vendredi 20 août 2010

De quelques phrases lues ce soir, et qui font battre le coeur...


Oui, très rapidement, donc :

1. je vais sur le site de François Bon, qui est à Ouessant pour le Salon du Livre Insulaire et plus particulièrement pour la troisième édition de Numér'îles ; il met en ligne le texte qui lui aura servi de trame pour sa conférence intitulée "Ce qu'Internet change au récit du monde". C'est très beau, et puis cette syntaxe elliptique déconcertante (appelant le lecteur à relire, à faire attention). Et je reviens vers ces deux phrases :

- 4, une telle mutation (du support textuel), si elle affecte les formes les plus visibles de l’usage social du texte, ne déplace pas forcément pour autant leur relation complexe et fondamentale à ce qui nous fait en appeler au texte pour savoir, agir, et – vieille injonction – ce qui relève du connais toi toi-même. L’ancrage de ce que nous nommons littérature n’a jamais été dans le livre ni dans les différents supports qui le précédèrent, mais toujours dans cette relation.

(...)

(...) le texte écrit aurait pu disparaître comme usage social dans les récentes irruptions techniques liées à la voix, à l’image, à la prise de connaissance généralisée du réel distant. Ce n’est pas le cas : comment nous dispenser alors de s’impliquer en ce lieu, dans ces usages, pour y maintenir et y reconduire ce qui pour nous, en termes de culture est essentiel – la pensée réflexive, l’écart du temps lecture, l’intensité de la phrase, ce que nous nommons littérature ?

2. Dans les pages du "Monde des Livres" daté du 20 août 2010, plusieurs lignes élogieuses concernant "Là où j'ai laissé mon âme" (Actes Sud), de Jérôme Ferrari (en librairie depuis le 18 août, mais j'en entends parler depuis plusieurs semaines, par des personnes qui l'ont déjà lu, et qui en sont ravies).

A. Sans nom d'auteur :
"C'est un roman abrupt, âpre, violent et surtout dérangeant en ce qu'il plonge au coeur de sombres ténèbres. (...) Jérôme Ferrari avance, implacablement, multipliant les interrogations sur la culpabilité et le sens du devoir pour mieux ébranler nos certitudes."

B. De Pierre Assouline, dans un article consacré au prochain Prix Goncourt qui sera certainement enfin remis à Michel Houellebecq, avec "La Carte et le territoire" (Flammarion) :
"Ce n'est pourtant pas le désert en face ! (Du livre de Houellebecq) Les membres des jurys d'automne, qui demeurent, quoi qu'on en dise, dans la ligne de mire de tous et de chacun, ont eu des vacances studieuses. Il y avait du bon, et même du très bon, dans leur boîte aux lettres. Des inconnus ou des méconnus du grand public, qui bousculent par la densité de leur écriture et la tension de leur imaginaire, les Thomas Heams-Ogus, Mathias Enard, Arnaud Rykner, Nathalie Kuperman, Jérôme Ferrari pour ne citer qu'eux. Il est vrai que le spectre de la mort s'insinue souvent entre leurs pages, dans l'ombre portée des explosions conjugales et des conflits de famille, mais surtout dans celle de la crise sociale avec son ferment de suicides et ses désirs de meurtre, pour ne rien dire de la guerre, la première, la deuxième et cette d'Algérie. Ce n'est pas gai, mais c'est notre temps jusque dans ces retours de mémoire."

Ah ! combien j'espère pouvoir partager avec vous des lectures plus précises, bien plus précises et subjectives, du dernier roman de Jérôme Ferrari !

A signaler que nous pourrons rencontrer Jérôme Ferrari et Pierre Assouline le samedi 4 septembre lors de la manifestation littéraire "Racines de Ciel", au Lazaret Ollandini, à Ajaccio. Bientôt plus d'infos plus précises !

Bonnes lectures de textes (sur papier ou sur écran, ou encore au comptoir du "Ty Korn" (c'est fou comme la "maison du coin" peut abriter comme monde !).

(A propos de la photo pêchée sur Flickr:The Commons :

U.S. Troops Surrounded by Holiday Mail During WWII

Description: U.S. troops almost buried by parcels do their best to handle that year's holiday mail.

Creator/Photographer: Unidentified photographer

Medium: Black and white photographic print

Culture: American

Geography: USA

Date: c. 1944

Persistent URL: http://photography.si.edu/SearchImage.aspx?id=5639

Repository: National Postal Museum

Collection: U.S. Military Mail)

Les résultats d'Ouessant 2010 (Salon du livre insulaire)

Bon, les voici, in extenso, ces fameux résultats du Salon du Livre Insulaire (cette année, chou blanc pour les éditeurs corses ou livres à thématique corse, dommage ! Il faudra recommencer l'année prochaine !)

Livres aux thèmes insulaires, auteurs insulaires ou éditeurs insulaires, 12 livres ont été primés, et se retrouvent ainsi sous les feux des projecteurs (des cinq phares d'Ouessant ; si vous avez l'occasion de passer près de l'île, n'hésitez pas, les nuits y sont proprement fantastiques et l'ambiance du salon vraiment sympathique).

Voici la liste, avec les liens vers les livres sur les sites des éditeurs (de mon côté, j'ai commandé par Internet "Poème du décours" de l'Haïtien Roben Berrouët-Oriol - et je ne savais pas qu'il y est notamment question de la Corse ! juré ! - ainsi que "Le petit désordre de la mer" de Joëlle Ecormier ; je les attends avec grand plaisir dans ma boîte aux lettres).

Palmarès
du Prix du Livre insulaire 2010

Membres du jury :
Anne Queffélec, Présidente, Nivoelisoa Galibert, Catherine Domain, Gwen Catala, Danièle Auffray, Gérard Le Gouic,Gilbert David.

