samedi 16 mai 2009

Du football corse

Quelques éléments de compte rendu du café littéraire d'hier, à l'amicale corse d'Aix-en-Provence :

Présents : une quinzaine de personnes, des membres de l'amicale, et nos invités :
- Victor Sinet
- Pascal Génot
et André de Rocca (le journaliste sportif, à France Bleu Provence, vieil ami de Victor Sinet) qui nous a fait la bonne surprise de venir ce soir-là. Voir ici son blog.

Nous avons regardé le documentaire de Jacques Tati et Sophie Tatischeff, "Forza Bastia". Vous pouvez voir ces étonnantes et très vivantes 25 minutes 42 secondes sur Internet, ici par exemple.

Puis Victor Sinet, André de Rocca, Bastien (jeune supporter passionné du SCB), Pascal Génot, Pierre-Paul Calendini (vieux supporter passionné du SCB), Madame Kessler, Claude Tomasini, Antoinette Rossi, Pierre-Paul Muzy, Pierre Moretti ont pris la parole pour évoquer leurs souvenirs (trois d'entre eux, devinez lesquels, étaient présents au stade de Furiani ce soir d'avril 1978), leur vision du football et de la Corse, l'histoire du dernier film de Tati et leur réactions à celui-ci, etc.

Ah oui, une dernière chose : nous n'avons pas regardé le 6 minutes sur Chaouki Ben Saada (je n'avais pas remis la main dessus, ce sera pour une autre fois) et je n'ai pas évoqué les liens improbables et pourtant flagrants selon moi entre le film de Tati et l'épopée latine de Nobili-Savelli (cela je l'ajouterai à la fin de ce billet

Donc voici, en vrac (dans l'ordre chronologique), dans cette discussion à bâtons rompus, vous trouverez peut-être des éléments intéressants ? :

V. Sinet : "Les lions de Furiani" était sorti en janvier 1978, avec un éditeur marseillais. Pour la finale d'avril, on avait sorti le livre avec une nouvelle jacquette (bleue) mais du fait des conditions climatiques, on en a vendu que 100 ! Mais en tout, l'ouvrage s'est vendu à presque 18 000 exemplaires, ce qui est exceptionnel.
Le match s'est déroulé dans des conditions titanesques. Jamais on n'avait vu ça.

Le plus grand match de cette épopée européenne : Torino, match retour : 3 à 2 pour Bastia ; avemu vintu.

Mais après chaque match à Furiani, on disait "avà basta", c'est fini, mais ensuite il y avait une victoire à l'extérieur. 7 victoires d'affilée en coupe d'Europe, c'est un record (partagé avec la Juventus de Turin, le Real Madrid, l'Ajax), seulement battu par le Mönchengladbach avec 9 victoires d'affilée).

La victoire contre le Torino, à Turin, 3 à 2 au Stadio Comunale, grâce à Krimau venant de nulle part qui marque deux buts. Plein de mecs se sont perdus sur la route du retour vers la Corse. Il neigeait.

André de Rocca : le film de Tati montre bien l'ambiance de liesse chez les gens. A l'OM aussi c'était comme ça, mais l'époque à changé. Par exemple, les contacts avec les joueurs étaient beaucoup plus faciles, les discussions étaient possibles, durant de longues heures. Donc les journalistes pouvaient commenter le match puis après les discussions avec les joueurs, qui expliquaient leur tactique, les articles pouvaient revenir sur ces questions de techniques, de tactiques et expliquer plus précisément la déroulement d'un match, les comportements d'un joueur.

Tous : les tribunes du stade de Furiani filmées en 1978 n'ont pas beaucoup changé.

Bastien : je regrette de n'avoir pas vécu ces moments. Le film rend bien la vie des Bastiais.

André de Rocca : les joueurs de Bastia eux-mêmes étaient étonnés par leur parcours en coupe d'Europe. L'inattendu est que cette année-là, trois joueurs - Papi, Larios et Lacuesta - ont éclaté, se sont révélés ; cela associé à une qualité insulaire, identitaire (tacles rudes) a donné cette aventure de 1978.
C'était l'époque où les joueurs ne gagnaient pas les sommes folles d'aujourd'hui.

Victor Sinet : l'engouement était général en Corse. 2 à 3000 Ajacciens montaient régulièrement à Bastia pour le Sporting.

Madame Kessler : je veux parler du "Sceubeu" - je le dis toujours comme ça aujourd'hui - de 1947 -1948. Cela représentait quelque chose pour nous. Les filles étaient amoureuses de certains joueurs, prenaient des photos.

