mardi 17 novembre 2009

Corse / Martinique : Sainte Vierge !

Annonce :

Nous (L'amicale corse d'Aix-en-Provence) accueillons le samedi 28 novembre 2009, à 18 h, au local de l'amicale, deux chercheuses de l'Université de Gênes : Anna Giaufret et Elisa Bricco. Anna Giaufret évoquera son travail de comparaison des romans du Martiniquais
Raphaël Confiant ("La Vierge du Grand Retour", Grasset, 1996) et du Corse Ghjacumu
Thiers ("A Barca di a Madonna", Albiana, 1996 ; traduction française : "La Vierge à la barque", Albiana, 1997).

Vous pouvez déjà consulter son article sur la vue en ligne PUBLIFARUM (www.publifarum.farum.it ; voir le dossier "Caraïbes : convergences et affinités", voir ici l'article).

Les ouvrages des romanciers seront disponibles à la librairie All Books and Co (rue Cabassol), début novembre.

Anna Giaufret s'est interrogée sur ce fait étrange : comment deux romanciers qui ne se
connaissaient pas ont-ils eu la même idée de consacrer un roman au même sujet, à
savoir la procession d'une statue de la Vierge Marie en 1947 et 1948 dans toute
la France, et aussi en Corse et en Martinique ? Quelle est la signification d'un
tel événement historique réel et des romans qui le mettent en scène cinquante
ans plus tard ?

Voilà, l'annonce est faite. Vous avez maintenant le choix :
- venir ce samedi-là dans ce lieu-là pour écouter, rencontrer, dialoguer
- envoyer des questions que je relaierai ce soir-là (comme pour le café littéraire concernant le "Vir Nemoris")
- faire part sur ce blog de vos "récits de lecture" concernant les deux romans de Thiers et Confiant
- faire tout autre chose !

dimanche 15 novembre 2009

Manifeste de Luri : suites des réflexions

Le 22 août 2009, une réunion à Luri a permis de lancer une opération d'abord intitulée "Manifeste de Luri" et finalement renommée "OPERATA CULTURALE" depuis la récente réunion de Francardu ce 7 novembre 2009.

J'avais déjà relayé cette initiative sur ce blog : voir ici.

Personnellement, je vois d'un très bon oeil et avec beaucoup d'enthousiasme toutes les actions qui font vivre la littérature corse (et les créations culturelles en général, et l'imaginaire corse ou en Corse en conséquence). On voit bien que les actions se multiplient, se pérennisent.

La question que pose le Manifeste de Luri est intéressante : c'est la question de la "cohésion". Je crois aussi qu'il peut être bon de rendre visible l'ensemble des acteurs du monde littéraire. L'OPERATA CULTURALE propose ainsi :

- une bibliographie courante de la production littéraire corse

- un salon du livre corse au mois de juin 2010, au centre Prumitei à Francardu

Voici les liens, pour nourrir votre réflexion :
- sur le site de Jean-Pierre Santini : le compte rendu de la réunion de Francardu du 7 novembre 2009
- sur le site Isularama : un billet de Xavier Casanova sur le même sujet
- sur le site Isularama : les réflexions très animées du même Xavier Casanova (intitulées "Manifeste des Agriates")

Je rappelle ici une idée qui n'a pas convenu à tous les participants de l'OPERATA CULTURALE, mais à laquelle je suis très attaché, car recenser toutes les oeuvres corses, présenter toutes les oeuvres corses, c'est très bien et absolument nécessaire, mais le plaisir pris à découvrir ces oeuvres et l'évolution elle-même de la littérature corse seront d'autant plus forts et riches que l'on organisera des débats, des discussions, des critiques (même négatives).

J'éprouve une admiration et une gratitude infinies pour les auteurs et les éditeurs ; mais une littérature, c'est aussi la somme toujours mouvante de lectures, de goûts et de jugements, pas forcément pertinents ou judicieux, certes, mais qu'il est absolument essentiel de faire vivre. (Il me semble qu'on trouve la même idée dans le "Manifeste des Agriates", je vous laisse chercher le passage !)

La question serait alors : comment concilier la cohésion/promotion et la discussion/critique ?

Mais j'ai peut-être tort...

Bonne lecture !

samedi 14 novembre 2009

"...à la maison pour manger sa soupe..." : la fantaisie au pouvoir ! (lecture en cours)

Je fais ici ce qui ne devrait pas trop se faire, mais qui correspond d'une certaine façon aux perspectives de ce blog. Donc. Oui, je vais citer le passage d'un livre que je n'ai pas encore terminé. (Pour une présentation plus légitime du livre en question, vous pouvez voir l'article de Véronique Emmanuelli dans le Corse-Votre-Hebdo du 6 novembre 2009, article que je n'ai pas encore lu, bien sûr).

Ce livre, je l'ai reçu par la poste, c'est ma mère qui me l'a envoyé, après l'avoir lu elle-même. Elle a adoré. J'ai mis un peu de temps avant de le prendre en main et d'entamer sa lecture une première fois. Puis je l'ai reposé : les deux premières pages ne m'avaient pas accroché. (Mais qu'est-ce que je cherche dans un livre pour ne pas être accroché par les deux premières pages d'un tel livre ?...)

Puis, j'ai repris sa lecture (hier je crois), et ce matin, je lis les pages 10 à 17, et je suis complètement emballé : quelle fantaisie ! Je ne sais pas (instruisez-moi !, et il faut dire que je n'ai pas lu les eux précédents ouvrages de l'auteur de ce livre), mais il me semble qu'une histoire aussi originale (une vieille dame de soixante-quinze ans et son âne, nommé Job), racontée avec une telle liberté de ton et de vocabulaire et surtout une telle fantaisie, je répète, est absolument unique dans la littérature corse, non ? Cela me fait penser à un mélange de Rabelais, de Prévert et de Réjean Ducharme (mais il faut que je relise "L'avalée des avalées", je ne m'en souviens pas précisément), un mélange qui décrit (peut-être mieux qu'un récit réaliste) la trame des consciences insulaires au moyen d'un personnage excentrique et dont on se demande si ce qui lui arrive est réel ou imaginé... Et je trouve qu'une telle création est très bienvenue dans notre imaginaire et une nouvelle preuve de la vitalité et de l'inventivité des écrivains corses.

Ce livre vient d'être publié, peut-être trouverez-vous son titre et son auteur ?

