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dimanche 11 décembre 2011

La liste : un bel outil pour donner envie

Donc, voici deux listes nouvellement apparues (non exhaustives, non exclusives, en cours de constitution) qui nous poussent à lire des ouvrages de littérature corse, de façon originale qui plus est :

1. La façon la plus originale du moment : cela vient de sortir sur la toile, l'idée est d'Ugo Pandolfi et il s'agit de proposer une série d'ouvrages aimés, placés dans une cabane, ouverte à tous, où tous pourraient venir piocher, emmener chez soi le livre ou le lire directement sur la place de l'Eglise (ou du café, ou des ormeaux, comme vous voulez), puis le remettre ensuite à la disposition de chacun. Où sont ces cabanes ? Patience, patience le site qui annonce cette initiative démarre à peine, et tout cela se précisera avant le printemps 2012. Personnellement, je trouve l'initiative excellente, ainsi résumée sur le site "Livres libres" :

"Inaugurée en Corse par des auteurs de romans, cette initiative, entre book crossing et librairie gratuite, consiste à libérer des livres dans des communes rurales. Ce projet, soutenu par le blog www.corsicapolar.eu et l'association Operata culturale, prévoit l'installation de ses premières réalisations avant le printemps 2012."

Rappel : le book crossing est une pratique maintenant mondiale qui favorise la circulation physique et gratuite des livres (voir ici la page wikipédia et le site officiel).

Les premiers livres bientôt libérés ? :

- "Un Corse à Lille", d'Elena Piacentini

- "La Chèvre de Coti-Chiavari", de Jean-Pierre Orsi

- "Pace è Salute", de Paul Milleliri

Evidemment, cette initiative en appelle au désir de chacun ! Longue vie à cette initiative.

2. Après les "Chroniques littéraires" de Marie-Jean Vinciguerra (éditions Alain Piazzola), les chroniques de Marcu Biancarelli ("Cusmugrafia/Cosmographie", éditions Colonna), voici "Lochi mondu", recueil de chroniques radiophoniques, écrites pour RCFM et publiées par les éditions Albiana/CCU. 40 très brèves chroniques (une page et demi pour 3 minutes de radio) qui prend prétexte de différents lieux de Corse pour évoquer l'histoire et la culture insulaire, "mittendu locu è storia in perspettiva di un prisenti corsu sempri prublematicu". C'est donc aussi l'occasion d'évoquer la littérature corse, puisque l'auteur des chroniques est Alanu di Meglio, écrivain, poète, bien connu. Alors cette liste des artistes et livres cités ? Et bien, la voilà, telle que recensée en lisant le livre page à page, inventaire qui met en appétit et donne à lire un certain visage réel, actuel, de la littérature corse, à travers le regard d'un de ses acteurs :

- François de Lanfranchi et Michel-Claude Weiss (pour leurs recherches archéologiques, de nombreux ouvrages à leur actif)

- "Filidatu è Filimonda" de Sebastianu Dalzeto

- "Vir Nemoris" de Giuseppe Ottaviano Nobili-Savelli

- "U trenu di Bastia", de Maria Felice Marchetti

- Tintin Pasqualini

- Petru Mari

- "U lion' di Roccapina"

- Antonu Maria Graziani

- César Vezzani

- Tino Rossi

- Ghjacumu Luciani et Gregale (Preti Paulu Filippi), pour le groupe "A Mannella"

- Petru Guelfucci, Ghjuvan Paulu Poletti, Saveriu Valentini, Alain Bitton dettu Minicale

- Felici Quilici

- "La terre des Seigneurs", de Gabriel-Xavier Culioli

- Ghjacumu Culioli, Ghjuvan Andria Culioli

- "Ci vulia à pulì", Ceccè Lanfranchi

- "A Vergini à i chjarasgi", peinture de Sano di Pietro

- Jean Nicoli

- Ghjacumu Santu Versini

- Santu Casanova, Petru Rocca, Paulu Arrighi

- Petru Leca, Ghjuvan Maria Arrighi, Ghjuvan Ghjaseppu Franchi, Pasquale Ottavi

- Matteu Ceccaldi, , Ghjacumu Santu Versini, Dumenicantone Geronimi, Pasquale Marchetti