GRAND PRIX DES ILES DU PONANT
Le Phare Amédée (vous pouvez feuilleter sur Internet TOUT le livre, génial !)
Vincent Guigueno
Editions Point de vues

Catégorie Beaux Livres
La Gazette du costume créole, au fil tissé des modes et de l’Histoire
De Nicole Réache et Michelle Gargar
PLB Éditions

Catégorie POÉSIE
Poème du décours
De Robert BERROUËT-ORIOL
Éditions Triptyque

Catégorie ESSAI
L’Hindouisme mauricien dans la mondialisation
Suzanne CHAZAN-GILLIG et PAVITRANAND RAMHOTA
Editions Karthala / IRD

Catégorie sciences
Crustacés de la Réunion, décapodes et stomatopodes,
Joseph POUPIN IRD

Catégorie Roman Policier
Mauvaises graines
Louarnig GWASKELL
éditions Coop Breizh

Catégorie fiction 2 ex Aequo

Le petit désordre de la mer (c'est le site de l'auteur, très riche)
Joëlle Ecormier
Océan Edition.

Jon l’Islandais
Bruno d’Halluin
Gaia éditions

Palmarès
du Prix littérature de jeunesse insulaire 2010

Membres du jury :
Nivoelisoa Galibert, Gwennaëlle Baamara, Sophie Marhic
Nolwenn Nicolas, Nadine Guillerm, directrice de l’école st Anne d’Ouessant , Apolline Tual, élève de CE1, Solenn Tual, élève de CM2, Noéline Berthelé, élève de CM2, Bastien Le Bon, élève de CE1, Stéphanie Lemarchand, directrice de l’école Jacques Burel, Perrine Dugal, élève de CM2, Maxime Lanilis, CE1, Nolwenn Mith, CM1

Catégorie ALBUM
. TIGUYA, le margouillat qui voulait voir l’océan
Teddy Lafare-Gangama et Yohann Schepacz
Editions Epsilon Jeunesse.

Catégorie roman
. Lettres de Guadeloupe
D’ Antonia Neyrin
Editions du Jasmin

Mentions spéciales du jury

. Catégorie Album :
. Cache-Cachalot
De Nicole Snitselaar
Epsilon Editions

Catégorie Bande dessinée :
. Felice et le flamboyant bleu
De Mikaël
PLB Editions

mercredi 18 août 2010

Toonight, toonight... OUESSANT 2010




D'un côté, Norbert Paganelli se plaint de comportements (de la part de libraires, d'éditeurs, de lecteurs et d'auteurs) peu susceptibles - par leurs comportements et malgré leurs intentions - de valoriser la littérature corse de langue corse. Certaines des propositions de son billet d'humeur (intitulé "Il y a") sur Invistita m'étonnent (j'y reviendrai), d'autres pas du tout. Evidemment, il pourrait aussi (c'est ce que je lis en creux) tresser l'éloge de nombre de libraires, éditeurs, lecteurs et auteurs dont les comportements valorisent avec enthousiasme la littérature corse de langue corse ! (Personnellement, j'aime les billets d'humeur, ils remettent sur le tapis ce qui nous tient à coeur).


D'un autre côté, c'est l'attente fébrile ! Ce soir à 17 h, les lauréats du Prix du Livre Insulaire d'Ouessant seront connus ! C'est la 11ème édition, et au cours des dix premières, les livres corses ont souvent été primés. Il est quand même génial pour la Corse (ainsi que pour toutes les littératures insulaires, qui se débattent souvent dans les mêmes difficultés pour se faire connaître et apprécier) de disposer tous les ans de trois jurys attentifs et avides (ceux pour le polar et le livre de jeunesse sont différents) !

Rappelons que les éditeurs insulaires (ou de littérature insulaire) du monde entier peuvent :

- envoyer leur production de l'année (pour le prix ou pour les tables du salon)
- passer le cap de la première sélection
- être lus par un jury sérieux et enthousiaste
- être primés et voir leurs livres ceints du bandeau rouge "Prix du Livre Insulaire Ouessant"

Ce n'est tout de même pas rien, non ?

(A propos de la photo :

Fluteplayer, Lysekil, Sweden

Itinerant basket vendor playing the flute.

Flöjtspelande, kringvandrande korgförsäljare.

Parish (socken): Lysekil
Province (landskap): Bohuslän
Municipality (kommun): Lysekil
County (län): Västra Götaland

Photograph by: Carl Curman
Date: 1880s
Format: Albumen print

Persistent URL: www.kms.raa.se/cocoon/bild/show-image.html?id=16000300029151)


lundi 16 août 2010

Facebook encore : Mika Nomi à propos des historiens corses


Il est vrai que sur Facebook les messages sont très succincts, les discussions assez rares et jamais très longues. Mais il n'empêche qu'au milieu d'un foisonnement de dialogues intimes et de private jokes, on trouve parfois des propositions "publiques", qui appellent à la discussion.

Exemple aujourd'hui, Mika Nomi écrit ceci :

Mika Nomi aime bien le travail de destruction des mythes réalisé par des historiens en Corse : sur la terre des communs, sur le pourquoi des arrêtés Miot, sur l'origine de la noblesse corse..., car on ne peut se projeter véritablement dans l'avenir qu'à partir de la réalité, pas d'une histoire fantasmée !!!

Je clique sur "j'aime" (après deux autres personnes) et je laisse un petit message (mes deux précédents, plus longs, que je vais résumer ici, s'étant effacés malencontreusement...). Un petit message pour savoir de quels historiens Mika Nomi parle.

Et puis voilà le résumé de mes remarques :

Moi aussi je trouve intéressant de démythifier l'Histoire. Mais je me demande si chaque historien qui efface les erreurs passées n'en fabrique pas de nouvelles, si un mythe balayé ne laisse pas la place à un nouveau mythe qu'il faudra balayer.

Comment sortir de ce mouvement ?