Allez, voici l'extrait :


Puis, elle était revenue à la maison pour manger sa soupe, non sans avoir pris soin de détourner la curiosité des parents et alliés rencontrés sur son chemin.
"Oui, oui, je cours, Julie doit m'appeler...
- Elle va venir, ta petite-fille ?
- Elle viendra quand elle voudra. Vous savez, les jeunes ! Je cours, je cours..."
Elle ferma sa porte à clef et, le dîner avalé, se coucha bien vite : 20 h 30. Ce n'est pourtant pas un hospice, Speloncato ? C'est ce qu'auraient dit les autres. Brigida savait qu'il était urgent de sauter dans le lit, qui bientôt ne serait plus un lit mais une chose à roulettes, un train ou une voiture ou une caisse immense à patins, comme une luge, capable de descendre et de monter les côtes de Speloncato à l'Île-Rousse en haletant et de virer en crissant, en serrant les freins ou les dents ou les deux ensemble.
"O Dìu ! Prière déjà dite sur le dos l'âne, souvenez-Vous ! Ne me demandez plus rien ! C'est parti, je dors, non je vole. Suivez-moi, o Dìu ! J'ai compris ! Arrêtez de dire "c'est urgent" ; j'ai compris, sinon je ne risquerais pas ma vie. Et puis, articulez davantage, si Vous voulez qu'on vous comprenne. Terminez vos phrases : si Vous ne savez pas parler, qui le saura ?"
Elle avait dépassé Feliceto, puisqu'elle avait aperçu les lumières de la pizzeria et les clients attablés sous la tonnelle en gros plan. Elle protesta parce que le train ou le lit, enfin la machine, avait stoppé devant un éboulis de rochers, ronds comme des crânes. Ils lui rappelèrent ceux qu'on apercevait dans la crypte de l'église. Pas le temps de réfléchir sur la vie et la mort et les squelettes des ancêtres, et de savoir s'ils avaient des têtes rondes ou carrées, bon Dieu !
Le bruit s'amplifiait, ce n'était pas celui du train-lit ou du train-luge mais celui des chaudières d'un navire. Elle avait embarqué sans en prendre conscience.
"Île-Rousse-Toulon", mentionnait une voix souterraine tantôt basse, tantôt aiguë.
Enfin le transbordeur quitta le quai. Elle distinguait les lumières de la ville et la tour génoise, particulièrement illuminée, une sorte de grand gâteau d'anniversaire dont elle s'étonna de pouvoir souffler une bougie. C'eût été perdre son temps de les souffler toutes, mieux valait voler, même si elle se cognait au plafond, à droite et à gauche.
"Je suis une longue chauve-souris à tête blanche. Je me demande pourquoi je ne colle pas au plafond.
- Enlève tes bas et ça collera", dit la voix.
Le commandant de bord, entré par effraction, lui saisit les pieds (ses pieds qui étaient la propriété de Job, nom d'un chien !)
"De si jolis petits pieds !
- Vous n'avez pas autre chose à faire ? Reprenez le gouvernail !"
À qui avait-elle ainsi ordonné de reprendre le travail ? Ah oui, au médecin de l'Île-Rousse qui lui avait mis la main au panier et qui, ensuite, tout penaud, lui avait pris la tension.
Ceux du village ne se doutent pas de l'effort que représente de voler du nord au sud et de l'est à l'ouest, au plafond d'une cale. Des hommes enchaînés gémissaient sous elle. Peut-être des bagnards ? Si le commandant s'était comporté correctement, elle lui aurait demandé un seau hygiénique. Elle avait l'âge d'être sa gand-mère, alors pourquoi faire des simagrées ? D'ailleurs, on peut toujours s'arranger : Job, quand elle pissait, détournait la tête.
"J'aurais dû m'allonger près de toi, mon cher petit âne. Dieu n'a pas voulu. Il me pressait avec des "c'est urgent, c'est urgent". Si on n'obéit pas, c'est pour l'Éternité qu'Il nous cherche des noises."
Quand la pisse cessa, l'image de l'âne s'estompa. Il était temps, le navire accostait au quai de Toulon, bien entendu. Elle ne savait pas comment quitter le plafond, même en repliant les ailes qui s'étaient formées sur ses omoplates. Enfin, un fil électrique se présenta.
"Et ils se croient modernes ! Même moi, qui n'ai pas étudié longtemps, je sais qu'on ne doit pas se suspendre à un fil électrique. C'est pour Julie que je risque ma vie. Je suis certaine qu'elle a asticoté Dieu avec le "c'est urgent". Il n'y aurait pas pensé tout seul, trop occupé qu'Il est avec les conséquences du "Big-Bang". Certains, Là-haut, lui reprochent assez d'avoir agi hors programme, sans consulter la base, un coup de poker, en somme !

Ma Julie, la chair de ma chair, est assez minaudière (je ne tolèrerais pas que d'autres le proclament). Je la vois d'ici murmurer à l'oreille du Père :
"Mon petit bon Dieu chéri, si tu pouvais envoyer ma Mammò me chercher bien vite, je n'oublierai jamais ma prière le soir, etc."
Et Lui, comme les autres, divins ou non, écoute plus volontiers les jeunes que les vieilles.

Les événements se précipitaient, malgré les supplications du commandant qui se cramponnait à sa chemise de nuit en criant : "Vous êtes ma mère.
- Je refuse !
- Dans ce cas, donnez-moi votre billet.
- Tiens, attrape ça !"
Un bon coup de pied dans la casquette à ruban doré à l'instant où elle volait à la verticale !
Elle passa par un hublot, prestement ouvert par un des bagnards qui s'était éveillé au bruit de l'altercation, puis vola jusqu'au NGV en partance. Là encore, elle dut affronter le commandant, le frère jumeau du premier.
"Je vais à l'Île-Rousse.
- Non, madame, nous appareillons pour Bastia.
- L'Île-Rousse !
- Bastia !
- Écoute-moi bien ! tu vois le fort sur la côte ? Eh bien, mon oncle était l'ordonnance du commandant du fort. Il s'occupait du poulailler, mon oncle. Pendant un an, tu entends ? Il a ramassé le duvet des poules, et il s'en est fait un oreiller.
- Qu'est-ce que j'en ai à foutre ?
- Ce que tu en as à foutre, c'est que si tu ne m'obéis pas, je vais trouver le commandant du fort et tu iras au trou.
- Dans ce cas, je m'incline."
Il soupira, remonta sa montre, et ordonna à son second de mettre le cap sur L'Île-Rousse. Apparemment, ils n'étaient qu'eux trois sur le navire. Elle trouvait scandaleux qu'avec aussi peu de passagers, ils se mettent en grève pour un oui, pour un non. C'est du moins ce qu'elle avait lu dans Corse-matin.
Elle voulut se recoller au plafond de la cale ; les deux commandants s'y opposèrent sous prétexte que le temps menaçait et ils l'attachèrent à un mât qui ressemblait plus à une immense asperge qu'à un beaupré.
Le Mont-Faron, quand il la vit ainsi malmenée, se gonfla comme s'il allait pleurer.
"Oh ! tous ceux de ma famille ! Pauvres Corses exilés qui se promenaient le dimanche au pied du Faron ! Oh ! combien de bergers, combien de pauvres Corses qui sont partis joyeux..."
C'était bien à l'école qu'elle avait appris ce poème ?
"Ne pleure pas, o Mammò, je suis là, oui Julie, ta petite-fille !"
C'était Julie, quel hasard ! La petite-fille adorée de sa fille nettement moins adorée. Elle parvint à se détacher du mât.
"Ma chérie ! Après tous ces événements, j'oubliais que j'étais venue te chercher.
- Ne parle pas si fort, je suis passagère clandestine. Je n'ai pas de billet, à Paris j'ai fait la nouba et je n'avais plus d'argent.
- Ne t'inquiète pas, le commandant fermera les yeux parce que je lui ai parlé de mon oncle qui ramassait le duvet dans le poulailler du fort... Il n'en menait pas large, c'est tout juste s'il ne s'est pas mis à genoux."
Le bruit s'éleva à nouveau, véritable batterie des enfers, peut-être une vengeance du commandant, difficilement vérifiable. Brigida serrait la main de la jeune femme et, de temps en temps, lui arrachait la cigarette du bec.
"Arrête, que tu te ruines la santé !
- Et toi ? de sauter au plafond sans arrêt, tu crois que c'est bon pour ton coeur ?
- Je suis bien obligée, ma petite, pour que le navire avance. Ce n'est pas ces deux-là, sur le pont, qui activeront les machines : c'est urgent, Dieu continue de me le seriner et Il ne m'envoie qu'une petite portion de temps, comme si ça lui coûtait quelque chose ! Si je proteste, Il me répond qu'Il n'a pas de stock, parce que le temps rétrécit tous les jours, et que je n'ai pas droit à un plus grand pourcentage que les autres.
- Le temps, c'est comment ?
- C'est comme Dieu, ça ne se voit pas, ça se sent. Parfois, je renifle sous mes bras et je me dis : "Tiens, le temps est passé par là."
Un homme, son mari... non pas son mari ! un homme qu'elle n'avait pas oublié, très beau parleur, de passage au village, avait fourré son nez dans son aisselle, un soir, et avait murmuré que ça sentait le miel :
"Prends garde que les abeilles vont te piquer !"
Quel orgueil imbécile, qu'elle avait ingurgité, sans doute, avec sa première bouillie de farine de châtaigne, alors qu'elle aurait dû lui répliquer : "Si ça sent bon, descends plus bas, ne te gêne pas, fais l'inventaire."
Ça ou mieux formulé, ou encore un silence bavard.
Elle se garderait bien de raconter l'anecdote à Julie !
À L'Île-Rousse, avant de quitter le NGV, tout en prenant la valise de la petite, elle adressa un bras d'honneur au commandant, geste dont elle avait oublié l'exacte signification et auquel il répondit par un salut militaire.
Peu après le débarquement, le navire sombra corps et biens dans le port, tandis qu'un orchestre invisible jouait La Marseillaise.