- "A Cispra", "Rigiru"

- "A strage di Bustanicu", Bartulumeu Dolovici

- Jean Nicoli

- Antone Marchini, Jean Nicoli

- Marcellu Acquaviva di l'Acquale

- "Bartulumea", Ghjuvan Vitu Grimaldi

- Didier Rey

- "Colomba", "Mateo Falcone", de Prosper Mérimée

- Micheli Lorenzi di Bradi, Ghjacumu Thiers, Jérôme Ferrari

- "Dionomacchìa", de Salvatore Viale

- Dumenicantone Geronimi, Pasquale Marchetti

- Pasquale Marchetti

- "A paghjella di l'impiccati", de Ghjuvan Teramu Rocchi

- Ghjuvan Claudiu Acquaviva, du groupe A Filetta

- U piuvanu Turchini, Petru Guelfucci, Ghjorghju De Zerbi

- Ghjacumu Fusina

- Laurent Renucci

- "51 Pegasi", de Marcu Biancarelli

- "U Santu", de Pasquale Ottavi

- "A Barca di a Madonna", de Ghjacumu Thiers

- Sebastianu Dalzeto

- "A Infanfata", de Lisandru Marcellesi

- "U rumanzu corsu di una famidda di pueti è di stututori trà u 1771 è u 1928", de Geniu Gherardi

- Anton Sebastianu Lucciardi (Prete Biasgiu), Ghjuvan Petru Lucciardi

- Jacques Casamarta et Claude Cahuzac

- "Una nivaghja in Alisgiani", de Tumasgiu Pasquale Peretti

- Pierre-Jean Giorgi


vendredi 6 mai 2011

2ème table ronde de blogs littéraires corses : le compte rendu !


Oui, il était attendu avec une fébrilité incroyable, tout le monde était inquiet, où est-il ? quand viendra-t-il ? qu'a-t-il dans le ventre ?!!


Je parle bien sûr du très fameux "compte rendu"... u "resucontu" in corsu.

C'est le NERF DE LA GUERRE, le compte rendu : pas de littérature corse sans compte rendu ! pas de lendemains qui chantent sans compte rendu ! pas de 8 mai 45 sans un compte rendu en bonne et due forme !! et la preuve, c'est que grâce à ce compte rendu de la table ronde publique du 4 mai, vous allez voir que le 8 mai va arriver, si si.


Alors voilà (non, non, ne me réclamez pas une réaction puérile et ridicule comme la dernière fois que Corse-Matin a proposé un compte rendu d'une table ronde publique autour des blogs littéraires corses, je vous laisse apprécier en toute indépendance - pardon, autonomie - la valeur de celui qu'on trouve dans le Corse-Matin du 5 mai 2011)...


Alors voilà, disais-je, j'ai pris pas mal de notes et ce fut un vrai plaisir car la discussion s'est assez vite engagée entre les invités et le public (maigre mais d'une qualité époustouflante - pas de brouhaha, pas de ronflement, pas de regard goguenard - et d'une réactivité enthousiasmante). C'est pourquoi mon travail s'est vite réduit à essayer de capter la substantifique moelle des propos qui fusaient de toutes parts et qui ont porté haut le désir de littérature corse et de faire d'Internet un outil d'une extrême utilité pour cette littérature tout en restant très vigilant sur les dérives de son usage.


Bref, j'ai personnellement passé un excellent moment, entendu des gens que je ne connaissais pas, mieux compris des réticences et des critiques. Il me semble que le public aussi a été satisfait et si ce n'était pas le cas, je les sommerais de dire leur sentiment à la suite de ce billet, il ne faut pas que cela leur reste sur le coeur, ça va toujours mieux en le disant, qu'ils n'hésitent pas !