Pascal Génot : et les supporters, y avait-il des figures particulières ?
Victor Sinet : ça allait loin, c'était extraodinaire, rien de constructif, mais alors ! Bah, bon.
Claude Tomasini : la tribune Est était la plus virulente, c'est là qu'étaient les Bastiais (du Marché, de la Citadelle).
Victor Sinet : une anecdote ; en 1934 ou 36, au stade Miniconi, finale entre l'équipe du FCA (Le Bistrot) et le SCB (avec François Natali) : Natali dribble même le goal et envoie doucement le ballon vers les cages vides ; un supporter ajaccien a sorti un calibre, a tiré et le ballon est venu mourir sur la ligne !

Pierre-Paul Muzy : il me semble que les drapeaux corses (blanc à tête de Maure) ont peu à peu été supplantés par les drapeaux bleus et blancs du Sporting, non ?
Victor Sinet : oui, c'est vrai. Le football, cette épopée bastiaise, ont représenté un "éveil", à tous les points de vue. Le football était un développement de l'âme corse.

Antoinette Rossi : Jacques Tati filme très bien les mouvements des gens. Dans un autre de ses films, il montre des touristes qui ont des geste maladroits, saccadés, car ils sont hors de leur milieu. Dans "Forza Bastia", il montre bien les gens dans la rue, aux fenêtres qui sont dans leur rythme propre, à l'unisson, et ça monte comme des vagues qui grandissent.

Pascal Génot : l'histoire du film est complexe. Jacques Tati était un passionné de football, il rêvait de faire un documentaire sur le football. Gilbert Trigano (Club Méditerranée), sponsor du SCB, demande à Tati de filmer la finale du Sporting. Il vient avec trois cadreurs et trois chefs opérateurs, dont Yves Agostini (qui est dans l'équipe présente sur la place Saint-Nicolas tandis que Tati doit être au stade, sans doute). Mais comme Bastia perd, que Jacques Tati est pris dans des difficultés financières, les presque 5 heures de rushes tombent dans l'oubli pendant plus de 20 ans. Yves Agostini et l'équipe de la Cinémathèque de Corse évoquent alors l'existence de ces bobines et décident d'en faire quelque chose. La fille de Jacques Tati, Sophie Tatischeff, finit par retrouver ces bobines et en fait un montage de 25 minutes (en 1999, le film sort en 2000, et est diffusé pour la première mondiale en Corse ; la Corse a donc participé à rajouter un film à la filmographie d'un des plus grands cinéastes). Les bobines appartiennent maintenant à Jérôme Deschamps, neveu du cinéaste. Il a d'ailleurs monté une version très légèrement différente de "Forza Bastia". Il faudrait pouvoir voir ces bobines et voir s'il n'y aurait pas matière à d'autres films !

André de Rocca : Un commentateur radio de football qui était extraordinaire c'était Didier Beaune, sur RMC : un passionné, très bon connaisseur, totalement libre. Certains regardaient le match à la télé, coupaient le son et écoutaient en même temps les commentaires de Didier Beaune à la radio. C'était du temps où les médias n'étaient pas tenus par l'argent de la publicité et des annonceurs. Aujourd'hui, les commentateurs sont tenus et font des commentaires positifs parce qu'il faut un retour sur investissement pour les annonceurs. Cela a des conséquences sur la profession de journaliste.

Pascal Génot : il existe des films amateurs concernant le football en Corse mais pas à ma connaissance pour les grands matchs. On ne connaît pas de film amateur des matchs du Sporting en 1978.
Claude Tomasini : notre instituteur nous filmait en super 8 quand nous faisions des matchs, et projetait ensuite le film sur une toile blanche, pour nous faire plaisir.
Victor Sinet : non, ce n'était pas dans les moeurs !

Victor Sinet : j'ai organisé l'équipe de la sélection corse pour le match contre l'équipe de France en 1967 (voir ici ce reportage d'époque plus quelques propos de Victor Sinet). L'idée de cette confrontation venait de Just Fontaine et Dumè Colonna. Par une série d'articles dans "L'Équipe", j'ai insisté pour que l'équipe corse soit constituée de joueurs avec du sang corse. Le match fut extraordinaire, à la fin, le public scandait : "Laissez-les marquer ! Laissez-les marquer !"

FXR : les dernières images du film de Tati montrent les gradins par en-dessous, on ne peut que penser à la catastrophe de Furiani à ce moment-là.
Tous : oui, ça a été quelque chose d'abominable.