Etrange comme ce bateau "détourné" fait penser à l'affaire du "Pascal Paoli" et des marins du STC, le dernier événement majeur de l'imaginaire corse (non ?)
Et peut-être êtes-vous hermétique à une telle écriture de la fantaisie ? Parlons-en.


AJOUT DU 15 NOVEMBRE :

L'auteur de ce texte est bien Eliane Aubert-Colombani. Elle a écrit bien d'autres choses que ses trois derniers livres aux éditions Albiana. Pour se rendre compte de la diversité de ses productions, voir son site ici.
Et ici, sa page sur le site des éditions Albiana.


mardi 10 novembre 2009

Sur les autres sites... ronde infinie de la littérature corse

La littérature corse, l'écriture en langue corse, on en discute, on la montre, sur les autres sites internet que vous connaissez bien maintenant : donc voici un billet pour aller voir ailleurs :

- sur Terres de Femmes, d'Angèle Paoli : outre ses propres poèmes, "Carnac", le poème ajaccien du Breton Guillevic ! (Traduit par F.M. Durazzo)

- sur Invistita, de Norbert Paganelli : les auteurs, si différents, Marcel Tijeras, Marcu Biancarelli, Paul Arrighi, Jean-François Agostini (qui raconte la rencontre d'une Lada et d'une corne de vache)

- sur Gattivi Ochja, de Stefanu Cesari : la continuation de ce travail de passages dans les langues de la poésie, avec Christian Bobin, Tomàs Segovia, Pascal Quignard, entre autres

- sur Musa Nostra : les premiers comptes rendus du café littéraire de Carchetu, chez Jean-Claude Rogliano ; avec, pour l'instant, les ouvrages de Marie-Hélène Ferrari, Roccu Multedo, Jean-Louis Moracchini (et un arrêt sur la nouvelle "Un cortège dans la brume")

et je dois en oublier !

lundi 9 novembre 2009

Milan Kundera : sur la lecture

Sur ce blog, je répète ma conviction - discutable, au combien - que la littérature est la somme des lectures (voire non-lectures, voire des souvenirs de lectures et non-lectures) des livres (et autres objets utilisant le langage verbal, oral et écrit).

J'ai déjà, pour soutenir ce propos, convoqué ici Stevenson, Virginia Woolf, Pierre Bayard, Yves Citton... (voir leurs noms dans la rubrique de gauche).

Trouvé ceci dans le dernier recueil d'articles de Milan Kundera, "Une rencontre" :

Je garde bien dans ma mémoire "Les dieux ont soif" ou "La Rôtisserie de la reine Pédauque" (ces romans faisaient partie de ma vie), mais d'autres romans de France n'ont laissé en moi que des souvenirs vagues et il y en a que je n'ai pas lus du tout. C'est d'ailleurs ainsi que nous connaissons les romanciers, même ceux que nous aimons beaucoup. Je dis "J'aime Joseph Conrad." Et mon ami : "Moi, pas tellement." Mais parlons-nous du même auteur ? J'ai lu de Conrad deux romans, mon ami un seul que moi je ne connais pas. Et pourtant, chacun de nous, en toute innocence (en toute impertinence innocente), est sûr d'avoir une idée juste sur Conrad.
Est-ce la situation de tous les arts ? Pas tout à fait. Si je vous disais que Matisse est un peintre de second ordre, il vous suffirait de passer un quart d'heure dans un musée pour comprendre que je suis sot. Mais comment relire tout Conrad ? Cela vous prendrait des semaines ! Les différents arts accèdent avec une autre facilité, une autre vitesse, un autre degré d'inévitable simplification ; et avec une autre permanence. Nous parlons tous de l'histoire de la littérature, nous nous en réclamons, sûrs de la connaître, mais qu'est-ce in concreto que l'histoire de la littérature dans la mémoire commune ? Un patchwork cousu d'images fragmentaires que, par pur hasard, chacun des milliers de lecteurs s'est fait pour lui-même."

La question est donc double :
- comment partager les "patchworks" que chaque lecteur s'est fait "pour lui-même" ?
- pourquoi ne pas raconter, en quelques mots même (c'est toujours un début), comment vous avez rencontré le livre (corse) qui vous a bouleversé, que vous gardez dans votre mémoire vivante, vers quoi vous revenez ?

samedi 7 novembre 2009

De fil en aiguille : le retour de "Pesciu Anguilla"

C'est un des plaisirs de la discussion, elle conduit parfois ailleurs.

L'illustration d'un premier sujet finit par devenir un nouveau sujet, etc.

Suite à un billet du 6 août 2009, consacré à un passage des Chroniques de Giovanni della Grossa, les commentaires ont notamment évoqué les noms de lieux, le polar corse, Ajaccio et Bastia dans la littérature et le 25 août, j'écrivais ceci dans un des derniers commentaires :

- Bastia : "Pesciu Anguilla" de Sebastianu Dalzeto (dont j'ai appris à Ouessant qu'une traduction en français se prépare en ce moment), les romans de Ghjacumu Thiers et d'Angelo Rinaldi, le livre des soeurs Bresciani ("2 rue de la Marine", je crois), et je dois en oublier...

