lundi 22 novembre 2010

C'est tout frais, c'est passionnant


Un billet qui se résumera aujourd'hui à vous recommander très chaudement de lire, relire, annoter et commenter les comptes rendus de deux rencontres littéraires très intéressantes qui eurent lieu récemment à Bastia :

avec Jacques Fusina, à propos de son livre "Ecrire en corse" (éditions Klincksieck) :
- compte rendu d'Angèle Paoli sur son site "Terres de femmes"

avec Marie-Jean Vinciguerra à propos de son livre "Chroniques littéraires" :
- compte rendu de la Librairie du Point de Rencontre (où eut lieu... la rencontre)
- compte rendu d'Angèle Paoli sur son site "Terres de femmes"

Moi-même j'y reviendrai dans d'autres billets (peut-être...), ne serait-ce que pour évoquer l'anecdote - délicieuse - mettant en scène Fernand Ettori répondant à la question " Qu'est-ce, pour vous, que la littérature corse ?" (je vous laisse la chercher dans tous ces comptes rendus !)

On ne remerciera jamais assez les auteurs de ces comptes rendus, ils démultiplient les chances de faire connaître et discuter la littérature corse !

(La photo)

samedi 20 novembre 2010

Ne comptez pas sur moi... (A propos de la revue Bonanova)


Oui, ne comptez pas sur moi pour vous présenter ici (mais je serais ô combien heureux si quelqu'un désirait le faire, ici ou là) une recension exhaustive des articles et textes que nous pouvons découvrir dans les deux derniers numéros de la revue Bonanova (que je viens de recevoir par la poste, car je suis abonné).

Quand je vois (avec horreur) que nous attendons toujours le prochain numéro de A Pian'd'Avretu, je me dis qu'il faut chérir chaque publication de revue littéraire corse !

Il y a une autre raison qui me porte à lire (et relire) avec passion les numéros 24 et 25 de Bonanova : ils sont extrêmement riches. On y trouve - comme d'habitude - des textes littéraires (prose, poésie), des textes de réflexion (je vais y revenir), des comptes rendus critiques (ouvrages, spectacles) et la rubrique "Scunfini" avec des traductions en corse de nombreux textes écrits dans d'autres langues. Sans oublier les images de Dumenicu Ricci et de Ghjvan' Ghjacumu Torre, puisque, vous le savez, la revue fonctionne aussi comme une mini-galerie d'art.

J'ouvre le numéro 24... non, attendez, je le referme. Il faut que je dise ceci, avant tout :

Nous, Peuple des Lecteurs de Littérature Corse (à Visée Locale et Universelle et Totale-mondiale), réclamons solennellement, par la présente, la mise à disposition immédiate sur Internet de tous les sommaires de tous les numéros de la revue Bonanova. Car, comment développer le nombre des abonnements, si les futurs abonnés ne sont pas mis en appétit ? Et il y a vraiment de quoi nourrir son homme, à mon humble avis. Or que trouvons-nous, si l'on cherche quelque peu ? :
- sur le site du Centre Culturel Universitaire (à quand la nouvelle mouture tant attendue ?), les numéros 1 à 8, que l'on peut télécharger gratuitement (ça, c'est génial, mais à quand les autres numéros - 9, 10, 11, etc. jusqu'à 25 ?)
- sur le site des éditions Albiana (bravo pour la nouvelle mouture, et n'hésitez pas à faire part à l'éditeur de vos remarques pour l'améliorer encore, le compléter ou bien encore pour commenter les ouvrages - ça aussi, c'est génial), la rubrique "Revues" donne accès aux couvertures des numéros 6, 12 à 25, et uniquement aux couvertures (!) - sauf pour le numéro 19 (qui propose un sommaire trop sommaire) et le numéro 21 (qui, lui, propose un sommaire vraiment détaillé et informatif avec la possibilité de cliquer sur les noms des auteurs que l'on retrouve sur le site de l'éditeur : excellent !)
Que personne ne voie dans cette déclaration tout à fait officielle et démocratique aucun reproche, mais bien plutôt le signe d'un désir sans fin (comme dirait l'autre).