Je voulais faire un parallèle entre "Forza Bastia" (1978-2000) de Jacques Tati et Sophie Tatischeff et "Vir Nemoris" (1771-2008) de Nobili-Savelli (déjà évoqué sur ce blog, voir ce nom dans les libellés).

Deux oeuvres originales (documentaire sportif, épopée en latin),

inachevées par leurs auteurs, laissées de côté de nombreuses années, ressorties grâce à une volonté collective,

travaillant de façon artistique des événements historiques réels,

mettant en scène des combats dans un contexte de future "défaite" (mais l'épopée, selon Édouard Glissant se fonde sur une défaite ou au moins sur une victoire ambigüe),

propres à nourrir l'imaginaire collectif en travaillant un enthousiasme populaire "guerrier" (des révoltés de Circinellu aux Lions de Furiani : il y a d'ailleurs un plan (le 40ème, au bout de 5 minutes 4 secondes), comique, sur un chien en laisse qui aboie, un caniche habillé aux couleurs du Sporting qui prend la suite de l'évocation des chiens de Circinellu et de ses amis (voir le texte page 112 :

Pendant ce temps, comme de coutume, un sifflement a rameuté les chiens. Vite, ils arrivent tous, agitant leur queue nerveuse, souple et mobile, et se frottent pêle-mêle les flancs, les uns contre les autres. Alors, le plus vieux d'entre nous, qui, au fil de nombreuses années, a appris à interpréter leurs réactions d'après leurs yeux, leurs dents et leur pelage, en désigne quatre parmi la meute poilue : Paganu, le chien berger, Filicone aux aboiements terribles, Orsone, pour sa truffe vigoureuse, Dracone pour ses crocs. Dès qu'un collier leur serre le cou et qu'ils sont attachés par des chaînes, en bons gardiens et vigiles de la grotte, ils surveillent nos Pénates, deux par deux, de chaque côté de l'entrée.

Et dans la langue de Nobili-Savelli :

Sibilus interea arcessit de more molossos.
Hi cito conueniunt alacres tremulamque uolutant
multiuago caudam flexu et latera undique miscent.
Tunc nostrum senior, multis expertus in annis,
ingenium nouisse canum uariosque peritus
perlegere ex oculis rictuque et uellere mores,
quatuor e turba uilloso corpore legat :
Paganum uigilem, Filiconem dira latrantem,
naribus Vrsonem ualidis et dente Draconem.
Et circum stricto nexis collare catenis,
tanquam custodes antri uigilisque penates,
uestibuli binos utraque ex parte seruant.)

Globalement, je trouve donc que Tati a capté, avec sa sensibilité, alors qu'il n'était pas forcément venu pour ça, une épopée "politique" mais en mineur (avec de l'humour, du burlesque, presque du dérisoire) par rapport à l'épopée du XVIIIème siècle. L'expression de soi, d'une vitalité, d'un combat se fait via le match de football (mais n'oublions pas que les événements d'Aleria ont eu lieu en 1975 et que le FLNC est né en 1976) avec tous les éléments et indices épars d'une expression politique.

Comme dit la voix-off au début du documentaire de Tati, il s'agit de filmer un "événement qui va bien au-delà d'une simple partie de football." Qu'en pensez-vous ?

16 commentaires:

  1. Sò magine strasurdinarie quelle di Tati è u muntame hè bè fattu, mostra bè u muvimetu cum'è un maremossu prugressivu, in particulare quand'elli ghjunghjenu a ghjente di u restu di a Corsica, l'aiaccini, eppo dopu...u ritiru!

    Tutte e qualitai di Tati in l'usservazione minuziosa di l'attitudine, di i gesti di a ghjente, l'insolitu, u ridiculu,u stranu, hè magnificu!!

    Ma ciò chì m'avia marcatu u più in u 2000 videndu u filmu hè a "Talianità" di Bastia è di u so populu, chì suchju, chì vita, chì calore, chì teatralità...Oghje, 'sse magine parenu da veru fà parte di un passatu andatu...

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  2. Oui, je trouve aussi qu'il y a une rencontre extraordinaire entre un cinéaste à l'oeil particulièrement lucide, tendre, attentif, minutieux et puis un moment et un peuple qui semblent correspondre à la filmographie de Tati : la liesse, cette théâtralité dont tu parles, Francesca, le maintien des corps, la façon de se tenir, les gestes et cet orage, cette pluie, la pelouse détrempée, les corps burlesques des footballeurs, ce mélange d'enjeu sérieux et de comique au quotidien.