Peut-être en énonçant explicitement les principes de travail de chaque historien et en les faisant discuter. Nous manquons, semble-t-il, de dialogues publics laissant des traces entre les historiens de la Corse. Mais vous pouvez éclairer ma lanterne en signalant de telles traces.

Je pense ici à une discussion à propos de la dernière histoire de la Corse en date, celle de Arrighi et Jehasse : voir les billets "De la suite dans les idées ! Jehasse et Arrighi de retour" et "Toutes les réponses sont dans ce billet ! Profitez-en !".

Je pense à une conférence d'Antoine-Marie Graziani, à propos de l'influence de la Révolution corse sur la Révolution américaine, qui commence par énoncer les positions de ses collègues historiens, en signalant que sur ce sujet, "on est dans l'irrationnel". Ici la vidéo (sur TV7 provence) de cette conférence (prononcée à Aix-en-Provence à l'invitation de l'amicale corse et de l'association Paestum).

Je pense à une remise en cause de l'influence des lois douanières sur le mauvais développement économique de la Corse durant le XIXème siècle par Louis Orsini et Jean-Yves Coppolani dans le premier numéro de la revue "Annales méditerranéennes d'économie" (Titre de l'article : "De quelques idées reçues à propos de l'histoire fiscale et douanière de la Corse"). Ce point de vue a-t-il de nouveau été discuté ? Je ne sais pas.

A quand un travail approfondi sur l'historiographie corse ?

(Pour la photo, à propos de "l'ours lutteur" :

Barker at the grounds at the Vermont state fair, Rutland (LOC)

Delano, Jack,, 1914-, photographer.

Barker at the grounds at the Vermont state fair, Rutland

1941 Sept.

1 slide : color.

Notes:
Title from FSA or OWI agency caption.
Transfer from U.S. Office of War Information, 1944.

Subjects:
Vermont State Fair--(1941 :--Rutland, Vt.)
Fairs
Midways
United States--Vermont--Rutland

Format: Slides--Color

Rights Info: No known restrictions on publication.

Repository: Library of Congress, Prints and Photographs Division, Washington, D.C. 20540 USA, hdl.loc.gov/loc.pnp/pp.print

Part Of: Farm Security Administration - Office of War Information Collection 11671-3 (DLC) 93845501

General information about the FSA/OWI Color Photographs is available at hdl.loc.gov/loc.pnp/pp.fsac

Persistent URL: hdl.loc.gov/loc.pnp/fsac.1a33917)



samedi 14 août 2010

Il n'y a plus que Facebook, donc...


... pour offrir un peu de littérature corse, lue et commentée.

Bon, c'est un peu faux comme jugement, on peut signaler que l'équipe de Musa Nostra organise un de ces cafés littéraires le vendredi 20 août, à Penta Acquatella, ainsi que la troisième édition de son concours d'écriture (de textes courts). Ces deux propositions seront sans doute l'occasion d'évoquer les livres corses ("coups de coeur et déceptions", comme indiqué dans l'invitation) et de produire de la littérature corse. Signalons aussi que l'on peut aussi lire sur le site de Musa Nostra, le point de vue de lecteur de Jacques Fusina, (qui insiste sur le fait qu'un travail historique "objectif" permet au lecteur de se faire son propre avis tout en étant singulièrement "ému") à propos d'un livre de Jean-Pierre Azéma, historien et enseignant spécialiste reconnu de la collaboration en France qui vient de recevoir le Prix du Mémorial. Je ne me souvenais pas que ce prix était remis depuis 1977 par la municipalité d'Ajaccio et l'association culturelle du Mémorial ; il se trouve que depuis trois ans, ce prix offre aussi une Mention spéciale et que celle-ci concerne cette année Marie-Josée Cesarini-Dasso, pour son ouvrage, publié chez France-Europe Editions, "Hyacinte di Brano, avocat des Lumières". Rappelons que ce prix récompense un auteur pour "la valeur humaine de l'ensemble de son oeuvre ou pour un ouvrage à finalité historique ou consacré à une réflexion sur des problèmes de civilisation illustrant l'apport des hommes à l'évolution de la société contemporaine."

Tiens, cela me fait penser que nous attendons toujours la publication de la thèse de Sylvain Gregori, soutenue en 2008 à Aix-en-Provence, primée en 2009 (Prix Philippe Viannay-Défense de la France). Rappelons le sujet de cette thèse, qui concerne la même période travaillée par Jean-Pierre Azéma : "Entre continuité et rupture, résistance(s) et société Corse (juillet 1940- septembre 1943)". Côté littérature, je ne connais vraiment que le deuxième roman de Ghjacumu Thiers, "A Barca di a Madonna", qui mette en scène la résistance corse durant la Seconde Guerre mondiale.

Mais où voulais-je en venir en évoquant Facebook dans le titre de ce billet ?

Eh bien, à un article de Marcu Biancarelli (publié ou à publier dans "La Corse Votre Hebdo") que l'on peut lire sur ce beau réseau social qu'est Facebook, très prisé des Corses paraît-il (100 000 !, selon un article de "24 Ore"... Je reste rêveur : 100 000 Corses sur Facebook, et les ventes de livres corses qui ne décollent pas ! Une seule conclusion : le désir de littérature corse est semblable à un petit enfant envoyé par la poste, et que presque tout le monde refuse, laissant ce beau fardeau à un facteur qui tente tout de même de s'en amuser, non ?). Et cet article s'attarde sur trois nouvelles, une écrite en anglais, "Sisters", une autre en russe, "La mort d'Ivan Illitch", et la troisième en français, "Dies Irae" ; les trois auteurs sont respectivement Joyce, Tolstoï et Ferrari (Jérôme, il faut encore donner son prénom, tout de même !). Que dit Biancarelli ? :

"(...) l'ùltimu appuntamentu hè dinò quissu chì palesa, ugnunu sicondu u so usu, a vera curruzzioni di l'èssari."