Trêve d'introduction oiseuse, le temps passe et je - comme vous - n'en dispose pas de beaucoup..., je laisse donc maintenant la place, mesdames et messieurs à Monsieur...


LE COMPTE RENDU !!

Après une rapide présentation des quatre blogs représentés par les invités :


- Françoise Ducret pour le blog de la Librairie Le Point de Rencontre (commencé en décembre 2009 ; proposant des billets présentant des nouveautés, un espace enseignant, des coups de coeur, des comptes rendus de rencontres littéraires avec des auteurs)

- Stefanu Cesari pour le blog Gattivi Ochja (commencé en juin 2007 ; proposant des billets de traduction en langue corse de poèmes écrits dans toutes les langues + un travail photographique ; on trouve de nombreux extraits de poèmes écrits par des poètes corses et cités dans ces billets)

- Ugo Pandolfi pour le blog Corsicapolar (commencé en novembre 2006 ; proposant de nombreux billets relayant des festivals du livre policier ou du roman noir, signalant des parutions concernant les "littératures policières de Méditerranée" + des chroniques régulières de différents auteurs, notamment une chronique très drôle et très noire de Michel Moretti, "Mal chronique")


- Pierre-Laurent Santelli pour le blog Tarrori è Fantasia (dont il n'est pas le créateur/animateur - qui est Marcu Biancarelli) (commencé en octobre 2010 ; proposant 58 nouvelles - ou textes de réflexion - en langue corse dans le domaine de la littérature fantastique, d'épouvante et de science-fiction ; 58 textes écrits par 22 auteurs différents ; donc un blog d'une productivité effrayante et digne des meilleurs romans d'épouvante, non ?)

Après une rapide présentation des quatre blogs représentés par les invités, disais-je, je lançai la question à 10 francs : "Dans quelle mesure Internet peut-il servir (ou desservir) la littérature corse ?"


Et là le charme a opéré : les invités ont répondu avec toute leur sincérité, et la discussion a roulé durant une petite heure et quart sans sombrer dans le consensus mou que je redoute tant.


(Ah oui, avant cela - promis, c'est la dernière intervention avant le compte rendu lui-même -, j'ai signalé mon plaisir et mon émotion de me retrouver au lycée Giocante de Casabianca, enfin, le lycée du Fangu, 20 ans après y avoir passé une année dont je me souviens très bien, notamment de certains de mes professeurs que je nomme ici, qu'ils veuillent bien me pardonner de livrer ainsi leur nom sur Internet, mais c'est par affection : Mademoiselle Daniélidès, Messieurs Maurice Melun, Joseph Palmieri et Laurent Ayache ; puis j'ai remercié toute l'équipe d'Arte Mare d'abriter pour la deuxième année consécutive une table ronde publique consacrée à la vitalité littéraire corse sur Internet : la première fois en mai 2010, furent invités Marcu Biancarelli pour la Gazetta di Mirvella, Angèle Paoli pour Terres de femmes et Xavier Casanova pour Isularama ; j'ai enfin signalé qu'il y avait encore bien d'autres sites, forums et blogs qui participent de la littérature corse : Musa Nostra, Avali, Invitu, Invistita, Foru Corsu, etc...).

Et maintenant :
LE COMPTE RENDU !! (Evidemment, cette transposition des paroles des interlocuteurs se veut la plus fidèle possible, mais je compte sur chacun pour la rectifier dès que nécessaire.)

Françoise Ducret : Il y a deux sortes de blogs, ceux qui proposent des informations et ceux qui proposent des créations. Le blog de la librairie Le Point de Rencontre appartient à la première catégorie, en informant sur des livres et en racontant ce qui s'est dit lors d'une rencontre littéraire. Nous avons eu l'idée de faire venir des auteurs et d'avoir un entretien avec eux parce qu'ils nous a semblé que cela ne se faisait pas. Hèlène Mamberti (association Detti è scritti) et moi-même en avions envie, nous trouvions que cela manquait. Et c'est comme cela que nous avons programmé des rencontres avec des auteurs que l'on appréciait. Je trouve qu'en ce moment il y a de beaucoup de jeunes auteurs et qu'il est important de leur donner la possibilité de s'exprimer. Lire c'est bien mais discuter avec l'auteur c'est encore mieux, pour mieux comprendre sa façon de créer, les perspectives dans lesquelles il écrit et publie. De plus nous sommes des lectrices de blogs où nous cherchons des informations concernant la littérature, notamment corse, et c'est vrai qu'Internet permet une circulation et des rencontres. C'est en lisant le blog de Marcu Biancarelli que j'ai découvert Pierre-Joseph Ferrali et que cela a abouti à une rencontre littéraire avec cet auteur.

