Affichage des articles dont le libellé est Ariane Chemin. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ariane Chemin. Afficher tous les articles

lundi 5 novembre 2012

Unu strattu di "Murtoriu", per risponde à Ariane Chemin

 Provu di risponde à Ariane Chemin, giurnalista assai cunnisciuta di u giurnale Le Monde è chì cunnosce bè a Corsica. Dicia (vede quì) a settimana scorsa chì ùn ci hè nisunu testimoniu ind’è a literatura corsa di e morte viulente trà naziunalisti è oghje trà criminali, eppuru avia scrittu un articulu sanu nant’à u rumanzu « Murtoriu », chì ci parla, frà tante altre cose, di issa rialità.

Eccu ciò chè no lighjemu ind’è u capitulu 12, traduzzione di Jérôme Ferrari, Marc-Olivier Ferrari è Jean-François Rosecchi (mi face pinsà à un filmu cortu di Larry Clark, « Elephant », ghjè una sorta di custatazione fredda di u fattu criminale, una discrizzione pricisa è terrìbile) :

Il s’est étendu sur le lit, nu, tenant toujours sa tête entre ses mains. Il a éteint la lumière pour se trouver dans une obscurité complète, pour ne plus être agressé par une lumière artificielle. Peine perdue, c’est du fond de sa tête que vient l’agression. Il a toujours l’impression d’un nœud dans sa poitrine et se sent oppressé par une force maligne mais il s’endort enfin, plus assommé que véritablement libéré de la douleur. Une heure plus tard environ, il a entendu qu’on frappait à la porte. Il s’est levé comme un spectre et est allé ouvrir. Andria est entré. C’est l’heure, a-t-il dit. Don Pierre s’est glissé sous la douche, froide, il a laissé couler l’eau un bon moment puis, quand il s’en est senti capable, en est sorti pour se préparer. Il a ensuite ouvert une armoire et farfouillé quelques instants à l’intérieur. Il a sorti une boîte de cartouches et un fusil de chasse, et aussi un revolver qu’il a donné à Andria. « Comme je t’ai appris, tu es en couverture au cas où les choses se passeraient mal. » Ils ont descendu les quatre étages par la cage d’escalier pour déboucher dans la ruelle. Le fusil était caché dans le sac de sport que portait Don Pierre. Ils ont traversé deux ou trois rues puis ont grimpé dans le 4x4. Ils ont roulé et sont sortis de la ville. Ils ont rejoint en pleine campagne une piste de terre où attendait une autre voiture qu’ils avaient volée deux soirs plus tôt. Cette fois, c’est Andria qui s’est mis au volant puis ils sont retournés vers la ville. Ils ont suivi la route du bord de mer, tous feux éteints, et ont longé le mur d’une résidence. Là, ils se sont garés, dissimulés derrière une haie de lauriers, la voiture positionnée dans le sens du départ. Ils ont tiré deux cagoules du sac pour les enfiler. Ils sont sortis de la voiture et ont longé le mur de la résidence à pied jusqu’à atteindre le portail d’entrée. Il y avait un parking où étaient garées une dizaine de voitures. Ils se sont mis en quête de la plus isolée pour bénéficier d’une plus grande obscurité et se sont postés derrière. De là, ils pouvaient nettement voir en face d’eux la porte d’entrée d’un immeuble récent mais comme ils en étaient trop loin, Don Pierre a dit à Andria de rester où il était, que c’était un bon poste de couverture. Quant à lui, il a trouvé à se cacher derrière une autre voiture plus proche de l’entrée du bâtiment. Il a chargé le fusil avec des chevrotines, cinq cartouches, puis s’est accroupi en position d’attente. Le mal de tête était toujours là mais il s’efforçait comme il pouvait de résister à la douleur. Il se concentrait pour surveiller l’entrée de la résidence, bien caché, même au cas où une voiture surviendrait. Tout était tranquille, on pouvait entendre les vagues qui venaient mourir sur la plage, derrière les bâtiments. Vers les cinq heures, une brise s’est levée et s’est mise à souffler dans les platanes et les lauriers de la résidence. C’était exactement ce qu’il fallait pour couvrir les bruits suspects qu’ils pourraient faire. Vers les cinq heures et demie, le jour s’est montré, timidement, mais le ciel s’éclaircissait. Trop, a pensé Don Pierre. D’instinct il s’est recroquevillé un peu plus derrière la voiture. Ce n’était pas le moment de se faire voir. Enfin à six heures, comme prévu, le hall de l’immeuble s’est éclairé. Ils ont entendu une porte s’ouvrir et un homme est apparu dans la lumière. Marc-Ange a franchi le portail du bâtiment et s’est retrouvé à l’extérieur. Vêtu d’une chemise d’été sans manches, légère et bigarrée, et d’un pantalon-short, il jouait paisiblement avec ses clefs tout en avançant en direction des véhicules. Il a mécaniquement levé la main pour appuyer sur la clef automatique afin de déverrouiller sa voiture à distance, comme il le faisait chaque matin à la même heure avant de partir rejoindre le snack qu’il tenait sur la marine. Don Pierre s’est dégagé de derrière la voiture qui le cachait, s’exposant à son regard tout en épaulant brusquement son fusil. Marc-Ange s’est arrêté net, saisi, comme un animal, et n’a pu qu’écarquiller les yeux d’effroi et pousser un cri strident et pathétique. L’homme cagoulé ne lui a pas laissé le temps de meugler davantage, il a appuyé sur la gâchette et le premier coup est parti. La moitié de la tête de Marc-Ange a éclaté, comme si sa boîte crânienne s’était ouverte d’elle-même afin de révéler les éléments d’une monstrueuse anatomie. Le corps s’est écroulé de tout son poids sur le bitume, dans un mouvement grotesque. Le sang jaillissant de la blessure a commencé à glisser sur le sol comme une rivière. Il était déjà mort, bien entendu, mais les muscles étaient agités d’un tremblement étrange, les mains et les jambes surtout remuaient de manière démente. Don Pierre s’est approché à deux mètres du corps convulsé, il a tiré un second coup dans ce qui restait de la tête et il n’en est resté presque plus rien, une misérable bouillie de viande et d’os hachés. Il a tiré un troisième coup dans la poitrine de Marc-Ange ; le corps ne remuait plus du tout.

