jeudi 27 mai 2010

Comment ça fonctionne ici (2)

Oui, puisque ces lignes furent évoquées hier au soir sur des fils électriques, les lisant ce soir ainsi couchées sur le papier jaune (où je "découvre" en fait mon autoportrait...), je les reporte sur cet encadré blanc et électronique que m'offre Blogger, me proposant de les projeter ainsi vers d'autres rétines, d'autres yeux (ces fameux "miroirs obscurcis et plaintifs !")...

Je sortais d'un théâtre où tous les soirs je paraissais aux avants-scènes en grande tenue de soupirant. Quelquefois tout était plein, quelquefois tout était vide. Peu m'importait d'arrêter mes regards sur un parterre peuplé seulement d'une trentaine d'amateurs forcés, sur des loges garnies de bonnets ou de toilettes surannées, - ou bien de faire partie d'une salle animée et frémissante, couronnée à tous ses étages de toilettes fleuries, de bijoux étincelants et de visages radieux. Indifférent au spectacle de la salle, celui du théâtre ne m'arrêtait guère, excepté lorsqu'à la seconde ou à la troisième scène d'un maussade chef-d'oeuvre d'alors, une apparition bien connue illuminait l'espace vide, rendant la vie d'un souffle et d'un mot à ces vaines figures qui m'entouraient.

Je me sentais vivre en elle, et elle vivait pour moi seul. Son sourire me remplissait d'une béatitude infinie ; la vibration de sa voix si douce et cependant fortement timbrée me faisait tressaillir de joie et d'amour. Elle avait pour moi toutes les perfections, elle répondait à tous mes enthousiasmes, à tous mes caprices, belle comme le jour aux feux de la rampe qui l'éclairait d'en bas, pâle comme la nuit, quand la rampe baissée la laissait éclairée d'en haut sous les rayons du lustre et la montrait plus naturelle, brillant dans l'ombre de sa seule beauté, comme les Heures divines qui se découpent, avec une étoile au front, sur les fonds bruns des fresques d'Herculanum !

Depuis un an, je n'avais pas encore songé à m'informer de ce qu'elle pouvait être d'ailleurs ; je craignais de troubler le miroir magique qui me renvoyait son image
(...)

C'est amusant, je me souviens maintenant avoir déjà cité cette dernière phrase quelque part ailleurs...

2 commentaires:

  1. Nous avions fait le mur, pour aller boire quelques « 51 » au « Niçois ». Nicolas « bouge » avait, ce soir là, choisi le même bar, ce qui nous coûta un week-end de colle. À cette époque ça ne se sniffait pas.
    La bibliothèque était minuscule, on y trouvait néanmoins de quoi tuer le temps et le froid glacial de la cour, l’altitude et le vent. Au loin le fond du golfe, clos, dominé par les monts, accentuait l’enfermement.
    La bruine me fit gagner le hall ; je fermai la porte, m’assis sur la fonte du radiateur. J’ouvris le livre, reliure rouge, lettres dorées. La septième lettre d’ « Angélique » : […] On voit encore, par ces quatre vers, qu’il est possible de ne pas rimer en poësie ; – c’est ce que savent les Allemands, qui, dans certaines pièces, emploient seulement les longues et les brèves, à la manière antique.

    Page 73 : le tampon du Clémenceau.

    page 121 : Souvenirs du Valois. Ce dont je me souviens c’est d’avoir lu Sylvie cinq fois avant de véritablement commencer à comprendre le Temps et de m’en faire un inaltérable ami.

    Il ne me reste pour asile que cette tour d’ivoire des poètes, où je monte toujours plus haut pour m’isoler de la foule.

    Sur le seuil du porche la nuit coula de source. Il me faudrait dès cette heure partir à la recherche de Jenny Colon… parce que le rêve est une seconde vie.



    Celui qui était à l’autre bout des fils électriques. Et qui vous remercie d’avoir publié ce passage.

    P.S : Je n’ai jamais rendu ce livre à la bibliothèque.

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