Désolé pour la brièveté de ce (premier) billet faisant écho aux expérimentations inlassables et très drôles et donnant matière à réflexion de Xavier Casanova : on peut le dire la "littérature corse" étant un objet de désir et d'imaginaire, cet auteur/blogueur/lecteur est en train de produire une série de textes, une anthologie foutraque, un langage jubilatoire et désespéré qui ouvrent des horizons merveilleux à l'expression littéraire insulaire.
Grâces lui soient rendues, il faut que je me replonge dans ce "Lamanaccu pasticciosu" abritant (pour l'instant ! il faut continuer !) 9 billets/textes.
Du sang neuf !!
Au plaisir de discuter avec vous d'un tel projet en cours ! Ici ou là-bas.
Ce blog est destiné à accueillir des points de vue (les vôtres, les miens) concernant les oeuvres corses et particulièrement la littérature corse (écrite en latin, italien, corse, français, etc.). Vous pouvez signifier des admirations aussi bien que des détestations (toujours courtoisement). Ecrivez-moi : f.renucci@free.fr Pour plus de précisions : voir l'article "Take 1" du 24 janvier 2009 !
Affichage des articles dont le libellé est Xavier Casanova. Afficher tous les articles
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lundi 6 février 2012
mardi 22 mars 2011
Infos
"Rapido le zoo..." (c'est Clint Eastwood qui parle, mais dans quel film ?)
- Je viens de mettre en ligne le compte rendu de la soirée poétique co-organisée par l'Amicale corse d'Aix et l'association Corsica Calling, avec Angèle Paoli, Yves Thomas et Guidu Antonietti : voir ici.
- une réaction de Xavier Casanova au billet proposant à chacun de donner sa liste des 10 livres corses "importants" de ces dernières décennies : voir ici.
- Je viens de mettre en ligne le compte rendu de la soirée poétique co-organisée par l'Amicale corse d'Aix et l'association Corsica Calling, avec Angèle Paoli, Yves Thomas et Guidu Antonietti : voir ici.
- une réaction de Xavier Casanova au billet proposant à chacun de donner sa liste des 10 livres corses "importants" de ces dernières décennies : voir ici.
jeudi 18 novembre 2010
"Stade critique", par Xavier Casanova

Oui, le titre est entre guillemets, je sais, c'est parce que ce ne sont pas mes mots, mais ceux de Xavier Casanova, que je cite donc (merci à lui pour cet envoi ! voir sur son blog Isularama pour mesurer l'intérêt de ses réflexions et de ses facéties). Ils constituent ainsi tout de même le titre de ce billet. Que je laisse parler, sans plus tarder. Bonne lecture, bonne discussion.
Sitôt après la clôture par FXR de la précédente avalanche de commentaires initiée par la simple citation d’un billet consacré à Jérôme Ferrari, sautant sur un autre blog je tombe sur un billet de Pierre Assouline (1), où il fait le point sur la situation de la critique culturelle face à la démultiplication des lieux où elle s’exprime, après avoir été longtemps cantonnée à l’espace que lui accordaient les médias traditionnels, et avoir été largement dominée par quelques phares concentrant l’essentiel de son influence. Son article commente un dossier de plusieurs pages présenté sur le site nonfiction (2). Il fait le point sur la transformation du paysage critique induit par le développement du web, et aussi sur la transformation de la critique elle-même avec l’irruption d’outils où le buzz entraîne le buzz plus sûrement que tout discours, fut-il appuyé sur les arguments du critique où sa simple autorité.
Pour ma part, il me semble que jeu littéraire n’en devient ainsi que plus complexe, mais en même temps plus ouvert et plus ludique, du fait même que le buzz peut renverser les tendances les plus attendues, ou en faire émerger d’autres totalement inattendues, très exactement comme l’équipe de foot d’un pays émergent peut mettre au tapis une très grande équipe, à la faveur de ces multiples aléas qui font qu’un match n’est jamais joué d’avance. Sauf les images de la compétition elle-même, les grands prix de la rentrée littéraires ne relèvent-ils pas déjà de ces combats héroïques qui n’auraient rien de bien spectaculaire sans la croyance au grain de sable ou au grain de génie qui injecte ce qu’il faut de hasard dans les courses au podium les moins imprévisibles ?
Quoi qu’il en soit, il me semble utile d’y réfléchir à partir d’un blog réunissant les supporters d’une écurie littéraire provinciale aux contours flous, à la dénomination incertaine, aux objectifs contradictoires, en mal de reconnaissance et de consécration, et aussi en mal d’analyse des mécaniques sociales de répartition et de confiscation des chances objectives de succès. Une situation qui, au demeurant, ne prive aucun des amateurs qui s’y fixent ou y passent des occasions de goûter aux plaisirs du jeu, y reniflant même la sublime fragrance des choses impossibles et de leurs résultats incroyables. Et d’une certaine façon à l’abri de l’insuccès…
• Xavier CASANOVA
(1) Sur le blog de Pierre Assouline
Mort de la prescription, naissance de la recommandation, agonie consécutive de la critique (17/11/10)
(2) Sur le site nonfiction.fr
Sur la mort du critique culturel
(10/11/10)
(La photo, choisie par l'administrateur).
samedi 23 octobre 2010
Ouh là là ! Ouh là là !
Bon, c'est peut-être à cause des vacances de la Toussaint (puisque la plupart des personnes qui publient sont dans l'Education nationale ou tournent autour), mais j'ai l'impression qu'il y a sur le Net un regain de remuement qui pourrait faire penser qu'une amorce de discussion n'est pas à exclure.
J'aimerais bien discuter avec qui voudra des intérêts de l'ouvrage - déjà fameux et indispensable - "Ecrire en corse" (Klinscksieck, 2010) de Jacques Fusina.
Résumé des épisodes précédents :
- le 26 septembre 2010, je publie un petit dialogue sur ce blog pour dire tout le bien que je pense de l'ouvrage en question et aussi manifester mon désaccord sur deux ou trois points (son regard sur l'oeuvre et la posture de Marcu Biancarelli ; son avis sur ce qu'il est possible d'inclure ou pas dans la littérature dite "corse"). Mais la discussion a tourné court. Elle commençait bien pourtant.
- le 14 octobre 2010, un billet de Xavier Casanova sur "Isularama" a insisté sur l'utilité d'un tel ouvrage pour évaluer l'impact des prochaines publications en langue corse et sur les politiques éditoriales qui en sont à la source. No comment.
- aujourd'hui, 23 octobre 2010, c'est au tour de Norbert Paganelli (bon, on attend encore le papier de Sébastien Quenot, que devrait accueillir le site de Musa Nostra après une première mention du livre par Marie-France Bereni-Canazzi) de dire la sienne sur son site "Invistita", avec une mini-présentation de l'ouvrage et en questionnant Jacques Fusina. Entretien très intéressant, et dont la dernière réponse me fait réagir. Et comme Norbert Paganelli place son billet aussi sur Facebook, je commence à discuter (le bout de gras, comme dirait l'autre) sur Facebook ; mais Norbert me dit qu'il faudrait que je relaie cette amorce de discussion sur "Pour une littérature corse"...
Dont acte : alors, je place ici un lien vers l'entretien de Jacques Fusina par Norbert Paganelli :
cliquez ici s'il vous plaît
et je place ici une copie de l'amorce de discussion sur Facebook :
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J'aimerais bien discuter avec qui voudra des intérêts de l'ouvrage - déjà fameux et indispensable - "Ecrire en corse" (Klinscksieck, 2010) de Jacques Fusina.
Résumé des épisodes précédents :
- le 26 septembre 2010, je publie un petit dialogue sur ce blog pour dire tout le bien que je pense de l'ouvrage en question et aussi manifester mon désaccord sur deux ou trois points (son regard sur l'oeuvre et la posture de Marcu Biancarelli ; son avis sur ce qu'il est possible d'inclure ou pas dans la littérature dite "corse"). Mais la discussion a tourné court. Elle commençait bien pourtant.
- le 14 octobre 2010, un billet de Xavier Casanova sur "Isularama" a insisté sur l'utilité d'un tel ouvrage pour évaluer l'impact des prochaines publications en langue corse et sur les politiques éditoriales qui en sont à la source. No comment.
- aujourd'hui, 23 octobre 2010, c'est au tour de Norbert Paganelli (bon, on attend encore le papier de Sébastien Quenot, que devrait accueillir le site de Musa Nostra après une première mention du livre par Marie-France Bereni-Canazzi) de dire la sienne sur son site "Invistita", avec une mini-présentation de l'ouvrage et en questionnant Jacques Fusina. Entretien très intéressant, et dont la dernière réponse me fait réagir. Et comme Norbert Paganelli place son billet aussi sur Facebook, je commence à discuter (le bout de gras, comme dirait l'autre) sur Facebook ; mais Norbert me dit qu'il faudrait que je relaie cette amorce de discussion sur "Pour une littérature corse"...
Dont acte : alors, je place ici un lien vers l'entretien de Jacques Fusina par Norbert Paganelli :
cliquez ici s'il vous plaît
et je place ici une copie de l'amorce de discussion sur Facebook :
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- Catherine Cananzi Di sicuru, l'òpera chì m'aiutarà u più, per scrive ( è senza pretensione) u mo memoriu nant'à : " Les métamorphoses de l'identité corse, depuis le XXe siècle jusqu'à nos jours", una ricerca fundata nant'à a spressione cuntempuranea di i pueti è i scrittori corsi i più imparziali. PS: Norbert il se peut que je t'appelle souvent pour que tu me conseilles ;.) Basgi.Il y a 9 heures · · 1 personneChargement... ·
- Irene Gevrey oui je possede des livres pour aprendre la lague corse y compris de cuisine corse ext j aiime la corse et j aimerai savoir ou me procurer votre livre de litterature corse a prestu graçieIl y a 6 heures · ·
- François-Xavier RenucciMerci à Norbert et à Jacques Fusina pour cet entretien, à propos d'un livre que je trouve aussi absolument indispensable.
Personnellement, je le trouve indispensable pour au moins deux raisons :
- il est une synthèse très bien faite, complèt...e, organisée, sur l'histoire et les caractéristiques de la littérature de langue corse
- il porte un regard personnel sur des oeuvres et des auteurs et manifeste un goût, un choix. Je pense, par exemple, aux critiques négatives (légitimes et intéressantes) concernant l'écriture de Marcu Biancarelli (mêlées à des critiques positives) et à l'éloge qui est fait, autre exemple, de "l'oeuvre originale" et de "l'excellent blog" de Stefanu Cesari.
En effet, il me semble qu'une littérature est vivante lorsque les lecteurs énoncent leurs préférences, en détaillent les raisons.
Je réagis donc aux derniers propos, concernant les sites et blogs. Je trouve, contrairement à Jacques Fusina, que les lieux numériques peuvent aussi être des lieux de spontanéité et de discussion, intéressants pour la créativité littéraire corse. Je pense à la "Gazetta di Mirvella", qui offre, au sein de nombreux messages qui peuvent paraître inutiles ou à usage restreint, des fictions ou des réflexions très originales, qui n'auraient jamais trouvé de visibilité publique ailleurs. C'est toute la question du "filtre" qui est posée là.
Par ailleurs, j'aimerais identifier les "certains" qui se livrent à des publications effrénées ou à des commentaires sans fin et qui laissent Jacques Fusina assez dubitatif ; car si je trouve cette opinion tout à fait intéressante, je pense que le débat public a aussi besoin de préciser de quels objets on parle ensemble. Là en l'occurrence, c'est la question des conditions d'un espace critique public qui est posée.
Dans tous les cas, merci encore à Norbert Paganelli et Jacques Fusina pour relancer ainsi la discussion !Il y a 5 heures · - François-Xavier RenucciMais Bon Dieu Norbert Je Ne Veux Pas M'Engueuler Nom De Dieu !!!!! Qui c'est qui crie ici !!!!! Moi ???!!!!! Je Veux Discuter !!!! C'est Pas Compliqué !!!! Non ?!!!! Et je parle calmement là ? C'est Clair Pour Tout Le Monde ???!!! (Allez, j...e relance quand même sur Pour Une littérature corse... on sait jamais... j'te jure, entre les éructations des sodomites en mal de création de Mirvella et les silences et allusions du reste de la Toile, je me sens bien seul dans ma gentille paranoïa et ma mégalomanie bavarde, moi...Il y a environ une heure ·
- Francesca Graziani non tu n'es pas seul FXR et nous on se sent moins seuls avec ton Blog -)Il y a 47 minutes · ·
- François-Xavier Renucci Mais Francesca J'adore Me Sentir Seul Dans Ma Très Grande MégaloManiaquerie !!!!! Personne Ne Me Comprend !!! J'Adore !!!Il y a 44 minutes ·
- Francesca Graziani Ok je n'avais pas compris...précisément. Allora ti campi! -)Il y a 42 minutes · ·
lundi 28 juin 2010
En cours de (re)lecture : les "Chroniques littéraires" de Marie-Jean Vinciguerra
Puis-je être "objectif" avec les textes de Marie-Jean Vinciguerra, puisque nous sommes quelque peu "liés" par une relation amicale, des conversations, des échanges d'idées, des échanges de "préfaces" (moi pour son "Don Petru", une tragédie publiée chez Sammarcelli ; lui pour une postface à "Eloge de la littérature corse") ?
Eh bien oui, c'est possible, puisque c'est à cause de mon enthousiasme pour son texte "D'une lecture de la "Tempête" ou La Corse comme métaphore baroque du mystère" (publié dans le recueil "Corse, défense d'une île", éditions Autres temps, 1992), que j'ai eu l'audacieuse idée de vouloir le rencontrer. L'appel final de son texte :
Que l'île invente son volcan ! Qu'elle s'enracine à ses vrais arbres !
Qu'elle lise les secrets inscrits dans sa pierre.
Que son roc soit l'os de sa parole. Voix d'Ariel rassemblant les éléments dans le pin au sang de sable. Lumière de la parole qui tient l'île debout.
Que le feu exprime l'obscurité irréductible de l'Île.
Que son cri brise la gangue minérale où s'emprisonne la matrice de son Peuple.
Que le Chant libéré délie les chaînes !
Que Caliban, nouvel Oedipe, déploie sur la scène d'un théâtre singulier l'énigme du Sphinx insulaire.
La Corse ou la métaphore d'un Sisyphe faisant éclater son rocher en buisson de paroles !
...cet appel a résonné en moi avec force (j'avais vingt ans, on me comprendra) et résonne encore ; je le relis régulièrement, ce texte, j'y puise une certaine folie que je veux retrouver dans ce que nous essayons de nommer littérature corse...
(Mais où trouver ce livre maintenant ? Où trouver ce texte ? Avec l'autorisation de l'auteur, je peux le réécrire dans un des billets de ce blog...)