Aucune lumière ne s’était allumée dans l’immeuble. Don Pierre, prêt à tirer, vérifia que personne ne s’était mis à la fenêtre. Mais, malgré les volées de plomb, nul ne semblait vouloir montrer sa gueule. Andria s’était rapproché et visait Marc-Ange avec son revolver, sans s’être le moins du monde rendu compte qu’aucun danger ne viendrait plus de cet amas de matière inutile. « On y va, on y va tout de suite », dit Don Pierre, mais, après quelque pas, Andria, soudain, revint près du cadavre pour, sans raison, lui tirer trois coups supplémentaires dans la poitrine avant de se tourner vers Don Pierre comme s’il ne comprenait plus ce qu’il devait faire. « On y va, je t’ai dit, suis-moi. » Ils sortirent de la résidence et se mirent à courir en direction de la voiture. Les clefs étaient sur le contact. Don Pierre n’attendit pas qu’Andria retrouve ses esprits pour se mettre au volant et démarrer. La voiture déboula à toute vitesse sur la route nationale et prit la direction de la campagne. Arrivés à l’endroit où se trouvait le 4x4, ils s’assurèrent que personne ne les guettait. L’isolement était parfait. Ils ôtèrent enfin leurs cagoules et replacèrent les armes dans le sac de sport. Ils éloignèrent le 4x4, déversèrent deux bidons d’essence sur la voiture volée et mirent le feu au véhicule. Tandis qu’ils regagnaient la ville, Don Pierre remarqua que ses maux de tête avaient étrangement cessé.

