lundi 30 novembre 2009

Récit de lecture : Madame Kessler et Rinatu Coti

Madame Kessler lit beaucoup, et beaucoup d'ouvrages en langue corse.
Elle emprunta il y a peu dans la bibliothèque de l'amicale corse d'Aix deux recueils poétiques de Rinatu Coti.
Samedi soir dernier, elle me remit un petit papier (carré blanc extrait d'un carnet, que j'ai maintenant l'habitude et le plaisir de recevoir) sur lequel je lus ceci :

2 recueils de Poésies de Rinatu Coti
"Per Viaghju" "U Labirintu"
Rinatu Coti écrit en langue corse. Sa poésie, dans son ensemble, exalte la Corse, les hommes, les femmes, la langue, les grandes idées : l'humanisme, la liberté... mais souvent dans un registre austère, sombre, parfois dramatique. Son amour pour la Corse est immense mais souvent mélancolique, triste et même désespéré. Seules 2, 3 4... poésies apportent joie, gaîté et donnent de la Corse une autre vision : belle, majestueuse, fleurie, parfumée, dorée sous le soleil, blonde sur ses plages, sereine !!! c'est ainsi que je ressens la Corse ; peut-être parce que je suis une Ajaccienne irrémédiablement optimiste !!!
Christiane Kessler
le 28 novembre 2009


Il faut maintenant que je réclame le titre de ces "2, 3, 4... poésies" qui apportent joie, gaïté et donnent de la Corse une autre vision...

Vous avez peut-être des souvenirs de ces deux recueils poétiques de Coti ?

6 commentaires:

  1. Je me fais souvent cette réflexion que la création corse est sombre, noire, désespérée (mais pas désespérante, ce sont deux choses différentes,LOL). Pourquoi? Cette question n'est pas à poser, elle n'a sans doute pas de réponse. J'ai horreur de celle qui consiste à dire : nous avons eu tant de malheurs, la Corse est violente, la réalité de la Corse est de plus en plus difficile, etc etc... Ah iè? Fatemi capace s'è vo cunniscite u paradisu terrestru, u solu chì si n'hè parlatu hà finitu propiu male.

    Mais en définitive est-ce propre à la Corse? Les poètes du monde entier n'écrivent-ils pas à une écrasante majorité des textes sombres?
    Un poète vietnamien dont je lisais l'interview sur le Net, Nguyen Do, s'est vu souvent reprocher (par les censeurs de son pays)la "tristesse" de ses textes, avec cet argument étrange : "le pays n'est pas ainsi"
    Pour qui connaît les Vietnamiens, c'est un peuple joyeux, où l'on aime faire des farces et où l'on rit d'un rien...Est-ce une raison suffisante pour n'écrire que des clowneries? Il est évident que l'arrière-pensée de ces censeurs était tout simplement: aiò aiò, tout va bien dans le meilleur des mondes, sous le bienveillant gouvernement communiste! je ne fais pas ici de politique mais c'est une réalité que la liberté de pensée et d'expression était et reste encore largement absente au Viet Nam)

    Nguyen Do a dans l'un de ses poèmes ce vers magnifique : "le noir illumine le noir".

    Le poète nous éclaire donc en mettant en lumière la part sombre que sans doute nous nous voilons bien souvent?

    Sans tension, sans "inquiétude" (voir un autre billet) peut-être n'y aurait-il pas de création, ou si peu?

    C'est vrai qu'il m'est arrivé souvent de fermer un livre avec un sentiment de frustration, presque de colère...Avant de me raviser. Si nous cherchons une "consolation", mieux vaut aller à l'église. Et puis en définitive ces textes qui nous secouent nous remettent peut-être bien les idées en place, nous "réveillent". On soigne le mal par le mal.

    Ou alors, il faudrait que les "optimistes" écrivent? Mais ils préfèrent peut-être...profiter de la vie? LOL

    Ceci dit, cela existe, des "perles de lumière" :
    souvent cela concerne la Nature ou (rarement)le bonheur amoureux...Il y en a chez Ghjacumu Biancarelli, Marcu Ceccarelli, et bien d'autres. Je n'ai pas de mémoire pour citer les titres mais par exemple "l'aneddu" de Ceccarelli est un hymne à la vie, à la fidélité, à la douceur d'aimer... Mais est-ce son meilleur poème? À Voir...

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  2. Francesca,
    ti ringraziu pè issu cumentu.
    Sè vo vulete leghje "L'aneddu" di Marcu Ceccarelli, eccu una pussibilità (si trova à a fine di a pagina, nant'à u Foru Corsu) :

    http://foru-corsu.forumactif.com/puesia-f8/marcu-ceccarelli-l-intricciata-t1092-15.htm

    (Personnellement, ce n'est pas la poésie que je préfère, mais les deux derniers vers, sensuels, le sauve, à mes yeux (peut-être pas aux vôtres !))

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  3. "le sauvent", o François, "le sauvent"... !
    Tu peux effacer mon message, maintenant ;-)
    JPA

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  4. Il est difficile Francesca de comparer les Corses et les Vietnamiens. Les seconds sont d'une gentillesse désarmante, démunis ils trouvent le moyen d'offrir la seule fleur de leur jardin, ils semblent doués d'un perpétuel enthousiasme, je n'ai pour ma part jamais assisté à de plus beaux Noël que de ce pays que vous connaissez et à qui les rizières donnent les couleurs du ciel. Nos compatriotes sont plus sombres, plus réservés, la joie n'a jamais été un de leurs atouts, dommage!
    Autrefois il étaient des familles qui frappées par le deuil ne faisaient plus de friture pour ne pas que l'huile ne chante dans la poêle! Comment aprés ça avoir de la désinvolture dans la poésie?

    N.N

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  5. Hum hum...quelques remarques, chère NN

    - Justement, malgré l' aptitude au rire des vietnamiens, comment expliquer que leur poésie soit tout aussi sombre et mélancolique que les autres? Ne serait-ce pas un peu inhérent à la poésie dans le monde?

    N'oublions pas aussi que le sourire est la pudeur suprême des vietnamiens : ils vous raconteront les pires événements de leur vie (deuil, boat people, déportation,...) avec un sourire perpétuel, pour ne pas vous choquer, cela ne signifie pas qu'ils ne souffrent pas, mais chez eux il est de la plus grande inélégance de se plaindre. D'où peut-être un exutoire dans la création?
    Or, chez les Corses aussi, on trouve cette extrême pudeur...De nombreux Corses se sont sentis chez eux là bas, ce n'est pas par hasard.

    Mais la différence fondamentale c'est sûrement le fond philosophique millénaire qui enseigne aux Asiatiques non pas la résignation, mais la souplesse devant les événements de la vie.

    - Malgré tout, la poésie "populaire" corse (pour dire vite, toute la littérature orale qui accompagnait la vie) n'est pas seulement sombre (lamenti, ballate, voceri) mais également truculente, joyeuse, "scherzosa" : le chjam'è rispondi par exemple n'engendre pas la mélancolie, il demande de la malice, le sens du rire, le public juge d'ailleurs à cette aune les capacités de l'improvisateur!

    Aiò, justement nous parlions de la macagna l'autre jour, les Corses ont toujours eu le sens du rire, de l'autodérision en particulier (et ce par pudeur, j'y reviens)

    Aujourd'hui, il semble que nous ne voyions plus nous-mêmes que les côtés sombres et tragiques de notre culture, oubliant le reste, peut-être que c'est cela que Christiane Kessler ressent.

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