
Evidemment, un grand merci à Françoise Manodritta pour envoyer ainsi son point de vue, sur un livre à peine évoqué sur ce blog (et chroniqué par Jean-Marie Arrighi dans un ancien numéro de Corsica, me semble-t-il).
La littérature (corse) est éternelle : les livres ne meurent jamais, chaque lecture révèle leur vitalité.
La discussion est ouverte, éventuellement. Vos échos sont les bienvenus, citer d'autres poèmes, faire part de vos remarques, prolonger le plaisir, c'est toujours possible.
Voici donc le billet de Françoise Manodritta à propos de sa lecture de "A Ghjanna", recueil poétique en langue corse (avec traduction française) de Dumenicantone Geronimi, publié aux éditions Alain Piazzola :
Je souhaiterais saluer ici le recueil de poésie bilingue de
Dumenicantone GERONIMI :
A GHJANNA (LA PORTE)
Prisintatta è tradutta da Luigi Muri
Pitture di Micheli Raffaelli
Éd. Alain Piazzola, Ajaccio, 2009 (164 p.)
(Prix de la Collectivité Territoriale de Corse, 2009)
Les 42 poèmes qui le composent sont un hymne profond à l’amour et à la terre, évoquée dans ses aspects les plus élémentaires (l’eau, le feu…). Une brillante préfacede Louis Muri l’accompagne, ainsi que dix peintures originales de Micheli Raffaelli, — "abstractions figurées" en couleur, faites, notons-le, tout spécialement pour ce livre.
Sous couverture cartonnée, le recueil se présente donc, en définitive, comme un véritable "livre d'artiste".
L'une de ces œuvres nous rappelle la complicité restée vive entre l'auteur et le peintre, depuis qu'ils ont cosigné la pièce : "U Ruminzulaghju" où s'opposent les discours antithétiques de deux sorcières : l'une recourant aux procédés traditionnels d'invocation et d'appel aux forces occultes, "e putenze...", tandis que l'autre fait appel aux objets du monde actuel, devenus médiums par leur présence dans la décharge à l'état de détritus, "osse di farru..." (La Marge Édition, 1990, pièce créée à Calenzana en 1984). La peinture de Raffaelli, qui évoque un métier à tisser encore reconnaissable sous l'abstraction, a été couplée par l'auteur à un commentaire sur les tisseuses, " O tissidore...", thème associé à la sorcellerie depuis la plus haute antiquité, et dont l'imaginaire corse nous est resté le témoin vivant. Une Parque
fileuse est encore là, elle éclaire en finesse toutes ces pages, et c'est tant mieux, car c'est très beau.
Rappelons que l'ouvrage est un tirage limité à 500 exemplaires.
(l'image)