Bref, tout cela pour revenir sur le dernier ouvrage de Marie-Jean Vinciguerra, que je suis en train de lire : "Chroniques littéraires", édition Piazzola, 2010. 69 chroniques littéraires qui cheminent autour et au coeur de quelques grands thèmes, mythes ou réalités, qui ont forgé l'image de la Corse et que de nombreux ouvrages (essais universitaires ou littéraires, sagas familiales, romans, mémoires, stalvatoghji, etc.), des oeuvres d'art (peintures, installations, sculptures) ou des vies même (Agatha Christie, Christian Boltanski, Gian Paolo Borghetti, etc.) , ont illustrés : l'Italie, le Clan, l'Exil, la Franc-maçonnerie, la Vengeance, l'Amitié, l'Identité originelle, la Femme et la Mère, la Langue corse, le Rire.
L'ouvrage est d'une richesse considérable, par la variété des oeuvres et des vies analysées mais aussi par la volonté commune de chaque chronique de s'élever au-dessus d'un cas particulier et poser un certain nombre de questions plus qu'intéressantes.
Par exemple, celle-ci, à la fin d'une chronique consacrée à Emmanuel Arène :
"Personnalité à facettes, faite de finesse et de roublardise, d'élégance et d'audace, de retenue et de panache, Arène fut l'un de ces rois de la Corse à la royauté éphémère, même si elle dura un quart de siècle, l'un de ces princes de l'esprit qui firent les délices du Paris de la Belle-Epoque. La Corse ne serait-elle qu'un décor et un tremplin pour des gens de qualité qui, et les exemples foisonnent, dispensent les trésors de leur imagination et de leur créativité ailleurs que dans cette île vouée à sa pauvreté et à la seule richesse des mythes qu'elle engendre ?..."
(Ce fut publié dans "Kyrn", en mai 1983).
La question qui court tout au long du recueil est celle de parvenir à dire la véritable singularité de la Corse tout en lui permettant de se libérer du carcan des vieilles structures et des vieilles images. Ce n'est donc pas innocent si le livre commence avec Angelo Rinaldi et se termine (presque) avec Jean-Noël Pancrazi. Deux romanciers (et non analystes ou pamphlétaires) qui par la magie de la fiction et de l'écriture font quelque chose avec les douleurs (ne se contentent pas de les constater) et ouvrent des horizons, promettent des métamorphoses.
Ainsi à propos de "L'Heure des adieux", de Pancrazi :
"L'Heure des adieux" est un livre magique, bréviaire du sacrifice, conque de ferveur et de pureté. Après avoir présenté une apocalypse de la Corse, il nous offre sa métamorphose : cette révolte contre la superstition et les peurs ancestrales dont les clans de faux maîtres ont nourri l'imaginaire des Corses. Toutes les mères, prêtresses sacrifiées veillant sur notre malheur se remettent à danser. Les chemins, les villages et les villes s'ouvrent à la lumière, aux travaux et au commerce. Les navires solaires entrent dans la baie..." (Kyrn, mai 1985)
Je trouverais dommage qu'un tel livre soit réduit à une collection de regards sur des écrivains, intellectuels et hommes politiques qu'il serait agréable de visiter, en se répétant - secrètement flatté - "ah ! lui aussi est venu dans l'île ?"... Non ?
Mais vous n'êtes peut-être pas d'accord ?
Nous pouvons déjà signaler à nouveau dans ce billet (comme dans un précédent), qu'il y a une discussion lancée par Xavier Casanova à propos des mérites et défauts du travail de l'éditeur de cet ouvrage, Alain Piazzola. Il fait une critique assez virulente de ce travail sur son blog, Isularama ; j'ai envoyé un commentaire à son billet auquel il répond dans un nouveau billet. Discutons-en ! Non ? En argumentant et en citant. C'est la seule façon d'avancer dans une connaissance de plus en plus fine des livres qui comptent à nos yeux ?
Dans tous les cas, l'ouvrage de Marie-Jean Vinciguerra a plusieurs mérites (notamment de nous faire sentir le changement de climat mental et culturel lorsque la Corse passe de l'Italie vers la France), mais il en est un qui est précieux : il m'a donné une furieuse envie de lire "Les Jardins du Consulat" de Rinaldi et de relire "L'Heure des adieux" de Jean-Noël Pancrazi !
(Et puis cette histoire de "navires solaires entrant dans la baie..." (d'Ajaccio, bien sûr), cela me fait penser à ce poème de Ghjuvan Ghjaseppu Franchi que je citais dans un ancien billet, non ? : "u bastimentu assulanatu"...)
Eh bien oui, c'est possible, puisque c'est à cause de mon enthousiasme pour son texte "D'une lecture de la "Tempête" ou La Corse comme métaphore baroque du mystère" (publié dans le recueil "Corse, défense d'une île", éditions Autres temps, 1992), que j'ai eu l'audacieuse idée de vouloir le rencontrer. L'appel final de son texte :
Que l'île invente son volcan ! Qu'elle s'enracine à ses vrais arbres !
Qu'elle lise les secrets inscrits dans sa pierre.
Que son roc soit l'os de sa parole. Voix d'Ariel rassemblant les éléments dans le pin au sang de sable. Lumière de la parole qui tient l'île debout.
Que le feu exprime l'obscurité irréductible de l'Île.
Que son cri brise la gangue minérale où s'emprisonne la matrice de son Peuple.
Que le Chant libéré délie les chaînes !
Que Caliban, nouvel Oedipe, déploie sur la scène d'un théâtre singulier l'énigme du Sphinx insulaire.
La Corse ou la métaphore d'un Sisyphe faisant éclater son rocher en buisson de paroles !
...cet appel a résonné en moi avec force (j'avais vingt ans, on me comprendra) et résonne encore ; je le relis régulièrement, ce texte, j'y puise une certaine folie que je veux retrouver dans ce que nous essayons de nommer littérature corse...
(Mais où trouver ce livre maintenant ? Où trouver ce texte ? Avec l'autorisation de l'auteur, je peux le réécrire dans un des billets de ce blog...)
Bref, tout cela pour revenir sur le dernier ouvrage de Marie-Jean Vinciguerra, que je suis en train de lire : "Chroniques littéraires", édition Piazzola, 2010. 69 chroniques littéraires qui cheminent autour et au coeur de quelques grands thèmes, mythes ou réalités, qui ont forgé l'image de la Corse et que de nombreux ouvrages (essais universitaires ou littéraires, sagas familiales, romans, mémoires, stalvatoghji, etc.), des oeuvres d'art (peintures, installations, sculptures) ou des vies même (Agatha Christie, Christian Boltanski, Gian Paolo Borghetti, etc.) , ont illustrés : l'Italie, le Clan, l'Exil, la Franc-maçonnerie, la Vengeance, l'Amitié, l'Identité originelle, la Femme et la Mère, la Langue corse, le Rire.
L'ouvrage est d'une richesse considérable, par la variété des oeuvres et des vies analysées mais aussi par la volonté commune de chaque chronique de s'élever au-dessus d'un cas particulier et poser un certain nombre de questions plus qu'intéressantes.
Par exemple, celle-ci, à la fin d'une chronique consacrée à Emmanuel Arène :
"Personnalité à facettes, faite de finesse et de roublardise, d'élégance et d'audace, de retenue et de panache, Arène fut l'un de ces rois de la Corse à la royauté éphémère, même si elle dura un quart de siècle, l'un de ces princes de l'esprit qui firent les délices du Paris de la Belle-Epoque. La Corse ne serait-elle qu'un décor et un tremplin pour des gens de qualité qui, et les exemples foisonnent, dispensent les trésors de leur imagination et de leur créativité ailleurs que dans cette île vouée à sa pauvreté et à la seule richesse des mythes qu'elle engendre ?..."
(Ce fut publié dans "Kyrn", en mai 1983).
La question qui court tout au long du recueil est celle de parvenir à dire la véritable singularité de la Corse tout en lui permettant de se libérer du carcan des vieilles structures et des vieilles images. Ce n'est donc pas innocent si le livre commence avec Angelo Rinaldi et se termine (presque) avec Jean-Noël Pancrazi. Deux romanciers (et non analystes ou pamphlétaires) qui par la magie de la fiction et de l'écriture font quelque chose avec les douleurs (ne se contentent pas de les constater) et ouvrent des horizons, promettent des métamorphoses.
Ainsi à propos de "L'Heure des adieux", de Pancrazi :
"L'Heure des adieux" est un livre magique, bréviaire du sacrifice, conque de ferveur et de pureté. Après avoir présenté une apocalypse de la Corse, il nous offre sa métamorphose : cette révolte contre la superstition et les peurs ancestrales dont les clans de faux maîtres ont nourri l'imaginaire des Corses. Toutes les mères, prêtresses sacrifiées veillant sur notre malheur se remettent à danser. Les chemins, les villages et les villes s'ouvrent à la lumière, aux travaux et au commerce. Les navires solaires entrent dans la baie..." (Kyrn, mai 1985)
Je trouverais dommage qu'un tel livre soit réduit à une collection de regards sur des écrivains, intellectuels et hommes politiques qu'il serait agréable de visiter, en se répétant - secrètement flatté - "ah ! lui aussi est venu dans l'île ?"... Non ?
Mais vous n'êtes peut-être pas d'accord ?
Nous pouvons déjà signaler à nouveau dans ce billet (comme dans un précédent), qu'il y a une discussion lancée par Xavier Casanova à propos des mérites et défauts du travail de l'éditeur de cet ouvrage, Alain Piazzola. Il fait une critique assez virulente de ce travail sur son blog, Isularama ; j'ai envoyé un commentaire à son billet auquel il répond dans un nouveau billet. Discutons-en ! Non ? En argumentant et en citant. C'est la seule façon d'avancer dans une connaissance de plus en plus fine des livres qui comptent à nos yeux ?
Dans tous les cas, l'ouvrage de Marie-Jean Vinciguerra a plusieurs mérites (notamment de nous faire sentir le changement de climat mental et culturel lorsque la Corse passe de l'Italie vers la France), mais il en est un qui est précieux : il m'a donné une furieuse envie de lire "Les Jardins du Consulat" de Rinaldi et de relire "L'Heure des adieux" de Jean-Noël Pancrazi !
(Et puis cette histoire de "navires solaires entrant dans la baie..." (d'Ajaccio, bien sûr), cela me fait penser à ce poème de Ghjuvan Ghjaseppu Franchi que je citais dans un ancien billet, non ? : "u bastimentu assulanatu"...)
vendredi 18 juin 2010
Le livre de l'été est arrivé : "Eloge de la littérature corse"
Quelle idée de vouloir publier l'intégralité des 61 premiers billets de ce blog (qui en comporte maintenant 277) ainsi que les 200 et quelques commentaires qui les accompagnent ?
Pour satisfaire une vanité d'auteur que personne ne trouvera incongrue ? Pour le plaisir d'encombrer des tables de librairies avant d'échouer sur des étagères qui n'en méritaient pas tant ?
Non, bien sûr !
Ô cher Livre, va, vis ta vie et joue ton rôle aussi bien que tu le pourras ! Quel rôle me demandes-tu ? Eh bien, celui de déclarer sur de solennelles feuilles en papier l'existence et l'importance d'une littérature corse pour nous aujourd'hui... ou alors de permettre à n'importe quel lecteur de prononcer l'expression "littérature corse" sans trop provoquer autour de lui de petits sourires étonnés... ou alors... ou alors... enfin... ne sois pas trop présomptueux... si quiconque lisant quelques unes de tes pages, y prend quelque plaisir, tu seras bien payé en retour ! (À charge pour le lecteur en question de venir en parler sur ce blog !)
Je note ici un premier écho par Xavier Casanova, sur le blog Isularama, qui lance le débat (merci ; regardez aussi ici son analyse critique de l'édition des "Choniques littéraires" de Marie-Jean Vinciguerra aux éditions Piazzola, très instructive !)
Pour avoir accès au livre, publié chez Albiana, vous pouvez voir sur le site, et dans toutes les excellentes librairies de l'île et du monde qui l'environne...
Je signale tout de même qu'"Eloge de la littérature corse" comporte quelques passages inédits :
- une présentation
- la liste des commentateurs
- l'index des oeuvres et des auteurs cités
- et surtout une postface de Marie-Jean Vinciguerra qui fait (je trouve) une critique lucide de l'ouvrage et du blog tout en proposant une vue cavalière de la littérature corse !
Pour satisfaire une vanité d'auteur que personne ne trouvera incongrue ? Pour le plaisir d'encombrer des tables de librairies avant d'échouer sur des étagères qui n'en méritaient pas tant ?
Non, bien sûr !
Ô cher Livre, va, vis ta vie et joue ton rôle aussi bien que tu le pourras ! Quel rôle me demandes-tu ? Eh bien, celui de déclarer sur de solennelles feuilles en papier l'existence et l'importance d'une littérature corse pour nous aujourd'hui... ou alors de permettre à n'importe quel lecteur de prononcer l'expression "littérature corse" sans trop provoquer autour de lui de petits sourires étonnés... ou alors... ou alors... enfin... ne sois pas trop présomptueux... si quiconque lisant quelques unes de tes pages, y prend quelque plaisir, tu seras bien payé en retour ! (À charge pour le lecteur en question de venir en parler sur ce blog !)
Je note ici un premier écho par Xavier Casanova, sur le blog Isularama, qui lance le débat (merci ; regardez aussi ici son analyse critique de l'édition des "Choniques littéraires" de Marie-Jean Vinciguerra aux éditions Piazzola, très instructive !)
Pour avoir accès au livre, publié chez Albiana, vous pouvez voir sur le site, et dans toutes les excellentes librairies de l'île et du monde qui l'environne...
Je signale tout de même qu'"Eloge de la littérature corse" comporte quelques passages inédits :
- une présentation
- la liste des commentateurs
- l'index des oeuvres et des auteurs cités
- et surtout une postface de Marie-Jean Vinciguerra qui fait (je trouve) une critique lucide de l'ouvrage et du blog tout en proposant une vue cavalière de la littérature corse !
jeudi 27 mai 2010
Table ronde de bloggers corses (22 mai 2010, Bastia)
Eccu issu resucontu (una prova di resucontu, pudete mandà mi cumenti, serà ghjuvevule !)
Eranu invitati :
- Angèle Paoli, pè a so rivista elettronica "Terres de femmes"
- Marcu Biancarelli, pè u so situ persunale "Biancarelli in Barsaglia" è u situ cullettivu "Gazetta di Mirvella"
- Xavier Casanova, pè u so blog "Isularama"
- ed eiu ("Pour une littérature corse" : ghjè quì !)
1ère question : quel(s) désir(s) fut (furent) à l'origine de la création de votre site internet ? Quelle était la part de la Corse dans cette création ?
Angèle Paoli :
- La création de ma revue littéraire a pour origine le désir de prendre la parole pour la donner à mes aïeules qui ne l'avaient pas eue durant leur vie et dont on ne parlait pas. Donc la Corse est au centre de ce désir, dans la Corse, le Cap Corse, dans le Cap, mon village.