Stefanu Cesari
:
Est-ce qu'Internet ça sert ou pas la littérature corse ? D'abord je veux signaler la très grande diversité de la présence littérature sur le Net. Je pense que cela sert l'objet car au sinon c'est le silence et le vide. A quoi sert mon blog ? Je ne sais pas. Je le vois comme mon jardin potager, une traduction numérique de mon bureau de traduction, sans prétention. Des lecteurs de mon blog, je ne sais pas combien il y en a, 5 ou 6 ? En fait, je ne suis pas convaincu que cela serve à quelque chose. Par contre ça laisse une trace, pendant très longtemps, dans espace indéfini qu'est Internet ; ça c'est intéressant et poétique. Je suis aussi un lecteur de blogs, qui pour beaucoup n'ont rien à voir avec la Corse. Par exemple, un blog qui s'appelle Un taxi la nuit (c'est un taxi à Montréal qui raconte sa vie de taxi). Les gens donnent à lire quelque chose, sans se situer dans un espace défini (comme par exemple, une littérature nationale). Certains blogs sont très actifs et les autres deviennent des traces (ils sont toujours consultables sur Internet alors que leur auteur ne les utilise plus depuis longtemps).

Pierre-Laurent Santelli
:
Sopratuttu socu un lettore di u blog Tarrori è fantasia, è micca u creatore. Alors un blog je trouve que c'est un reflet de ce qui existe dans la littérature corse. Il y a bien sûr la question de fond qui est de savoir ce qu'on entend par "littérature corse", mais ce débat serait trop vaste aujourd'hui alors je parlerai de littérature en général. Je trouve qu'Internet nourrit à la fois la diversité et l'universel. Quant à la question posée, je pense qu'Internet sert et dessert la littérature corse. D'un côté il y a un foisonnement créatif qui est le signe d'une soif, d'un désir de s'ouvrir. Mais d'un autre côté, cela dessert car il y a beaucoup de nombrilisme, c'est un peu sclérosant. Cela devient paradoxal : ce foisonnement peut finir par tourner en rond. Par exemple, un même objet revient sur plusieurs blogs ou bien encore on lit des polémiques stériles, des discours de chapelle, ou on voit les choses par le petit bout de la lorgnette.

Ugo Pandolfi
:
Premièrement les blogs ne sont qu'une petite partie d'Internet. Internet c'est tous les réseaux numériques, l'édition électronique, tout ce qui est visible mais aussi des bases de données d'une richesse extraordinaire où s'exprime une diversité très grande d'écriture : la littérature "blanche", la "noire", des écrivants, des poètes, des graphistes, etc... Jamais l'humanité n'a eu autant accès aux oeuvres de la pensée. Quand on fait des recherches, Internet se révèle un outil indispensable permettant de faire un travail bibliographique sérieux en très peu de temps. Mais Internet dessert les littératures car l'usage des écrans prend beaucoup de temps et cela induit qu'on lit moins. Par contre on peut lire sur d'autres supports. Par exemple, sur les Ipad, on peut lire des "biocs" : un des premiers "biocs" est une aventure de Sherlock Holmes dont le texte est associé à des musiques, du graphisme et des animations vidéos. C'est une nouveauté multimédia. J'ai commencé à bloguer en 2004 (à partir de la découverte du manuscrit d'un géologue), et j'ai présenté dans un blog créé pour l'occasion les différents morceaux de ce manuscrit qui se présentait comme une sorte de journal et qui correspondant bien au système des blogs qui fonctionnent au jour le jour (le billet qui apparaît en premier étant le plus récent). Puis ce manuscrit a trouvé un éditeur et vient d'être réédité aux éditions Albiana. Ce blog, depuis 2004, reçoit toujours 6 ou 7 visiteurs différents chaque jour. Par ailleurs, le blog Corsicapolar a été créé pour montrer qu'il se passe des choses au Sud de la Noire, notamment en Corse. Mais il laisse aussi la possibilité à plusieurs chroniqueurs de s'exprimer et pour le coup je suis les mêmes lois qui concernent la presse traditionnelle et c'est pourquoi je demande à Michel Moretti (qui fait une critique au vitriol et très drôle du quinquennat de Nicolas Sarkozy, dans "Mal chronique") de modifier des passages trop durs de son travail.