Les débats semblaient clos le lendemain et puis, le 5 novembre 2009 (avant-hier), François-Michel Durazzo (celui qui "prépare en ce moment" une traduction en français de "Pesciu Anguilla") reprenait la main et ouvrait ainsi un nouveau débat : comment traduire ce livre, et notamment les noms propres ?

La discussion est en cours et je me permets de la reprendre dans ce billet afin de la faire connaître à tous les utilisateurs du blog (je crains que la rubrique des "derniers commentaires" ne soit pas suffisante pour faire connaître les discussions qui ont lieu sur des billets anciens..., désolé pour tous ceux qui ont déjà lu - et écrit - ces commentaires, et que je remercie encore !).

Bonne lecture, au plaisir de lire vos points de vue !

Anonyme a dit…

La toponymie pourrait nous faire voyager très loin dans le temps, par exemple à une époque où mon village Campomoro s'appelait Portus illex, "Port franc", "port sans loi", d'où Porto Elice, puis par rhotacisme Porto Erice des anciens portulans, avant que les invasion moresques ne le rebaptisent Campomoro, à l'époque de la construction de la tour.
Mais revenons à l'annonce discrète que je lis plus haut de la traduction de Pesciu Anguilla, pour vous annoncer que je viens de l'achever, de faire une ultime correction, grâce à l'aide de l'ami Jacques Thiers.
Une des questions que je me suis posées, c'est précisément celle de la traduction des noms propres. Voici comment j'explique dans une note liminaire mon parti pris :

"La traduction des noms corses est toujours délicate. L’usage en traduction littéraire veut qu’on laisse les noms propres dans la langue originale, sauf quand, s’agissant de toponymes, les cartes et les atlas proposent une traduction française. C’est ici le cas des toponymes – noms de villages, de quartiers ou des rues de Bastia – qui furent italianisés. Aussi les avons-nous adoptés.
En revanche, nous avons respecté les prénoms corses, qu’il semblait artificiel de traduire en français, comme l’imposa autrefois l’état-civil, ou de les italianiser à la manière de Mérimée. Seuls les surnoms ont été adaptés ou traduits. Pesciu Anguilla (« Poisson Anguille ») a été rendu par Pépé l’Anguille, avant de devenir u Remitu, c’est-à-dire l’Ermite. U Turcò (forme syncopée de turcottu, que ce personnage doit à son passé chez les zouaves – i turcotti) est devenu le Turcon, u Sciancu le Bancal, u Guadrochju (œil qui regarde in guadrina, de travers) Œil-en-coin, Manghjapuce Mange-puces, u prete Coghja le père Couenne.
Un passage du chapitre IV évoque les différentes inflexions et variantes phonétiques présentes dans l’île. Nous l’avons laissé tel quel, quitte à le traduire en note, de même que les chansons populaires parfois en corse, souvent en italien ou dans un italien mâtiné de corse, voire une fois en provençal. Quant aux répliques en français, en provençal, elles ont été laissées en italiques, comme les emprunts au français ou à l’italien. Les répliques en italien ont-elles été traduites et laissées en italique, accompagnées d’une note de bas de page."

Evidemment rien n'est fermé, et je suis encore hésitant. je vous soumets donc ma posture pour recueillir commentaires et réactions.
François-Michel Durazzo

francesca a dit…

Bravo pour les noms propres, cela me paraît évident, mais je trouve très dommage de ne pas garder les noms corses aussi pour les toponymes, vraiment très dommage, c'est très "français" comme réflexe (les français sont quasiment les seuls à donner des noms français aux ville étrangères, par exemple, les Anglais disent "Firenze")... Les noms toscanisés ont mis très longtemps à être adoptés dans l'usage oral(hélas, d'ailleurs)parallèlement au développement de l'usage du français... Mais ce n'était sûrement pas le cas à l'époque de pesciu anguilla. Les noms toscanisés me donnent toujours une impression étrange, comme si l'on désincarnait la Corse, la transportant dans un ailleurs abstrait.
D'ailleurs je n'aurais pas non plus changé les surnoms, qui sont comme des noms propres en fait. Une note donnant leur signification suffirait. Cela donne une "couleur" : tout traduire "désincarne" l'histoire, on ne sait plus où on est, on perd la saveur...Le père Couenne, le Turcon? c'est beaucoup se creuser la tête pour que le résultat fasse un peu...parisien!! Là encore j'ai le sentiment que l'on transporte l'histoire ailleurs. On ne traduit que pour rendre l'histoire accessible à tous, pas pour lui enlever sa couleur...C'est mon avis, et je le partage LOL

Anonyme a dit…

Mon point de vue est qu'il fallait laisser les surnoms en corse. Rien de moins crédible, et de jamais prononcé par une bouche en corse, que le Turcon ou le père Couenne.

C'est une traduction, certes, mais sans tomber dans le folklorisme - par exemple je trouve normal de garder les toponymes italianisés - pourquoi dénaturer un texte de son environnement culturel ?

A mon avis on doit faire les chose par rapport à sa propre culture, et pas en suivant la dictée du regard dominant. Si en corse personne n'a jamais dit Turcon même en parlant français pourquoi ne pas garder ce que tout le monde (sauf Clavier)aurait prononcé ?

Bon je fais court parce que je commence à en avoir ma claque de lire des messages longs à n'en plus finir (je vise pas celui qui me fait réagir qui est de dimension raisonnable et propose quelque chose de litéraire à discuter).

Mais bon ,si on peut échapper aux cours de management et autres élucubrations... On me censure bien moi bordel !

Mirvella

Vladimir Ilitch Jaruzelski a dit…

Moi ce que j'en dis c'est que même le Français le plus dégénéré est capable de comprendre que dans une histoire se passant au 19ème siècle à Bastia il serait impossible qu'un personnage soit affublé d'un sobriquet aussi débile que "le Turcon".
C'est pas parce qu'on va lire en français qu'on n'est pas capable de dire "u Turcò" pour le nom d'un mec. Faut quand même pas prendre tout le monde pour des billes.

VIJ

Petrusantu De La Foata a dit…

Le "Turcon"... ? Ah ! Ah ! Ah !

POPRICHTCHINE a dit…

Entièrement d'accord avec Francesca, les noms, surnoms et toponymes gagneraient à n'être pas traduits, une note en bas de page suffirait.

Mirvella...dans ma jeunesse j'avais un prof qui disait : "le chien lèche la main du patron qui lui donne à manger, le chien peut-être mais l'homme?"
Un même esprit de révolte l'animait. C'est sain la révolte. Encore faut-il qu'elle ait un impact et ne reste pas couchée sur le papier, uniquement.