Car ces trois nouvelles mettent en scène une veillée funèbre, confrontent les vivants à la mort. Une quelconque "valeur humaine" résiste-t-elle à ce "dernier rendez-vous" ? Il ne semble pas... Je pense à une nouvelle de Marie-Gracieuse Martin-Gistucci, lors du veillée funèbre, une femme corse chante un lamentu à propos de son mari (si je me souviens bien) et le public présent comprend à demi-mots l'aveu terrible : c'est elle qui l'a empoisonné avec du café, lentement (il s'agissait de se débarrasser d'un être épouvantable). Ah, le plaisir amer de la vérité !

Un plaisir à signaler : comme pour le point de vue de Jacques Fusina à propos du livre d'Azéma, il me plaît de sentir la sensibilité du lecteur singulier qu'est Marcu Biancarelli dans cet article. Il écrit :

"'Ssi dui testi, i lighjiamu guasgi à tempu, pinsendu à a nuvella di Jérôme Ferrari, « Dies Irae », sciuta in u so primu libru Variétés de la Mort."

"Guasgi à tempu"... oui, mais quand ? "Pinsendu à"... par association d'idées ou avec la volonté explicite et a priori de lier le texte de Ferrari aux deux autres ?

Et puis cette obsession du discours de vérité près de la tombe (d'un être ou d'un peuple), c'est bien une part non négligeable de l'oeuvre de Marcu Biancarelli elle-même, non ? Exemple, une des toutes dernières scènes de "Murtoriu", que je ne raconte pas ici, impossible, il y a tout de même un peu de suspense dans ce livre, qu'il faut respecter, mais je peux signaler ce bel entremêlement d'aveu et de crime, de fuite et d'immobilité, entre Barcelone et la montagne corse.

Non ?

(Concernant la photo :

Uniformed Letter Carrier with Child in Mailbag

Description: This city letter carrier posed for a humorous photograph with a young boy in his mailbag. After parcel post service was introduced in 1913, at least two children were sent by the service. With stamps attached to their clothing, the children rode with railway and city carriers to their destination. The Postmaster General quickly issued a regulation forbidding the sending of children in the mail after hearing of those examples.

Creator/Photographer: Unidentified photographer

Medium: Black and white photographic print

Culture: American

Geography: USA

Date: 1900

Collection: U.S. Postal Employees

Persistent URL: http://photography.si.edu/SearchImage.aspx?t=5&id=2001&q=A.2006-22

Repository: National Postal Museum)

lundi 9 août 2010

La rechute, déjà !



Pas d'inquiétude, ce billet est plus que minimal et vous ne le direz pas à mon docteur, ok ?

Simplement, signaler que le Salon du Livre Insulaire (à quand une édition avec la littérature corse comme thème principal ??) de Ouessant se tiendra pour la 11ème année consécutive à la fin du mois d'août. Bon, puisque je suis en cure, je ne m'attarde pas sur mes deux passages sur cette île improbable (comme toutes les îles), et fantastique (voyez les autres billets à elle consacrés en tapant "Ouessant" dans la fonction "Recherche"...).

Cette année, ce sont les îles bretonnes qui sont mises en avant et l'oeuvre d'Henri Quéffelec (il faut absolument que je lise quelque chose de lui, mais par quel livre commencer ?). Mais il y a tellement de choses par ailleurs ! Et notamment ce "Numér'îles", 3ème édition par Jean-Lou Bourgeon (cette année François Bon est invité, voir ici sur son site).

Et puis quoi encore ? Eh bien que la Corse est représentée, comme chaque année (souvenons-nous que bien des livres corses ont déjà été primés, et notamment les premiers livres de Marcu Biancarelli), pour les différentes catégories du Prix du Livre insulaire :

- Catégorie Fiction : pas de livre corse (tiens ?)

- Catégorie Poésie : "Un sel d'argent/Mimoria arghjintina" de Norbert Paganelli, La Gare édition

- Catégorie Beaux-Livres : pas de livre corse (tiens ?!)

- Catégorie Sciences : pas de livre corse (tiens tiens ??!!)

- Catégorie Essai : "La Haute Route" (il s'agit du GR 20), Bernard Berrou, éditions Terre de Brume ; "La recomposition territoriale du pouvoir", André Fazi chez Albiana ; "Faire l'économie des déchets", Denis Bayon et Nadine Levratto chez Albiana

- Catégorie Roman policier (avec un jury différent des autres catégories) : Pas moins de 5 représentants corses tous publiés chez Albiana : "Cosu Nostru" de Jean-Pierre Arrio ; "Cabrera" de Paul Milleliri ; "Le dernier tueur de l'Organisation" d'André Mastor ; "Noir Formose" de Jean-Louis Tourné ; "Palermu" de A. de Rocco et P. Scolca

- Catégorie Jeunesse (avec un jury différent des autres catégories) : "Le réveillon du bandit" de France Sampieri chez Albiana

Je trouve dommage que toutes les catégories ne présentent pas de livres corses ; je trouve dommage qu'il n'y ait quasiment que les éditions Albiana représentées, non ? Qui accorde de la valeur et de l'attention au Salon du Livre insulaire d'Ouessant ? A part moi (attention cet accès de mégalomanie paranoïaque est le signe que je dois retourner en cure, à plus tard, ils arrivent !!!!).

Longue vie à cet insulaire salon où le soleil ne se couche jamais (je parle de la lumière des phares, bien sûr, parmi les plus puissants d'Europe, et aussi des organisateurs qui ne dorment quasiment pas pendant une semaine, des saints ou des héros à qui j'envoie une très amicale grosse bise) !!

(La photo :

Four boys riding goats, ca. 1918

Photographer: Unidentified

Location: Isisford, Australia

Description: The boys - Owen McVey, Walter Grant, James Grant and Carl Vaughan.

About this photograph

Information about State Library of Queensland’s collection: pictureqld.slq.qld.gov.au/)

samedi 7 août 2010

Is everybody in ?