Françoise Ducret
:
Le blog Tarrori è Fantasia sollicite beaucoup des gens qui ne sont pas des "auteurs" ou des "écrivains". C'est cela qui est passionnant.

Pierre-Laurent Santelli
:
Il faut relativiser. Il y a tout de même des auteurs connus sur ce blog : Marcu Biancarelli, Marceddu Jureczek, Stefanu Cesari, Paulu Desanti. Mais c'est vrai qu'ils proposent des textes dans un nouveau genre, plutôt fantastique ou d'horreur. Il y a une attente sur ce genre-là et dans la langue corse aussi (comme un nouvel exutoire). 300 ou 400 pages sont lues chaque jour, cela indique l'attente des lecteurs. Il y a de la science-fiction, des textes plus politiques et parfois polémiques, des essais déguisés dans un autre genre, etc. Mais peut-être que cette vitalité masque le situation actuelle de la langue corse. Le blog facilite l'écriture : en trois quart d'heure j'écris un texte, il est immédiatement offert à tout le public qui a accès à Internet, les échanges sont immédiats. Ce texte, il vaut ce qu'il vaut, je l'écris sans aucune prétention.

Intervention dans le public (1)
:
Est-ce que n'est pas finalement une remise en question de la notion d'auteur ? On sort du cadre littéraire. Et qu'en est-il de la qualité littéraire des textes ?

Pierre-Laurent Santelli
:
Sur le forum Gazetta di Mirvella, beaucoup s'exprimaient derrière des pseudonymes et ne cherchaient pas à créer une littérature en étant des auteurs. Sur Tarrori è Fantasia, Marcu Biancarelli lit les textes avant de les publier, il y a un filtre. Mais est-ce utile de connaître le nom de l'auteur ? Personnellement, je lis d'abord un texte et je vois s'il m'apporte quelque chose ou pas. Quant à la qualité des textes publiés sur Tarrori è Fantasia, il s'agir d'un choix très subjectif.

Intervention dans le public (2)
:
Personnellement j'écris et rend public mes textes sur Internet. En langue corse. J'y vois deux avantages : d'abord, écrire sous pseudo sur Internet décomplexe quant à l'usage de la langue corse, ensuite, nous avions coutume de finir nos textes par la phrase : "Currege i mo sbaglii face avanzà a lingua". La qualité on s'en fout, je n'ai pas envie d'être publié. Le but c'est le partage. Internet fait entrer de l'humanité dans quelque chose qui n'est pas humain (la Littérature). Eiu vogliu sparte incù i mo paisani. Internet c'est aussi la possibilité et la liberté de se faire des amis que l'on n'aurait jamais rencontré sans cela. Souvent on le présent comme en décalage avec les rapports humains mais en fait Internet permet de découvrir aussi les différentes facettes de quelqu'un (par exemple un auteur qu'on connaît qu'on voit écrire d'une façon tout à fait différente est le signe d'une personnalité plus complexe qu'on ne pensait).

Intervention dans le public (3)
:
Pourquoi ne pas dire le texte plutôt que de simplement le faire lire ? Quelles différentes entre les sites et les blogs ?