- puis il y a eu une évolution de ce premier site "familial" du fait d'une situation de blocage : il y avait peu de documents écrits ou oraux sur ces aïeules. J'ai décidé de me décentrer, ou plutôt de jouer sans cesse entre le dedans et le dehors, d'être en même temps dehors et dedans, sur la frontière.
- quand j'étais sur le Continent, cette revue était un moyen de me guérir de ma nostalgie de la Corse ; maintenant que je vis en Corse, depuis 4 ans, c'est une façon d'aller ailleurs.
- nous sommes trois - Yves Thomas, pour l'édition et le webmastering ; Guidu Antonietti di Cinarca pour la direction artistique et moi-même comme responsable de la rédaction - qui travaillons 6 heures par jour depuis décembre 2004 ; c'est une passion têtue, tenace, pour la Corse, la littérature et l'écriture.
- c'est aussi une façon d'éviter de quémander les éditeurs ; le site est un tremplin mais aussi un lieu de liberté où l'on n'a de compte à rendre à personne ; et puis il faut trouver quelque chose à faire au village quand on ne sait pas garder les bêtes et faire le fromage ; la première question fut donc : est-ce que le village est connecté à Internet ?
Marcu Biancarelli :
- le blog personnel est une vitrine promotionnelle, pour suppléer l'éditeur qui n'était pas en capacité de faire cette promotion. Ainsi l'auteur se prend en main.
- le recours à Internet s'est fait aussi sur fond d'ennui ; mais ce ne fut pas un vrai plaisir de fabriquer ce site-là.
- le site "Gazetta di Mirvella", par contre, me procure beaucoup de plaisir. Il est beaucoup plus collectif. Il s'agit d'un lieu alternatif, où les valeurs sont inversées, l'éloge passe par l'insulte : c'est une franche déconnade. Il s'agit d'éviter l'esprit bien pensant, rigide, trop sérieux. Ce lieu se présente comme une pieve en guerre contre le royaume de Corse dirigé par Pascal Paoli ; cela a commencé en 1759 (nous sommes maintenant en 1760, depuis le 1er janvier 2010) ; dans cette pieve se réunissent des amoureux de l'écriture - en langue corse ou en langue française - qui participent notamment à des concours d'écriture (dernièrement, le concours du "bâton merdeux").
- la Corse est au départ de ces sites, il s'agit d'accueillir une certaine créativité présente sur l'île et que l'on ne voit pas forcément en librairie mais aussi de regarder ailleurs, vers d'autres littératures. On peut citer certaines écritures virtuoses et étonnantes : Mincchjudargenttu ou Stéphane Malachamé. L'outrance est souvent présente, la violence, le pornographique aussi, tous les sentiments humains sauf les sentiments fleur bleue.
Xavier Casanova :
- il y a deux origines à ce blog "Isularama", qui se veut un poste de guet pour regarder la vitalité culturelle en Corse et pour promouvoir les publications de la maison d'édition La Gare :
- tout d'abord, une expérience d'écriture (avec "Codex Corsicae" chez Albiana) qui se solde par une déception devant le manque de valorisation. Le constat cynique et cruel est le suivant : le texte est secondaire, il est prétexte à audience. Il s'agissait donc soit d'assumer cela soit de le détourner. Le détournement est le seul moyen de revenir au contenu du livre. D'où l'aspect décalé des billets du blog, des microvidéos, etc.
- la deuxième source est une expérience dans la presse avec la revue culturelle "Ci simu" (durant 7 numéros). Ce magazine bimensuel avait pour sous-titres : "Isularama" et "Corsicazine". Il s'agissait pour moi que ce magazine soit un support moins d'encensement que de recensement et surtout de critique. Afin de participer au développement de la culture. Or le Web permet une plus grande réactivité et de suivre au jour le jour la créativité culturelle en Corse sans imaginer une usine à gaz pour s'en faire l'écho. Le modèle est "Terres de femmes".
- le blog est un support extraordinaire. Il s'agit de créer un courant d'intérêt suffisant sinon on risque l'épuisement dans le répétitif.
François Renucci :
- j'évoque le fait que le blog "Pour une littérature corse" a été créé pour rendre visible les livres corses par l'intermédiaire des différentes façons dont ils sont lus, par des lecteurs réels, au moyen de billets contenant des "récits de lecture" (au minimum constitués par une citation du livre lu, au maximum par une étude poussée de celui-ci), billets qui idéalement sont ensuite commentés. Depuis janvier 2009, 37 billets (sur les 261) émanent de lecteurs autres que moi-même ; plus de la moitié des 1 900 commentaires aussi. Les discussions sont parfois vives, emportées ; bien des sujets ont suscité des réactions enthousiastes ou outrées.
- la Corse est centrale : le désir porte sur la promotion de la littérature corse, entendue comme l'ensemble des livres qui nourrissent l'imaginaire corse, quelle que soit la langue d'écriture. La conviction est qu'une littérature existe grâce aux lectures réelles et fait ainsi son office dans l'évolution des écritures et des mentalités.
2ème question : êtes-vous satisfaits de l'évolution de votre site internet ? Quelles conséquences en attendez-vous ?
Angèle Paoli :
- Oui, une grande satisfaction, car le site Internet permet d'innover en permanence : par exemple avec l'Anthologie poétique féminine (70 femmes écrivains sélectionnées à ce jour), avec des poèmes inédits, pas forcément par des auteures connues, c'est un lieu d'ouverture qui continuera jusqu'en décembre. Tout cela se fait à moindre coût alors qu'un tirage papier se heurte aux contraintes financières et potentiellement au refus des éditeurs.
- le succès du site "Terres de femmes" (beaucoup de monde le visite, le temps moyen de la visite est de 7 minutes) fait que je reçois beaucoup de livres en service de presse : les auteurs demandent à être présentés car cela assure une audience considérable.
- ce site me permet d'avoir accès aux auteurs vivants.
- à partir de ce site, je mène des ateliers de traductions (notamment avec le Scriptorium de Marseille), des interventions dans divers festivals littéraires (à Montpellier, à Lyon aussi pour présenter Antonella Anedda).
- c'est comme reprendre un travail universitaire mais dégagé du poids des contraintes spécifiques à ce milieu.
- c'est un lieu de reconnaissance et de visibilité.
- c'est un lieu de partage et de proposition : par ewemple, je ne connaissais pas Sylvie Saliceti, il y a quelques mois, et pourtant nous nous sommes trouvés une communauté d'esprit très rapidement ; ce qui fait qu'elle est venue très volontiers, à ma demande, à la soirée de présentation de "Pépé l'Anguille", à Aix-en-Provence, dans les locaux de l'amicale corse. C'est donc une chaîne qui se construit ; un work in progress qui ressemble au bonheur. La revue évolue grâce à une réflexion quotidienne. Les billets sont relus trois fois avant d'être publiés, nous tenons à ce qu'ils soient parfaits pour éviter les erreurs qui se répandent très vite sur le Web.
- C'est une oasis de paix, au contraire d'autres lieux où se déploient des discussions très animées.
Marcu Biancarelli :
- Sur la "Gazetta di Mirvella", c'est bien plutôt la guerre qui est la règle ! Le site est réactif, interactif. Les participants se répondent. C'est un cadavre exquis permanent, jubilatoire, qui détourne les codes. Il n'y a pas d'autre objectif : vient qui veut.
- Il s'agit d'ouvrir un espace de culture alternative, un peu subversive ; cela permet notamment de réveiller la vraie création. À Mirvella, les fautes sont la règle, les grammaires sont réinventées. Je pense au langage créé par Mincchjudargenttu.
- Mais ce n'est pas du militantisme, il n'y a que de la jubilation et on attend qu'il en sorte quelque chose de bon ; c'est vrai qu'un des effets réels du site Internet a été de provoquer des rencontres avec des personnes que je n'aurais normalement jamais croisées. Des talents ont ainsi été découverts, des amitiés sont nées.
Xavier Casanova :
- Satisfaction ? Mais le blog est né de l'insatisfaction ! (c'est ma réponse paradoxale).
- Le blog est pour moi est un lieu qui accueille tous mes excès de créativité, quoi qu'il arrive: c'est une satisfaction autiste, car elle ne dépend pas du fait d'être lu ou pas lu. Cette satisfaction ne se détruira jamais.
- Mais il y a d'autres objectifs : c'est le deuxième niveau de satisfaction. Il s'agit des retours, des réponses, des échanges, des discussions. Cela permet d'aller plus loin et de montrer ce qui est vivant en Corse en matière de culture.
- Or du point de vue de la qualité de ces échanges, le blog "Isularama" n'est pas encore parvenu au niveau de ce qui se passe sur "Terres de femmes" (produit très travaillé, avec un public stable, fidèle, de qualité), sur la "Gazetta di Mirvella" (où des étincelles créent des liens), ou sur "Pour une littérature corse" (où existe un réseau de participants occasionnels ou réguliers).
- Donc, la satisfaction est aussi de voir que nous sommes nombreux à utiliser les outils numériques qui sont des facteurs de changement, d'évolution. Ce sont les satisfactions du devenir.
François Renucci :
- Non, pas de satisfaction totale : je trouve qu'il est encore difficile d'avoir accès au réel des lectures. Cela est plus ou moins empêché par des scrupules, des complexes, des difficultés, des injonctions collectives sur ce qu'il est bon de penser de ceci ou de cela. J'espère donc qu'au fur et à mesure nous atteindrons cet espace de mise en mots des expériences réelles des lecteurs face à tel ou tel livre.
(Je rajoute ceci, que je n'avais pas dit ce jour-là) : Cependant, je suis très satisfait de voir que le blog devient de plus en plus collectif, avec des dizaines de participants. L'idéal pour moi serait que ma part personnelle ne représente pas plus d'un quart des écrits publiés sur le blog (billets et commentaires).
Deux questions dans le public, par un monsieur :
- Question 1 : Je suis un gros lecteur, mais pas un lecteur de blogs. Pour plusieurs raisons : je trouve très difficile de parler des livres qu'on aime, c'est très intime, il faut se livrer ; lorsque quelqu'un parle d'un livre, il y a toujours le risque d'une sorte de terrorisme intellectuel. Qu'en pensez-vous ?
François Renucci :
- Effectivement, parler des livres sur un blog est difficile ou sujet à dérive. C'est justement pour cela qu'il est bon de s'y essayer. La question est aussi : à quelles conditions peut-on se dire tranquillement qu'on n'est pas d'accord ? Certaines des discussions sur le blog "Pour une littérature corse" sont très animées, et cela ne convient pas à tout le monde, cela fait même fuir certains. D'autres m'écrivent ensuite sur mon mail personnel, pour continuer à développer leur point de vue et ensuite je me permets de leur demander si je peux prendre des passages de leur réponse pour les replacer sur le blog ; généralement la réponse est oui, une fois que nous sommes d'accord sur la bienveillance de chacun. La question pour moi est celle de la poursuite du dialogue ; et cela ne peut jamais se faire sans heurts, frictions, malentendus, coups de griffes conscients ou inconscients. (Je ne suis plus très sûr d'avoir répondu cela, je n'ai pas pris de notes pendant que je parlais !)
- Question 2 : Personnellement, je préfère le contact direct, vivant avec les gens et les auteurs. Comment faites-vous pour passer des heures entières de votre journée devant un écran ?
Xavier Casanova :
- Autant poser cette question à un peintre : comment faites-vous pour passer autant de temps devant votre toile ? Il se trouve que l'outil numérique est extraordinaire : il est à la fois téléphone portable, musée, toile et cimaise. Il y a du texte, de la musique, de la vidéo. J'éprouve une fascination certaine pour ces objets.
- Il faut consacrer du temps aussi pour utiliser ces outils d'une façon originale. Il s'agit d'expression visuelle du texte, généralement négligée sur le Web. Ce travail a plusieurs dimensions et le temps passé est aussi celui nécessaire à la résolution de problèmes.
Angèle Paoli et Yves Thomas :
- Les textes choisis s'intègrent dans un autre environnement. Il y a tout un travail informatique, technique, sur des bases de données, parfois détournées. Cela demande des heures de réflexion, comme par exemple pour l'Anthologie poétique féminine qui est en fait un deuxième blog à part entière.
Xavier Casanova :
- Dans tous les cas, il s'agit d'accélérer l'accès aux textes, aux sens, à la poésie, à l'émotion.
Angèle Paoli :
- C'est aussi un travail subversif, qui s'oppose au lavage de cerveau qui prédomine dans les médias, où tout se vaut. Il s'agit de faire des choix, de proposer un autre regard, d'être en attente aussi.
Marcu Biancarelli :
- Oui, il y a de la folie à passer autant de temps devant un écran. Mais c'est inévitable parce que notre travail moderne d'écrivain s'inscrit dans ce champ, qui représente une ouverture infinie.
Et je conclus en remerciant les organisateurs d'Arte Mare, notamment Michèle Corrotti, pour avoir organisé une telle table ronde consacrée pour la première fois au monde littéraire corse sur le Web. J'insiste sur le fait que les quatre invités ne représentent pas à eux seuls tout ce qui se fait dans ce domaine, loin de là ; je cite donc, avec l'aide des autres invités :
- l'association Musa Nostra
- le travail de Stefanu Cesari
- le blog de Norbert Paganelli
- le Foru Corsu
- Corsicapolar
tout en indiquant que cette liste est loin d'être exhaustive et qu'il sera nécessaire de recommencer de tels débats pour réfléchir aux enjeux du monde numérique pour la littérature corse.
(J'ajoute ici et maintenant qu'avant de venir au lycée Jean Nicoli, je suis passé dans la librairie Album et La Librairie des Deux Mondes, et que j'ai acheté le dernier numéro de Bonanova (n° 23) dans lequel vous pouvez trouver deux pages sur la "blogosfera corsa" ou le "web corsofonu", issues d'un travail de Sébastien Quenot : son tableau recense une cinquantaine de sites ! Eccu unu strattu :
"Pari chì oghji ch'hè oghji u finominu di a prisenza di un dì literariu in corsu nantu à Internet fussi propiu di primura."
c'est vrai n'est-ce pas ?).
Eranu invitati :
- Angèle Paoli, pè a so rivista elettronica "Terres de femmes"
- Marcu Biancarelli, pè u so situ persunale "Biancarelli in Barsaglia" è u situ cullettivu "Gazetta di Mirvella"
- Xavier Casanova, pè u so blog "Isularama"
- ed eiu ("Pour une littérature corse" : ghjè quì !)
1ère question : quel(s) désir(s) fut (furent) à l'origine de la création de votre site internet ? Quelle était la part de la Corse dans cette création ?