Quì u testu uriginale, publicatu ind’è Albiana, in 2009 (mi pare più forte, per esempiu mi piace u fattu di mischià a narrazione ed e parolle di i persunaghji, ma ùn l’anu micca ripigliatu issu mischiu i traduttori) :

S’hè stesu annantu à u lettu, nudu ch’iddu era, è sempri si tinia u capu. Avia spintu u lumu, par essa in u bughju cumplettu, par ùn essa micca agrissatu da a luci artificiali, ma era agrissatu listessi in fundu di u so capu. T’avia l’imprissioni chì calcosa u nudaia in pettu, dinò, si sintia upprissatu da una putenza maligna, è po’ infini s’hè addurmintatu, più acciaccatu chè libaratu da veru da u dulori. Mancu un’ora dopu, hà intesu pichjà à a porta. S’hè arrizzatu com’è un fandoniu ed hè andatu à apra. Andria hè intrutu. Hè ora, hà dittu. Don Petru s’hè lampatu suttu à a duscia, frisca, hà lacatu curra l’acqua un beddu momentu, po’ quandu s’hè intesu capaci hè surtitu è s’hè appruntatu. Dopu hà apartu un armadiu è hà bulicatu calcosa dui minuti in fundu di l’armadiu. N’hà sciutu una scàtula di cartucci è un fucil’di caccia, è dinò un rivòlvaru ch’iddu hà datu à Andria. Com’è t’aghju imparatu, se in cupartura in casu chì i cosi andessini di mali. Ani falatu i quattru piana pà u curridori è sò sbuccatu in carrughju. U fucili era piattu in un saccu di sport ch’iddu purtaia Don Petru. Ani varcatu du’ o trè carrughja è sò cuddati in u 4x4. Dopu ani viaghjatu è sò sciuti da a cità. Ani righjuntu una pista in tarra in campagna è quì aspittaia un’ altra vittura, l’aviani arrubbata dui seri nanzi. Sta volta hè Andria chì si hè missu à cunducia, è sò vultati versu a cità. Ani suvitatu a strada di u cantu ‘llu mari è, i fara spinti, sò passati longu à u muru d’una risidenza. Quì si sò ingarati, piatti da una sepi d’addoru, a vittura in u sensu di a partenza. Da u saccu ani cacciatu dui caguli è l’ani missi. Sò surtiti da a vittura è ani ripresu à lungà u muru di a risidenza, à pedi, sinu à ghjunghja à u purtonu d’intrata. C’era un parking cù una dicina di vitturi, ani circu a vittura a più scantata, dund’iddu ci era u più scurità, è si sò impustati quì daretu. Da quì vidiani bè a surtita di un casamentu guasgi novu, faccia ad iddi, ma erani un pocu à longa. Don Petru hà dittu à Andria di firmà quì, era una posta bona per essa in cupartura, è iddu s’hè trovu un piattatoghju daretu à un’ altra vittura, ma più vicinu à l’intrata di u casamentu. Hà carcu u fucili à chevrotines, cinqui cartuccia, è s’hè missu quì à aspittà, inculipìppuli. U dulori in u so capu era sempri prisenti, ma circaia di risista com’iddu pudia, si cuncintraia è survigliaia l’intrata di a risidenza, ma ancu s’idda ghjunghjia una vittura paria abbastanza piattu. Tuttu era tranquillu, ùn si sintiani chè i cavaddati ‘llu mari chì viniani à mora annatu à una spiaghja daretu à a risidenza. Versu cinqu’ori, un vintuleddu s’hè pisatu è hà cumminciatu à suffià in i platani è l’addori di a risidenza. Era ciò chì ci vulia pà attuffà un trostu disgrazièvuli ch’iddi pudariani sempri fà iddu o Andria. Versu cinqui ori è mezu u ghjornu hà cumminciatu à spuntà, dèbbuli, ma u celi si facia chjaru, troppu, pinseti Don Petru. Di stintu sh’è ingrunchjatu di più daretu à a vittura. Ùn era micca u momentu di fassi veda. Infini à sevi ori, com’è privista, u lumu s’hè accesu in u curridori di u casamentu, ani intesu bucà una porta, po’un omu hè cumparsu in u lumu. Marcànghjulu hà bucatu a porta di l’intrata di u bastimentu è s’hè ritrovu fora. Era in tinuta d’istati, cù una camisgia lebbia è frisgiata senza mànichi è un pantalonu curtu, è ghjucaia cù i so chjavi, tranquillu. Avanzaia versu i vitturi è pisò a mani in un riflessu pà appughjà annantu à a chjavi automàtica, pà apra a so vittura da luntanu, com’iddu facia tutti i matini à a stessa ora nanzi d’andà à ritruvà u snack ch’iddu tinia annantu à a marina. Don Petru s’hè arrizzatu da daretu à a vittura chì u piattaia, muscèndusi à a vista di l’altru è fèndusi cuddà sùbitu u fucili, Marcànghjulu hè firmatu in arrestu, assinturitu com’è un signari, ùn hà pussutu chè sgriddà l’ochja di paura è cummincià à lintà unu stridu patèticu. L’omu in cagula ùn l’hà micca lacatu u tempu di mughjà di più, hà appughjatu annantu à u chjodu di u fucili è u primu colpu hè partitu. A mità di u capu di Marcànghjulu hè schiattata in middi pezzi, paria chì a so chjèccula s’era aparta da par idda lachendu veda pà a prima volta u parti d’un’anatumia mustruosa. U corpu hè cascatu di manera zòttica, greva, annantu à u catramu, u sangu s’hè missu à sucliscà in tarra com’è un fiumu da a ferita. Era forsa ghjà mortu, ma i mùsculi erani sutrinnati da un trimuleddu bizarru, i mani è l’anchi, subrattutu, trimulaiani scimiti. Don Petru s’hè avanzatu à dui metra da u corpu spasimatu, hà lintatu un sicondu colpu in ciò chì firmaia di u capu, è da tandu ùn hè guasgi firmatu più nudda, una pappiglia ridìcula di carri è d’ossa minuzzati. Hà tiratu un terzu colpu in u pettu di Marcànghjulu, è infini u corpu ùn bruddicaia più di u tuttu.

