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lundi 16 mars 2009

C'est aussi cela, un blog

Quelle souplesse d'utilisation que celle d'un blog !

Voici comment le texte que je vais citer dans cet article est arrivé sur ce blog : j'écris le 2 février dernier un billet intitulé "Littérature corse sur Internet (2)" ; Angèle Paoli ajoute le 2 mars un commentaire me recommandant d'aller voir du côté du site de Marie-Ange Sebasti ; j'y vais, j'apprécie, j'écris un mail à ce nouvel auteur pour moi ; le courant passe et je finis par trouver des livres dans ma boîte aux lettres ! ; notamment une photocopie du recueil "Presque une île" (La Marge édition, 1997) ; je lis ce texte ce soir, très - trop - rapidement, avec l'idée d'y revenir ; et là un, puis deux, et plusieurs poèmes m'accrochent, me font sourire, décoller, rêvasser, approuver silencieusement, m'interroger : ça fonctionne, ça marche (sur moi en tout cas, ce soir-là, mais peut-être pas pour vous ?)

(Et d'ailleurs j'adore tous les modes d'accès à l'imaginaire littéraire : les beaux livres comme les jeux de photocopie, les récits faits au comptoir et les pavés qu'on lit sur la plage, l'écriture sur l'écran d'Internet et les manuscrits, les piles de livres bientôt promis au pilon et la feuille unique quatre fois pliée portée en poche, etc. etc.).

Alors, voici ce que je vois en ce moment-même et que je reporte ici en lettres numériques :

La citadelle n'avait d'yeux
que pour nos abordages

et négligeait les grands oiseaux
qui la cousaient au ciel

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Soudain s'impose
une aire à circonvenir
un terrain à bâtir

et le fil du voyage se noue

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Qui a jeté le feu
aux orties ?

Depuis, elles l'ont gardé au chaud
pour le rendre
en temps inutile

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Que reste-t-il après
une colère de longs couteaux
lacérant la lumière d'un espace paisible
planté
au bord des mondes ?

Presque
une île

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Tel un vieux mégalithe débusqué
dans les ronces éternelles

tu fronces les sourcils
et te tiens coi

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Un colporteur innocent
traverse sans fatigue la contrée
la besace pleine
d'almanachs anachroniques

tandis que vrombit l'horizon

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Je n'ai pas eu à détacher
l'enchaîné

Il a quitté la foule
et mis sa main
dans la mienne

à Sartène
au coeur du monde

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Les camelots
ont installé leurs mots

là où s'agrandissait
le périmètre des légendes

---

Moi j'aime ici comment de petits poèmes insèrent des mots simples, à la limite des stéréotypes (l'enchaîné, légendes, mégalithe, ronces, île, feu, voyage, citadelle) dans un rythme à deux temps, des diptyques toujours dynamiques, dont les tournures font mouche. Des poèmes comme des formules, à lire par grappes. J'éprouve le même plaisir qu'à la lecture de Guillevic et notamment d'un ensemble de poèmes que je travaillais avec mes élèves : "Bergeries" (1969-1975, publié dans le recueil "Autres").

En voici deux :

Suppose

Que le bois de la table
Réclame ses racines

Et que je te demande
De nous y prendre ainsi

Qu'il ait surtout besoin
Du toucher de nos mains.

---

Suppose

Que la fleur soit si drue
Que c'est trop de défi

Et que je te demande
De m'apprendre à la voir

Sans penser que c'est nous
Que sa mort atteindra.


Et voilà.