Angèle Paoli :
- La création de ma revue littéraire a pour origine le désir de prendre la parole pour la donner à mes aïeules qui ne l'avaient pas eue durant leur vie et dont on ne parlait pas. Donc la Corse est au centre de ce désir, dans la Corse, le Cap Corse, dans le Cap, mon village.
- puis il y a eu une évolution de ce premier site "familial" du fait d'une situation de blocage : il y avait peu de documents écrits ou oraux sur ces aïeules. J'ai décidé de me décentrer, ou plutôt de jouer sans cesse entre le dedans et le dehors, d'être en même temps dehors et dedans, sur la frontière.
- quand j'étais sur le Continent, cette revue était un moyen de me guérir de ma nostalgie de la Corse ; maintenant que je vis en Corse, depuis 4 ans, c'est une façon d'aller ailleurs.
- nous sommes trois - Yves Thomas, pour l'édition et le webmastering ; Guidu Antonietti di Cinarca pour la direction artistique et moi-même comme responsable de la rédaction - qui travaillons 6 heures par jour depuis décembre 2004 ; c'est une passion têtue, tenace, pour la Corse, la littérature et l'écriture.
- c'est aussi une façon d'éviter de quémander les éditeurs ; le site est un tremplin mais aussi un lieu de liberté où l'on n'a de compte à rendre à personne ; et puis il faut trouver quelque chose à faire au village quand on ne sait pas garder les bêtes et faire le fromage ; la première question fut donc : est-ce que le village est connecté à Internet ?
Marcu Biancarelli :
- le blog personnel est une vitrine promotionnelle, pour suppléer l'éditeur qui n'était pas en capacité de faire cette promotion. Ainsi l'auteur se prend en main.
- le recours à Internet s'est fait aussi sur fond d'ennui ; mais ce ne fut pas un vrai plaisir de fabriquer ce site-là.
- le site "Gazetta di Mirvella", par contre, me procure beaucoup de plaisir. Il est beaucoup plus collectif. Il s'agit d'un lieu alternatif, où les valeurs sont inversées, l'éloge passe par l'insulte : c'est une franche déconnade. Il s'agit d'éviter l'esprit bien pensant, rigide, trop sérieux. Ce lieu se présente comme une pieve en guerre contre le royaume de Corse dirigé par Pascal Paoli ; cela a commencé en 1759 (nous sommes maintenant en 1760, depuis le 1er janvier 2010) ; dans cette pieve se réunissent des amoureux de l'écriture - en langue corse ou en langue française - qui participent notamment à des concours d'écriture (dernièrement, le concours du "bâton merdeux").
- la Corse est au départ de ces sites, il s'agit d'accueillir une certaine créativité présente sur l'île et que l'on ne voit pas forcément en librairie mais aussi de regarder ailleurs, vers d'autres littératures. On peut citer certaines écritures virtuoses et étonnantes : Mincchjudargenttu ou Stéphane Malachamé. L'outrance est souvent présente, la violence, le pornographique aussi, tous les sentiments humains sauf les sentiments fleur bleue.
Xavier Casanova :
- il y a deux origines à ce blog "Isularama", qui se veut un poste de guet pour regarder la vitalité culturelle en Corse et pour promouvoir les publications de la maison d'édition La Gare :
- tout d'abord, une expérience d'écriture (avec "Codex Corsicae" chez Albiana) qui se solde par une déception devant le manque de valorisation. Le constat cynique et cruel est le suivant : le texte est secondaire, il est prétexte à audience. Il s'agissait donc soit d'assumer cela soit de le détourner. Le détournement est le seul moyen de revenir au contenu du livre. D'où l'aspect décalé des billets du blog, des microvidéos, etc.
- la deuxième source est une expérience dans la presse avec la revue culturelle "Ci simu" (durant 7 numéros). Ce magazine bimensuel avait pour sous-titres : "Isularama" et "Corsicazine". Il s'agissait pour moi que ce magazine soit un support moins d'encensement que de recensement et surtout de critique. Afin de participer au développement de la culture. Or le Web permet une plus grande réactivité et de suivre au jour le jour la créativité culturelle en Corse sans imaginer une usine à gaz pour s'en faire l'écho. Le modèle est "Terres de femmes".
- le blog est un support extraordinaire. Il s'agit de créer un courant d'intérêt suffisant sinon on risque l'épuisement dans le répétitif.
François Renucci :
- j'évoque le fait que le blog "Pour une littérature corse" a été créé pour rendre visible les livres corses par l'intermédiaire des différentes façons dont ils sont lus, par des lecteurs réels, au moyen de billets contenant des "récits de lecture" (au minimum constitués par une citation du livre lu, au maximum par une étude poussée de celui-ci), billets qui idéalement sont ensuite commentés. Depuis janvier 2009, 37 billets (sur les 261) émanent de lecteurs autres que moi-même ; plus de la moitié des 1 900 commentaires aussi. Les discussions sont parfois vives, emportées ; bien des sujets ont suscité des réactions enthousiastes ou outrées.
- la Corse est centrale : le désir porte sur la promotion de la littérature corse, entendue comme l'ensemble des livres qui nourrissent l'imaginaire corse, quelle que soit la langue d'écriture. La conviction est qu'une littérature existe grâce aux lectures réelles et fait ainsi son office dans l'évolution des écritures et des mentalités.
2ème question : êtes-vous satisfaits de l'évolution de votre site internet ? Quelles conséquences en attendez-vous ?
Angèle Paoli :
- Oui, une grande satisfaction, car le site Internet permet d'innover en permanence : par exemple avec l'Anthologie poétique féminine (70 femmes écrivains sélectionnées à ce jour), avec des poèmes inédits, pas forcément par des auteures connues, c'est un lieu d'ouverture qui continuera jusqu'en décembre. Tout cela se fait à moindre coût alors qu'un tirage papier se heurte aux contraintes financières et potentiellement au refus des éditeurs.
- le succès du site "Terres de femmes" (beaucoup de monde le visite, le temps moyen de la visite est de 7 minutes) fait que je reçois beaucoup de livres en service de presse : les auteurs demandent à être présentés car cela assure une audience considérable.
- ce site me permet d'avoir accès aux auteurs vivants.
- à partir de ce site, je mène des ateliers de traductions (notamment avec le Scriptorium de Marseille), des interventions dans divers festivals littéraires (à Montpellier, à Lyon aussi pour présenter Antonella Anedda).
- c'est comme reprendre un travail universitaire mais dégagé du poids des contraintes spécifiques à ce milieu.
- c'est un lieu de reconnaissance et de visibilité.
- c'est un lieu de partage et de proposition : par ewemple, je ne connaissais pas Sylvie Saliceti, il y a quelques mois, et pourtant nous nous sommes trouvés une communauté d'esprit très rapidement ; ce qui fait qu'elle est venue très volontiers, à ma demande, à la soirée de présentation de "Pépé l'Anguille", à Aix-en-Provence, dans les locaux de l'amicale corse. C'est donc une chaîne qui se construit ; un work in progress qui ressemble au bonheur. La revue évolue grâce à une réflexion quotidienne. Les billets sont relus trois fois avant d'être publiés, nous tenons à ce qu'ils soient parfaits pour éviter les erreurs qui se répandent très vite sur le Web.
- C'est une oasis de paix, au contraire d'autres lieux où se déploient des discussions très animées.
Marcu Biancarelli :
- Sur la "Gazetta di Mirvella", c'est bien plutôt la guerre qui est la règle ! Le site est réactif, interactif. Les participants se répondent. C'est un cadavre exquis permanent, jubilatoire, qui détourne les codes. Il n'y a pas d'autre objectif : vient qui veut.
- Il s'agit d'ouvrir un espace de culture alternative, un peu subversive ; cela permet notamment de réveiller la vraie création. À Mirvella, les fautes sont la règle, les grammaires sont réinventées. Je pense au langage créé par Mincchjudargenttu.
- Mais ce n'est pas du militantisme, il n'y a que de la jubilation et on attend qu'il en sorte quelque chose de bon ; c'est vrai qu'un des effets réels du site Internet a été de provoquer des rencontres avec des personnes que je n'aurais normalement jamais croisées. Des talents ont ainsi été découverts, des amitiés sont nées.
Xavier Casanova :
- Satisfaction ? Mais le blog est né de l'insatisfaction ! (c'est ma réponse paradoxale).
- Le blog est pour moi est un lieu qui accueille tous mes excès de créativité, quoi qu'il arrive: c'est une satisfaction autiste, car elle ne dépend pas du fait d'être lu ou pas lu. Cette satisfaction ne se détruira jamais.
- Mais il y a d'autres objectifs : c'est le deuxième niveau de satisfaction. Il s'agit des retours, des réponses, des échanges, des discussions. Cela permet d'aller plus loin et de montrer ce qui est vivant en Corse en matière de culture.
- Or du point de vue de la qualité de ces échanges, le blog "Isularama" n'est pas encore parvenu au niveau de ce qui se passe sur "Terres de femmes" (produit très travaillé, avec un public stable, fidèle, de qualité), sur la "Gazetta di Mirvella" (où des étincelles créent des liens), ou sur "Pour une littérature corse" (où existe un réseau de participants occasionnels ou réguliers).
- Donc, la satisfaction est aussi de voir que nous sommes nombreux à utiliser les outils numériques qui sont des facteurs de changement, d'évolution. Ce sont les satisfactions du devenir.
François Renucci :
- Non, pas de satisfaction totale : je trouve qu'il est encore difficile d'avoir accès au réel des lectures. Cela est plus ou moins empêché par des scrupules, des complexes, des difficultés, des injonctions collectives sur ce qu'il est bon de penser de ceci ou de cela. J'espère donc qu'au fur et à mesure nous atteindrons cet espace de mise en mots des expériences réelles des lecteurs face à tel ou tel livre.
(Je rajoute ceci, que je n'avais pas dit ce jour-là) : Cependant, je suis très satisfait de voir que le blog devient de plus en plus collectif, avec des dizaines de participants. L'idéal pour moi serait que ma part personnelle ne représente pas plus d'un quart des écrits publiés sur le blog (billets et commentaires).
Deux questions dans le public, par un monsieur :
- Question 1 : Je suis un gros lecteur, mais pas un lecteur de blogs. Pour plusieurs raisons : je trouve très difficile de parler des livres qu'on aime, c'est très intime, il faut se livrer ; lorsque quelqu'un parle d'un livre, il y a toujours le risque d'une sorte de terrorisme intellectuel. Qu'en pensez-vous ?
François Renucci :
- Effectivement, parler des livres sur un blog est difficile ou sujet à dérive. C'est justement pour cela qu'il est bon de s'y essayer. La question est aussi : à quelles conditions peut-on se dire tranquillement qu'on n'est pas d'accord ? Certaines des discussions sur le blog "Pour une littérature corse" sont très animées, et cela ne convient pas à tout le monde, cela fait même fuir certains. D'autres m'écrivent ensuite sur mon mail personnel, pour continuer à développer leur point de vue et ensuite je me permets de leur demander si je peux prendre des passages de leur réponse pour les replacer sur le blog ; généralement la réponse est oui, une fois que nous sommes d'accord sur la bienveillance de chacun. La question pour moi est celle de la poursuite du dialogue ; et cela ne peut jamais se faire sans heurts, frictions, malentendus, coups de griffes conscients ou inconscients. (Je ne suis plus très sûr d'avoir répondu cela, je n'ai pas pris de notes pendant que je parlais !)
- Question 2 : Personnellement, je préfère le contact direct, vivant avec les gens et les auteurs. Comment faites-vous pour passer des heures entières de votre journée devant un écran ?
Xavier Casanova :
- Autant poser cette question à un peintre : comment faites-vous pour passer autant de temps devant votre toile ? Il se trouve que l'outil numérique est extraordinaire : il est à la fois téléphone portable, musée, toile et cimaise. Il y a du texte, de la musique, de la vidéo. J'éprouve une fascination certaine pour ces objets.
- Il faut consacrer du temps aussi pour utiliser ces outils d'une façon originale. Il s'agit d'expression visuelle du texte, généralement négligée sur le Web. Ce travail a plusieurs dimensions et le temps passé est aussi celui nécessaire à la résolution de problèmes.
Angèle Paoli et Yves Thomas :
- Les textes choisis s'intègrent dans un autre environnement. Il y a tout un travail informatique, technique, sur des bases de données, parfois détournées. Cela demande des heures de réflexion, comme par exemple pour l'Anthologie poétique féminine qui est en fait un deuxième blog à part entière.
Xavier Casanova :
- Dans tous les cas, il s'agit d'accélérer l'accès aux textes, aux sens, à la poésie, à l'émotion.
Angèle Paoli :
- C'est aussi un travail subversif, qui s'oppose au lavage de cerveau qui prédomine dans les médias, où tout se vaut. Il s'agit de faire des choix, de proposer un autre regard, d'être en attente aussi.
Marcu Biancarelli :
- Oui, il y a de la folie à passer autant de temps devant un écran. Mais c'est inévitable parce que notre travail moderne d'écrivain s'inscrit dans ce champ, qui représente une ouverture infinie.
Et je conclus en remerciant les organisateurs d'Arte Mare, notamment Michèle Corrotti, pour avoir organisé une telle table ronde consacrée pour la première fois au monde littéraire corse sur le Web. J'insiste sur le fait que les quatre invités ne représentent pas à eux seuls tout ce qui se fait dans ce domaine, loin de là ; je cite donc, avec l'aide des autres invités :
- l'association Musa Nostra
- le travail de Stefanu Cesari
- le blog de Norbert Paganelli
- le Foru Corsu
- Corsicapolar
tout en indiquant que cette liste est loin d'être exhaustive et qu'il sera nécessaire de recommencer de tels débats pour réfléchir aux enjeux du monde numérique pour la littérature corse.
(J'ajoute ici et maintenant qu'avant de venir au lycée Jean Nicoli, je suis passé dans la librairie Album et La Librairie des Deux Mondes, et que j'ai acheté le dernier numéro de Bonanova (n° 23) dans lequel vous pouvez trouver deux pages sur la "blogosfera corsa" ou le "web corsofonu", issues d'un travail de Sébastien Quenot : son tableau recense une cinquantaine de sites ! Eccu unu strattu :
"Pari chì oghji ch'hè oghji u finominu di a prisenza di un dì literariu in corsu nantu à Internet fussi propiu di primura."
c'est vrai n'est-ce pas ?).
dimanche 14 février 2010
Façons de parler de la littérature corse
Allons-y, l'année 2010 s'annonce très riche pour la littérature corse : citons ici trois façons particulières de la rendre présente et de lui donner de la valeur :
- la soirée poétique organisée par Jean-François Agostini, à Sartène, le samedi 23 janvier 2010, a été un franc succès, en mariant lectures, musiques, vidéos, entretiens, présentations ; je vous recommande de lire le compte rendu/analyse qu'en propose Norbert Paganelli sur son site "Invistita" (rubrique "News").