    Un hasard extraordinaire pour une oeuvre extraordinaire fécondant notre imaginaire (outre le fait qu'il peut jouer aussi jouer son rôle dans d'autres sphères, je suis partageur).

    Peut-être un hasard unique dans toute l'histoire du cinéma et des arts en général (mais là je m'avance un peu, non ?)

    Ma mi pare ancu chì issu filmu ci mostra una via, una pussibilità artistica : induve sò i filmi nant'à a Corsica, corsi o no, chì travaglianu issa manera cinematografica ?

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  3. Sè capiscu bè voli fà un'antru Blog : "pour un cinéma corse" ? lol

    Mi dumandu perchè i sineasti Taliani ùn s'interessanu micca di più à a Corsica è perchè ùn pensemu micca à interessalli...Mi pare ch'elli renderianu megliu ghjustizia à a nostra storia, a nostra identità, a nostra lingua chè i francesi ...
    Nò?

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  4. Francesca,
    ai capitu bè ! Mi piacenu e manifestazione di l'imaginariu : libri, filmi, pitture ed arti plastichi, teatru, "vidéos", ecc.

    J'utilise généralement cette formule des "fables, formes, figures" (empruntée à l'historien d'art André Chastel) afin d'éviter justement les découpages entre arts et genres. Il y a tellement de connexions et tant de formes encore à inventer.
    Donc, ce qui m'intéresse ce sont les "fables, les formes, les figures" que nous fabriquons au fur et à mesure de nos rencontres avec les oeuvres d'art.

    Concernant la filmographie italienne sur la Corse, je ne sais pas - j'en doute - si elle a rendu justice ou si elle pourrait rendre justice à l'histoire et à l'identité corses. Nos relations sont au moins aussi compliquées avec l'Italie qu'avec la France, non ?

    Lors du festival de cinéma corse que nous avions organisé avec l'amicale d'Aix (en janvier 2005), nous avions programmé, avec l'aide de la Cinémathèque de Corse et l'Institut de l'Image d'Aix, le film du réalisateur italien Gennaro Dini : 55 minutes, muet, noir et blanc, à proposde "Romanetti ou le roi de la maquis".

    Il faudrait poser cette question aux responsables du festival de cinéma italien en Corse ou aux spécialistes du cinéma en Corse : il y a certainement des perles à mettre en valeur.

    Personnellement, je pense qu'il faudrait soutenir la création cinématographique corse elle-même.

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  5. Certa, megliu à sustene a creazione corsa ma ùn impedisce nunda...

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  6. Per avà hè_ l'imaginariu FRANCESE nantu à a Corsica chì ci assassina!! "Un prophète" di Jacques Audiard mette in scena una banda di naziunalisti-maffiosi corsi chì terrurizeghjanu una prigiò ...razzisti, cumu si deve! Di pettu à elli, i malasciammè arabi serianu una "bona" maffia più muderna è più "pulita"...? Umbeh! U parisianisimu sceglie i boni è i gattivi maffiosi avà!

    A libertà di a creazione, di a fizzione, iè, iè , a cunniscimu a canzona, ma ...Cumu hè chì l'ispirazione di 'sse "creazione" hè sempre a listessa??? "maffiosa", "un long dimanche de fiançailles, induve u Corsu hè vigliaccu è traditore, "Indochine" induve u Corsu hè spaventosu, ecc ecc...

    Ci facenu guasi rigrittà à Mérimée tuttti 'ssi "creatori "parigini d'oghje, ci era rumantisimu ina visione "merimesca"!

    Corci i Corsi in prigiò dopu à stu filmu : di regula l'auturità carcerale i separanu u più ch'ella ponu, è ci hè digià satu un prigiuneru chì hè guasi mortu da una concia.

    È in quantu à rapatrialli in Corsica, e prumesse ùn lianu chè à quelli chì e sentenu, cuntrariamente à ciò chì stu filmacciu face crede.

    Simu i "juifs" di a Francia d'oghje, a vi dicu.

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  7. Credu chì ci vole à vede u filmu di Audiard.
    Eccu una critica chì dà una idea di issu travagliu :

    http://www.lemonde.fr/festival-de-cannes/article/2009/05/18/un-prophete-la-prison-une-ecole-de-la-vie-selon-jacques-audiard_1194452_766360.html

    E pò ci vole à cuntinuà issa discussione. Mi pare cumplessa l'affare di i stereotipi, no ?