Donc, j'ouvre le numéro 24 et là je découvre dans la partie "Critica", 6 textes portant sur des thèmes de toute première importance pour nous aujourd'hui :
- les usages de la langue corse sur le Web ("A cyberguerra di a lingua corsa", par Sébastien Quenot)
- une chronique assez mélancolique sur le roman de Marie Casanova, "L'odeur des narcisses", et le Festival Cuntorni de Portivechju en octobre 2009, par Ghjacumu Fusina
- deux présentations du dernier roman de Ghjacumu Thiers, "Septième ciel", par Pasquale Ottavi (""Septième ciel" : duie riflessione in furia fatta") et Paulu Michele Filippi (""Septième ciel" di Ghj. Thiers - spassighjata critica")
- un article proposant une vue globale de l'oeuvre de Jérôme Ferrari (eh oui, un article en langue corse sur l'oeuvre en langue française d'un auteur d'importance pour tous les imaginaires contemporains - corse, universel et total-mondial), par Maria Anghjula Leca : "Jérôme Ferrari : issa vuluntà di trapassà u mare"
- un point de vue de Geniu Gherardi sur les critères pour définir la littérature corse, et qui nourrit sa réflexion notamment (car il y a aussi Octavio Paz, Jules Michelet, Paul Bénichou et François Paré) en réagissant (pour dire son désaccord) à la définition que je proposais dans le premier billet de ce blog.

Passionnant !

Faut-il aussi que je cite les opinions principales, propres à nourrir une discussion, de chacun de ces articles ? Du genre, chez Maria Anghjula Leca :

"Per finisce, ùn si pò nigà a singularità, u soffiu novu è particulare chì face nasce issu piacè di leghje à Jérôme Ferrari, ma à tempu ferme issu sintimu chì a so tramula si scrivissi ind'u listessu filu chì i so precursori : l'autore ùn cerca micca à mustrà ci un'altra Corsica sguassendu ne e maghjine assestate dighjà ind' aleteratura. Mintuleghje assà e tradizione, i modi di campà anziani è u pesu tremendu di a famiglia : ùn invente nulla ma ci dà un'altra perspettiva, un sguardu sfarente postu ch'ellu i caratteriseghje cum'è una catena chì impedsice d'affirmà si cum'è individuu ancu s'è, innanzu à ellu, d'altri anu scrittu incù una piuma assai virulente è critica annantu à a sucetà corsa (S. Dalzeto, Ghj. Thiers, ecc)... Accantu à què, i so scriti sò spassighjati da i fantasmi di a guerra, a partenza ver'di u fora è u viaghju, l'siliu, chì sò d'issi temi neri chì anu marcatu è cumossu dapoi tant'anni a leteratura corsa (Bonavita, ecc.)" ?

Je ne le ferai pas !

Vous devez vous abonner à la revue Bonanova : c'est obligatoire. Comment les visiteurs de ce blog pourraient-ils se passer de cette revue ? La seule revue littéraire en langue corse encore vivace ! (Bien sûr, il y aussi la revue Avali, voir le blog ici, mais je ne sais plus à quand remonte le dernier numéro.)

Dans ce numéro 24, vous trouverez aussi les recensions brèves (trop brèves, je trouve) mais contenant parfois des appréciations positives ou négatives, toujours nuancées, de :
- 10 livres ("L'ultima pagina", "Murtoriu", "Mimoria arghjintina", "Puesie indipendentiste", "Poésie corse et langue roumaine", "Antulugia di 25 anni - Cismonte è Pumonti", "Conti e Puesia - Lungoni 2008")
- 2 albums ("Meziornu", "Radiche suprane")
- trois spectacles ("Festival Scolinscena d'Aiacciu", "Ultima visita", "Pesciu Anguilla")
(Ah, c'est terrible, quand on ne donne pas le nom des auteurs et des éditeurs...)

Et vous voyez que je n'ai même pas évoqué les créations et les traductions !

Alors, pour s'abonner : il faut envoyer un chèque de 6 euros (pour deux numéros par an de 60 pages chacun) libellé à "l'Associu di Sustegnu di u CCU" à l'adresse suivante :
BONANOVA
Università di Corsica
S.P. 52
20 250 CORTI

Non ?

(La photo.)

jeudi 18 novembre 2010

"Stade critique", par Xavier Casanova


Oui, le titre est entre guillemets, je sais, c'est parce que ce ne sont pas mes mots, mais ceux de Xavier Casanova, que je cite donc (merci à lui pour cet envoi ! voir sur son blog Isularama pour mesurer l'intérêt de ses réflexions et de ses facéties). Ils constituent ainsi tout de même le titre de ce billet. Que je laisse parler, sans plus tarder. Bonne lecture, bonne discussion.