- la prochaine rencontre littéraire proposée par Xavier Casanova, à Poghju di Venacu, le samedi 20 février 2010, qui réunira un éditeur, un auteur, une critique littéraire pour évoquer quatre livres différents. (Un complément du 19 février 2010 : le lien vers le site d'Annette Luciani qui est la véritable organisatrice de cette rencontre : ici).
- l'éditorial de l'éditeur de février 2010 sur le site des éditions Albiana, au ton affirmé (et même un peu provocant : ce qui ne fait pas de mal), décrétant "unilatéralement" 2010, "année de la littérature corse". Comment ne pas souscrire ?
Nous essaierons, à Aix notamment, de profiter de toutes ces expériences ! Vous avez peut-être des avis singuliers sur ces expériences passées, en cours ou à venir ?
- la soirée poétique organisée par Jean-François Agostini, à Sartène, le samedi 23 janvier 2010, a été un franc succès, en mariant lectures, musiques, vidéos, entretiens, présentations ; je vous recommande de lire le compte rendu/analyse qu'en propose Norbert Paganelli sur son site "Invistita" (rubrique "News").
- la prochaine rencontre littéraire proposée par Xavier Casanova, à Poghju di Venacu, le samedi 20 février 2010, qui réunira un éditeur, un auteur, une critique littéraire pour évoquer quatre livres différents. (Un complément du 19 février 2010 : le lien vers le site d'Annette Luciani qui est la véritable organisatrice de cette rencontre : ici).
- l'éditorial de l'éditeur de février 2010 sur le site des éditions Albiana, au ton affirmé (et même un peu provocant : ce qui ne fait pas de mal), décrétant "unilatéralement" 2010, "année de la littérature corse". Comment ne pas souscrire ?
Nous essaierons, à Aix notamment, de profiter de toutes ces expériences ! Vous avez peut-être des avis singuliers sur ces expériences passées, en cours ou à venir ?
jeudi 21 janvier 2010
Club de lecture du 21 janvier 2010
Très belle soirée, très agréable : les neuf participants du club de lecture corse se sont retrouvés à la librairie All Books and Co, à Aix. Un grand merci à tous. Voici quelques mots signalant les livres présentés :
- Par Madame Kessler :
* "Les vents de l'oubli. Souvenirs d'une enfance corse", de Pierre Soavi (Albin Michel). Ecrit très simplement, relate une enfance corse qui est aussi celle de la lectrice, d'où le plaisir de l'identification et de la reconnaissance. Madame Kessler nous demande de lire un paragraphe de la page 35 consacré à la vertu de l'honnêteté.
* "Monuments de Corse", de Franck Leandri et Laurent Chabot (Edisud).
* "Almanach de la mémoire et des coutumes", Lucie Desideri et Claire Tiévant (Albin Michel). Y retrouver ici aussi les moments de la Corse passée est un grand plaisir. Madame Kessler utilise ce livre pour raconter la Corse à ses petites-filles : les berceuses, la "merendella" de Pâques, le "catenacciu" de Sartène par exemple. Souvenirs : le pénitent marche entre 20 h 30 et minuit accompagné par la mélopée "Perdono mio Dio", beaucoup d'émotion et de recueillement.
- Par Jéromine Rossi :
*"Lettre aux femmes corses", de Edmond Simeoni (DCL/Sammarcelli). Une critique : l'auteur indique que "la" femme corse était confinée au foyer, l'homme ramenant l'argent à la maison. Jéromine insiste pour signaler que les femmes en Corse ont au contraire beaucoup travaillé à l'extérieur de la maison, aux champs, ramenant de l'argent dans la famille ; argent utilisé pour financer les études des jeunes garçons. Ainsi pour Jéromine, en appeler à un métissage pour rénover les mentalités n'est pas la priorité ; ce qu'il faut c'est changer la mentalité qui a contraint beaucoup des femmes corses à limiter ses ambitions et à éprouver la "peur d'avancer".
- Par moi-même :
* "Gabriel Diana ou Le travail sur soi", de Marie-Jean Vinciguerra (inclus dans le magnifique coffret initulé "DIANA", consacré au travail du sculpteur et peintre Gabriel Diana). J'ai mis l'accent sur le fait que le texte de Marie-Jean Vinciguerra est un assemblage de textes très variés (poèmes, prose philosophique, récits), tous marqués par une vision spirituelle de l'érotisme et du plaisir sexuel : la Beauté comme voie vers la "véritable extase". Important aussi : la thématique sexuelle, érotique est assez rare dans la littérature corse ; il est bon qu'elle soit développée dans des styles très variés, notamment comme chez Marcu Biancarelli (voir ainsi dans le recueil "Stremu Miridianu"). Je lis la page 106, qui présente un dialogue réflexif sur le rapport entre érotisme et nature, érotisme et mort.
- Par Emmanuelle Caminade :
* "Un sel d'argent. Mimoria arghjintina", de Norbert Paganelli et Joseph Nicolaï (coédition A Fior di Carta et La Gare). Emmanuelle dit tout son plaisir devant un livre original qui combine le "regard intrigué" du photographe et le "regard oblique" du poète pour interroger le cliché (des photos des années 70 à 90 à Sartène). Emmanuelle évoque alors Janus, le dieu des portes, des passages et des seuils, qui regarde avant et après, l'intérieur et l'extérieur : fonctionnement qui se retrouve dans la mise en page de Xavier Casanova qui met en regard la photo entière et un de ses détails ainsi qu'un poème en corse et un autre en français. Un beau livre d'art de poche. Nous apprenons que ce livre se vend très bien en ce moment et qu'une réédition est envisageable : nous en profitons pour espérer que le livre connaîtra un format légèrement plus grand ! (A signaler, qu'Emmanuelle Caminade a aussi écrit un billet à propos de ce livre : à lire ici).
Encore un grand merci à l'équipe d'All Books and Co, obligée de nous expulser de la librairie à 19 h 10...
N'oublions pas que le petit rayon littéraire corse d'All Books and Co est un des rares lieux sur le Continent à proposer à la vente, en permanence, un ensemble de livres corses (en corse et en français) ; pour tous les autres livres, n'hésitez pas à passer commande, les libraires connaissent les éditions corses.
- Par Madame Kessler :
* "Les vents de l'oubli. Souvenirs d'une enfance corse", de Pierre Soavi (Albin Michel). Ecrit très simplement, relate une enfance corse qui est aussi celle de la lectrice, d'où le plaisir de l'identification et de la reconnaissance. Madame Kessler nous demande de lire un paragraphe de la page 35 consacré à la vertu de l'honnêteté.
* "Monuments de Corse", de Franck Leandri et Laurent Chabot (Edisud).
* "Almanach de la mémoire et des coutumes", Lucie Desideri et Claire Tiévant (Albin Michel). Y retrouver ici aussi les moments de la Corse passée est un grand plaisir. Madame Kessler utilise ce livre pour raconter la Corse à ses petites-filles : les berceuses, la "merendella" de Pâques, le "catenacciu" de Sartène par exemple. Souvenirs : le pénitent marche entre 20 h 30 et minuit accompagné par la mélopée "Perdono mio Dio", beaucoup d'émotion et de recueillement.
- Par Jéromine Rossi :
*"Lettre aux femmes corses", de Edmond Simeoni (DCL/Sammarcelli). Une critique : l'auteur indique que "la" femme corse était confinée au foyer, l'homme ramenant l'argent à la maison. Jéromine insiste pour signaler que les femmes en Corse ont au contraire beaucoup travaillé à l'extérieur de la maison, aux champs, ramenant de l'argent dans la famille ; argent utilisé pour financer les études des jeunes garçons. Ainsi pour Jéromine, en appeler à un métissage pour rénover les mentalités n'est pas la priorité ; ce qu'il faut c'est changer la mentalité qui a contraint beaucoup des femmes corses à limiter ses ambitions et à éprouver la "peur d'avancer".
- Par moi-même :
* "Gabriel Diana ou Le travail sur soi", de Marie-Jean Vinciguerra (inclus dans le magnifique coffret initulé "DIANA", consacré au travail du sculpteur et peintre Gabriel Diana). J'ai mis l'accent sur le fait que le texte de Marie-Jean Vinciguerra est un assemblage de textes très variés (poèmes, prose philosophique, récits), tous marqués par une vision spirituelle de l'érotisme et du plaisir sexuel : la Beauté comme voie vers la "véritable extase". Important aussi : la thématique sexuelle, érotique est assez rare dans la littérature corse ; il est bon qu'elle soit développée dans des styles très variés, notamment comme chez Marcu Biancarelli (voir ainsi dans le recueil "Stremu Miridianu"). Je lis la page 106, qui présente un dialogue réflexif sur le rapport entre érotisme et nature, érotisme et mort.
- Par Emmanuelle Caminade :
* "Un sel d'argent. Mimoria arghjintina", de Norbert Paganelli et Joseph Nicolaï (coédition A Fior di Carta et La Gare). Emmanuelle dit tout son plaisir devant un livre original qui combine le "regard intrigué" du photographe et le "regard oblique" du poète pour interroger le cliché (des photos des années 70 à 90 à Sartène). Emmanuelle évoque alors Janus, le dieu des portes, des passages et des seuils, qui regarde avant et après, l'intérieur et l'extérieur : fonctionnement qui se retrouve dans la mise en page de Xavier Casanova qui met en regard la photo entière et un de ses détails ainsi qu'un poème en corse et un autre en français. Un beau livre d'art de poche. Nous apprenons que ce livre se vend très bien en ce moment et qu'une réédition est envisageable : nous en profitons pour espérer que le livre connaîtra un format légèrement plus grand ! (A signaler, qu'Emmanuelle Caminade a aussi écrit un billet à propos de ce livre : à lire ici).
Encore un grand merci à l'équipe d'All Books and Co, obligée de nous expulser de la librairie à 19 h 10...
N'oublions pas que le petit rayon littéraire corse d'All Books and Co est un des rares lieux sur le Continent à proposer à la vente, en permanence, un ensemble de livres corses (en corse et en français) ; pour tous les autres livres, n'hésitez pas à passer commande, les libraires connaissent les éditions corses.
dimanche 10 janvier 2010
Une nouvelle lecture du fameux "Codex Corsicae"
Je signale par un simple billet très court qu'Emmanuelle Caminade - lisant sur ce blog le billet précédemment consacré au "Codex Corsicae" de Xavier Casanova (voir ici une de ses micro-vidéos pour la nouvelle année...) et développant alors le désir de lire ce livre - a fini par écrire un nouveau billet à propos de cet ouvrage qualifié de "bel exercice oulipien" sur son propre blog (où l'on trouve déjà, parmi bien d'autres auteurs, d'autres noms de la littérature corse comme Jérôme Ferrari, Marcu Biancarelli et Norbert Paganelli).
Bonne lecture et merci à Emmanuelle Caminade !
Voir ici pour lire son billet.
Bonne lecture et merci à Emmanuelle Caminade !
Voir ici pour lire son billet.
mardi 22 décembre 2009
"Codex Corsicae" : éloge des départs
Le 4 avril 2009, je faisais état de ma non-lecture du "Codex Corsicae" de Xavier Casanova, tout honte bue. Et puis aujourd'hui, mardi 22 décembre 2009, je viens de finir la "lecture" de ce "livre". Je dis "lecture", parce que cet acte est bien divers, complexe et mystérieux...
"Ma" "lecture" de ce "livre" a donc été aujourd'hui la suivante : dans le salon, à Campile, entre 14 heures et 17 heures. Durant ces trois heures ? : du brouillard dans le village (classique), à ne plus voir le clocher, et la nuit qui envahit. Avant cela ? : les commerçants ambulants : la boulangère (qui est du village) ce matin, le boucher (qui est d'un autre) vers 13 h 30. Circonstances mentales ? : depuis plusieurs jours je sais que je vais bientôt rencontrer Xavier Casanova, l'auteur du livre ! Je me dois donc de "lire" enfin correctement son livre ! Donc, 14 h : je suis assis près de la cheminée (il n'y a pas de feu). Et je me lance.
Le "livre" est constitué de deux parties, différentes :
- 100 "socioglyphes", listés sur 40 pages, constituent la première partie. Comment en parler ? C'est très drôle (humour décalé, pince sans-rire, absurde), cela évoque la Corse contemporaine (Gendarmes et Clandestins, Corse-Matin et CTC, etc.), cela semble partir dans tous les sens et pourtant chaque introduction d'un nouvel élément (la mouche, la pelle à tarte naine, la médaille, l'ocarina, etc.), aussi incongru soit-il, donne lieu, quelques pages plus loin, à "reprise" et à "étincelle mentale".
Un exemple qui m'a bien plu ? L'analyse des discours en Corse, en trois catégories répertoriées par le socioglyphe 81 : le systalique, le diastalique et l'euchastique, décrits par les trois socioglyphes suivants :
82. LE SYSTALIQUE. - Ce genre réveille toutes les passions tendres et affectueuses susceptibles de resserrer le coeur jusqu'aux limites du supportable. Ô Cursichella !
83. LE DIASTALIQUE. - Ce genre provoque l'expansion démesurée des grands et nobles sentiments de la tragédie, depuis la joie exubérante jusqu'au courage intrépide. Libertà !
84. L'EUCHASTIQUE. - Ce genre, admirablement adopté et développé par les chroniqueurs de Corse-Matin (Béni soit son nom !), se tient exactement entre striction et expansion. Il s'emploie - avec une application pétrie de bienveillance à l'égard de tous - à ramener l'âme de chacun à la tranquillité sereine. Son outil est la louange des actes insignifiants. Son arme est l'euphémisation des gestes extrêmes. Sa réussite est, non pas de réconcilier l'agneau et le loup, mais de ne paraître l'ennemi d'aucun. Son appui le plus constant est le temps qui passe. Durer, c'est en effet voir mourir ou s'entretuer les autres, en savourant délicieusement sa pérennité. Lascia corre. Lascia more.
Toujours trouvé qu'il y avait une étude magistrale à faire du "Corse-Matin" : comment le quotidien unique recouvre la réalité de l'île d'un voile pudique, et comment il ne peut en être autrement...
Mais, nous dirons-nous, qu'est-ce donc qu'un "socioglyphe" ? Le livre de Casanova propose lui-même une description (c'est au début de la seconde partie) :
- Socioglyphe ? Le terme apparaît pour la première fois sur un manuscrit franciscain anonyme et non daté, très vraisemblablement écrit dans le début du XVIIème siècle si on en juge par l'évidente infiltration de thèmes hérités de la Renaissance florentine et vénitienne. Adoptés ou réfutés, ils tendent la trame qui s'entrecroise avec un fil mélangé - moitié formules naturelles quasi-triviales et moitié propositions synthétiques quasi-axiomatisées. Elles mettent le plus souvent en balance des conclusions aussi fortement équiprobables que contradictoires, tant et si bien que, sans l'unité de style, on croirait à une écriture à deux plumes. Transcrirait-elle un débat à deux têtes, auquel l'auteur aurait participé ou assisté ? Ou encore un dialogue entre deux instances de sa même personne engagées dans un exercice spirituel hardi et ardu ?