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  8. Ciò ch'è rimpruvereghju à l'intelletuali superficialissimi parigini hè a simplificazione ch'elli facenu di a Corsica è di i Corsi, appuntu!

    Da veru, ancu l'articulu di "le Monde" ne aghjusta un cuchjarone : "la mafia corse, dont le code d'honneur est pourri par le chauvinisme et le racisme" . Ùn vi sbagliate o ghjente : i Francesi traducenu subitu : "I Corsi", micca i "mafiosi" corsi.
    Chì bellu derivativu pè a sucetà francese,in tempu di crisa, di truvà "i Corsi" cum'è spavechju!

    Sangu la Madonna, simu mezi morti, simu trè gatti, a nostra cultura hè à caternu da a colpa di a so scimizia ghjacubina, è i frasturnemu tantu? Ùn ci sò altre "mafia" belle più spaventose oghje in e prigiò francese (ùn diceraghju micca qualesse), dumandate puru, ci hà fattu un sughjornu Audiard? Quantu ci n'hè Corsi, per raportu à u numeru glubale di prigiuneri, per sparghje cusì " u terrore", senza cuntà ch'elli sò spapersi u più pussibule in prigiò differente...

    U presuppostu di u scenaristu : hà fattu "apposta" di sceglie i Corsi perchè "la communauté maghrébine n'est pas la bienvenue en Corse". Si sà chì in altrò, in Francia, da partuttu, ci hè un amore scemu pè l'immigrati.

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  9. Ma credu chì u prublema hè generale : a piazza di a Corsica hè ridutta à quella di qualchì elementu (a maffia, s'ellu si pò parlà di maffia ; a viulenza, i clandestini, u razzismu). Sò veri issi elementi, mà ùn sò i soli à fà a realità di a Corsica, o di i Corsi.

    Mais un autre souci est celui de ne pas faire des stéréotypes inversés : il n'y aurait pas de criminalité organisée corse (que penser alors des analyses bien connues de celle-ci depuis les années 30 ?; voir par exemple, la réédition augmentée des "Parrains corses" de Nouzille et Follourou) ; il n'y aurait pas de racisme (que penser alors de ce sujet traité par nos propres écivains et cinéastes ?) ; il n'y a pas violence, de meurtres, etc. Car la question n'est pas de savoir s'il y a plus ou moins de tout ceci qu'ailleurs ; la question est comment désirons-nous représenter nos réalités dans toute leurs complexités ?
    On pourrait tout à fait imaginer (cela se fait avec Mérimée et Dumas) que nos artistes récupèrent, décalent, contredisent, complexifient les miroirs déformants venus du Continent aujourd'hui.

    Mais encore une fois, j'irai voir le film d'Audiard, j'ai l'impression qu'il en vaut la peine, et il vaut mieux parler en connaissance de cause, non ?

    Il est bon de regarder les réalités complexes de notre monde en face, ou via le pas de côté des fictions ; cela concerne n'importe quelle maffia (corse, albanaise, russe ou tchétchène, etc.).

    Il faudrait que je vois le travail fait par Andrea Camilleri dans son livre récent, "Vous ne savez pas", consacré aux écrits de Bernardo Provenzano, le maffieux sicilien emprisonné il y a quelques années. Est-ce possible en Corse ? Certainement.

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  10. A sola cosa chì vogliu dì hè chì si impone avà una "Verità" unica nantu à a Corsica è "i Corsi" in i media è in u sinemà francesi. Oghje sta visione "unidimensiunale" hè pruposta à u mondu sanu à u festivale di Cannes!

    Hè quantunque strana chì mai mai ci sia altri affari chì interessinu tutti 'ssi "intellettuali" in a vita di a Corsica?? Pocu l'impreme a rialità "cimplessa", elli a simplificheghjanu, si cunfortanu trà di elli senza verificà a minima di e so affirmazione. S'ella hè una fizzione l'opara di Audiard, perchè si permette di fanne genralità azardose? Hà vulustu guardà "cette entité close " qu'on a du mal à cerner et à comprendre : palesa ch'ùn ci capisce nunda, allora a prossima volta ch'ellu pruvessi à capì prima di parlanne... Eiu ùn mi sentu manc'appena di a listessa "entité" chè i criminali di u o i mezi corsi, ma sò elli, i media è i grandi "creatori" francesi,in i so discorsi, in e so giustificazione, in e so scelte sempre listesse di sugetti, chì facenu sta generalità "razziste".