Sitôt après la clôture par FXR de la précédente avalanche de commentaires initiée par la simple citation d’un billet consacré à Jérôme Ferrari, sautant sur un autre blog je tombe sur un billet de Pierre Assouline (1), où il fait le point sur la situation de la critique culturelle face à la démultiplication des lieux où elle s’exprime, après avoir été longtemps cantonnée à l’espace que lui accordaient les médias traditionnels, et avoir été largement dominée par quelques phares concentrant l’essentiel de son influence. Son article commente un dossier de plusieurs pages présenté sur le site nonfiction (2). Il fait le point sur la transformation du paysage critique induit par le développement du web, et aussi sur la transformation de la critique elle-même avec l’irruption d’outils où le buzz entraîne le buzz plus sûrement que tout discours, fut-il appuyé sur les arguments du critique où sa simple autorité.

Pour ma part, il me semble que jeu littéraire n’en devient ainsi que plus complexe, mais en même temps plus ouvert et plus ludique, du fait même que le buzz peut renverser les tendances les plus attendues, ou en faire émerger d’autres totalement inattendues, très exactement comme l’équipe de foot d’un pays émergent peut mettre au tapis une très grande équipe, à la faveur de ces multiples aléas qui font qu’un match n’est jamais joué d’avance. Sauf les images de la compétition elle-même, les grands prix de la rentrée littéraires ne relèvent-ils pas déjà de ces combats héroïques qui n’auraient rien de bien spectaculaire sans la croyance au grain de sable ou au grain de génie qui injecte ce qu’il faut de hasard dans les courses au podium les moins imprévisibles ?

Quoi qu’il en soit, il me semble utile d’y réfléchir à partir d’un blog réunissant les supporters d’une écurie littéraire provinciale aux contours flous, à la dénomination incertaine, aux objectifs contradictoires, en mal de reconnaissance et de consécration, et aussi en mal d’analyse des mécaniques sociales de répartition et de confiscation des chances objectives de succès. Une situation qui, au demeurant, ne prive aucun des amateurs qui s’y fixent ou y passent des occasions de goûter aux plaisirs du jeu, y reniflant même la sublime fragrance des choses impossibles et de leurs résultats incroyables. Et d’une certaine façon à l’abri de l’insuccès…

• Xavier CASANOVA


(1) Sur le blog de Pierre Assouline
Mort de la prescription, naissance de la recommandation, agonie consécutive de la critique (17/11/10)

(2) Sur le site nonfiction.fr
Sur la mort du critique culturel
(10/11/10)


(La photo, choisie par l'administrateur).

mardi 16 novembre 2010

Bona notte...

... ma nanzu d'andà à dorme, pudete leghje (è participà à e raghjunate) monda testi passiunanti nant'à "Tarrori è Fantasia" è una discussione nant'à Facebook (à propositu di un articulu di Jean-Baptise Predali chì ci parla di i libri di Jérôme Ferrari).

Tarrori è Fantasia.

Facebook (a mo pagina, o quella di a libreria Point de rencontre).

Oui, la littérature corse vit sur le Web : il faut s'en rendre compte !

dimanche 14 novembre 2010

Comment ça fonctionne ici (notamment)

Pas le temps d'un "vrai" billet.

Assis à table, aujourd'hui, je vois, en face de moi, coincé dans une pile parmi d'autres, sur une étagère, le livre d'Edouard Glissant, "Tout-monde" (1993). Je vois sa tranche. Je repense à de nombreux passages de ce "roman" (des Martiniquais traversent le monde, après la Seconde Guerre mondiale - tiens, là aussi, il est question, à un moment, d'Indochine et d'Algérie, et aussi de Corse ; mais aussi d'un certain Stepan Stepanovitch dont toutes les phrases finissent par un point d'exclamation, racontant sa guerre).

Alors, ce soir, ces quelques lignes :

Marie-Galante, une nappée de transparences. La Dominique au contraire, une seule roche de bois et de rivières mêlés. Au point que vous oubliez qu'il y a les habitants qui s'accrochent sur les bords des côtes, qui s'éparpillent dans les ravines et sur les rares plats. Les derniers Caraïbes aussi, réfugiés ou déportés là pour la dernière vie, comme un résumé tacite de ces histoires de défrichage et de massacre (celui-ci précédant celui-là par condition nécessaire) qui avaient balayé le continent, des Nevadas au Sertão, et les Îles. La Dominique, un noeud de branchages de troncs d'eau déversée.