In u casamentu ùn s’era accesu nisciun lumu. Don Petru hà fighjulatu par veda sì nimu s’era missu à u blaconu, prontu à lintà una fucilata in casu mai. Ma malgradu i pluttunati nimu paria di vulè muscià u so grugnu. Infini s’hè vultatu versu Andria, chì s’era avvicinatu da iddu è chì visaia Marcànghjulu cù u so rivòlvaru, senza nisciun arrivamentu vistu chì u prìculu ùn vinaria più da ‘ssa mora di materia inùtuli. Partimu, dissi Don Petru, partimu sùbitu. Fecini dui o trè passa, ma d’un colpu Andria vultò versu u catàveru, è senza nisciuna raghjoni li sparò dinò trè colpa in pettu. Po’ si ghjirò versu Don Petru, com’è ch’iddu ùn capissi più ciò ch’iddu duvia fà. Partimu sùbitu t’aghju dittu, suvètami. Surtistini da a risidenza è si missini à curra versu a vittura. I chjavi erani annatu à u cuntattu, è Don Petru ùn aspittò micca chì Andria avissi ritrovu i so spìriti par mèttasi à u chjirchju è dimarrà. A vittura sbuccò in furia annantu à a strada naziunali, è missi versu a campagna. Ghjunti à u 4x4, s’assicuroni chì nimu i vattaia, ma erani bè scantati. Caccetini tandu i so caguli, è rimissini l’armi in u saccu di sport. Alluntanetini u 4x4 è svachetini dui bidoni d’essenza annantu à a vittura arrubbata, po’ li zinghetini u focu. Mentri ch’iddi ripartiani versu a cità, Don Petru rimarcheti chì, stranamenti, ùn ni sintia più in capu.

jeudi 1 novembre 2012

La littérature corse est-elle muette face aux meurtres ?

Ce billet ne sera pas très riant mais il est tout de même question de littérature, et de ses enjeux.

LA journaliste du Monde, Ariane Chemin, qui écrit depuis longtemps sur la Corse, publie aujourd'hui un article intitulé "En Corse, on assassine en silence".

