étudier et certains trouvent celui qu'ils cherchaient.
Quant au logement de chaque nuit, c'est bien plus simple encore : le voyageur arrive dans un village, traverse la rue principale dans toute sa longueur, choisit la maison qui lui convient et frappe à la porte.
Parmi cette foule, une femme (Lydia) se détache nettement par les vêtements aux couleurs vives et à la dernière mode qu'elle porte.
Un instant après, le maître ou la maîtresse paraît sur le seuil, invite le voyageur à descendre, lui offre la moitié de son souper, son lit tout entier s'il n'en a qu'un, et, le lendemain, en le reconduisant jusqu'à la porte, le remercie de la préférence qu'il lui a donnée.
Elle tient une grosse valise à la main.
De rétribution quelconque, il est bien entendu qu'il n'en est aucunement question : le maître regarderait comme une insulte la moindre parole à ce sujet.
Elle s'est arrêtée et regarde les différents écriteaux.
Si la maison est servie par une jeune fille, on peut lui offrir quelque foulard, avec lequel elle se fera une coiffure pittoresque lorsqu'elle ira à la fête de Calvi ou de Corte.
Un homme d'affaires, portant lui aussi un costume très distinct, la dépasse.
Si le domestique est mâle, il acceptera volontiers quelque couteau-poignard, avec lequel, s'il le rencontre, il pourra tuer son ennemi.
On entend un coup de feu.
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