Les deux lumières, l'une d'étalement fugace, l'autre de dense opacité, conjuguèrent leur obscur au coeur du poète. Que vit-il alors, dans le balancement de ces paysages, si proches et si lointains ? Il vit le pays de Corse, qu'il n'avait pas approché pendant qu'il parcourait autour de Cargèse, qu'il n'avait pas eu le loisir d'essayer de connaître vraiment, emporté qu'il avait été par cet irréel qui l'avait trituré à vif et ne lui avait laissé en mémoire que l'image, cette fois bien mélancolique, d'Atala.
Une agrégée d'italien à cette heure, c'était sûr, et si douce avec ses enfants, et qui se demandait parfois comment avaient viré ces poètes ? Et elle avait gardé, c'est sûr, le même équivoque pouvoir d'intuition, cette manière gentiment absente d'apprécier choses et gens, qui avait fait qu'il avait pu la rapprocher d'une autre image d'absence et de simplicité, celle de Geneviève la Clermontoise.

Il vit le pays de Corse, dont il avait sans doute aussi préservé en lui-même des sortes d'indications fugitives, une réserve secrète de connaissances, qui lui revenaient maintenant.

"Le Tout-monde", eût-il suggéré à Mathieur Béluse, s'ils s'étaient rencontrés à ce moment-là. Vous ramassez en vous suffisamment de terres et de roches pour continuer la dérive, mais parfois vous redistribuez une part, quelque part, tout au loin dans un autre lieu. C'est ce qui lui advint, quand il voulut concilier en lui Marie-Galante et la Dominique : il retrouva tout simplement la Corse.

Le mélange, non par agitation mais par superposition, des légèretés de broussailles, des halliers, que nous appelons rhasiés, et des épaisseurs de brousse, de forêt, où le vert devient bleu et parfois comme noir avec, partout autour, la mer qui s'adapte tout autant à la clarté des végétations des fonds ou des plateaux qu'aux profonds des grands bois d'en-haut.

Un tel rameutage d'énergies élémentaires eût sans doute semblé futile à Roger, qui entre-temps, s'était fait connaître comme le plus secret, et le plus secrètement méconnu, des grands poètes français. Une distance avait grandi entre eux. Le combat des fruitailles et des salaisons avait fini par s'apaiser, mais il avait laissé le champ vide et les voix éteintes. Roger eût murmuré que les mots ne valent que dans l'entour de leur silence, où ils consument sobrement.

L'amateur de contes, driveur d'espaces, qui n'estime la parole qu'à ce moment où elle chante et poursuit, peut-être se devrait-on de lui trouver un autre nom que celui de poète : peut-être chercheur, fouailleur, déparleur, tout ce qui ramène au bruissement dévergondé du conte. Déparleur, oui, cela convient tout à fait.

Il reconnaît qu'en différence du monde qu'on sillonne avec impertinence, le Tout-monde vous laisse à percevoir que ces pays que vous avez déchiffrés, continuent au-loin-de-vous (et ainsi n'êtes-vous pas le démarqueur d'identités que vous avez cru, qui définit les pays simplement par les nommer dans leurs saveurs,) et ne cessent d'amarrer leur souffrance, de balancer leur bonheur, de courir au-devant de la vitesse irrémédiable et du Chaos qu'on ne peut vraiment pas, celui-là, nommer.

Ils continuent, ces pays, de pousser chacun son soleil vers sa couche de chaque nuit, sachant bien - ô le plus ardent des lieux-communs - qu'il lui reviendra au jour d'après.

mercredi 10 novembre 2010

Enfin de l'exceptionnel : poésie corse et Carla Bruni-Sarkozy


Il doit être très rare, dans la vie d'un blog, ce moment magique où le modérateur reçoit un poème si bien troussé, un poème qui fait l'éloge, qui plus est, de la première dame de France, un éloge aussi généreusement offert aux lecteurs, après avoir été, selon les dires mêmes de l'auteur - Monsieur Tancrède Paoletti, poète de Miramas - prononcé en face de la destinataire - Madame Carla Bruni-Sarkozy - lors de la dernière garden party élyséenne que la crise économique ait bien voulu accorder au peuple.

En cette douce nuit, si heureuse et belle de promesses, le modérateur de ce blog que je suis est donc ravi de placer dans ce billet, le poème de Monsieur Tancrède Paoletti.

Bonne lecture (bien sûr).

A Eurynomé

Rêve le ciel de ses nuées vagabondes et mélancoliques,
Et qu’il voie dans tes yeux, le temps qui s’écoule.

Rêve la terre de ses plaines fécondes et bucoliques
Et qu'elle voie dans ton feu, la vie qui déroule

Rêve le feu de ses flammes en embrasement utopique,
Et qu’il voie en ces lieux, l’ardeur qui déboule

Rêve la mer de ses vagues furieuses et fantastiques,
Et qu’elle voie de tes cheveux, la fougue de la houle

Rêve le Zeus à tes côtés, en facondes énergiques
Et qu’il soit Elisée éloignant Baal de la foule

Rêve à tes pieds le monde, Déesse fantasmagorique,
Et qu’il voie, envieux, de l’amour le moule


(La photo.)

samedi 6 novembre 2010

Alors, vous êtes au courant de la bonne nouvelle ?