En accord avec moi-même et suites à de profondes réflexions, je prends une décision qui, outre qu'elle ravira certains (oui, je suis paranoïaque) et plongera d'autres dans une stupeur dépressive qu'ils ne pensaient pas pouvoir connaître (oui, je suis mégalomane), je prends, disais-je, une décision absolument inédite dans toute la longue histoire de ce blog : je pars en cure de désintoxication.

Conséquence : je n'écrirai pas de billets d'ici au mois de septembre prochain.

Attention : mon docteur m'a fortement conseillé de ne pas cesser totalement de consulter mes mails ; je publierai donc tout commentaire courtois et littérairement pertinent ; je publierai même les éventuels billets que certains parmi vous brûlent de voir apparaître sur ce blog affublé d'une magnifique archive photographique de la bibliothèque numérique des Nouvelles-Galles du Sud australiennes...

Comme dit Dennis Hopper dans "Apocalypse now" :

This is the way the world ends
Not with a bang but a whimper


"Bang", tout le monde comprend puisqu'on sort tous du "big" du même nom (selon la dernière théorie en date, comme dit RA Lafferty, voir ses "Annales de Klespsis" ; mais "whimper", je peux vous dire qu'on le traduit par "gémissement" (ou "sanglot")...

Description: This composite image shows the massive galaxy cluster MACSJ0717.5+3745 (MACSJ0717, for short) where four separate galaxy clusters have been involved in a collision --the first time such a phenomenon has been documented. In this composite image, data from NASA's Chandra X-ray Observatory reveal the cluster's hot gas, while an optical image from the Hubble Space Telescope shows the individual galaxies in the system. The hot gas in this image is color-coded to show temperature, where the coolest gas is reddish purple, the hottest gas is blue, and the temperatures in between are purple.

Creator/Photographer: Chandra X-ray Observatory

NASA's Chandra X-ray Observatory, which was launched and deployed by Space Shuttle Columbia on July 23, 1999, is the most sophisticated X-ray observatory built to date. The mirrors on Chandra are the largest, most precisely shaped and aligned, and smoothest mirrors ever constructed. Chandra is helping scientists better understand the hot, turbulent regions of space and answer fundamental questions about origin, evolution, and destiny of the Universe. The images Chandra makes are twenty-five times sharper than the best previous X-ray telescope. NASA's Marshall Space Flight Center in Huntsville, Ala., manages the Chandra program for NASA's Science Mission Directorate in Washington. The Smithsonian Astrophysical Observatory controls Chandra science and flight operations from the Chandra X-ray Center in Cambridge, Massachusetts.

Medium: Chandra telescope x-ray

Date: 2009

Persistent URL: http://photography.si.edu/SearchImage.aspx?id=5875

Repository: Smithsonian Astrophysical Observatory

Gift line: X-ray (NASA/CXC/IfA/C. Ma et al.); Optical (NASA/STScI/IfA/C. Ma et al.)

Accession number: MACSJ0717

mercredi 4 août 2010

Un lecteur (Cirneo, Costa, Tommaseo, ...)


Lu ceci dans le dernier numéro de la revue Fora ! (le numéro 7, consacré aux liens - contemporains - entre la Corse et l'Italie), vous ne l'avez pas encore eu dans les mains ? non ?! mais pourquoi se passer d'un tel plaisir ?... Voir ici.

Donc, lu ceci, qui me réjouit ; car me réjouit toujours le moment où j'ai la sensation d'entrer dans l'intimité d'un lecteur, la manière précise de lire qui le caractérise ; moment passionnant qui révèle cet équilibre extraordinaire qui fait tenir ensemble une sensibilité humaine (intelligence, désir, habitudes, façons) et un livre, un texte (des mots sans cesse repris, visités, incorporés).

Mettre à jour de telles façons de lire (si diverses) me paraît aussi important (pour la vie d'une littérature, corse ou autre) que de mettre en place les conditions d'une critique littéraire professionnelle.

Donc (à vous de deviner l'identité du lecteur) :
En 1841, il (Niccolò Tommaseo) publie à Venise les quatre volumes des Canti popolari toscani, corsi, illirici, greci. Le volume corse est le fruit de cette collecte conduite à travers tout l'île. Tommaseo exprime comme suit le sens de son ouvrage : "Non v'aspettate, lettori, la poesia delle scuole : questa è pianta selvaggia, non cincischiata dall'arte a modo di colonna o di vaso etrusco : e l'orrido è parte di sua bellezza." Cette inscription dans l'air du temps, la profusion des références et des images, font des Canti del popolo corso un ouvrage à part, un document sans équivalent, une "bible", un hymne aussi raffiné que limpide, un monument érigé à la gloire de la culture populaire et de la langue corses, une langue aux accents mal connus. L'ouvrage n'enferme pas que des regrets pour un monde au bord du précipice, mais aussi les parfums d'une époque. Le recueil de Tommaseo dépasse de beaucoup la simple évocation impressionniste. Il traduit un monde ordinaire vu à travers les mots d'une langue corse, dont on comprend qu'ils font bien plus que désigner les choses. Par leur intensité, ses canti popolari révèlent la Corse intime, celle des replis et des profondeurs. Pris dans l'instant, ces fragments de littérature populaire parlent d'eux-mêmes et pour tout un peuple. Chacun peut se les approprier, reconstituer son passé et comprendre un pays irradié d'ombre et de lumière. (...) Parmi les différentes choses (écrites par Tommaseo) que j'ai relues, c'est le volume corse des Canti popolari qui a le plus retenu mon attention. Avec le De rebus corsicis de Pietro Cirneo, les Memorie de Sebastiano Costa et quelques autres ouvrages, le volume de Tommaseo ne quitte jamais ma table de travail. Ces livres m'accompagnent. Ils sont comme des lieux qui, lorsque je les retrouve, me parlent comme de vieux amis que le silence n'a pas détournés. Ils sont comme des contrées dans lesquelles mes pieds s'enfoncent et font racines, me donnant l'émotion d'être enfin revenu à la source après l'incertitude.