Ugo Pandolfi
:
Un site a longtemps été une somme de pages, une somme statique, qui n'évoluait pas et ne permettait pas d'interactivité. Aujourd'hui il est multi-objet. Un blog est un produit préformaté qui ressemble à un journal, où l'on place des billets au jour le jour. Il faut savoir qu'un blog s'adresse à tout le public ou pas. On peut en utiliser pour le travail personnel ou pour un travail collectif. C'est au moyen d'un blog que nous avons fait écrire 30 nouvelles à des dizaines d'auteurs et cela a abouti au bout d'un an et demi à Piccule fictions (vendu à 1800 exemplaires au profit d'Handi 20 et a permis l'achat de 6 fauteuils spéciaux pour permettre aux handicapés de se baigner à la plage). Concernant le son sur le Net : il est tout à fait possible d'écouter des sons sous forme de fichier mp3. Je renvoie à François Bon qui sur ses sites (tierslivre.net ; remue.net ; publie.net) a généré de nouvelles formes d'écriture utilisant les sons (voix et musiques). Un autre exemple : le dernier livre de Michel Serres, "Biogée" comporte un tag sur sa dernière page que vous pouvez scanner par votre téléphone portable et qui vous permet d'écouter l'intégralité du livre lu par quelqu'un. Nous avons comme projet de faire la même chose avec la liste des 100 auteurs incontournables de romans policiers établie par Michèle Witta, conférencière en littérature policière et récemment décédée.

Intervention dans le public (4)
:
Je travaille à la Collectivité Territoriale de Corse et je peux vous annoncer que nous allons lancer un site qui va permettre d'écouter des contes en langue corse.

Intervention dans le public (5)
(Il s'agit de Marie-Jean Vinciguerra) :
J'ai discuté avec de tout cela avec François Renucci et j'ai écrit une postface à son "Eloge de la littérature corse" en conservant une position paradoxale de lecteur traditionnel face à ces usages des blogs. J'ai toujours préféré des "entretiens" particuliers avec les auteurs anciens. Mais la question des blogs ouvre des perspectives : - la littérature est sur la place publique, il y a une démocratisation, cela pousse à écrire ceux qui n'auraient pas oser, cela incite au dialogue - mais j'ai une prévention : c'est le côté un peu "foire" ou "granitula" de cet univers des blogs. Moi j'ai des exigences. La littérature c'est une exigence d'écriture. Ainsi pour présenter une oeuvre on ne peut se contenter d'en donner un extrait au public, le public se contentant de dire : "Génial !" ou "Nul !". Il faut tout lire pour interpréter. Cette exigence s'oppose aux effusions et aux interjections. Certes il faut aussi de l'humour et une certaine distance. Je souhaite souvent quelque chose de plus abouti, sur les blogs. Je me suis mis depuis un an et demi à Internet et je suis émerveillé par la facilité d'accès à un foisonnement d'informations et de données, on peut dialoguer avec la mémoire du monde, c'est impressionnant. Je suis d'accord avec vous sur la liberté d'écriture que procure Internet mais on ne s'improvise pas créateur à peu de frais. Oui à l'encouragement mais la littérature est un problème de fond, particulièrement dans une crise culturelle comme celle que traverse la Corse. Oui à l'humour mais la littérature est une question essentielle, qui concerne l'essence, l'être. Les écrivains donnent voix à un peuple, cela réclame une exigence. Donc l'inconvénient d'Internet pour la littérature, c'est son aspect débridé.

Intervention dans le public (6)
:
Est-ce que vous n'écrivez pas en langue corse dans un esprit de conservation de la langue ?