Bravo ! Félicitations ! Magnifique !

Oui, vous êtes au courant ? C'est arrivé ! Enfin !

Comment ? Que dites-vous ? "Jérôme Ferrari a remporté le Prix du roman France Télévisions 2010 pour son roman "Où j'ai laissé mon âme ?" Ah bon ? Oui, c'est bien.

Mais, moi je voulais parler de Thierry de Peretti. C'est quand même une excellente nouvelle que nous apprend le dernier numéro du mensuel "Corsica" : il a tourné un moyen métrage, intitulé "Sleepwalkers" et s'apprête à en tourner un long ! Deux films qui traitent de la Corse. Quand on se rappelle combien ce comédien, metteur en scène et cinéaste est talentueux (voir ici sur son site, notamment, le court métrage "Le jour de ma mort", cliquer sur "works", il y aussi des vidéos), cela a de quoi suscité notre désir, créer une attente délicieuse, émoustiller nos sensibilités, non ?

Je cite deux passages de l'article de Jean-Simon Peretti, histoire de nourrir notre curiosité :

"L'île nourrit son art et Thierry le lui restitue à travers un regard généreux et novateur, au long d'un tracé qui oscille parfois entre douleur et dérision, renoncement et espoir, somnambule d'un rêve insulaire impossible. Cette force créatrice nous la retrouverons bientôt dans « Sleepwalkers » (Les somnambules), un moyen métrage qu'il a tourné entouré d'une équipe et de comédiens insulaires. Thierry a, suivant sa propre expression, « filmé la Corse de dos ». Une Corse qui claque la porte à tous les clichés, toutes les idées reçues et les préjugés, loin des décors « enchanteurs » utilisés dans tous les films, mais une Corse discrète qui révèle une certaine jeunesse désabusée, celle que l'on ne voit que rarement et dont on parle peu. Une jeunesse somnambule qui invente ses chemins de traverse entre lucidité et résignation."

et aussi, à propos du long métrage :

"La société Why not (qui a produit entre autres Ken Loach, Jacques Audiard, Greg Araki) produira le premier long métrage de Thierry de Peretti à partir d'un scénario dont il est l'auteur. Le film sera entièrement tourné en Corse, l'année prochaine. S'il est sans doute trop tôt pour en révéler le thème, on peut cependant dire que le film mettra en scène des adolescents et de jeunes adultes. L'histoire dont il s'agit prendra ses racines dans un des aspects les plus durs de la vie insulaire, un de ces drames qui font la une des quotidiens au titre des « faits divers » et dont on « oublie » souvent le contexte social qui les a vus naître. Le but du réalisateur n'est certes pas de faire « du produit culturel » ou du divertissement mais de nous entraîner sur le chemin inné et vital de l'art en ce qu'il possède de libérateur."

Vivement que l'on puisse ces oeuvres cinématographiques ! Les sujets semblent passionnants : la jeunesse en Corse, le contexte social. J'espère que ces films nous permettront de voir la complexité et la diversité des manières de vivre dans l'île. Le somnanbulisme comme métaphore... des rêves inouïs pour sortir des clichés réducteurs et simplificateurs.

Des rêves, tiens cela me fait penser à un rêve qui clôt un magnifique roman. Il s'agit de "Où j'ai laissé mon âme" de Jérôme Ferrari (vous l'avez lu ?)...

Au fait, je me réjouis bien sûr avec tout le monde du succès que rencontrent les livres de cet auteur - j'espère que cela sera d'une certaine façon utile pour l'ensemble de la "littérature corse" (encore que les éléments corses du roman ne sont guère évoqués dans la presse spécialisée)... N'oublions pas que son roman concourt aussi pour le Prix du style ; il n'est plus sur la liste du Prix Décembre, dommage. J'ai aussi appris, via un message sur Facebook de la Librairie du Point de Rencontre, que Jérôme Ferrari a aussi reçu le Grand Prix Poncetton de la SGDL (Société des Gens de Lettres) pour l'ensemble de son oeuvre ! Cela veut donc dire que les deux livres publiés chez Albiana sont aussi mis à l'honneur ! Vite un bandeau rouge sur "Variétés de la mort" (qu'il faudrait republier pour l'occasion) et "Aleph zéro", premier roman qui contient tous les autres ; ah oui, j'y pense, maintenant, je ne me souvenais pas (!) que les personnages de Degorce et Andreani, personnages principaux de "Où j'ai laissé mon âme", étaient esquissés dans une partie de "Dans le secret", il s'agit vers la fin du roman, d'un chapitre daté de 1959 et qui évoque les guerre d'Indochine et d'Algérie... ; ah, il faut vraiment relire tous les livres de Jérôme Ferrari, d'une traite, pour prendre la mesure de ce tourbillon romanesque où se métamorphosent et se développent sans cesse des personnages hantés par leur vide intérieur et se cherchant une justification !)