Ce dernier paragraphe m'enchante. Un lecteur dévoile son rapport intime avec des ouvrages. Fantastique. Passionnant. Je dois dire que je ne lis pas de la même façon, je ne cherche pas le même type de relation avec les livres que j'adore (j'aime bien relire des passages qui me touchent, me paraissent vraiment beaux, sublimes, et puis en parler tout de suite - à la personne en face de moi, qui subit mon enthousiasme - et triturer le texte, ses mots, y glisser mes interprétations plus ou moins farfelues, démembrer ainsi le texte, devenir cannibale, transformer l'oeuvre en horizons incohérents, beaux et incertains ; ouh là, j'arrête.) Cela ne m'empêche pas de trouver tout à fait intéressante, légitime et pertinente la façon de lire décrite plus haut !

Un dernier point : les livres mentionnés sont - sauf erreur de ma part - impossibles à lire facilement (non réédités, non traduits ; si les Memorie de Sebastiano Costa l'ont été par Renée Luciani, et éditées à Aix-en-Provence, si je me souviens bien !). Ah, la littérature corse est inaccessible ! C'est confirmé ! (Trouvé cependant ceci sur Internet en cherchant l'ouvrage de Tommaseo : à quand une réédition avec une traduction en français ? ; et ceci en cherchant l'ouvrage de Pietro Cirneo - même question...).

Et enfin le vrai dernier point de ce billet : j'aimerais tellement connaître les "quelques autres ouvrages" évoqués comme les livres sans cesse relus par notre lecteur mystère !

Vous lisez peut-être d'autres livres corses ? D'une façon différente ?

(Pour la photo, qui n'a strictement rien à voir avec le sujet de ce billet, vous en conviendrez :

Cavern carved by the sea in an ice wall near Commonwealth Bay, 1911-1914

Format: Silver gelatin photoprint

Notes: First Australasian Antarctic Expedition, 1911-1914

Frank Hurley visited the Antarctic six times between 1911 and 1932. For more information and pictures, visit Discover Collections: Hurley's Antarctica on the State Library of NSW's website: www.sl.nsw.gov.au/discover_collections/natural_world/anta...

From the collections of the Mitchell Library, State Library of New South Wales www.sl.nsw.gov.au

Information about photographic collections of the State Library of New South Wales acms.sl.nsw.gov.au/search/SimpleSearch.aspx

Persistent url: acms.sl.nsw.gov.au/album/albumView.aspx?acmsID=17845&...)

mardi 3 août 2010

Comment ça fonctionne ici (7) : le retour de Roubaud (Jacques)


Après discussion avec André Blanchemanche, concernant Jacques Roubaud, poète et mathématicien, oulipien, à l'oeuvre abondante et enthousiasmante, je retourne quelques cartons dans le garage, déplace un vieille étagère à démolir, et la saisissant, fais glisser quatre livres ayant échappé aux cartons ; quatre livres dont "La Boucle" de Jacques Roubaud !

Je m'en saisis, je le feuillette, je décide de m'arrêter sur les pages suivantes (car j'y vois - moi aussi - beaucoup de choses...) :

Récit
Chapitre 1
Fleur inverse

1 Pendant la nuit, sur les vitres,

Pendant la nuit, sur les vitres, le gel avait saisi la buée. Je vois qu'il faisait nuit encore, six heures et demie, sept heures ; en hiver donc, dehors noir ; sans détails, noir ; la vitre couverte des dessins du gel à la buée ; sur la vitre la plus basse, à la gauche de la fenêtre, à hauteur du regard, dans la lumière ; d'une ampoule électrique, de l'ampoule jaune ; jaune contre le noir intense, opaque, hivernal, la buée s'interposant ; pas une buée uniforme, comme à la pluie, mais une gelée presque transparente au contraire, dessinant ; un lacis de dessins translucides, ayant de l'épaisseur, une petite épaisseur de gel, variable, et parce que d'épaisseur variable dessinant sur la vitre, par ces variations minuscules, comme un réseau végétal, tout en nervures, une végétation de surface, une poignée de fougères plates ; ou une fleur.

(...)

3 Ma fréquentation de cette image

Ma fréquentation de cette image est, elle-même, déjà ancienne : quand je pense le passé, le passé le plus éloigné (selon les repères chronologiques dont je dispose), elle m'apparaît parmi les premières : par le moment, hypothétique, de sa trace, tout autant que par sa rapidité à m'apparaître. Elle est une des visions les plus significatives de l'enfance. Elle est intense, importante, chargée d'émotion. C'est une image des débuts du temps. J'ai l'habitude de voir sa vitre nocturne, couverte des fleurs du gel.

(...)

Mais un jour (que je ne peux dater avec précision, sinon qu'il remonte à plus de vingt ans sans doute, et en tout cas ne peut qu'être postérieur au rêve qui fut la cause lointaine de toute cette écriture, de cette entreprise qui, depuis maintenant quatre ans, dévore les premières heures, nocturnes, de mes journées), un jour j'ai associé cette image à une parole, une parole de poésie (si j'admets pour un moment que la poésie est parole, une "musique de bouche proférant paroles métrifiées", comme disait Eustache Deschamps), une parole donc, déposée sur un papier il y a des siècles, et prise, sur ce papier, entre les blancs, les "bords" qui définissent un vers :

