
Ami lecteur, bienveillant lecteur, je te prie de considérer ce billet comme un écho honnête et dénué de toute intention maligne (il entre dans la perspective de ce blog qui est de permettre des discussions publiques argumentées à propos de la littérature corse) ; puisses-tu participer à la discussion dans le même état d'esprit !Le samedi 24 juillet 2010 eut lieu le premier Salon du livre corse à Bastia organisé par l'association Operata Culturale.
J'y étais d'abord en tant que simple lecteur, et j'y ai acheté :
- l'ouvrage collectif publié par l'association, "Petre anonime/Pierres anonymes", aux éditions A Fior di Carta (2010) (Voir sur le site
"Invistita", article du 6 mai 2010)
- "
Fragments philophoriques à l'usage des survivants", d'Alexandre Ducommun, aux éditions La Gare (2010)
- "Vita" de
Lucia Santucci avec des encres de Chine de Gabriele Lipszyc (s.d., s.e.)
- "
La Corse et le développement durable", sous la direction de Marie-Antoinette Maupertuis, publié par Albiana et CNRS (2010)
(Je reviendrai plus tard sur ces ouvrages,
ou vous avant moi ?)
J'y étais aussi en tant qu'auteur invité, assis derrière "Un lieu de quatre vents" et "Eloge de la littérature corse", entre 19 h et 20 h 30, pour dédicacer (ce qui n'eut lieu qu'une fois, merci à vous !!).
J'y suis aussi allé en tant qu'animateur du blog "Pour une littérature corse", pour rencontrer des auteurs, des éditeurs, des lecteurs (notamment du blog). Je n'ai pas vu toutes les personnes présentes, avec certaines j'ai parlé (trop) peu, avec d'autres un peu plus longtemps. Ce fut très enrichissant, et même passionnant. J'étais ravi, à dire le vrai.
Norbert Paganelli a publié hier un premier petit billet pour évoquer ce salon, points positifs et points à améliorer, en attendant des discussions et analysés plus poussées pour faire le bilan de l'opération (
voyez ici). Il fait notamment écho à un propos que j'ai tenu sur ce blog, écrit en réponse à un commentaire et qui devait expliquer ce dont nous parlions. Ce propos le voici :
"il faut signaler que le "salon du livre corse" organisé par Operata Culturale à Bastia ne fait pas l'unanimité, pose un certain nombre de questions voire de problèmes. Je me proposais d'y revenir dans un billet spécifique, après avoir discuté avec les responsables d'Operata culturale, tout comme j'en ai discuté avec les responsables de l'Association des éditeurs corses"Donc, je développe mon propos (s'il est permis à un néophyte comme moi d'énoncer un point de vue discutable, mais qui recoupe en partie celui de Norbert Paganelli) :
Points positifs (toujours selon moi) du Salon de Bastia :
- variété des ouvrages proposés (notamment des livres publiés par des éditeurs non corses, L'Harmattan, Editions First, Actes Sud)
- de très nombreux éditeurs présents
- exposition de peinture, musique
- débats filmés disponibles sur Corsica tv (notamment
celui concernant la valorisation du livre corse où Jean-Pierre Santini propose notamment que la grande distribution finance l'édition au début de l'été d'un catalogue annuel qui intègre les références de toutes les publications de l'année écoulée, catalogue qui serait tiré à 15 000 exemplaires afin de toucher le grand public)
- petit jeu d'énigmes sur les titres de quelques ouvrages pour amener le lecteur à se promener ludiquement parmi les tablées
- possibilité de rencontrer bon nombre d'auteurs
- le soutien de l'association
Corsica DiasporaPoints négatifs (toujours selon moi, et c'est discutable) : - la sonorisation des débats était déficiente
- manque d'un programme précis des réjouissances (à moins que je sois passé à côté)
- absence de plusieurs éditeurs (Piazzola, DCL, Clémentine) dont le plus important de l'île (Albiana) alors que la volonté expresse de l'Operata culturale est de réunir toutes les énergies
En tant que simple lecteur, j'aurais aimé que tous les éditeurs corses soient présents, pour pouvoir entendre toutes les propositions et comprendre comment tout cela serait articulé dans le futur. Après discussion avec différents éditeurs, il m'est apparu que tout le monde était d'accord sur le principe d'unir les efforts mais que l'actualisation de ce principe était encore un objectif. Je ne doute pas que tous les acteurs culturels de l'île y parviennent un jour !
Je voudrais, pour finir, discuter deux autres points :
- il me semble que toute publication corse doit avoir sa chance dans l'espace public, un éditeur croit en un texte, en un auteur, il le publie, il fait le pari qu'il trouvera des acheteurs et des lecteurs ; mais une fois publié, le livre doit être effectivement lu et critiqué. Il me semble que la Salon de l'Operata Culturale ou les Journées du livre corse à Ajaccio n'intègrent pas cette
mise en débat, en discussion, qui puisse faire émerger les livres les plus réussis ou aux enjeux les plus forts (tout en faisant une place aux autres qui ne seraient pas mis en valeur de la même façon). Je pense bien que ce n'est pas facile de faire émerger de telles critiques et encore moins de les intégrer dans un salon de promotion du livre corse, mais enfin il faudra bien trouver une place visible pour cet ensemble des lectures réelles des livres.
- il me semble que la promotion de la littérature corse sera d'autant mieux comprise (dans l'île et hors de l'île) qu'elle ne sera
pas exclusivement inscrite dans une perspective revendicatrice, identitaire, ou de résistance culturelle, ce qui a été le point développé par Jean-Pierre Santini dans l'entretien qu'il a accordé au quotidien "
24 ore" juste avant le salon (numéro 113, mercredi 21 juillet 2010). Exemple de cette perspective : "Nous voulons donner un second souffle à la revendication culturelle. C'est le fond de notre combat. Un combat politique, dans le sens noble du terme." Je n'ai personnellement rien contre cette perspective et je sais combien elle a été et peut encore être féconde, mais il y a bien des livres corses qui ne visent pas cet horizon. Voir à ce sujet la discussion engagée à la suite du billet "Tout le monde se fout de la littérature corse, dixit...".
Donc si je me résume, il me semble qu'il y a une matière passionnante à discuter, que c'est mieux tous ensemble, et que considérer la littérature corse comme un ensemble qui inclut et dépasse les perspectives revendicatives et l'inscrire dans un réseau de lectures et de discussions critiques ne peut que lui faire du bien.Non ? Tout ceci est un point de vue personnel, émanant de quelqu'un qui n'est pas un spécialiste de ces questions et donc éminemment discutable et que j'espère voir discuter.
(Cela me fait penser à la perspective d'un Francis Hallé, grand botaniste et amoureux des régions tropicales, qui propose, en s'aventurant dans des domaines scientifiques dont il n'est pas spécialiste, des thèses à discuter dans son dernier ouvrage extrêmement stimulant, "
La condition tropicale. Une histoire naturelle, économique et sociale des basses latitudes", chez Actes Sud.)
(La photo :
ghjè un Babbu Natale australianu chì offre un bellu rigalu à tutti i zitelli, "Filidatu è Filimonda", di Dalzeto, postu chì no semu in 1936 !Radio station 2CH's Children's Christmas party, Trocadero, Sydney, 22.12.1936 / by Sam Hoo
Format: Photonegative
Notes: Find more detailed information about this photograph: acms.sl.nsw.gov.au/item/itemDetailPaged.aspx?itemID=35990
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From the collection of the State Library of New South Wales www.sl.nsw.gov.au)