Lisant ce passage, j'eus de nouveau envie de lire les "socioglyphes" de la première partie, pour faire jouer entre elles les contradictions (car à la première lecture, j'avais plutôt l'impression d'un système de pensée, logique et cohérent, comme quoi ma lecture avait dû être trop rapide).
- Et puis la deuxième partie du livre, intitulée "Esquisse d'une théorie de l'interprétation des socioglyphes de Corse". Elle raconte les pérégrinations d'un frère franciscain (Fra Luca), qui après son séjour en Corse, écrira le fameux "Codex Corsicae". Avant d'arriver sur l'île, il aura rencontré divers personnages hauts en couleurs, ayant vécu des vies aventureuses, physiquement et spirituellement, et le tout sera propre à remettre en cause bien des dogmes et des pouvoirs établis (dans une veine qui rappelle Rabelais).
Il y a deux passages qui m'ont ravi (entre les deux, je dois au caractère scientifique de ce billet de dire que j'ai dormi une petite heure, le livre en mains, le doigt glissé à la page je ne sais plus combien ; et à mon réveil, qui se fit par paliers, le feu était allumé dans la cheminée à ma gauche ; est-ce que le doux sifflement des bûches, la chaleur des flammes, l'odeur du feu et les voyages euroméditerranéens des personnages de Casanova, entre Tunis, Rome, la Corse, Lyon et Paris m'avaient emmené au pays des rêves, ou bien, au contraire, mon sommeil, à sa manière butale, m'avait-il bien mieux plongé que mes yeux fatigués, dans le livre de Casanova ?), voici donc deux passages qui ont accroché ma mémoire (justement) :
Parlant ainsi de son arrivée en Corse, il dit avoir, avant de rejoindre la communauté conventuelle qui s'apprête à le recevoir, trois fois touché du doigt le monde des eaux : par la mer qu'il a franchie, par l'étang qu'il a contourné, par le fleuve qu'il a remonté. Si la mémoire est comme le monde des eaux, alors il doit être des mémoires lisses comme un miroir mais qu'un coup de Gregale ou de Libecciu peut transformer en enfer liquide. Il doit être aussi des mémoires calmes commes les étangs de Diana ou d'Urbinu, mais dont on ne peut s'approcher sans se trouver englué dans les vases qui le bordent. Il doit être aussi des mémoires farouches comme le fleuve qui rassemble toutes les sources de la vallée, n'en fait qu'une seule et même force, fend la montagne en deux falaises abruptes, mais, dès le piémont s'évase, divague et s'envase.
(...)
Parlant de son exercice de stylite, il dit avoir, dans sa station sur la colonne, trois fois touché du doigt le monde de la lumière, par la course du Soleil, de la Lune et des feux.
Si la mémoire est comme le monde de la lumière, alors il doit être des mémoires comme le Soleil qui illumine le monde d'un horizon à l'autre mais aveugle qui voudrait le regarder en face. Il doit être aussi des mémoires comme la Lune, qui s'enfle et se rétracte, mélangeant chaque fois à proportions subtiles et changeantes l'image et le souvenir du monde. Il doit être aussi des mémoires commes les feux, qui transforment au gré de l'homme la caverne et la cave en paysages ensoleillés, mais aussi la plaine et la montagne en paysages lunaires.
Voilà.
Je voulais citer aussi un passage de la fin du livre. Mais je ne le ferai pas, je préfère terminer ce billet sur l'évocation des six sortes de mémoires... Six pistes pour s'égarer et vagabonder dans les bois de la littérature corse.
Et refermant le livre, je me dis : ce que je viens de "lire", c'est un éloge des "départs" (partir en Corse, partir de Corse, etc.). Et de ce qu'ils obligent à emporter avec soi, dans ses mémoires ; et de ce qu'ils obligent à accueillir d'imprévisible ; et de ce qu'ils engagent finalement à produire (comme par exemple le recueil des cent notices biographiques des "captifs rachetés par la charité des chrétiens de Paris", recueil magnifiquement intitulé "Libérations"... C'est peut-être de ce livre absolument vrai puisqu'inventé dont j'ai rêvé pendant une heure ?).
Mais vous avez peut-être fait une lecture bien différente du même ouvrage ?
Exemple d'une autre lecture : la recension du livre par Okuba Kentaro, pour "Combats magazine".
"Ma" "lecture" de ce "livre" a donc été aujourd'hui la suivante : dans le salon, à Campile, entre 14 heures et 17 heures. Durant ces trois heures ? : du brouillard dans le village (classique), à ne plus voir le clocher, et la nuit qui envahit. Avant cela ? : les commerçants ambulants : la boulangère (qui est du village) ce matin, le boucher (qui est d'un autre) vers 13 h 30. Circonstances mentales ? : depuis plusieurs jours je sais que je vais bientôt rencontrer Xavier Casanova, l'auteur du livre ! Je me dois donc de "lire" enfin correctement son livre ! Donc, 14 h : je suis assis près de la cheminée (il n'y a pas de feu). Et je me lance.
Le "livre" est constitué de deux parties, différentes :
- 100 "socioglyphes", listés sur 40 pages, constituent la première partie. Comment en parler ? C'est très drôle (humour décalé, pince sans-rire, absurde), cela évoque la Corse contemporaine (Gendarmes et Clandestins, Corse-Matin et CTC, etc.), cela semble partir dans tous les sens et pourtant chaque introduction d'un nouvel élément (la mouche, la pelle à tarte naine, la médaille, l'ocarina, etc.), aussi incongru soit-il, donne lieu, quelques pages plus loin, à "reprise" et à "étincelle mentale".
Un exemple qui m'a bien plu ? L'analyse des discours en Corse, en trois catégories répertoriées par le socioglyphe 81 : le systalique, le diastalique et l'euchastique, décrits par les trois socioglyphes suivants :
82. LE SYSTALIQUE. - Ce genre réveille toutes les passions tendres et affectueuses susceptibles de resserrer le coeur jusqu'aux limites du supportable. Ô Cursichella !
83. LE DIASTALIQUE. - Ce genre provoque l'expansion démesurée des grands et nobles sentiments de la tragédie, depuis la joie exubérante jusqu'au courage intrépide. Libertà !
84. L'EUCHASTIQUE. - Ce genre, admirablement adopté et développé par les chroniqueurs de Corse-Matin (Béni soit son nom !), se tient exactement entre striction et expansion. Il s'emploie - avec une application pétrie de bienveillance à l'égard de tous - à ramener l'âme de chacun à la tranquillité sereine. Son outil est la louange des actes insignifiants. Son arme est l'euphémisation des gestes extrêmes. Sa réussite est, non pas de réconcilier l'agneau et le loup, mais de ne paraître l'ennemi d'aucun. Son appui le plus constant est le temps qui passe. Durer, c'est en effet voir mourir ou s'entretuer les autres, en savourant délicieusement sa pérennité. Lascia corre. Lascia more.
Toujours trouvé qu'il y avait une étude magistrale à faire du "Corse-Matin" : comment le quotidien unique recouvre la réalité de l'île d'un voile pudique, et comment il ne peut en être autrement...
Mais, nous dirons-nous, qu'est-ce donc qu'un "socioglyphe" ? Le livre de Casanova propose lui-même une description (c'est au début de la seconde partie) :
- Socioglyphe ? Le terme apparaît pour la première fois sur un manuscrit franciscain anonyme et non daté, très vraisemblablement écrit dans le début du XVIIème siècle si on en juge par l'évidente infiltration de thèmes hérités de la Renaissance florentine et vénitienne. Adoptés ou réfutés, ils tendent la trame qui s'entrecroise avec un fil mélangé - moitié formules naturelles quasi-triviales et moitié propositions synthétiques quasi-axiomatisées. Elles mettent le plus souvent en balance des conclusions aussi fortement équiprobables que contradictoires, tant et si bien que, sans l'unité de style, on croirait à une écriture à deux plumes. Transcrirait-elle un débat à deux têtes, auquel l'auteur aurait participé ou assisté ? Ou encore un dialogue entre deux instances de sa même personne engagées dans un exercice spirituel hardi et ardu ?
Lisant ce passage, j'eus de nouveau envie de lire les "socioglyphes" de la première partie, pour faire jouer entre elles les contradictions (car à la première lecture, j'avais plutôt l'impression d'un système de pensée, logique et cohérent, comme quoi ma lecture avait dû être trop rapide).
- Et puis la deuxième partie du livre, intitulée "Esquisse d'une théorie de l'interprétation des socioglyphes de Corse". Elle raconte les pérégrinations d'un frère franciscain (Fra Luca), qui après son séjour en Corse, écrira le fameux "Codex Corsicae". Avant d'arriver sur l'île, il aura rencontré divers personnages hauts en couleurs, ayant vécu des vies aventureuses, physiquement et spirituellement, et le tout sera propre à remettre en cause bien des dogmes et des pouvoirs établis (dans une veine qui rappelle Rabelais).
Il y a deux passages qui m'ont ravi (entre les deux, je dois au caractère scientifique de ce billet de dire que j'ai dormi une petite heure, le livre en mains, le doigt glissé à la page je ne sais plus combien ; et à mon réveil, qui se fit par paliers, le feu était allumé dans la cheminée à ma gauche ; est-ce que le doux sifflement des bûches, la chaleur des flammes, l'odeur du feu et les voyages euroméditerranéens des personnages de Casanova, entre Tunis, Rome, la Corse, Lyon et Paris m'avaient emmené au pays des rêves, ou bien, au contraire, mon sommeil, à sa manière butale, m'avait-il bien mieux plongé que mes yeux fatigués, dans le livre de Casanova ?), voici donc deux passages qui ont accroché ma mémoire (justement) :
Parlant ainsi de son arrivée en Corse, il dit avoir, avant de rejoindre la communauté conventuelle qui s'apprête à le recevoir, trois fois touché du doigt le monde des eaux : par la mer qu'il a franchie, par l'étang qu'il a contourné, par le fleuve qu'il a remonté. Si la mémoire est comme le monde des eaux, alors il doit être des mémoires lisses comme un miroir mais qu'un coup de Gregale ou de Libecciu peut transformer en enfer liquide. Il doit être aussi des mémoires calmes commes les étangs de Diana ou d'Urbinu, mais dont on ne peut s'approcher sans se trouver englué dans les vases qui le bordent. Il doit être aussi des mémoires farouches comme le fleuve qui rassemble toutes les sources de la vallée, n'en fait qu'une seule et même force, fend la montagne en deux falaises abruptes, mais, dès le piémont s'évase, divague et s'envase.
(...)
Parlant de son exercice de stylite, il dit avoir, dans sa station sur la colonne, trois fois touché du doigt le monde de la lumière, par la course du Soleil, de la Lune et des feux.
Si la mémoire est comme le monde de la lumière, alors il doit être des mémoires comme le Soleil qui illumine le monde d'un horizon à l'autre mais aveugle qui voudrait le regarder en face. Il doit être aussi des mémoires comme la Lune, qui s'enfle et se rétracte, mélangeant chaque fois à proportions subtiles et changeantes l'image et le souvenir du monde. Il doit être aussi des mémoires commes les feux, qui transforment au gré de l'homme la caverne et la cave en paysages ensoleillés, mais aussi la plaine et la montagne en paysages lunaires.
Voilà.
Je voulais citer aussi un passage de la fin du livre. Mais je ne le ferai pas, je préfère terminer ce billet sur l'évocation des six sortes de mémoires... Six pistes pour s'égarer et vagabonder dans les bois de la littérature corse.
Et refermant le livre, je me dis : ce que je viens de "lire", c'est un éloge des "départs" (partir en Corse, partir de Corse, etc.). Et de ce qu'ils obligent à emporter avec soi, dans ses mémoires ; et de ce qu'ils obligent à accueillir d'imprévisible ; et de ce qu'ils engagent finalement à produire (comme par exemple le recueil des cent notices biographiques des "captifs rachetés par la charité des chrétiens de Paris", recueil magnifiquement intitulé "Libérations"... C'est peut-être de ce livre absolument vrai puisqu'inventé dont j'ai rêvé pendant une heure ?).
Mais vous avez peut-être fait une lecture bien différente du même ouvrage ?
Exemple d'une autre lecture : la recension du livre par Okuba Kentaro, pour "Combats magazine".
dimanche 15 novembre 2009
Manifeste de Luri : suites des réflexions
Le 22 août 2009, une réunion à Luri a permis de lancer une opération d'abord intitulée "Manifeste de Luri" et finalement renommée "OPERATA CULTURALE" depuis la récente réunion de Francardu ce 7 novembre 2009.
J'avais déjà relayé cette initiative sur ce blog : voir ici.
Personnellement, je vois d'un très bon oeil et avec beaucoup d'enthousiasme toutes les actions qui font vivre la littérature corse (et les créations culturelles en général, et l'imaginaire corse ou en Corse en conséquence). On voit bien que les actions se multiplient, se pérennisent.
La question que pose le Manifeste de Luri est intéressante : c'est la question de la "cohésion". Je crois aussi qu'il peut être bon de rendre visible l'ensemble des acteurs du monde littéraire. L'OPERATA CULTURALE propose ainsi :
- une bibliographie courante de la production littéraire corse
- un salon du livre corse au mois de juin 2010, au centre Prumitei à Francardu
Voici les liens, pour nourrir votre réflexion :
- sur le site de Jean-Pierre Santini : le compte rendu de la réunion de Francardu du 7 novembre 2009
- sur le site Isularama : un billet de Xavier Casanova sur le même sujet
- sur le site Isularama : les réflexions très animées du même Xavier Casanova (intitulées "Manifeste des Agriates")
Je rappelle ici une idée qui n'a pas convenu à tous les participants de l'OPERATA CULTURALE, mais à laquelle je suis très attaché, car recenser toutes les oeuvres corses, présenter toutes les oeuvres corses, c'est très bien et absolument nécessaire, mais le plaisir pris à découvrir ces oeuvres et l'évolution elle-même de la littérature corse seront d'autant plus forts et riches que l'on organisera des débats, des discussions, des critiques (même négatives).
J'éprouve une admiration et une gratitude infinies pour les auteurs et les éditeurs ; mais une littérature, c'est aussi la somme toujours mouvante de lectures, de goûts et de jugements, pas forcément pertinents ou judicieux, certes, mais qu'il est absolument essentiel de faire vivre. (Il me semble qu'on trouve la même idée dans le "Manifeste des Agriates", je vous laisse chercher le passage !)
La question serait alors : comment concilier la cohésion/promotion et la discussion/critique ?
Mais j'ai peut-être tort...
Bonne lecture !