Allez, pour finir, je cite les dernières lignes de "Où j'ai laissé mon âme" ; j'espère que l'auteur ne m'en voudra pas, je m'autorise ce crime après l'avoir vu évoquer cette scène finale de châtiment avec Olivier Barrot (voir ici la vidéo). Et il me semble que c'est un livre qui se relit très très bien, autant connaître la fin, que je trouve vraiment sublime (certes, il faut apprécier une certaine éloquence lyrique).

(Je me souviens qu'au cours de ma lecture de cette scène finale, j'avais été frappé par l'aspect incongru - et qui n'aurait peut-être pas dû l'être - d'un petit dromadaire, qui surgit tout de go dans la narration, et de la main, pleine de compassion, qui se pose sur ses yeux.)

Oh, je connais vos rêves secrets, mon capitaine, je les connais si bien que j'ai l'impression, certaines nuits, de vous sentir rêver en moi, à moins que ce ne soit moi qui me glisse à vos côtés dans le rêve où nous avons été emportés très loin de la terre ingrate de mon enfance, cette terre qui n'est plus la mienne et n'a jamais été la vôtre, et nous marchons tous les deux le long d'une route désertique, entre Taghit et Béchar, sous la lumière d'un croissant de lune tout jaune suspendu comme un lampadaire dans un ciel sans étoiles, nous marchons au milieu d'objets à moitié recouverts par le sable, qui jonchent le sol à perte de vue autour de nous, des escarpins aux talons cassés, des robes déchirées dont le vent du désert a effacé les couleurs et arraché les broderies de fil d'or, une darbouka crevée, un oud sans cordes, des grappes de bijoux noircis, des coffrets de henné et de khôl, des culottes de satin et des morceaux de vaisselle, des breloques porte-bonheur, tout un trousseau qui s'est lentement pétrifié dans le silence de ma mémoire depuis que celle qui l'a assemblé est tombée en poussière, il y a une éternité, mon capitaine, et le vent qui souffle encore si fort n'en fait même plus frémir les reliques exsangues. Vous regardez autour dze vous mais aucun de ceux que vous cherchez n'est là, aucune petite fille ne joue dans le sable, aucun petit garçon, votre épouse ne vous attend plus nulle part, et l'homme que vous avez espéré revoir toute votre vie ne viendra pas vers vous et vous essayez de crier son nom dans la nuit mais vous n'avez pas de voix et personne ne peut vous entendre. Il n'y a que moi, mon capitaine, et tout près de nous, au pied d'une dune, un petit dromadaire qui appelle inlassablement sa mère en tendant le cou sous la lune mais qui ne peut pas nous voir car une main pleine de compassion l'a aveuglé afin que nos yeux de loups luisant dans les ténèbres n'effraient plus jamais personne. Vous essayez de me fuir, mon capitaine, mais la puissance impérissable de mon amour m'enchaîneà vous et vous n'y parvenez pas, vos courses vaines ne vous ont jamais mené nulle part, mon capitaine, et vous avez beau courir à perdre haleine, je suis toujours là, et chaque robe en haillons, le dromadaire et la darbouka, chaque brin d'herbe, chaque fragment de corail et d'argent est comme l'un des centres infinis du cercle inconcevable à la circonférence duquel vous vous obstinez à courir pour rien, mon capitaine, car si longtemps que vous couriez, vous n'arriverez pas à Taghit, vous ne saurez jamais si quelqu'un vous attend dans la fraîcheur de la palmeraie, au pied des murailles de terre, pour vous dire enfin, en plein soleil, les mots que je ne lui ai pas permis de prononcer dans l'obscurité d'une cave, au cours d'une nuit de printemps, il y a une éternité, et quand vous l'avez compris, vous vous laissez tomber à genoux dans la poussière de la longue route désertique et vous levez des yeux suppliants vers la lune. Dans ce rêve qui est aussi le vôtre, mon capitaine, c'est l'heure où je m'approche de vous pour vous serrer contre mon coeur comme un frère. Vous ne me repoussez plus, vous vous laissez aller contre moi, secoué de sanglots silencieux, et je suis si heureux, mon capitaine, parce que j'ai compris que notre rêve ne nous libérerait jamais. Nous ne nous quitterons pas. Et c'est l'heure où je me penche doucement vers vous pour murmurer à votre oreille que nous sommes arrivés en enfer, mon capitaine - et que vous êtes exaucé.