Mon oncle a connu personnellement Albert Camus à Alger, j'ai quelques anecdotes sur le décalage entre l'écriture et l'acte, à ce sujet.

francesca a dit…

Garder les toponymes en corse serait du folklorisme? Les bras m'en tombent, cher Mirvella! (Curieuse contradiction, car c'est précisément de garder les surnoms en corse qui va nous faire accuser de folklorisme, à tous les coups, par certains!)
Moi j'appelle seulement cela : l'authenticité. Les noms de nos lieux n'ont jamais été prononcés qu'en corse (jusqu'à il y a peu!!) dans la bouche des Corses, même s'ils ont toujours été transcrits dans la "langue haute" d'autrefois (toscan) puis "gardés" ainsi par les autorités françaises (étonnant "oubli" ou "erreur" involontaire...). Ce qui donne aujourd'hui l'étonnant "bilinguisme" routier si fascinant pour un non initié : Sermano/Sermanu; Guarguale/Guargualè (seul l'accent change)ou le fin du fin : Mezzavia/Mezavia...
Le résultat de nos jours(notamment depuis l'apposition de pannneaux, l'exemple de Porticcio cité par Marie Jo Dalbera est édifiant : dès qu'il y a eu un ppanneau Porticcio dans les années 60, les gens ont commencé l'hypercorrection de Purtichju en Purticciu. Moindre mal, avant d'en arriver auour'hui à Portiche) c'est que ces toponymes "toscans" sont désormais prononcés avec la phonologie française : c'est tout simplement hideux : taraveau (appuyer le o), San Angeûlot idem (celui-là me donne particulièrement envie de vomir), etc.

Si je lis San Angelo dans "Pesciu Anguilla" je vais m'étrangler, je le sens...Tout fout le camp, vraiment...

Clément Renucci (pour le blog sur le Petit Nicolas) et François-Xavier Renucci (pour le blog sur la littérature corse). a dit…

Chers contributeurs,
j'ai décidé de publier un certain nombre de vos réactions, que je trouve légitimes sur le fond, mais qui sur la forme peuvent heurter. Je sais bien que la spontanéité peut aider à la clarté du propos, mais une relecture permettrait peut-être de dire la même chose de façon moins violente. En tout cas, il ne s'agit pas pour moi ici d'édulcorer votre pensée, mais de l'expliciter de façon plus tranquille. Après, chacun fait comme il veut.

Je rappelle que F.M. Durazzo a très généreusement proposer ici un point de vue qu'il soumet à discussion. Je suis heureux que la discussion ait lieu mais cet acte sincère et ouvert mérite certainement d'être critiqué de façon aussi généreuse, non ?

Personnellement, je trouve aussi que la traduction pose de nombreux problèmes. Je m'y étais très maladroitement essayé avec une pièce de théâtre de Jacques Thiers et les noms propres m'avaient justement posé problème, particulièrement les surnoms et réductions de prénoms (j'y reviendrai plus précisément). Car il y a une lutte entre ce que le surnom veut faire comprendre (il faut donc que le sens passe) et ce que le surnom a d'intimement lié à la personne (qui se passe du sens). Le choix est toujours compliqué et peu satisfaisant.

Je trouve aussi que "Turcon" mériterait d'être changé (on entend vraiment trop le mot "con", alors qu'il me semble absent de la version corse).

La difficulté est bien sûr qu'il s'agit de traduire pour un public francophone non corsophone, ce qui est une catégorie assez précise.

Merci.

Clément Renucci (pour le blog sur le Petit Nicolas) et François-Xavier Renucci (pour le blog sur la littérature corse). a dit…

Chers contributeurs,
quand j'écris dans le message précédent "un certain nombre de vos réactions", je ne voulais pas dire que j'avais refusées certaines, je les ai toutes publiées parce que je préfère prendre le risque de heurter que d'interrompre le dialogue.
A bientôt.

francesca a dit…

FXR je t'ai déjà "autorisé" à me "censurer" en cas de dépassement des "limites". Ou alors à m'envoyer un mail de modération...LOL

Désolée si j'ai pu paraître "violente" (est-ce le cas?), en tout cas c'était inconscient!
Je remercie FMD de nous avoir soumis ses "dilemmes". Je suis consciente qu'il s'agit d'un travail fort difficile, et qu'il y a beaucoup plus à discuter qu'à trancher, mais ces questions font partie de mes dadas, alors je pars au quart de tour...Pardon FMD, si j'ai paru désagréable!

Le public "francophone non corsophone" ? Il n'est pas si précis que ça. 90 % des gens qui liront ce livre en français seront des Corses ou des gens liés à la Corse, je pense. Les autres le liront au moins par curiosité pour la Corse.(Ce n'est pas la diffusion d'Harry Potter LOL)
Parmi les "Corses" il ne faut pas confondre ceux qui ne "parlent" pas et ceux qui ne "comprennent" pas : ceux qui comprennent sont très nombreux, disons ceux qui ont au moins un niveau minimal de compréhension; ils n'ont simplement pas la capacité de lire un livre en entier.
Si pour les toponymes je suis plutôt acharnée à penser qu'il faut les écrire toujours et partout en corse pour une question d'authenticité, pour les surnoms, je reconnais qu'il peut y avoir un dilemme, une justification à les traduire, si ces surnoms donnent lieu plusieurs fois dans le texte à des jeux de mots autour,ce qui dès lors échapperait au lecteur (car une note d'explication ne rend pas l'effet comique)...

D'autre part Pesciu est dur à prononcer pour un francophone, par exemple, mais Anguilla lui est parfaitement compréhensible.

Pepe l'Anguille est assez sympa. U Turcottu pourrait devenir le Zouave...? U prete Coghja le père Dur- à- cuire ...? C'est vrai que dans le texte en français, "u prete Coghja" vient mal.

Mais je suis prête à faire le pari que la quasi-totalité des lecteurs qui liront ce livre apprécieraient d'avoir les vrais noms ou surnoms, avec les notes adéquates.

Cela me fait penser à la Direction de la concurrence et de la consommation qui oblige les producteurs Corses à écrire "jambon" au lieu de "prisuttu" (sous peine d'amende, ho!!) soit- disant par peur que les consommateurs "ne comprennent pas". Aiò : quand tu vois un prisuttu tu ne le prends pas pour un saucisson. Et ces boulangers ajacciens qui affichent "huit" pour les "finuchjetti" pour être "compris" des touristes : allons-nous vraiment tout effacer pour être "compris", que restera-t-il de nous à la fin?

Mais enfin, il est vrai que tout se discute. C'est FXR qui a raison de nous rappeler à l'ordre.

Anonyme a dit…

Il faut en même temps essayer d'éviter de pagnoliser un texte bien issu d'un contexte précis. On sait que la tentation de folkoriser est grande dans un ensemble culturel qui continue à se prendre pour un empire civilisationnel.
Il faut donc à mon sens changer radicalement de positionnement pour traduire pesci'anguilla, ne pas descendre du centre pour aller l'extirper de son jus langagier - et lui en imposer un autre classique, normatif - , mais au contraire se mettre dans les conditions de sa production orignelle : aujourd'hui, le bilinguisme de la majeure partie de la population à laquelle ce texte s'adresse dans un premier temps (avant bien sûr de briguer le Goncourt puis le Nobel - ah c'est vrai qu'il faut des auteurs vivants pour cela - mais vous avez compris ce que je veux dire), ce bilinguisme donc - qui fait se rencontrer les langues et produit corsicismes et gallicismes - permet un jeu bien plus intéressant que de chercher "dans la langue française" des équivalents aux forceps, soit en les maintenant tels qu'ils sont (en corse), soit en usant de cet artifice moderne, ô combien moderne et bien vivant, dynamique et inventif que se trouve être le francorse (celui de la rue). Pourquoi pas? Le curé Codje, Turcò, Pechanguille, le Chanque, quatroeil, Durace, Mirvelle, ceccè et cecceca,... cela n'est possible que si le reste du texte garde cet angle d'attaque. Cela aurait au moins l'avantage de laisser au peuple son texte (je ne pense pas que Dalzeto l'imaginait dans un quelconque panthéon littéraire) et d'intéresser une catégorie de la population bien au coeur des enjeux de transmission. Sans exclure les autres... Frédéric Dard par exemple est bien lisible, même si on ne comprend pas toujours la construction langagière... son patois est en soi une reviviscence de la langue (française) de bon aloi, non?
L'esprit du texte avant tout !
(ne me hurlez pas dessus, svp!)
(mais pas Portitche quand même!)

jeudi 5 novembre 2009

Récit de lecture : JPA et ...une surprise

Je prends quelques minutes pour, tout en remerciant très chaleureusement JPA, publier un de ses récits de lecture qui contient à la fois un texte, une surprise et une morale, bref quelque chose comme une fable !