Avec un regard faussement distant, qui cherche à exprimer à la fois l'horreur et la résignation, elle insiste sur le fait qu'un lourd silence se doit de recouvrir tous ces meurtres qui eurent lieu et continuent d'avoir lieu entre nationalistes et entre criminels dans l'île. Pas de stèles, pas de discussions publiques, et aussi de pas de romans qui se chargent de cette réalité.

Citation : "Les figures des morts ne doivent jamais rôder aux carrefours. "Ce n'est pas de la lâcheté, c'est une protection, un mode de vie et de survie. Comment faire sinon, lorque vous embrassez dans un bar un mec qui a fait dix-huit ans de prison ?", interroge un journaliste local. La société corse, dit-il, est une société du mensonge sur soi. "L'île n'a fonction que de décor, comme dans la littérature française du XIXème siècle. Nous sommes les derniers à penser que la Corse est un endroit préservé. Nous vivons dans une sorte de Cineccità sans figures humaines." De ce murder tour, aucune trace dans la littérature, même détournée dans les polars locaux. Pas davantage dans les guides."

J'aimerais beaucoup savoir si Ariane Chemin a raison et poser plusieurs questions : n'y a-t-il aucune fiction corse qui évoque de près ou de loin la réalité de ces meurtres et de ce qu'ils disent sur la Corse ?

(Je pense pourtant à "Balco Atlantico" de Jérôme Ferrari ou à "Une affaire insulaire" de Jean-Baptiste Predali, essayons de compléter cette liste.)

Quels livres parmi tous ceux qui évoquent pourtant cette réalité le fait de façon pertinente selon vous ? Je pense aussi aux ouvrages de Jean-Pierre Santini.

Que peut la littérature face à cette réalité ?

Dernière question (pour moi, maintenant), connaissez-vous un ouvrage (de fiction ou pas) qui donne la parole aux meurtriers, je veux dire une parole vraie, sincère (pas une officielle ou idéologique) et qui exprime totalement la vision du monde, de la société, de l'être humain et de la vie qui anime les meurtriers. Considèrent-ils que "les gens sont des rats", comme cela est dit dans "Gomorra" de Robert Saviano ? Ou quoi d'autre ? Les deux truands décrits dans "Murtoriu" de Marcu Biancarelli ressemblent-ils aux meurtriers qui officient en ce moment ? Quelle vision des gens les anime ? Pourrait-on la dire publiquement ?

mardi 28 juin 2011

Pourquoi il est important de discuter

Je veux dire, de discuter avec des personnes qui aiment aussi discuter vraiment (honnêtement) et avec lesquelles nous ne sommes pas d'accord...

C'est important, parce que c'est la seule façon de créer un espace public (qui ne soit pas gangrené par le fatalisme, l'égoïsme, les haines privées, les hypocrisies).

Parce que cela permet aussi d'imaginer que tout peut être remis en question, tout peut être discuté (identités, certitudes, valeurs, principes, peurs et désirs).

Qu'on n'est pas obligé, par exemple, de penser que la Corse est soumise au malheur, aux violences, au désespoir.

Que la Corse, bien au contraire, a des ressources (existantes, concrètes, déjà effectives) pour équilibrer tous ces éléments négatifs et qu'il serait bon que ce soient ces ressources qui soient médiatisées.

Deux exemples :

- voir ici une discussion, pas toujours facile, avec un ami brésilien qui a une idée bien à lui de la Corse ; je crois que cette discussion n'est pas inintéressante ni inutile : voir ici l'article avec une première discussion ; et ici une deuxième discussion suite au message qui commence par "Peut-être l'article que j'ai écrit...".

- voir l'article de Jérôme Ferrari dans Libé qui, bien qu'antérieur à l'article d'Ariane Chemin, "La malédiction Colonna", pourrait très bien lui répondre : la force de la littérature (corse) contre les clichés (fabriqués en Corse par les Corses ou hors de l'île).

dimanche 30 mai 2010

Ariane Chemin évoque la bibliothèque d'Yvan Colonna

Furetant ce matin sur le site de Rue 89, je finis par cliquer sur le blog d'Hubert Artus - "Cabinet de lecture" - qui évoque les deux manifestations littéraires majeures du moment en France : le festival "Etonnants voyageurs" à Saint-Malo et les "Assises du roman" à Lyon.