Er resplan la flors enversa

Ces mots emplissent, sans fractures, le premier vers d'une canso (une "chanson", un poème-musique) du troubadour Raimbaut d'Orange, composée il y a plus de huit siècles, dans une langue aujourd'hui quasi morte mais qui est pour moi la langue-origine de la poésie, le "provençal" : "Maintenant brille (resplendit) la fleur inverse." Je la nomme dans ce récit "provençal", plutôt qu'occitan ou lemozi comme la désignaient jadis les Catalans : ces autres désignations ouvrent à des imaginations différentes, et pour moi moins émouvantes, de cette poésie. Pour choisir la première, j'ai mes raisons. Raimbaut d'Orange ne laisse pas longtemps ignorer le sens premier de ce groupement étrange : "quals flors" dit-il ("quelle fleur ?"). Et il se répond à lui-même, renchérissant sur le solipsisme spontané, absolu, de tout vers : "neus gels e conglapis" (neige, gel et "conglapi"), présentant en ce dernier vocable, si rare qu'il n'apparaît que là, on ne sait exactement quoi de gelé, mais que je décide de comprendre, pour les besoins de ma composition, précisément comme la conjonction vitrifiée de neus (neige) et de gels, comme la condensation d'un bruit-buée et d'une froide substance, emblématique du froid même, entendant en lui tout un "glapissement", et le crissement des copeaux du froid, transparents, glissant et criant sous l'ongle :

Er resplan la flors enversa
Pels trencans rancx e pels tertres.
Quals flors neus gels e conglapis
Que cotz e destrenh e trenca.

(Alors brille la fleur inverse
entre falaises tranchantes et collines.
quelle fleur ? neige gel et glace
qui coupe et tourmente et tranche.)

Or toute aube est un printemps, même une aube de gel. Et dans ce début paradoxal d'une canso amoureuse Raimbaut d'Orange, au lieu de laisser retentir, comme le veut la tradition, les chants doux et didactiques d'amour des instituteurs-oiseaux, les essenhadors del chan, fait parler des rossignols abstraits (l'expression "enseignants du chant" est d'un autre troubadour, Jaufre Rudel : les oiseaux sont ceux qui "enseignent le chant" dans la "douce saison suave", "enseigner" devant être compris ici à la manière languedocienne d'aujourd'hui, comme "apprendre à trouver" : "je t'enseignerai la lièvre" disait, et je l'entends dans mon oreille après cinquante années, un chasseur à un chasseur). Il met des glaçons à la place des gorges rouges-absentes, des gosiers transis de loriots ou d'alouettes, de leur chant mort de froid :

Vey mortz quils critz brays siscles
(je vois morts appels, cris, bruits, sifflets)

(...)

Car il ne s'agit pas là simplement d'une métamorphose insolente de la métaphore "printanière" de la tradition (les commencements du chant de poésie, au printemps, identifiés au chant amoureux des oiseaux), mais aussi de l'affirmation d'une façon de dire en poésie, qui se prolonge bien au-delà du moment privilégié de la découverte des fleurs chantantes du gel. On pourrait la définir comme étant la Voie de la double négation (qui a ses versions parentes et parallèles, philosophiques, théologiques, et même logiques) : le gel nie la fleur et le chant. Mais dans le désert du gel fleurit une fleur paradoxale, dans son silence résonne une insistante disharmonie, et de cette floraison "hirsute", comme de cette atonalité polaire, renaissent, à l'évocation vibratoire du vers, simultanément la musique heureuse et sa disparition désespérée.

(Concernant la photo trouvée sur Flickr :

Notes:
This digital image represents the millionth item scanned for the Prints & Photographs Division at the Library of Congress.
Data provided by the Bain News Service on the negatives or caption cards: Schaefer, Washington.
Photo shows Herman A. "Germany" Schaefer (1876-1919), one of the most entertaining characters in baseball history, trying out the other side of the camera during the Washington Senators visit to play the New York Highlanders in April, 1911. Germany Schaefer, a versatile infielder and quick baserunner, played most of his career with the Detroit Tigers and the Washington Senators. hdl.loc.gov/loc.pnp/pp.ggbain
Forms part of: George Grantham Bain Collection (Library of Congress).
Subjects:
Baseball players.
Cameras.
Baseball
Format: Glass negatives.
Rights Info: No known restrictions on publication.
Repository: Library of Congress, Prints and Photographs Division, Washington, D.C. 20540 USA, hdl.loc.gov/loc.pnp/pp.print
General information about the Bain Collection is available at hdl.loc.gov/loc.pnp/pp.ggbain
Persistent URL: hdl.loc.gov/loc.pnp/ggbain.09131
)

dimanche 1 août 2010

Discutons ?


Ami lecteur, bienveillant lecteur, je te prie de considérer ce billet comme un écho honnête et dénué de toute intention maligne (il entre dans la perspective de ce blog qui est de permettre des discussions publiques argumentées à propos de la littérature corse) ; puisses-tu participer à la discussion dans le même état d'esprit !


Le samedi 24 juillet 2010 eut lieu le premier Salon du livre corse à Bastia organisé par l'association Operata Culturale.

J'y étais d'abord en tant que simple lecteur, et j'y ai acheté :
- l'ouvrage collectif publié par l'association, "Petre anonime/Pierres anonymes", aux éditions A Fior di Carta (2010) (Voir sur le site "Invistita", article du 6 mai 2010)
- "Fragments philophoriques à l'usage des survivants", d'Alexandre Ducommun, aux éditions La Gare (2010)
- "Vita" de Lucia Santucci avec des encres de Chine de Gabriele Lipszyc (s.d., s.e.)
- "La Corse et le développement durable", sous la direction de Marie-Antoinette Maupertuis, publié par Albiana et CNRS (2010)
(Je reviendrai plus tard sur ces ouvrages, ou vous avant moi ?)

J'y étais aussi en tant qu'auteur invité, assis derrière "Un lieu de quatre vents" et "Eloge de la littérature corse", entre 19 h et 20 h 30, pour dédicacer (ce qui n'eut lieu qu'une fois, merci à vous !!).

J'y suis aussi allé en tant qu'animateur du blog "Pour une littérature corse", pour rencontrer des auteurs, des éditeurs, des lecteurs (notamment du blog). Je n'ai pas vu toutes les personnes présentes, avec certaines j'ai parlé (trop) peu, avec d'autres un peu plus longtemps. Ce fut très enrichissant, et même passionnant. J'étais ravi, à dire le vrai.