Ci vole à ralegrà si di tanta richezza ; ùn ci manca più chì a pussibilità di sente a so voce quand'ellu leghje o canta u testu di issu articulu.

Je me suis toujours dit que (bien que naturellement beaucoup plus porté vers les oeuvres individuelles dites "modernes" ou "originales" ou d'avant-garde) les textes dits "traditionnels" pouvaient recéler autant de plaisirs, divers, que n'importe quelle production littéraire qui se veut novatrice. Finalement, ce qui me plait, c'est de considérer que la littérature (corse, ici) est le fruit d'interactions entre les oeuvres les plus variées (et les lectures les plus variées de ces oeuvres les plus variées, etc. etc.). Un ensemble d'interactions en perpétuel mouvement.

Donc, la question suivante : que nous (à nous, aujourd'hui et maintenant) dit et fait ce texte présenté par JPA ? Selon vous ? (Je donnerai un début de réponse personnelle dans les commentaires).

Eccu u travaglione di JPA (tanti ringrazii !) :

En furetant de droite à gauche, j'ai trouvé cette poésie. Très représentative il me semble de l'âme insulaire.

Je ne connais pas l'auteur mais à certaines tournures de phrases il semble être du sud ("supra", "amuri", "beddu", "cavaddu", "iddu")
mais dans d'autres il écrit en supranacciu : "nascia" et "criscia" pour la 1° personne du singulier...

Toujours en ce qui concerne son écriture, j'ai noté que ce poème devait être un petit peu ancien, en tous cas il ne date pas de l'après guerre. Effectivement la nasalisation (là aussi propre au sud) est "inscrite" au mépris pourrait-on dire d'une standardisation ulterieure: "quannu" pour "quandu" actuellement...
Notons aussi l'utilisation du "ghj" avec une tentative de le transcrire avec "ggh" comme dans "buttigghia" et "figghiu" que nous écririons évidemment dans le sud "buttighja" et "fighju" ou "fighjolu".
A ma connaissance le verbe "s'adrumintava" pour "s'adurmintava" est propre encore une fois au Stremu Miridianu. Pareil pour "si curcava" à la place de "s'incruccava".
La suppression de la voyelle initiale de certains mots ("Avìa la facci nsurcata e li mani ncadduti") prouve une origine paysanne que sous-tend le thème du texte, d'ailleurs.
Par contre l'on peut noter l'utilisation de l'infinitif "italien", certes un peu corsisé, comme c'était d'ailleurs l'usage dans les textes en corse de la fin du 19°, début 20°: "cuntari" par exemple pour "cuntà", comme nous l'écririons actuellement.
Dans la prononciation voici quelque chose d'étonnant encore une fois pour l'époque: l'élision du "d" initial pour "di" dans les phrases suivantes "un pezzu i pani neru" et una "buttigghia i vinu russu".

Le thème est un peu rabâché, certes : souvenir du père qui exerçait un métier d'un monde rural en train de disparaitre, nostalgie de l'enfance, éloge de la simplicité. Mais cette simplicité justement nous la ressentons dans l'écriture, sans fioriture et au contraire avec des tournures de phrase très paysannes: "è tirava, tirava, tirava" pour exprimer le "assai" trop employé, à mon goût, de nos jours... Et le ton ! on peut presque l'entendre quand l'auteur nous dit: "cantava, tutta la jurnata cantava", hein ?! (notons, dans ce vers l'utilisation du "j" remplaçant le "g" normal à cette époque, pour rendre l'adoucissement de la consonne initiale (le "j", évidemment se prononçant "i")... L'auteur utilise aussi des expressions corses très familières, ce qui ne se faisait pas trop il y a un siècle: "turnava à casa stancu mortu" ! Autre exemple : "'nsurcata", faire commencer le mot par 'ns est fidèle à la prononciation corse et en plus le changement du L en R est très... ajaccien (calciu-carciu, balcone-barcò...)

Difficile à dater, donc. Je dirai relativement ancien mais écrit par quelqu'un de relativement lettré car il rend bien la prononciation corse à une époque où l'on écrivait encore un corse toscanisé.
Ce texte s'intitule CARRITERI:

CARRITTERI

Iu, nascìa e ci criscìa
supra u carrettu di me patri,
chi beddu carrettu,
tuttu riccamatu d'oru.
Quannu 'npajava
era nu spittaculu
ca nun si po' cuntari,
ora è jittatu ddà
n'un agnuni ô scuru
e ddivintatu
u regnu di lu scurpioni,
tra fulinii e tarantuli;
Mi chianci u cori, mi chianci!
Me' patri,
era carritteri furtunatu,
sempri cuntentu.
Puru quannu a sorti
nun l'accumpagnava,
iddu rideva e cantava,
cantava, tutta la jurnata
cantava ...
e lu cavaddu soiu
era pacenziusu e forti.
Quanta strada,
quanta fatica,
quantu suduri,
quantu amuri.
Un pezzu i pani niru,
quattru coccia d'alivi salati,
na buttigghia i vinu russu ...
Chiddu chi guadagnava ci bastava
e ringraziava sempri a Diu,
e, cacciava, "ah! ca scurau ..."
Quannu turnava
a casa stancu mortu
s'abbrazzava a me matri,
poi si curcava
e sùbbitu s'addrumintava.
Avìa la facci nsurcata
e li mani ncadduti ...
Ci piacìa ddumarisi a pipa
cu ncocciu di carbuneddu vivu
e tirava, tirava, tirava.
"Vossìa binidica patri miu ..."
Tuttu santu e binidittu figghiu ...
rispunnìa.



En poussant un peu mes recherches, et grâce à Monsieur GOOGLE, je m'aperçois que ce texte est d'origine... Sicilienne, d'un certain Gianni Agurio !

Quelle surprise: a lingua corsa ne serait pas si "minoritaire" que ça après tout.

JPA

lundi 2 novembre 2009

Puesia : Dumenicantone Geronimi... trois poèmes de pierre

Rangeant les livres, je tombe à nouveau sur ce volume magnifique : "A Ghjanna" ("La porte").

Il s'agit d'un beau livre de plus de 160 pages, sur papier glacé, publié par les Editions Alain Piazzola. On sait que cet éditeur est coutumier des beaux ouvrages. "A Ghjanna" est un livre de poésie (en prose ou en vers). Il contient aussi des peintures de Micheli Raffaelli. Raffaelli et Geronimi sont des artistes de longue date. Je ne me hasarderai à pas à les présenter ici.