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  11. Pour être tout à fait sincère, on m'a envoyé le scénario du film à lire et j'ai éprouvé un malaise comparable à celui de Francesca, qui m'a empêché d'ailleurs d'aller au bout de cette lecture.

    Mais pour continuer sur le registre de la sincérité je n'avais pas capté pour ma part en lisant le scénar qu'il y avait un amalgame entre nationalistes et maffieux. Moi j'y ai surtout vu des maffieux, et je ne sais pas si au final le film donne une autre vision.

    Moi ce qui me dérange le plus c'est qu'une fois de plus le cinéma français utilise une image des Corses qui peut être assez malsaine. Elle est ici rehaussée du clivage entre Corses et Maghrébins, ce qu'on n'aurait sans doute pas fait dix ans en arrière, où l'on jouait d'autres stéréotypes.

    C'est vrai que ce film peut laisser penser que le racisme des Corses est un problème d'ordre particulier (un ami m'a parlé encore aujourd'hui d'une revue continentale qui lui demandait de modifier un article sur le football corse en mettant en avant le racisme, "réalité objective" du football en Corse...).

    Mais c'est vrai aussi que nous sommes les champions pour donner le bâton pour nous dérouiller. Exemple (toujours dans le domaine du foot) : voir la composition de la prochaine équipe de Corse qui jouera le six juin contre le Congo : aucune joueur issu de l'immigration n'est sélectionné, et le critère pour former l'équipe semble plutôt celui du sang. Pas terrible tout de même... Mais bon, c'était quoi le sujet ?

    MB

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  12. D'accordu cùn tè, Francesca, ma, torna à Vignale, pensu ch'ellu seria megliu di vede u filmu di Audiard ; forse ùn hà primura di palisà a cumplessità di a Corsica ma ùn sò micca sicuru chì issu sineastu vulia fà "generalità azardose".

    E pò a quistione chì ci garba hè sempre a listessa : isse realità ci vole chì i creatori corsi ne facenu qualcosa (è certi anu principiatu à fà lu).

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  13. Ascolta i so discorsi in giru à u filmu è leghjeli è viderai chì a generalità l'hà in capu, perchè oghje hè a "Verità" definitiva di l'intellettuali Parigini! Sò 'ssi discorsi chè ricusu di più chè un filmu...

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  14. OK, allora fighjulemu l'opere corse è parlemu ne (ùn avemu micca bisognu di "Parigi" - "U to nome, o Parigi !")

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  15. Marcu, (en réponse au message de 21:02)
    le sujet est bien celui du "bâton", de qui le fabrique, pour frapper sur qui, et des conséquences de ce matraquage. En clair, nous construisons ensemble (Corses, intellectuels parisiens) des discours, des images, des petites musiques qui nous enferment dans des tensions perpétuelles.

    Je trouve que suivre simplement le parcours d'une personne réelle est souvent beaucoup plus instructif que la fabrication de telle fiction avec tel personnage. Le film que nous avons fait avec André Mariaggi porte sur Chaouki Ben Saada, je l'ai revu hier, j'ai ri de nouveau en écoutant sa mère admiratrice inconditionnelle (comme beaucoup de mères), ou Jo Bonavita racontant comment Chaouki doit maintenant sortir des jupons de sa mère. A la fin je lui pose une question sur le racisme dont il est parfois la cible : adoré quand il marque, il redevient un simple Arabe dans le cas contraire. Sur le mur du petit terrain de foot de Paese Novu, un tag dit "Arabi fora", seulement, une lettre a été rajoutée, un grand "z" qui transforme "fora" en "forZa" ! Et nous (André et moi) ne l'avions pas vu ! C'est un ami qui nous l'a fait remarquer en voyant nos rushes ! Et Chaouki répond donc à ma question en estimant que tout le monde n'est pas raciste en Corse, que c'est comme partout ailleurs, et qu'il faut de tout pour faire un monde et que si lui est corse alors son copain Anès l'est aussi comme tous les Arabes de Corse.

    Un jeune homme (il avait 19 ans quand nous l'avons interviewé), avec sa vie et ses désirs de jeune homme (un appartement, une vie à lui). J'ai la faiblesse de croire que ce petit film de 6 minutes, très maladroit dans le montage, donne à voir des choses complexes et humaines, en Corse. Il faudra que j'essaie de le placer sur Daylymotion ou Youtube.

    Maintenant, cela n'enlève rien au fait que le film d'Audiard est peut-être magnifique (j'avais bien aimé "Sur mes lèvres").

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