(La photo)

mardi 2 novembre 2010

La vérité sur Patrizia Gattaceca


Et encore un titre digne de la pire des presses ! Que ne ferait-on pas pour engager les lecteurs à regarder de près tel ou tel texte ?!

Maintenant que nous sommes ensemble, allons-y gaiement. Je cite ici l'une des chansons que je préfère de l'album "Meziornu", de Patrizia Gattaceca. Quand je parle de "vérité", je veux en fait évoquer ce que devient réellement un poème lorsqu'il rencontre la musique et le chant. Le texte original prend des couleurs différentes, un rythme nouveau, accélérations, ralentissements et ruptures de la voix en font un objet neuf ; la guitare électrique à la fin du morceau, ce petit solo conclusif, mais aussi la transformation d'un vers en refrain dans une tonalité étrangement joyeuse et agréable par rapport au sens assez sombre du texte, tout cela me semble accorder au poème original une forme de "vraie" vie, une sorte d'apothéose (enfin, je ne veux pas dire que le poème doive mourir pour devenir une divine chanson..., mais désormais je devrais faire un effort pour lire ce texte comme un poème, c'est certain).

En l'occurrence, le texte est de Ghjacumu Thiers, puisque l'album est constitué de 11 poèmes extraits du recueil "L'Arretta bianca", publié chez Albiana en 2006, voir ici le même recueil traduit par François-Michel Durazzo en français sous le titre "La halte blanche".

(Tè, una altra questione : seranu mumerosi quelli chì si ramentanu di i dischi - u grande (33 giri) è u chjucu (45 giri) di u so gruppu "Ottobre" ? ; quantu m'hè piaciutu a canzona "Memorie mondi" : "...l'odore di l'orte si pesa..." ; t'aghju da ritruvà lu in paese è u scriveraghju in un altru articulu di stu blog.)

Eccu a canzona :

TEMPURALI

Acqua
ventu

è nuli

è nebbia


Acqua

ventu
è nuli

Acqua

ventu

è nuli

è nebbia

Acqua

ventu

è nuli

sbatte a teghja

si ferma l'anima

seguita u sguardu a fronda

seguita u sguardu a fronda lebbia
chì corre è casca in l'annuttà.


Sdrughjerà ancu u celu, stasera, o Petrupà ?

Sdrughjerà ancu u celu, stasera, o Petrupà ?


Acqua
ventu
è nuli
è nebbia

Acqua

ventu

è nuli


Acqua
ventu

è nuli

è nebbia


Acqua

ventu

è nuli


sbatte a teghja scimignulita

si ferma l'anima acuttumita

seguita u sguardu a fronda

seguita u sguardu a fronda lebbia
chì corre è casca in l'annuttà.


Sdrughjerà ancu u celu, stasera, o Petrupà ?

Sdrughjerà ancu u celu, stasera, o Petrupà ?


Acqua

ventu

è nuli

è nebbia

Acqua

ventu

è nuli


Fochi chì sbottanu è si sfocanu
ceppi dumati in lu brusgià

vette incese è chì vocanu in core

in i cori inghjuliati
in l'aggranchi

di u cepu neru chì si sface.

Siccherà ancu u locu, stamane, o Petrupà ?

Siccherà ancu u locu, stamane, o Petrupà ?

Siccherà ancu u locu, stamane, o Petrupà ?


La traduction du poème par François-Michel Durazzo :

A PROPOS DES ORAGES

Eau,

vent,

nuages
et brouillard


La tuile affolée tremble

L'âme reste prostrée

La regard suit la feuille

vaporeuse

qui court et tombe dans le soir.


Ce soir, même le ciel va fondre, Pierre-Paul ?


Feux qui éclatent et se déchaînent,

troncs terrassés dans le brasier,

branches en feu qui ondoient

dans les coeurs ulcérés,

dans les paralysies
de la souche calcinée qui se défait.

Ce matin, même la terre va se dessécher, Pierre-Paul.


(La photo)

dimanche 31 octobre 2010

"...ùn sarà festa tutti i ghjorni !" : un nouveau blog, "Tarrori è Fantasia"


Les moments d'horreur ne sont-ils finalement pas les plus importants de nos vies ? (Ceux vers lesquels sans cesse notre esprit revient, pour y puiser quelle énergie ?)