Un des billets évoque une sorte de malentendu entre artistes revenant de Saint-Malo, survenu dans un tgv, histoire qui m'intéresse moyennement, mais je finis par chercher dans Google une info concernant un de ces artistes (le romancier Olivier Maulin), ce qui me conduit sur le site de Bibliobs.

Et je me dis que je devrais y faire un tour au moins aussi souvent que sur le blog de Pierre Assouline, "La république des livres" !

Car... je tombe sur un article d'Ariane Chemin, daté du 25 mai 2010, intitulé :

Que lit-on en cavale ?
La bibliothèque d'Yvan Colonna


(Je ne sais pas comment la journaliste s'est procurée ces informations, qui semblent très précises puisqu'il est question de livres "lus" ou "parcourus" ou "commandés", d'auteur "fétiche" - Ismaïl Kadaré en l'occurence.)

Puisque sur ce blog, nous évoquons toutes les lectures de livres corses, je lis intégralement le billet d'Ariane Chemin et je me rends compte que sur les 22 titres cités, un seul concerne la Corse directement :

- "Projet de constitution pour la Corse"

Dans la colonne à droite de l'article se trouve des références bibliographiques qui mènent vers certaines éditions des livres mentionnés. Pour le "Projet" de Rousseau, le lien renvoie à l'édition dirigée par Robert Chesnais, aux éditions Nautilus en 2000.

Je me souviens de l'édition chez La Marge par Jean-Marie Arrighi et Philippe Castellin et de leur présentation éclairante de ce texte, resté lettre morte. Ariane Chemin le classe dans la catégorie "utopie", ce qu'il n'est pas véritablement, me sembe-t-il, puisqu'il s'agissait véritablement d'organiser concrètement un pays (et non de développer la description d'une société idéale propre à critiquer la société réelle).

Evidemment tout cela est sujet à bien des conjectures et il me semble que l'article aurait été bien plus intéressant si nous avions pu avoir les avis du lecteur, Yvan Colonna, en plus des hypothèses de la journaliste.

Les questions seraient : pourquoi lire aujourd'hui le "Projet de constitution pour la Corse" de Rousseau ? comment l'avez-vous lu ? avec quelles conséquences ?

Il faut que je reprenne moi-même ce texte, lu il y a bien longtemps, quasiment oublié ; dernièrement j'ai lu avec beaucoup d'émotion les dernières pages des "Confessions" du même Rousseau, toutes pleines de la Corse, du projet de s'y rendre, etc.

Ce sont tout de même des pages importantes de la littérature corse (écrites en 1763, restées inédites jusqu'en 1861)...

lundi 26 octobre 2009

Encore un effort ! A propos de "L'intégrale Corse" de Pétillon

Vous le savez (ou peut-être pas encore), le dessinateur humoristique René Pétillon vient de faire paraître "L'intégrale Corse". Le volume de 142 pages comprend tous ses dessins consacrés à la Corse depuis 30 ans.

C'est vraiment drôle, et à déguster par petites touches, car je trouve qu'une lecture continue peut amoindrir la force comique des dessins (on y voit alors se répéter systématiquement les procédés : l'insistance sur la mauvaise foi, les renversements de situation). Un sentiment assez globalement partagé par tous les "personnages" de ces dessins est finalement une calme résignation, mélange d'exaspération et d'adhésion face à une situation inextricable. Le regard de Pétillon conserve ainsi une certaine tendresse, une certaine humanité (on imagine la différence d'avec un dessinateur comme Cardon, dont on sent que c'est un rire de colère qui l'anime). (Vous n'êtes peut-être pas d'accord ?)

Mais je voudrais revenir plus précisément sur la préface de l'ouvrage, écrite par la journaliste Ariane Chemin. Une chose m'a fait sursauter, même si en relisant aujourd'hui son texte introductif, j'ai un peu révisé mon jugement.