Norbert Paganelli a publié hier un premier petit billet pour évoquer ce salon, points positifs et points à améliorer, en attendant des discussions et analysés plus poussées pour faire le bilan de l'opération (voyez ici). Il fait notamment écho à un propos que j'ai tenu sur ce blog, écrit en réponse à un commentaire et qui devait expliquer ce dont nous parlions. Ce propos le voici :
"il faut signaler que le "salon du livre corse" organisé par Operata Culturale à Bastia ne fait pas l'unanimité, pose un certain nombre de questions voire de problèmes. Je me proposais d'y revenir dans un billet spécifique, après avoir discuté avec les responsables d'Operata culturale, tout comme j'en ai discuté avec les responsables de l'Association des éditeurs corses"

Donc, je développe mon propos (s'il est permis à un néophyte comme moi d'énoncer un point de vue discutable, mais qui recoupe en partie celui de Norbert Paganelli) :
Points positifs (toujours selon moi) du Salon de Bastia :
- variété des ouvrages proposés (notamment des livres publiés par des éditeurs non corses, L'Harmattan, Editions First, Actes Sud)
- de très nombreux éditeurs présents
- exposition de peinture, musique
- débats filmés disponibles sur Corsica tv (notamment celui concernant la valorisation du livre corse où Jean-Pierre Santini propose notamment que la grande distribution finance l'édition au début de l'été d'un catalogue annuel qui intègre les références de toutes les publications de l'année écoulée, catalogue qui serait tiré à 15 000 exemplaires afin de toucher le grand public)
- petit jeu d'énigmes sur les titres de quelques ouvrages pour amener le lecteur à se promener ludiquement parmi les tablées
- possibilité de rencontrer bon nombre d'auteurs
- le soutien de l'association Corsica Diaspora

Points négatifs (toujours selon moi, et c'est discutable) :
- la sonorisation des débats était déficiente
- manque d'un programme précis des réjouissances (à moins que je sois passé à côté)
- absence de plusieurs éditeurs (Piazzola, DCL, Clémentine) dont le plus important de l'île (Albiana) alors que la volonté expresse de l'Operata culturale est de réunir toutes les énergies

En tant que simple lecteur, j'aurais aimé que tous les éditeurs corses soient présents, pour pouvoir entendre toutes les propositions et comprendre comment tout cela serait articulé dans le futur. Après discussion avec différents éditeurs, il m'est apparu que tout le monde était d'accord sur le principe d'unir les efforts mais que l'actualisation de ce principe était encore un objectif. Je ne doute pas que tous les acteurs culturels de l'île y parviennent un jour !

Je voudrais, pour finir, discuter deux autres points :

- il me semble que toute publication corse doit avoir sa chance dans l'espace public, un éditeur croit en un texte, en un auteur, il le publie, il fait le pari qu'il trouvera des acheteurs et des lecteurs ; mais une fois publié, le livre doit être effectivement lu et critiqué. Il me semble que la Salon de l'Operata Culturale ou les Journées du livre corse à Ajaccio n'intègrent pas cette mise en débat, en discussion, qui puisse faire émerger les livres les plus réussis ou aux enjeux les plus forts (tout en faisant une place aux autres qui ne seraient pas mis en valeur de la même façon). Je pense bien que ce n'est pas facile de faire émerger de telles critiques et encore moins de les intégrer dans un salon de promotion du livre corse, mais enfin il faudra bien trouver une place visible pour cet ensemble des lectures réelles des livres.

- il me semble que la promotion de la littérature corse sera d'autant mieux comprise (dans l'île et hors de l'île) qu'elle ne sera pas exclusivement inscrite dans une perspective revendicatrice, identitaire, ou de résistance culturelle, ce qui a été le point développé par Jean-Pierre Santini dans l'entretien qu'il a accordé au quotidien "24 ore" juste avant le salon (numéro 113, mercredi 21 juillet 2010). Exemple de cette perspective : "Nous voulons donner un second souffle à la revendication culturelle. C'est le fond de notre combat. Un combat politique, dans le sens noble du terme." Je n'ai personnellement rien contre cette perspective et je sais combien elle a été et peut encore être féconde, mais il y a bien des livres corses qui ne visent pas cet horizon. Voir à ce sujet la discussion engagée à la suite du billet "Tout le monde se fout de la littérature corse, dixit...".

Donc si je me résume, il me semble qu'il y a une matière passionnante à discuter, que c'est mieux tous ensemble, et que considérer la littérature corse comme un ensemble qui inclut et dépasse les perspectives revendicatives et l'inscrire dans un réseau de lectures et de discussions critiques ne peut que lui faire du bien.

Non ? Tout ceci est un point de vue personnel, émanant de quelqu'un qui n'est pas un spécialiste de ces questions et donc éminemment discutable et que j'espère voir discuter.

(Cela me fait penser à la perspective d'un Francis Hallé, grand botaniste et amoureux des régions tropicales, qui propose, en s'aventurant dans des domaines scientifiques dont il n'est pas spécialiste, des thèses à discuter dans son dernier ouvrage extrêmement stimulant, "La condition tropicale. Une histoire naturelle, économique et sociale des basses latitudes", chez Actes Sud.)

(La photo : ghjè un Babbu Natale australianu chì offre un bellu rigalu à tutti i zitelli, "Filidatu è Filimonda", di Dalzeto, postu chì no semu in 1936 !

Radio station 2CH's Children's Christmas party, Trocadero, Sydney, 22.12.1936 / by Sam Hoo

Format: Photonegative
Notes: Find more detailed information about this photograph: acms.sl.nsw.gov.au/item/itemDetailPaged.aspx?itemID=35990
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From the collection of the State Library of New South Wales www.sl.nsw.gov.au
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