Que vient-il de se passer, très concrètement ?
Le mercredi 7 novembre 2012, à 12 h 45, le secrétaire général de l'Académie Goncourt, Didier Decoin, a annoncé publiquement que le prix Goncourt (le prix littéraire français le plus prestigieux, qui récompense depuis 1903 le "meilleur ouvrage d'imagination en prose, paru dans l'année") était attribué au roman de Jérôme Ferrari, "Le sermon sur la montagne de Rome"... Oui "sur la montagne"... Lapsus très amusant qui fait sourdre une critique sur un livre qu'effectivement Didier Decoin n'a pas eu l'air d'aimer. Cette année le jury comptait neuf membres, me semble-t-il, et au deuxième tour, le roman de Ferrari a obtenu 5 voix contre 4 au "Peste et choléra" (Seuil) de Patrick Deville (qui avait obtenu précédemment les prix Roman Fnac et Femina). C'est la deuxième fois que les éditions Actes Sud obtiennent ce prix (après "Le soleil des Scorta", de Laurent Gaudé, en 2004). Dans le journal Le Monde du 6 novembre on lit un article sur le jury Goncourt, justement, qui insiste sur le fait qu'il serait maintenant à l'abri des pressions commerciales, éditoriales, des conflits d'intérêt et que le choix des membres de l'Académie ne porte que sur des textes, et peu importe les éditeurs. Lorsque j'interviewai Pierre Assouline, à Ajaccio en septembre dernier, dans le cadre du festival Racines de ciel, c'est ce qu'il énonça très clairement : le jury Goncourt est indépendant et ne pense qu'à la littérature.
C'est pourquoi, je suis très heureux qu'un tel roman, qu'un tel auteur, qu'un tel éditeur aient obtenu un prix qui assure une reconnaissance, une médiatisation et de très nombreuses lectures !
Ce prix Goncourt au "Sermon sur la chute de Rome" est-il un "acte fondateur pour la Corse" au même titre que l'épopée du Sporting en 1978 ? Cette opinion est celle de Sébastien Bonifay, libraire de la Librairie des Deux Mondes à Bastia, chroniqueur littéraire à l'émission Via Cultura sur France 3 Corse Via Stella.
Ce n'est pas la première fois qu'un auteur corse reçoit un prix prestigieux :
- Angelo Rinaldi, "La Maison des Atlantes" (éditions Denoël), prix Femina en 1971
- Jean-Noël Pancrazi, "Les Quartiers d'hiver" (éditions Gallimard), prix Médicis en 1990
- Marie Ferranti, "La Princesse de Mantoue" (éditions Gallimard), Grand prix du roman de l'Académie française en 2002
- Jean-Noël Pancrazi, "Tout est passé si vite" (éditions Gallimard), Grand prix du roman de l'Académie française en 2003
Il y a d'autres livres et auteurs corses qui ont reçu des prix littéraires, je me contente ici de citer les plus connus parmi ces prix.
Mais il est vrai que c'est la première fois qu'un auteur corse obtient le prix Goncourt. Qui plus est pour un roman dont le sujet est profondément insulaire (vie et mort d'un bar de village en Corse) tout en liant cette matière à celle du monde entier (notamment via Saint-Augustin, la guerre de 14-18, l'histoire coloniale française, la société médiatique d'aujourd'hui, etc.). En ce sens, je suis d'accord pour voir dans cet événement un moment très important de la vie de la littérature corse.
Avec quelles conséquences ?
1. Faire lire et relire ce roman en particulier, "Le sermon sur la chute de Rome" (qui n'est pas mon préféré dans l'oeuvre de Ferrari, nous y reviendrons), en voir les beautés et les caractéristiques.
2. Faire lire et relire l'ensemble des livres de Jérôme Ferrari qui, c'est d'autant plus clair avec ce dernier opus, forme une oeuvre cohérente présentant les différentes facettes d'un monde romanesque magnifique. Donc relire "Variétés de la mort" (Albiana, 2001), "Aleph zéro" (Albiana, 2002), "Dans le secret" (Actes Sud, 2007), "Balco Atlantico" (Actes Sud, 2008), "Un dieu un animal" (Actes Sud, 2009), "Où j'ai laissé mon âme" (Actes Sud, 2010) et maintenant "Le sermon sur la chute de Rome" (Actes Sud, 2012).
3. Lire et discuter les points de vue des différents lecteurs de cette oeuvre : non seulement les critiques journalistiques (et bientôt les critiques de la recherche universitaire, à moins qu'elle n'ait déjà commencé) de la presse littéraire (ou pas), mais aussi les avis des "simples" lecteurs, bénévoles, qui s'expriment sur les réseaux sociaux, dans les cafés littéraires, sur les sites et forums, sur les blogs personnels ou collectifs. J'engage donc les lecteurs à fureter notamment sur les sites "L'or des livres", "Terres de femmes", "Invistita", "Musanostra", "Isularama", "The Old Pievan Chronicle", "Corsicapolar", "Pour une littérature corse", et je vais encore en oublier, vous pouvez compléter la liste en commentaires.
4. Faire connaître la vitalité et la diversité de l'expression littéraire corse, donner envie de découvrir avec bienveillance et regard critique la "littérature corse". Oui, bien sûr le jury Goncourt a primé le meilleur roman francophone de l'année et rien d'autre. Mais ce choix est subjectif, bien sûr, et surtout la force d'une oeuvre se mesure aussi à la variété des lectures qu'elle permet, et clairement (je rappelle que Jérôme Ferrari a répété publiquement qu'il avait notamment pour dessein de faire accéder la Corse à la dignité littéraire), l'oeuvre ainsi primée médiatise indirectement toute la littérature corse. Rappelons enfin que Jérôme Ferrari est aussi partie prenante de la littérature corse de langue corse, puisqu'il a traduit en français nombre des textes de Marcu Biancarelli ("Prighjuneri/Prisonnier", 2000, Albiana ; ou encore le sublime "Murtoriu", traduction française publiée chez Actes Sud en 2012, avec le concours de deux autres traducteurs, Marc-Olivier Ferrari et Jean-François Rosecchi).
Je voulais faire un billet avec une tonalité beaucoup plus détendue et joyeuse, voire délirante et affranchie de toute bienséance, mais l'heure est grave : Jérôme Ferrari vient d'obtenir le prix Goncourt !!!!!!!!!!!! Yiiiiiiiiiipiiiiiiiiii !
Ce blog est destiné à accueillir des points de vue (les vôtres, les miens) concernant les oeuvres corses et particulièrement la littérature corse (écrite en latin, italien, corse, français, etc.). Vous pouvez signifier des admirations aussi bien que des détestations (toujours courtoisement). Ecrivez-moi : f.renucci@free.fr Pour plus de précisions : voir l'article "Take 1" du 24 janvier 2009 !
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jeudi 8 novembre 2012
"Le sermon sur la chute de Rome", de Jérôme Ferrari obtient le prix Goncourt 2012 !
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