J'avais déjà relayé cette initiative sur ce blog : voir ici.
Personnellement, je vois d'un très bon oeil et avec beaucoup d'enthousiasme toutes les actions qui font vivre la littérature corse (et les créations culturelles en général, et l'imaginaire corse ou en Corse en conséquence). On voit bien que les actions se multiplient, se pérennisent.
La question que pose le Manifeste de Luri est intéressante : c'est la question de la "cohésion". Je crois aussi qu'il peut être bon de rendre visible l'ensemble des acteurs du monde littéraire. L'OPERATA CULTURALE propose ainsi :
- une bibliographie courante de la production littéraire corse
- un salon du livre corse au mois de juin 2010, au centre Prumitei à Francardu
Voici les liens, pour nourrir votre réflexion :
- sur le site de Jean-Pierre Santini : le compte rendu de la réunion de Francardu du 7 novembre 2009
- sur le site Isularama : un billet de Xavier Casanova sur le même sujet
- sur le site Isularama : les réflexions très animées du même Xavier Casanova (intitulées "Manifeste des Agriates")
Je rappelle ici une idée qui n'a pas convenu à tous les participants de l'OPERATA CULTURALE, mais à laquelle je suis très attaché, car recenser toutes les oeuvres corses, présenter toutes les oeuvres corses, c'est très bien et absolument nécessaire, mais le plaisir pris à découvrir ces oeuvres et l'évolution elle-même de la littérature corse seront d'autant plus forts et riches que l'on organisera des débats, des discussions, des critiques (même négatives).
J'éprouve une admiration et une gratitude infinies pour les auteurs et les éditeurs ; mais une littérature, c'est aussi la somme toujours mouvante de lectures, de goûts et de jugements, pas forcément pertinents ou judicieux, certes, mais qu'il est absolument essentiel de faire vivre. (Il me semble qu'on trouve la même idée dans le "Manifeste des Agriates", je vous laisse chercher le passage !)
La question serait alors : comment concilier la cohésion/promotion et la discussion/critique ?
Mais j'ai peut-être tort...
Bonne lecture !
samedi 12 septembre 2009
Réflexions sur l'édition corse (Xavier Casanova et Penserosu)
On ne me reprochera pas (ou on le fera, pourquoi pas) de proposer ici un billet qui renvoie à un autre billet d'un autre blog...
Xavier Casanova est écrivain, il participe activement aux réflexions initiées par le Manifeste de Luri et anime le blog "Isularama" : c'est une mine de propositions, de points de vue, de présentations concernant la littérature et la culture corses. Le visiter offre des surprises (choses dont on ne parle pas ailleurs, sauf erreur ; points de vue décalés ; perspectives vue par un fin connaisseur des rouages de l'édition) et des pépites comme les micro-vidéos (dont nous avions déjà parlé ici-même).
Son dernier billet regarde avec bienveillance la naissance d'une collection littéraire. Il propose des réflexions vraiment intéressantes sous le titre enthousiasmant "Le coup d'accélérateur des lettres corses" en évoquant la nouvelle collection "Centu Milla" aux éditions Albiana (quatre ouvrages viennent d'être publiés ; que ceux qui les ont lus n'hésitent pas à dire ce qu'ils en pensent !).
Oui, il me semble aussi qu'une vraie politique éditoriale de la part des éditeurs est absolument essentielle pour assurer une production aussi diverse et riche que possible. Autant qu'une collaboration efficace des éditeurs entre eux. Autant que l'introduction des livres corses (quelle que soit leur langue d'écriture) dans l'enseignement (de la maternelle à l'université jusqu'à la formation continue) - d'ailleurs, il serait bon de savoir ce qu'il en est dans la réalité. Autant que les initiatives des auteurs eux-mêmes (en groupe, ou seuls). Autant que le travail des libraires et des institutions et associations pour organiser salons et festivals.
Je dirais même, presque autant que la réalité des lectures par les lecteurs réels...
Appel aux lecteurs : y a-t-il des collections particulières, des éditeurs particulières qui suscitent votre satisfaction ? Y a-t-il des manques que vous aimeriez voir combler ? Je pense par exemple à un ancien billet qui abrite deux commentaires de Penserosu - l'animateur du forum de Musa Nostra - sur la question des genres de livres édités en langue corse :
1 :
L'optimisme de Francesca me mettant du baume au coeur, je veux bien espérer que les jeunes seront familiarisés avec le corse au point de lire les ouvrages, comme on peut lire des romans en espagnol ou en anglais dès lors qu'on y a été formé ; des romans policiers, du fantastique, des BD inédites et en phase avec l'actualité, voilà ce qui sans doute relancerait l'intérêt pour la langue.
Souvent les collégiens et les lycéens sont rebutés par l'aspect "à thèse" de nos romans ; il faut exploiter aussi d'autres voies...
2 :
Par exemple, il me semble qu'il faudrait de la création dans la bd pour tous les âges et non des traductions ; Tintin en corse alors que la facilité pousse à se le procurer en français, c'est pas motivant. De plus combien de jeunes le lisent encore réellement ? Les adultes chercheront ce type de lecture mais les jeunes doivent découvrir une histoire, être tenus en haleine, lire la fin étonnante, avoir la clé de l'énigme : j'imagine des aventures d'enfants corses pour les 9-12 ans, avec pas plus de 50 pages, de belles illustrations, un genre de "chair de poule" ou de "club des cinq" réactualisé.
Plus grands ils pourraient lire avec avidité l'équivalent d'un "Eragon", du fantastique ; ils adorent qu'il y ait de l'humour (surtout celui de leur temps) mais pas trop de discours politiques ou de références savantes...
Trop souvent, personnellement, les illustrations des bd corses ne m'attirent pas ; cela n'engage que moi mais je les trouve parfois peu esthétiques, confuses...Vous faites allusion aux films de Gérard Guerrieri ; le peu que j'en ai vu m'a beaucoup plu, j'ai ri, mais c'était en français... Je vous livre cela sans trop réfléchir mais la question est intéressante et il faut la creuser.
La discussion se poursuit.
(Promis, le prochain billet évoquera la lecture d'un livre !)
Xavier Casanova est écrivain, il participe activement aux réflexions initiées par le Manifeste de Luri et anime le blog "Isularama" : c'est une mine de propositions, de points de vue, de présentations concernant la littérature et la culture corses. Le visiter offre des surprises (choses dont on ne parle pas ailleurs, sauf erreur ; points de vue décalés ; perspectives vue par un fin connaisseur des rouages de l'édition) et des pépites comme les micro-vidéos (dont nous avions déjà parlé ici-même).
Son dernier billet regarde avec bienveillance la naissance d'une collection littéraire. Il propose des réflexions vraiment intéressantes sous le titre enthousiasmant "Le coup d'accélérateur des lettres corses" en évoquant la nouvelle collection "Centu Milla" aux éditions Albiana (quatre ouvrages viennent d'être publiés ; que ceux qui les ont lus n'hésitent pas à dire ce qu'ils en pensent !).
Oui, il me semble aussi qu'une vraie politique éditoriale de la part des éditeurs est absolument essentielle pour assurer une production aussi diverse et riche que possible. Autant qu'une collaboration efficace des éditeurs entre eux. Autant que l'introduction des livres corses (quelle que soit leur langue d'écriture) dans l'enseignement (de la maternelle à l'université jusqu'à la formation continue) - d'ailleurs, il serait bon de savoir ce qu'il en est dans la réalité. Autant que les initiatives des auteurs eux-mêmes (en groupe, ou seuls). Autant que le travail des libraires et des institutions et associations pour organiser salons et festivals.
Je dirais même, presque autant que la réalité des lectures par les lecteurs réels...
Appel aux lecteurs : y a-t-il des collections particulières, des éditeurs particulières qui suscitent votre satisfaction ? Y a-t-il des manques que vous aimeriez voir combler ? Je pense par exemple à un ancien billet qui abrite deux commentaires de Penserosu - l'animateur du forum de Musa Nostra - sur la question des genres de livres édités en langue corse :
1 :
L'optimisme de Francesca me mettant du baume au coeur, je veux bien espérer que les jeunes seront familiarisés avec le corse au point de lire les ouvrages, comme on peut lire des romans en espagnol ou en anglais dès lors qu'on y a été formé ; des romans policiers, du fantastique, des BD inédites et en phase avec l'actualité, voilà ce qui sans doute relancerait l'intérêt pour la langue.
Souvent les collégiens et les lycéens sont rebutés par l'aspect "à thèse" de nos romans ; il faut exploiter aussi d'autres voies...
2 :
Par exemple, il me semble qu'il faudrait de la création dans la bd pour tous les âges et non des traductions ; Tintin en corse alors que la facilité pousse à se le procurer en français, c'est pas motivant. De plus combien de jeunes le lisent encore réellement ? Les adultes chercheront ce type de lecture mais les jeunes doivent découvrir une histoire, être tenus en haleine, lire la fin étonnante, avoir la clé de l'énigme : j'imagine des aventures d'enfants corses pour les 9-12 ans, avec pas plus de 50 pages, de belles illustrations, un genre de "chair de poule" ou de "club des cinq" réactualisé.
Plus grands ils pourraient lire avec avidité l'équivalent d'un "Eragon", du fantastique ; ils adorent qu'il y ait de l'humour (surtout celui de leur temps) mais pas trop de discours politiques ou de références savantes...
Trop souvent, personnellement, les illustrations des bd corses ne m'attirent pas ; cela n'engage que moi mais je les trouve parfois peu esthétiques, confuses...Vous faites allusion aux films de Gérard Guerrieri ; le peu que j'en ai vu m'a beaucoup plu, j'ai ri, mais c'était en français... Je vous livre cela sans trop réfléchir mais la question est intéressante et il faut la creuser.
La discussion se poursuit.
(Promis, le prochain billet évoquera la lecture d'un livre !)
vendredi 19 juin 2009
Comme le dit Stephen King... ou Un nouvel appel aux lecteurs !
Oui, il écrit ceci dans une terrible nouvelle de "Différentes saisons" (1982), intitulée "La méthode respiratoire" :
IT IS THE TALE, NOT HE WHO TELLS IT
Je l'écris en majuscules car je crois me souvenir que cette devise est gravée (sur le linteau d'une imposante cheminée d'un club new-yorkais réservé à des gentlemen qui aiment les histoires proprement in-croyables et absolument véridiques...).
(Je vous laisse d'ailleurs découvrir cette nouvelle vraiment terrible.)
L'important, dans le cadre de ce petit billet, est donc d'insister sur ce postulat :
C'EST L'HISTOIRE, PAS CELUI QUI LA RACONTE...
De même, c'est l'échange de lectures, de points de vue, d'avis qui importe à ce blog et non l'identité des participants... Elle n'a pas non plus aucune importance, cette identité, mais il me semble qu'elle en a moins que ce qui est dit : textes, oeuvres, énoncés, commentaires, dialogues, propos, c'est cette matière qu'il semble important de placer dans un espace commun (ici numérique). Ceci dit, pour libérer quelque peu la parole : nous n'y jouons pas notre vie, nous y jouons plutôt la vitalité de l'imaginaire corse (ce qui est à la fois dérisoire et ambitieux). Mais vous n'êtes peut-être pas d'accord ?
C'est une manière de renvoyer la balle à Xavier Casanova (mais est-ce bien lui ?...), qui sur son blog - Isularama -, évoque un des billets de ce blog-ci : allez-y voir !
Lisez aussi le commentaire que j'ai accroché à son billet (j'y dis des choses absolument nouvelles et renversantes).
IT IS THE TALE, NOT HE WHO TELLS IT
Je l'écris en majuscules car je crois me souvenir que cette devise est gravée (sur le linteau d'une imposante cheminée d'un club new-yorkais réservé à des gentlemen qui aiment les histoires proprement in-croyables et absolument véridiques...).
(Je vous laisse d'ailleurs découvrir cette nouvelle vraiment terrible.)
L'important, dans le cadre de ce petit billet, est donc d'insister sur ce postulat :
C'EST L'HISTOIRE, PAS CELUI QUI LA RACONTE...
De même, c'est l'échange de lectures, de points de vue, d'avis qui importe à ce blog et non l'identité des participants... Elle n'a pas non plus aucune importance, cette identité, mais il me semble qu'elle en a moins que ce qui est dit : textes, oeuvres, énoncés, commentaires, dialogues, propos, c'est cette matière qu'il semble important de placer dans un espace commun (ici numérique). Ceci dit, pour libérer quelque peu la parole : nous n'y jouons pas notre vie, nous y jouons plutôt la vitalité de l'imaginaire corse (ce qui est à la fois dérisoire et ambitieux). Mais vous n'êtes peut-être pas d'accord ?
C'est une manière de renvoyer la balle à Xavier Casanova (mais est-ce bien lui ?...), qui sur son blog - Isularama -, évoque un des billets de ce blog-ci : allez-y voir !
Lisez aussi le commentaire que j'ai accroché à son billet (j'y dis des choses absolument nouvelles et renversantes).
mercredi 6 mai 2009
De quoi rire
Derrière les images, toujours d'autres images.
Derrière Gérard Guerrieri, Stanley Kubrick : regardez cette vidéo !
Derrière Xavier Casanova, Xavier Casanova : regardez celle-ci, celle-ci, celle-ci...
Je veux bien entendre que nous avons à faire là à du n'importe quoi, mal ficelé, que tout cela est tout à fait nul (cela a été dit, un soir à l'amicale corse d'Aix, alors que nous venions de regarder "Corsica Taf" de Gérard Guerrieri, il y eut d'autres avis aussi, c'est vrai), mais au bout du compte, il y a toujours un moment où je ris vraiment, et de bon coeur.
Pour le film de Kubrick (lapsus ! je devais écrire "Guerrieri" !), je trouve que la prestation de l'oncle est magnifique, de la première à la dernière image ; sa présence corporelle, sa diction ; je le trouve très drôle, dans le rythme. Et puis nous ne pourrons plus jamais regarder "2001, l'odyssée de l'espace" comme avant ! Impossible !
Pour la vidéo de Casanova, c'est la bande son qui est fantastique ; et l'art de la répétition ; et le sens de l'inaudible pour en dire beaucoup.
Tout cela démontre que nous ne sommes pas loin, devant un tel foisonnement créatif avec presque rien, de rencontrer très prochainement un chef d'oeuvre audiovisuel corse, un chef-d'oeuvre absolu.
Non ?
Derrière Gérard Guerrieri, Stanley Kubrick : regardez cette vidéo !
Derrière Xavier Casanova, Xavier Casanova : regardez celle-ci, celle-ci, celle-ci...
Je veux bien entendre que nous avons à faire là à du n'importe quoi, mal ficelé, que tout cela est tout à fait nul (cela a été dit, un soir à l'amicale corse d'Aix, alors que nous venions de regarder "Corsica Taf" de Gérard Guerrieri, il y eut d'autres avis aussi, c'est vrai), mais au bout du compte, il y a toujours un moment où je ris vraiment, et de bon coeur.