Une chasse au sanglier ne peut-elle pas devenir une quête effrénée du châtiment ?

Que cherche-t-on vraiment à faire lorsqu'on (l'écrivain) donne la parole à quelqu'un comme Jeronimus Cornelisz ? (Et que cherche-t-on (les lecteurs) vraiment lorsque nous lui prêtons l'oreille ?)

A quel moment interviendront la terreur et le surnaturel lorsqu'on (le personnage) est un berger solitaire obsédé par une femme imaginaire, femme-soleil qui hante le sommeil ?

Ce sont quelques-unes des questions que je me suis posé à la lecture des quatre billets offerts sur un TOUT NOUVEAU BLOG (même si tous les textes ne sont pas inconnus).

Ce blog s'intitule "Tarrori è Fantasia" et il a été créé il y a deux jours seulement. J'en ai appris l'existence par un message de Marcu Biancarelli via Facebook.

Les auteurs (Petru Larenzu Santelli, Petru Felice Cuneo-Orlanducci, Jean-Yves Acquaviva et Marcu Biancarelli ; et la liste devrait rapidement s'allonger) offrent ainsi la possibilité de présenter d'une façon cohérente un ensemble d'écrits - en langue corse - qui relèvent tous du grand domaine de l'Imaginaire (incluant science-fiction, horreur, épouvante, fantastique... ah, cela me rappelle mes lectures de Stephen King, je pense soudain aux "Tommyknockers", et à sa première phrase (je cite, mal, de mémoire) : "Pour un morceau de métal, le Royaume fut perdu.", ou bien encore à "Ça" et à sa première phrase qui dit à peu près : "La Terreur, qui devait durer vingt-huit ans, s'incarna la première fois dans un bateau de papier flottant dans un caniveau." ; je pense aussi à une nouvelle de Lovecraft, que j'ai adorée, intitulée "Celui qui chuchotait (ou murmurait) dans les ténèbres" - tout un programme - et qui commence ainsi me semble-t-il : "Qu'il soit bien clair dans l'esprit du lecteur qu'à aucun moment de cette histoire je n'ai assisté à aucune vision d'horreur.", génial...)

Heureuse initiative, je trouve, que ce blog "Tarrori è Fantasia" !! Pourvu qu'elle donne l'occasion à tous les créateurs, confirmés ou en herbe, d'aller très loin avec des récits inouïs.

Personnellement, je ne peux m'empêcher de me dire que les imaginaires insulaires contemporains y trouveront un exutoire, un lieu de liberté, un appel à inventer propres à mettre en mouvement les fables, les formes et les figures qui hantent nos esprits.

Une mutinerie nihiliste, une chasse suicidaire, une solitude obsessionnelle, un bagne enfoui dans le coeur et l'esprit... Non ?

(La photo du doux sommeil.)

vendredi 29 octobre 2010

Une résidence plus que secondaire ?


Qu'en est-il des résidences d'écrivain en Corse ?
Est-ce que cela existe en ce moment ? Est-ce que cela a existé puis disparu ? Y a-t-il des projets ? (Je me souviens que l'Operata culturale avait évoqué l'idée de telles résidences dans le cap Corse).

Serait-ce une bonne chose que de telles résidences en Corse ? Pour quelles raisons ? Avec quels objectifs ? (Un exemple d'objectif ici).

Le temps de l'écriture est toujours volé à un autre temps. Que devient-il lorsqu'il est ainsi offert ? Quels peuvent être les engagements d'un écrivain invité ?

Je me pose aujourd'hui ces questions, avec vous, car j'ai vu sur Facebook (message d'Isabelle Le Bal, qui dirige le Salon international du livre insulaire d'Ouessant) que c'est Alexis Gloaguen qui allait occuper durant quatre mois le sémaphore du Créac'h (cet auteur breton, bourlingueur, arpenteur de la nature et des villes a déjà été évoqué plusieurs fois sur ce blog, à propos de son "Petit Nord" ou de ses "Veuves de verre"). Je clique sur le lien et j'arrive sur la page du site du Salon consacrée aux résidences d'écrivain, où je lis ceci :

C'est la seule résidence sur une île en Bretagne. A part la Corse, et les Dom-Tom, les îles de la France métropolitaine et encore moins en Bretagne, ne disposent à ce jour de résidence d'écrivains sur une île. Elle pourra ainsi s'inscrire dans un réseau européen de résidences insulaires (Irlande notamment).

Pour en apprendre un peu plus sur cette résidence d'écrivain sur l'île d'Ouessant, voici le lien.

(La photo)