Autant le dire tout de suite, je n'ai pas encore fait une lecture exhaustive du livre, ni de la présentation de Luigi Muri qui a aussi fait la traduction des textes de Geronimi en français.

Je veux simplement ici témoigner de mon plaisir de lecteur vagabond, en réunissant ici trois des poèmes du recueil, trois poèmes où la pierre (élément fondamental de l'imaginaire corse) est traitée de façon différente, comme sous forme de variations paradoxales ; pierre à côté de l'homme, pierre interpellée, pierre au coeur de la voix de l'homme, pierre montagne allégée soudainement de son poids, pierre humanisée, levain (cela me fait penser au travail de la pâte pour le pain dans le très beau "A Stanza di u Spichju" de Rinatu Coti, chez Cismonte è Pumonti edizione).

Les voici (avec les versions françaises de Luigi Muri)...

...pagina 23

PETRE LUMI

Petre ciatte, lumi di a notte spera
Chì vi ne cullate in lu Sempiternu,
Duva cambia ochju a vostra manera
Di fà imbuccià Maghju in lu cor'd'invernu ?

Ancu par ùn pate a nostra primura,
Nè u bughjicone chì ci vene in giru,
Voi ùn la sintite tamanta cutrura
Chì ci caghja forza, anima è rispiru ?

Ma fughjite puru ! Ùn avete alenu
Da turnà lu fiaccu u nostru pinseri,
Chì di vera brama vi pigliemu in senu
À ghjummellu strintu, accolti è bulleri !

È ci ne faremu, altru cà in le fole,
Sumente priziosa da un antru sole.



...pagina 63

Tantu poca ch'ella sia
Move a pasta di u mondu.
Ùn ci hè martellu da rompe
U locu di a impitratura
Di a voce.



...pagina 107

BUFEGHJA

Sò à nave i monti
È torna à lività u mondu.



...page 106

BROUILLARD

Les montagnes sont des bateaux
Et le monde lève à nouveau



...page 62

Aussi rare qu'elle soit
Elle fait bouger la matière du monde
Et nul marteau ne peut briser
Le lieu de pétrification
De la voix.



...page 22

PIERRES LUMIERE

Pierres papillonnantes, rayonnement lumineux de la nuit,
qui montez dans l'éternité,
où change la manière que vous avez
de faire surgir Mai en plein hiver ?

Si vous n'avez pas à souffrir de ce qui nous importe,
ni des ténèbres qui nous cernent de toutes parts,
Sentez-vous cet immense gel
Qui fige notre force, notre courage et notre respiration ?

Vous avez beau fuir ! Votre souffle est trop court
Pour affaiblir notre pensée,
et avec un puissant désir,
nous vous prenons en nous en pelote serrée.

Nous en ferons bien plus que dans les légendes
Semences précieuses pour un autre soleil.

dimanche 1 novembre 2009

Puesia : Sonia Moretti

Eccu, sfugliendu l'ultimu libru di Sonia Moretti, "Puesie di a curtalina" ("Poésies de la ???", a traduzzione serà difficiule per mè... U dizziunariu di l'ADECEC nant'à u Web ci dà issa definizione : "Terrenu vicinu à a casa o à u paese, pè u più utilizatu cum'è ortu." ; allora...), issu puema quì m'hà dettu qualcosa, ed avà l'aghju in capu, l'aghju lettu è traduttu à u mo figliolu, è tornu à leghje lu. Mi piacenu : a so simplicità, a so prufundezza di sintimu è di tempu umani, è issu mischiu di sfarenti piani (a mente, a realità ; elementi cuncreti è simbolichi).

Eccu (incù una prova di traduzzione in francese) :

Cumu serà
chì a memoria
ammenti più sole
ch'è nivuli
pè issi lochi di zitellina ?
Serà chì più ingrandemu
più ingrandanu
l'ombre nostre...


Comment se fait-il
que la mémoire
conserve plus de soleil
que de nuages
dans ces lieux de l'enfance ?
Peut-être parce que plus nous grandissons
plus grandissent
nos ombres...

Tout cela pour faire écho aux propos de François-Michel Durazzo dans un récent commentaire à un autre billet sur ce blog, que je reproduis ici :

"Pour revenir aux poètes de langue corse, je vous signale la parution de Puesie di a curtalina, un recueil de Sonia Moretti. Après un premier livre beau dans l'expression mais qui trahissait les hésitations du jeune écrivain, voici une oeuvre vibrante de profondeur, maîtrisée, pleine de bonnes surprises. Je ne vous dis que cela et vous invite à vous précipiter dessus. Ce recueil de plus de 200 pages à consommer sans modération paraît dans la collection "veranu di i pueti" chez Albiana/CCU."

et aussi :

"Une autre anthologie est maintenant à faire : avis aux amateurs! celle des plus jeunes générations, qui n'ont pas seulement appris le corse à la maison et ne sont pas en la matière des autodidactes comme leurs prédécesseurs. Débarrassée de tout passéisme, considérant qu’écrire en corse va de soi, ce serait celle qui commence avec Marcu Biancarelli. Parmi ses figures de proue, je n'hésiterais pas à faire figurer Sonia Moretti, et je vous donne donc rendez-vous pour un vrai partage, une vraie lecture. Patience, je n'ai le livre que depuis ce matin, et je compte bien le lire une dizaine de fois, le savourer, avant de vous en offrir ma lecture.
En avant-goût, ces quelques vers, où, en peu de mots, le référent traditionnel de la société pastorale est détourné pour être mis au service d’une réflexion sur la poésie, dont la portée quasi philosophique s’accompagne d’un clin d’œil au lecteur corse :

U stuvigliu
di u pastore
chì stessi u megliu
à a puesia ?
u capestru.


Puesie di a curtaline, Albiana/CCU, 2009, p. 193."

Avis aux autres lectures !

Une littérature corse, pour quoi faire ?

Plusieurs billets sur ce blog renvoient à des propos tenus par des auteurs, chercheurs, artistes qui - tout en ne s'étant jamais soucié de "littérature corse" - peuvent nous être utiles, me semble-t-il, pour dessiner des horizons, susciter des ambitions propres à animer la littérature corse.

Nous avons envie d'une littérature corse ambitieuse, de grande qualité, qui propose aux lecteurs une nourriture exquise, qui anime l'imaginaire corse contemporain et participe des évolutions artistiques mondiales.

Je pense à cela, après la lecture d'un entretien paru dans le magazine "Books" (n°10/novembre-décembre 2009). Suzi Vieira a interrogé Wolfgang Kubin ainsi présenté : "directeur du Centre d'études orientales de l'université de Bonn et traducteur allemand de Lu Xun, Zhai Yongming ou encore Bei Dao, il est l'un des sinologues les plus controversés - et les plus appréciés - de Chine continentale."