Intervention dans le public (7)
(le même personne qui est intervenu en (2) :
Je ne fais pas de littérature. Il s'agit pour moi se décomplexer par rapport à l'usage écrit de la langue corse et de faire avancer la langue. Je fais partie des premiers étudiants en langue corse de la faculté à Corti et il s'agissait pour nous de réagir à la langue enseignée à l'université qui nous semblait scléroser les créateurs. Sur Internet, on peut éviter les hiérarchies, beaucoup de personnes humbles et modestes écrivent et demandent à être lus et jugés, c'est foisonnant. Je veux citer quelques blogs de créateurs : Soloni Musica, tenu par une jeune femme du Nebbiu. Ou Petra Alta. Ou bien encore le travail d'un Patrick Croce, avec Dédé Nobili, pour les Chjami Aghjalesi. Il a écrit 50 textes en 30 ans. Il envoie son travail aux amis sur Facebook. Et je placerais cet auteur parmi les dix importants des trente dernières années. Et tous ceux que j'ai cité manifestent une grande exigence.

Et voilà, c'est la fin du COMPTE RENDU...

Oui, je sais, la discussion aurait pu se poursuivre...


Allez, je révèle ici deux apartés que j'ai eu avec un des participants au débat (je ne dévoilerai son nom que s'il le désire).

Je lui demandai (c'était dans la librairie Le Point de Rencontre, nous attendions de pouvoir écouter Annie Pietri et Frédéric Morvan pour ensuite les questionner - et ce fut passionnant, vraiment), je lui demandai donc : "Alors, ce débat sur les blogs et la littérature corse ? C'était pas intéressant, hein ?"

Et il me répondit :

- Il aurait fallu insister encore plus sur le foisonnement créatif sur Internet et qui n'aurait pas exister sans Internet.

- Marcu Biancarelli a libéré l'écriture de beaucoup de personnes (dont moi ; je n'aurais jamais cru pouvoir écrire un récit en langue corse).

- Je trouve que les usages littéraires sur Internet retrouvent les caractéristiques de l'oralité (la modernité rejoint l'archaïsme) : chacun lance sa voix, son propos, on se répond, ça marche ou pas mais l'effet est immédiat.


Et juste avant le début du débat au lycée, je m'entretenais quelques minutes avec cette même personne qui me disait avoir plusieurs idées pour expliquer que mon appel à faire des listes des 10 meilleurs ouvrages (ou ouvrages qui nous ont le plus plu, ou...) n'ait pas été un succès... Alors... j'attends de connaître ces raisons ! (Là je place un smiley rigolo qui détend l'atmosphère, ok ?)


Allez, si le coeur vous en dit, vous pouvez ajouter votre opinion...

(l'image)

lundi 2 mai 2011

Rappel, rendez-vous, dialoguer, débattre : Littérature corse et Internet


Si le coeur vous en dit, discutons avec quelques invités blogueurs, le mercredi 4 mai prochain, à 16 h 30, dans l'amphithéâtre du Lycée Giocante de Casabianca, à Bastia... (Cette discussion ouvrira la manifestation littéraire bastiaise, "Histoire(s) en mai", organisée chaque année par Arte Mare).

La question ? : "Dans quelle mesure Internet peut-il servir (ou desservir) la littérature corse ?"

Les invités :
- Françoise Ducret, pour le blog de la librairie Le Point de Rencontre
- Stefanu Cesari, pour le blog Gattivi Ochja
- Ugo Pandolfi, pour le blog Corsicapolar
- Pierre-Laurent Santelli, pour le blog Tarrori è Fantasia

Je ferai un compte rendu des paroles échangées, entre les invités et avec le public.

La discussion pourra commencer ici, se poursuivre ici, repartir ailleurs, etc.

Pour un lien vers les blogs en question, je renvoie (c'est plus rapide pour moi) vers un billet sur le blog Isularama où Xavier Casanova fait la même annonce.

A mercredi !

(l'image)

mardi 26 janvier 2010

Je viens de commander par Internet : la revue Fora !

Dernièrement j'évoquais le fait que j'avais acheté sur Internet un ouvrage poétique (+ photos) corse (de Hélène Sanguinetti : voir ici).

Eh bien, je viens de m'abonner aux deux prochains numéros de la revue Fora ! (celui qui vient de sortir - "Négritude, Corsitude : et après ?" - ainsi que le prochain qui paraîtra en juillet 2010 et qui s'interrogera sur les liens entre la Corse et l'Italie).