Pour le film de Kubrick (lapsus ! je devais écrire "Guerrieri" !), je trouve que la prestation de l'oncle est magnifique, de la première à la dernière image ; sa présence corporelle, sa diction ; je le trouve très drôle, dans le rythme. Et puis nous ne pourrons plus jamais regarder "2001, l'odyssée de l'espace" comme avant ! Impossible !
Pour la vidéo de Casanova, c'est la bande son qui est fantastique ; et l'art de la répétition ; et le sens de l'inaudible pour en dire beaucoup.
Tout cela démontre que nous ne sommes pas loin, devant un tel foisonnement créatif avec presque rien, de rencontrer très prochainement un chef d'oeuvre audiovisuel corse, un chef-d'oeuvre absolu.
Non ?
samedi 4 avril 2009
Un "récit de lecture", deux !
Le précédent billet évoquait l'idée qu'une littérature est la somme des livres réellement relus...
Mais finalement, je pense que jamais aucun livre n'a été lu (et encore moins relu) : il est proprement impossible de lire un livre. L'auteur ne sait jamais précisément ce qu'il a écrit ni comment... et son lecteur n'en déchiffre jamais que quelques bribes, choisies par son inconscient... et tout cela ira ensuite remuer obscurément un imaginaire qui perce parfois certains de nos rêves (endormis ou éveillés, mais où est la différence ?)... et, finalement, interrogeant le rêveur éveillé ("racontez-nous votre lecture, par pitié !"), quelle plus belle réponse pourrions-nous recevoir qu'un "Ah..." accompagné d'un regard encore baigné de sommeil ?
Est-ce un mal ? Absolument pas ! C'est un fait, tout ce qu'il y a de plus normal. Et le plus fort est que cette situation est largement suffisante pour faire exister et vivre ce qu'on appelle "une littérature". Que nous définirons donc maintenant comme la somme (impossible à faire) des livres réellement (non ou mal) lus. (Rassurez-vous, je suis partisan de toutes les façons de lire, c'est leur variété qui m'intéresse, et la lecture plume à la main - ou clavier sous les doigts - avec prise de notes d'un chef d'oeuvre absolu m'enchante autant que celle effectuée par-dessus l'épaule du voisin sur le "Corse-Matin" du jour dans l'avion Marseille-Bastia...)
Dans tous les cas, cela ne remet pas en cause l'existence de ce blog (pour l'instant...)
Toute cette introduction pour évoquer deux livres qui ont suscité un échange de mails entre Xavier Casanova et moi-même.
Je ne connais pas cet auteur. Il a écrit un livre, "Codex Corsicae", absolument unique par son écriture et son ton (voyez un extrait du livre ici et ici). Que ceux qui l'ont lu (ou mal ou non lu) cliquent sur "(x) commentaires" pour nous raconter cela ! Personnellement, j'avais essayé de le lire, il y a déjà quelques années. Mais c'est un autre livre qui a présidé à notre rencontre numérique : "Petit plongeoir vers l'abîme" car il y a quelques jours je suis arrivé jusque sur le blog de Xavier Casanova et en quête de livres et de littérature, j'ai bien sûr cliqué sur le tag "littérature" et j'ai découvert cette présentation du recueil de nouvelles co-écrit par l'improbable trio Okuba-Amfav-Scolca...
Après lecture, j'ai placé ce blog en lien, je me suis abonné pour être alerté lorsqu'un nouvel article apparaîtrait et j'ai écrit un commentaire. Mon maigre message a finalement abouti à une réponse disproportionnée et étonnante car très drôle et très généreuse : un vrai plaisir !
Avec l'accord de Xavier Casanova, je vous laisse témoin de l'échange (évidemment, l'essentiel est maintenant de lire/relire/mal et non lire "Codex Corsicae" et "Petit plongeoir vers l'abîme" !).
1. L'article de Xavier Casanova à propos de "Petit plongeoir vers l'abîme" (21 juin 2008)
2. Mon commentaire (2 avril 2009)
3. La réponse de Xavier Casanova (3 avril 2009) :
François Renucci,
Merci pour ce commentaire laissé sur ISULARAMA, un blog qui s'est satellisé sur sa propre orbite, distincte de celle de Ci Simu.
Votre blog pourunelitteraturecorse m'a semblé assez participatif pour que je me permette de vous suggérer, avant que vous ayez, sur PLONGEOIR, fait vos propres gloses, de copier-coller mon billet.
Okuba Kentaro mérite bien son entrée dans le monde dont vous essayez de dresser les frontières. Ce petit arrangement avec les temps de lecture-écriture la rendrait immédiate. En attendant…
Si cette proposition vous séduit, répondez-moi sans hésitation : je vous transmettrai par retour de mail le code source du billet, image comprise.
Très cordialement,
Xavier CASANOVA
4. Ma réponse à Xavier Casanova (3 avril 2009) :
Monsieur Casanova,
merci beaucoup pour cette proposition, elle correspond effectivement à l'objectif du blog qui devrait devenir un ensemble de voix et de points de vue.
Mais j'ai une autre proposition à vous faire : le blog "Pour une littérature corse" est fait pour recueillir des "récits de lecture". On peut tout mettre sous cette expression, mais personnellement j'y vois l'occasion de raconter une rencontre entre un lecteur et un livre, donc de faire entrer les circonstances de cette rencontre, les attentes du lecteur, voire l'évolution de ses sentiments et de son point de vue au cours de la lecture et après.
Cela serait vraiment intéressant que vous proposiez un tel "récit de lecture" à propos de "Plongeoir" ; je rajouterais un lien vers votre article sur "Isularama", avec une présentation de ce lien et de ce blog, puis je rajouterais un commentaire après ma propre lecture. Votre récit de lecture n'a pas besoin d'être long, la forme est absolument libre, j'ai essayé de multiplier les formes sur "Pour une littérature corse".
Par exemple au moyen d'un questionnaire :
http://pourunelitteraturecorse.blogspot.com/2009/02/le-vif-du-sujet-de-ce-blog-les-recits.html
http://pourunelitteraturecorse.blogspot.com/2009/02/comment-jai-tu-as-nous-avons-lu-1.html
Qu'en pensez-vous ?
Par ailleurs, il faut que je reprenne votre "Codex Corsicae", puis-je vous avouer sincèrement que c'est le genre de livre qui m'attire particulièrement (ironie, richesse des références culturelles, forme originale voire unique qui laisse une grande place à la participation du lecteur, prise en charge avec un point de vue de la réalité corse) mais que je ne suis pas parvenu jusqu'au bout (ou que je n'ai pas encore fait l'effort nécessaire) ; dans mon souvenir j'ai l'impression d'avoir été découragé par la complexité et la subtilité du livre ; donc je n'ai pas été un lecteur à la hauteur ; je vous dis ça mais ne le prenez pas mal, c'est simplement pour vous montrer une (non) lecture parmi d'autres. Il faut que je le reprenne et que je lui accorde cette attention dont parle Virginia Woolf, une attention "avisée, énergique, personnelle et sincère".
Avez-vous eu des échos des lectures de "Codex Corsicae" ? Préparez-vous d'autres publications ?
Y a-t-il par ailleurs d'autres livres corses que vous aimez particulièrement ? ou qui ne vous séduisent pas du tout.
A très bientôt donc !
François Renucci
5. La "Typoscription" de Xavier Casanova (3 avril 2009) envoyée dans un message magnifiquement intitulé "LA RÉPONSE EST EN PDF" : voilà une forme de "récit de lecture" à laquelle je ne m'attendais pas, qui me ravit et qui me fait dire que vraiment il n'y a aucune raison de désespérer ! En plus, grâce aux compétences informatiques de mon correspondant, ce blog s'orne de sa première "image" et cette image est un extraordinaire et très drôle texte cliquable visé par l'Office littéraire de la Corse !
Quelle reconnaissance !
• Cliquer sur l'image pour l'agrandir.
• Cliquer ici pour télécharger la page (format pdf).
Mais finalement, je pense que jamais aucun livre n'a été lu (et encore moins relu) : il est proprement impossible de lire un livre. L'auteur ne sait jamais précisément ce qu'il a écrit ni comment... et son lecteur n'en déchiffre jamais que quelques bribes, choisies par son inconscient... et tout cela ira ensuite remuer obscurément un imaginaire qui perce parfois certains de nos rêves (endormis ou éveillés, mais où est la différence ?)... et, finalement, interrogeant le rêveur éveillé ("racontez-nous votre lecture, par pitié !"), quelle plus belle réponse pourrions-nous recevoir qu'un "Ah..." accompagné d'un regard encore baigné de sommeil ?
Est-ce un mal ? Absolument pas ! C'est un fait, tout ce qu'il y a de plus normal. Et le plus fort est que cette situation est largement suffisante pour faire exister et vivre ce qu'on appelle "une littérature". Que nous définirons donc maintenant comme la somme (impossible à faire) des livres réellement (non ou mal) lus. (Rassurez-vous, je suis partisan de toutes les façons de lire, c'est leur variété qui m'intéresse, et la lecture plume à la main - ou clavier sous les doigts - avec prise de notes d'un chef d'oeuvre absolu m'enchante autant que celle effectuée par-dessus l'épaule du voisin sur le "Corse-Matin" du jour dans l'avion Marseille-Bastia...)
Dans tous les cas, cela ne remet pas en cause l'existence de ce blog (pour l'instant...)
Toute cette introduction pour évoquer deux livres qui ont suscité un échange de mails entre Xavier Casanova et moi-même.
Je ne connais pas cet auteur. Il a écrit un livre, "Codex Corsicae", absolument unique par son écriture et son ton (voyez un extrait du livre ici et ici). Que ceux qui l'ont lu (ou mal ou non lu) cliquent sur "(x) commentaires" pour nous raconter cela ! Personnellement, j'avais essayé de le lire, il y a déjà quelques années. Mais c'est un autre livre qui a présidé à notre rencontre numérique : "Petit plongeoir vers l'abîme" car il y a quelques jours je suis arrivé jusque sur le blog de Xavier Casanova et en quête de livres et de littérature, j'ai bien sûr cliqué sur le tag "littérature" et j'ai découvert cette présentation du recueil de nouvelles co-écrit par l'improbable trio Okuba-Amfav-Scolca...
Après lecture, j'ai placé ce blog en lien, je me suis abonné pour être alerté lorsqu'un nouvel article apparaîtrait et j'ai écrit un commentaire. Mon maigre message a finalement abouti à une réponse disproportionnée et étonnante car très drôle et très généreuse : un vrai plaisir !
Avec l'accord de Xavier Casanova, je vous laisse témoin de l'échange (évidemment, l'essentiel est maintenant de lire/relire/mal et non lire "Codex Corsicae" et "Petit plongeoir vers l'abîme" !).
1. L'article de Xavier Casanova à propos de "Petit plongeoir vers l'abîme" (21 juin 2008)
2. Mon commentaire (2 avril 2009)
3. La réponse de Xavier Casanova (3 avril 2009) :
François Renucci,
Merci pour ce commentaire laissé sur ISULARAMA, un blog qui s'est satellisé sur sa propre orbite, distincte de celle de Ci Simu.
Votre blog pourunelitteraturecorse m'a semblé assez participatif pour que je me permette de vous suggérer, avant que vous ayez, sur PLONGEOIR, fait vos propres gloses, de copier-coller mon billet.
Okuba Kentaro mérite bien son entrée dans le monde dont vous essayez de dresser les frontières. Ce petit arrangement avec les temps de lecture-écriture la rendrait immédiate. En attendant…
Si cette proposition vous séduit, répondez-moi sans hésitation : je vous transmettrai par retour de mail le code source du billet, image comprise.
Très cordialement,
Xavier CASANOVA
4. Ma réponse à Xavier Casanova (3 avril 2009) :
Monsieur Casanova,
merci beaucoup pour cette proposition, elle correspond effectivement à l'objectif du blog qui devrait devenir un ensemble de voix et de points de vue.
Mais j'ai une autre proposition à vous faire : le blog "Pour une littérature corse" est fait pour recueillir des "récits de lecture". On peut tout mettre sous cette expression, mais personnellement j'y vois l'occasion de raconter une rencontre entre un lecteur et un livre, donc de faire entrer les circonstances de cette rencontre, les attentes du lecteur, voire l'évolution de ses sentiments et de son point de vue au cours de la lecture et après.
Cela serait vraiment intéressant que vous proposiez un tel "récit de lecture" à propos de "Plongeoir" ; je rajouterais un lien vers votre article sur "Isularama", avec une présentation de ce lien et de ce blog, puis je rajouterais un commentaire après ma propre lecture. Votre récit de lecture n'a pas besoin d'être long, la forme est absolument libre, j'ai essayé de multiplier les formes sur "Pour une littérature corse".
Par exemple au moyen d'un questionnaire :
http://pourunelitteraturecorse.blogspot.com/2009/02/le-vif-du-sujet-de-ce-blog-les-recits.html
http://pourunelitteraturecorse.blogspot.com/2009/02/comment-jai-tu-as-nous-avons-lu-1.html
Qu'en pensez-vous ?
Par ailleurs, il faut que je reprenne votre "Codex Corsicae", puis-je vous avouer sincèrement que c'est le genre de livre qui m'attire particulièrement (ironie, richesse des références culturelles, forme originale voire unique qui laisse une grande place à la participation du lecteur, prise en charge avec un point de vue de la réalité corse) mais que je ne suis pas parvenu jusqu'au bout (ou que je n'ai pas encore fait l'effort nécessaire) ; dans mon souvenir j'ai l'impression d'avoir été découragé par la complexité et la subtilité du livre ; donc je n'ai pas été un lecteur à la hauteur ; je vous dis ça mais ne le prenez pas mal, c'est simplement pour vous montrer une (non) lecture parmi d'autres. Il faut que je le reprenne et que je lui accorde cette attention dont parle Virginia Woolf, une attention "avisée, énergique, personnelle et sincère".
Avez-vous eu des échos des lectures de "Codex Corsicae" ? Préparez-vous d'autres publications ?
Y a-t-il par ailleurs d'autres livres corses que vous aimez particulièrement ? ou qui ne vous séduisent pas du tout.
A très bientôt donc !
François Renucci
5. La "Typoscription" de Xavier Casanova (3 avril 2009) envoyée dans un message magnifiquement intitulé "LA RÉPONSE EST EN PDF" : voilà une forme de "récit de lecture" à laquelle je ne m'attendais pas, qui me ravit et qui me fait dire que vraiment il n'y a aucune raison de désespérer ! En plus, grâce aux compétences informatiques de mon correspondant, ce blog s'orne de sa première "image" et cette image est un extraordinaire et très drôle texte cliquable visé par l'Office littéraire de la Corse !
Quelle reconnaissance !
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