Il se trouve que le passage qui m'a gêné est aussi en quatrième de couverture (ce qui peut commercialement se comprendre), dans une version légèrement différente.

Voici les deux passages :

"Sa chronique de la Corse contemporaine renoue avec les récits folkloriques de Mérimée (l'homme qui a mis l'île à la mode), de Maupassant et d'Alexandre Dumas - encore un pinzutu qui n'avait jamais même posé un pied en Corse." (Quatrième de couverture.)

"Les bulles de René, pour dire la vérité de la Corse ! Volens nolens, l'homme est devenu une référence insulaire. Comme L'Enquête corse, cette Intégrale servira de vade-mecum de la Corse contemporaine, après les récits de Maupassant, Mérimée, ou d'Alexandre Dumas - encore un pinzutu qui n'avait même jamais posé un pied sur l'île." (Préface, page 11.)

Pourquoi ces références anachroniques aux auteurs français du XIXème siècle ?

Il est vrai qu'elles sont contrebalancées par le rapprochement du travail de Pétillon avec des éléments corses, qui d'ailleurs sont intéressants pour mieux apprécier le travail du dessinateur :

- "Et si la sympathie des Corses pour Pétillon venait de là ? En troussant l'idiot intelligent (il s'agit de Jack Palmer), l'imbécile malin - le personnage si méditerranéen de Grossu Minutu -, le dessinateur se moque de tout, y compris de l'envoyé spécial." (page 8.)

- "Pétillon a su aussi saisir l'amour de ces îliens pour les clichés et leur goût pour le jeu de rôle. Les Corses jouent aux Corses et ne sont pas dupes des personnages qu'ils fabriquent." (page 9.)

- "Dans un dessin de l'ami Batti, on voit un Corse chercher son cousin pour "lui remettre deux figatelli et une BD". Vous reprendrez bien un peu de Pétillon avec vos saucisses de foie ?" (page 11.)

Mais tout de même, il est presque désespérément significatif de voir qu'en 2009, c'est encore une littérature du XIXème siècle que l'on convoque comme référence ! Ariane Chemin doit pourtant savoir combien de nombreux livres écrits depuis Mérimée et Maupassant, souvent par des Corses, ont oeuvré pour "dire la vérité de la Corse". Surtout concernant la "Corse contemporaine".

Pourquoi ne pas signaler - même en passant - que le travail de Pétillon vient s'ajouter à un ensemble beaucoup plus riche et original (inclure ici la liste des auteurs et des livres qui vous semblent consituer cet ensemble, par exemple, pour rester dans l'ordre des oeuvres critiques et comiques : "Le peuple du quad" de Marcu Biancarelli, "Cunniscenza di u corpu umanu" des Cantelli, ou "Captain Corsica" de Filippu Antonetti) ?

Tout de même, relisant les gags de Pétillon, vraiment très drôles, je me suis arrêté sur l'un d'eux. Il se trouve page 30 et est intitulé "Attentat contre le Secrétariat général aux Affaires corses". (Je me dis qu'il peut remplacer la vidéo maintenant introuvable de l'INA que je citais dans un précédent billet). Sur ce dessin, les deux cagoulés auteurs de l'attentat tournent nonchalamment le dos aux lieux du crime - des vitres brisées, des dizaines de papiers dans les airs et finissant par couvrir le sol - et l'un des deux dit à l'autre, en tenant un de ces papiers, quelque peu roussi : "TIENS... ÇA PARLE DE TOI..."

Il reste encore à savoir ce qu'il pouvait bien y avoir d'écrit sur ce papier du Secrétariat général aux Affaires corses... De la littérature corse contemporaine et bien vivante, certainement !

(AJOUT DU 8 NOVEMBRE 2009 : Je signale ici un billet du site Corsicapolar qui remarquait la parution de l'ouvrage de Pétillon et qui contient un lien vers un reportage télévisé donnant la parole à René Pétillon ("plaisantin sans complaisance") et Ariane Chemin ; cela peut alimenter la discussion).