Quel plaisir de pouvoir ainsi prendre connaissance chez soi des productions culturelles corses, puis de pouvoir les acheter et les retrouver dans sa boîte aux lettres !

La revue Fora ! poursuit ainsi son patient et très riche travail de comparaison, d'appariement, de dépaysement. On peut consulter tous les sommaires et même certains articles en ligne. Dommage, pour l'instant pas d'articles du dernier numéro ! J'aurais aimé lire :

- "Ce que peut la littérature" de Jacques Fusina (le titre m'attire beaucoup, j'ai une furieuse envie de savoir ce que propose Fusina)

- "Le yani niko de la dernière île" de Ugo Pandolfi ("yani niko" et "dernière" étant les mots qui me font rêver ; cela me fait penser qu'il faut absolument que je me lance dans son "Du texte clos à la menace infinie")

- "De la corsitude en tigritude", parce que je connais un peu Pascal Génot et que j'aime beaucoup ses réflexions

- "La Vierge du Grand Retour" par Anna Giaufret : alors même que je sais à peu près ce qu'elle doit en dire puisqu'elle était venue à Aix pour parler du même sujet et que j'ai lu ses articles sur le sujet ! (voir ici sur ce blog)

- "Greta Rodriguez-Antoniotti, une Afrique ambiguë" par Vannina Bernard-Leoni (car je me souviens avoir croisé cette charmante personne, sur la place Saint Nicolas, et j'espère en apprendre plus sur son action culturelle en Afrique ; et ainsi renouveler le désir d'aller vers l'oeuvre de Sony Labou Tansi sur laquelle elle a travaillé...)

Si c'est pas malheureux ! Ce qui m'attire est ce qui me paraît convenir à mes goûts ! Encore heureux que la revue Fora ! recèle bon nombre d'autres articles qui conduisent à ouvrir d'autres horizons ! Vivement le facteur !

lundi 3 août 2009

Les mots d'une lectrice : Marie-Hélène Ferrari

Vous le savez, l'avis des lecteurs est essentiel pour faire exister une littérature (la littérature corse encore plus, puisque l'institution littéraire est encore défaillante). Je suis donc à la recherche d'avis sur les livres de cette littérature. Sur le forum de Musanostra, Marie-Hélène Ferrari, plus connue comme auteur, rappelait qu'elle avait ouvert sur son site, une rubrique intitulée :

"Livres à lire ou à éviter, critiques"

On pourra trouver les avis - publiés entre le 17 juin et le 10 novembre 2008 - trop brefs, trop secs (accompagnés d'extraits des oeuvres, ils auraient été bien plus riches), trop tranchés.

Mais ces trois "défauts" sont en fait trois "qualités" : ce sont des notes synthétiques, vivantes, enlevées, sincères et personnelles. Ainsi, elles donnent envie d'aller voir les livres ou de répondre si l'on n'est pas d'accord. Et puis il est déjà bon de savoir que les oeuvres corses suivantes (mêlées à des oeuvres non corses) ont été lues et ainsi diversement appréciées :

- "Extrême méridien", Marcu Biancarelli
- "Petit plongeoir vers l'abîme", Okuba Kentaro
- "Piccule fictions"
- "Du texte clos à la menace infinie", Ugo Pandolfi
- "L'exil en soi" de Jean-Pierre Santini

Pour aller lire tout cela : voir ici.

De cette liste, je n'ai lu que le livre de Biancarelli, que j'aime beaucoup (la première nouvelle est extrêmement riche de réflexions, de tonalités variées, de scènes cauchemardesques, de figures inoubliables ; la nouvelle intitulée "Le portefeuille" est pour moi la plus belle). Il faut donc que je lise les autres (qui sont déjà dans ma bibliothèque et qui attendent gentiment !)

N'hésitons pas - à nos moments perdus - à réagir, rebondir, répondre (sur le site de MHF ou sur ce blog, ou bien encore ailleurs !)