Ses propos me semblent intéressants par leur radicalité, leur franchise et par les critères qu'il estime les bons pour évaluer les productions littéraires (en l'occurrence chinoises). Il estime que ce que l'Occident connaît et apprécie de la littérature chinoise contemporaine est essentiellement la production romanesque la plus médiocre et conventionnelle qui soit, écrite par des auteurs faussement critiques, très politiquement corrects, qui recherchent avant tout à vendre des produits romanesques préparés pour un marché international de "bestsellers" du divertissement. Parmi ces auteurs critiqués : Jin Yong, Mo Yan (malgré des "débuts prometteurs"), Jiang Rong, Han Han, Gui Jing-ming, Yu Hua). Au contraire de ces auteurs, Wolfgang Kubin estime que la Chine compte "une douzaine de poètes qui sont sans aucun doute parmi les meilleurs au monde" (par exemple, Bei Dao) et quelques romanciers "sérieux" : Chen Ran, Liu Zhenyun, Tie Ning. La journaliste essaie tout de même de défendre un point de vue différent de celui de Kubin, et c'est pourquoi l'entretien est intéressant, vivant.

Voici quelques extraits :

"Au yeux de la plupart de (mes homologues chinois), le romancier contemporain chinois type est totalement inculte : il n'a aucune culture littéraire, ne maîtrise pas sa langue, ne parle pas un mot d'anglais et n'a pas la moindre connaissance de la littérature étrangère."

"Aussi éphémère fût-elle, la période républicaine, entre 1912 et 1949, s'est enorgueillie d'écrivains de stature internationale, comme Lu Xun. Cette littérature, qui mettait plus l'accent sur l'individu que sur l'Etat, encourageait la critique sociale et affirmait son indépendance par rapport au régime, était moderne au sens le plus pur du terme."

"Les écrivains de l'ére républicaine maîtrisaient les langues étrangères. Ce qui leur a permis de forger une nouvelle langue, d'une extrême élégance, qu'on appelle aujourd'hui le chinois "moderne".

"A partir de 1949, et jusqu'à la fin des années 1970, le régime communiste a contraint les écrivains à abandonner cette écriture : la langue chinoise a été détruite, exactement comme la langue allemande l'avait été entre 1933 et 1945. Mais la plupart des écrivains étaient consentants ! De nombreux intellectuels de l'époque voulaient abolir cette modernité et renouer avec la société communautaire et traditionnelle."

"Les critiques que je formule reposent évidemment sur les critères de qualité littéraire qui sont les miens. J'ai, comme mes collègues spécialistes, une conception élitiste de la littérature, que le grand public ne partage pas. La lecture est pour lui un divertissement. Il veut du crime, du sexe et de grandes histoires, denses et pleines d'action : des "sagas", comme celles élaborées par Jin Yong, un Hong-kongais, qui reprend les vieilles histoires de cape et d'épée. Lorsque des écrivains français ou allemands publient ce genre de livre, on les range dans la catégorie du divertissement pour un lectorat qui ne veut pas trop réfléchir. Pourquoi avoir un jugement différent sur un écrivain chinois contemporain ?"

"(Le roman chinois contemporain) renoue avec les techniques de narration traditionnelles, celles du XVIIIème ou du XIXème siècle, dont la maîtrise n'exige pas une grande habileté parce que le narrateur se confond avec l'auteur dans son omniscience. Les écrivains contemporains n'ont ni les outils ni la culture nécessaires à la conception réellement contemporains, c'est-à-dire postmodernes."

"Les auteurs chinois contemporains n'apportent strictement rien de nouveau : ils sont dépassés. Personnellement, je suis fatigué de ces mauvaises resucées de chefs-d'oeuvre anciens."

"Les auteurs actuels ne maîtrisent pas ce qu'ils écrivent. Pour répondre aux demandes du marché, ils produisent beaucoup et vite. Au détriment de la qualité et de la recherche du "mot juste". C'est le coeur du problème : le langage n'est pas leur préoccupation première. Ils ne se bagarrent pas avec les mots, ils les utilisent purement et simplement. La littérature n'a pas pour eux de valeur intrinsèque : c'est pourquoi ils se contentent d'adopter le premier style venu, au goût du jour, celui de la rue et des médias ; un chinois simplifié, répétitif, mauvais. Or la seule et unique préoccupation d'un véritable écrivain doit être, non pas l'argent, mais la langue qu'il utilise. Si lui ne s'en préoccupe pas, qui le fera ?"

"J'ai l'impression que rares sont les lecteurs occidentaux qui s'intéressent à la littérature chinoise par amour des textes : ces livres sont pour eux un matériau sociologique. Mais il n'est jamais bon de réduite la littérature à un simple miroir du présent. Un grand écrivain doit s'abstraire de l'air du temps s'il veut consrtuire une oeuvre atemporelle."

"Je suis las de cette idée selon laquelle le pouvoir serait l'unique responsable du déclin de la littérature depuis 1949. C'est vrai en partie, mais, pour l'essentiel, la médiocrité de la littérature chinoise vient de l'irresponsabilité des auteurs eux-mêmes. La littérature chinoise ne se relèvera que le jour où les auteurs oseront affronter cette question : quelle doit être la position de l'écrivain chinois face au monde ? Actuellement, aucun n'a le courage de se poser en conscience critique de la Chine."

(Pour lire l'intégralité de l'interview, voir ici ; et ici un autre entretien beaucoup plus limité, en anglais).

Et voilà. Je m'empresse d'ajouter que je n'ai lu aucun auteur chinois contemporain et que je ne peux et ne veux discuter les prises de position de Wolfgang Kubin. (J'ai une anthologie de poésie chinoise classique, collection Poésie Gallimard, je me souviens que j'appréciais un poème en particulier, mais lequel ? il faut que je refeuillette le livre, qui se trouve à Campile).

Ce qui m'intéresse ici c'est plutôt la position du critique face à une littérature qu'il voudrait de meilleure qualité, soucieuse de proposer des langages subtils, nouveaux, riches, porteuse de regards critiques sur la réalité sociale d'un pays, désireuse de se positionner face à l'ensemble du monde.

Est-ce rêver une ambition démesurée pour la littérature corse ? Peut-on se passer d'un tel désir et de la nécessité de faire des choix, de proposer des jugements qui finissent pas dessiner des chemins ? (Sachant bien sûr que chacun peut se tromper, ignorer ou dénigrer un livre de toute beauté et encenser un éphémère "chef-d'oeuvre".)

Je pense à Italo Calvino faisant l'éloge de "La Vie, mode d'emploi" de Georges Perec, et disant ceci, dans le chapitre "Multiplicité" de ses "Lezioni americane. Sei proposte per il prossimo millennio / Six Memos for the next millenium / Aide-mémoire pour le prochain millénaire" (1985) :

"En de nombreux domaines l'excès d'ambition est critiquable, mais non pas en littérature. La littérature ne peut vivre que si on lui assigne des objectifs démesurés, voire impossibles à atteindre. Il faut que poètes et écrivains se lancent dans des entreprises que nul autre ne saurait imaginer, si l'on veut que la littérature continue de remplir une fonction. Depuis que la science se défie des explications générales, comme des solutions autres que sectorielles et spécialisées, la littérature doit relever un grand défi et apprendre à nouer ensemble les divers savoirs, les divers codes, pour élaborer une vision du monde plurielle et complexe."

Il doit bien y avoir dans le passé, le présent et le futur de la littérature corse des oeuvres qui font écho à de tels propos ? (Par exemple, celle-ci).

J'arrête là les questions.