dimanche 28 février 2010

L'altu pratu

Oghje, una puesia sola, chì mi piace assai : discrive u veru paradisu (quasi dantescu) di a literatura corsa, sicondu mè, dapoi a brama zitellesca sin'à oghje è quì, una mossa chì giranduleghja, chì volta è gira senza mai piantassi. (Ma forse truverete issu testu à pena troppu liricu ? parlemu ne...)


L'ALTU PRATU

Quassù nantu à l'altu pratu
Trinca u son di un viulinu
Volta è gira a ronda zitellina

A notte sottu à e stelle
A ghitara pè cuscinu
Accumpagni u cantu di e spiscine

Pè e strade di u mondu
Cantarinu hè u to versu
Chì a to voce movi l'universu

Cumpagnu girandulone
Fratellu di e mo fame
Di cantà tutt'ognunu hè in brama

Si à spessu sì infelice
Cercali bè i to pari
Hanu in core u là di a ghitara

È si puru di cantà
Ùn cunnosci l'armunia
Fà una strinta d'ochju à a puesia

Ùn ti scurdà d'issa mossa
Chì t'hà purtatu oghje quì
À tutti cantali puru cusì

Quassù nantu à l'altu pratu
Trinca u son di un viulinu
Volta è gira a ronda zitellina

(L'autori ? Dominique Nobili è François Pesce, issu puema u cantanu I Chjami Aghjalesi nant'à u dischettu "L'altu pratu di a mimoria" (1983).)

jeudi 25 février 2010

Une page : "Et l'odeur des narcisses", de Marie Casanova

Donc, la littérature corse se publie chez bien des éditeurs, nous le savions, en voici un nouvel exemple : Galaade éditions.

Le livre : "Et l'odeur des narcisses", de Marie Casanova, est un roman où se raconte la vie d'une femme corse, Thérèse, depuis son enfance jusqu'à sa vieillesse étrange et triste, une vie de femme tiraillée entre ses désirs (d'aventure, d'amour, d'amour aventureux, de séduction donc) et les réalités familiales, historiques (avant et après la Seconde Guerre mondiale), sociales et surtout physiques (Thérèse a été amputée d'une jambe, suite à une maladie mal soignée) qui tour à tour suscitent, empêchent, retardent ces désirs amoureux. Cette vie oscille entre différents lieux, à la fois géographiques et imaginaires : Cayenne, Saint-Raphaël/Nice, l'Italie (pôle du bonheur perdu : où meurt le grand-père adoré, Maestro Francesco), et la Corse (le village de Reccio, imaginaire, visiblement).

Dans ma mémoire (le livre a été lu il y a quelques semaines maintenant), deux moments : les deux moments de séduction aventureuse (avec Roland ; avec le soldat italien).

Je choisis le premier moment (pour le second, il se trouve que c'est celui que le site des éditions Galaade donne la possibilité de lire !) : il se déroule à Bastia, il pleut des trombes ; Thérèse veut retrouver Roland, Madeleine sa mère est contre, elle craint la réaction violente du père, Joseph. C'est un des moments du livre où j'ai senti l'histoire décoller, s'emballer, cela m'a beaucoup plu (en plus de cette écriture faite de sensations, de mouvements, de sons, présentant toujours le monde au travers de la sensibilité de cette femme ; écriture virevoltante qui permet peut-être au livre de respirer et de ne pas tomber dans le conventionnel et le sans surprise). Qui a lu ce livre ? Peut-être avez-vous fait une lecture différente, moins agréable ?


"Tu sais ce que veulent les garçons ?
- La même chose que moi, elle répond, Thérèse, et puis il veut m'épouser."
Silence de Madeleine qui n'a plus qu'une obsession, la réaction de Joseph, la colère de l'ogre. Il faut repousser le problème, il faut parler d'autre chose. Sourire. Dire :
"La nouvelle jambe est bientôt prête, plus légère, bien adaptée, dans quelques jours nous irons la chercher et puis nous pourrons remonter au village. C'est la bonne saison pour les châtaignes grillées, les champignons, les biegnets. Tu allumeras le feu dans la cheminée comme t'a si bien appris à le faire Maestro Francesco."
Tu, tu, tu, ça résonne au loin, le son est brouillé, les paroles inaudibles.
Thérèse ailleurs est partie avec Roland là où la prothèse, la gamba, est-ce possible, est presque un charme de plus, une jambe de poupée.
Le lendemain, il pleut à torrent, un vrai déluge, comme à Cayenne. Les rues sont des ruisseaux, dans les ruelles toutes les eaux du ciel se précipitent comme pour fuir, se ruer vers la mer. Les banderilles de la pluie hachent les feuilles des platanes, les feuilles de la vigne vierge. Elles saccagent la belle parure rouge qui recouvre la tonnelle du bar des Amis, et Thérèse s'apprête à aller retrouver Roland, qui, là-bas, l'attend.
"Tu ne peux pas sortir avec ce temps, c'est de la folie."
Thérèse va y aller, elle n'a peur de rien. Rien ne l'arrête. Aucune colère humaine ou divine, aucune tempête, tornade, bourrasque. Les épreuves, elle connaît, sa volonté parle plus haut que les éléments déchaînés, et l'orage, le grondement superbe qu'elle a au-dedans est plus violent que celui du dehors. Et puis le ciel exaspéré, illuminé d'éclairs. Tu comptes jusqu'à trois et le tonnerre éclate, elle aime, elle aime, elle aime les extrêmes.
Marcher, avancer, aller vers lui, c'est aller vers elle, savoir qui elle est, sortir de sa chrysalide, éclore, fleurir, ramasser au passage ses désirs essaimés. Alors Madeleine met son chapeau, s'empare du parapluie de berger, souvenir de Maestro Francesco, grand, assez large pour deux.
"Allons-y, elle dit, je viens avec toi."
Sursaut, montée de romantisme qui, avec son goût de l'impossible, ses aspirations vers l'absolu, se plaît dans la tourmente, préfère l'automne au printemps, certainement l'hiver à l'été. Que sa fille soit comblée, heureuse comme elle ne l'a jamais été. Passage des songes de Madeleine. Alcôves tapissées de velours où viennent se poser les soupirs amoureux. Mirage de Nice, la nuit dans le jardin qui surplombait la mer. Mon Dieu, que d'images, que le temps n'estompe pas mais qu'il adoucit, peu à peu édulcore. Que de péchés inassouvis, absous par la résignation, la routine, une maille à l'endroit, une maille à l'envers, c'est simple tu sais, tu continues c'est toujours pareil, tu somnoles toutes lumières éteintes, délectation morose, bienheureuse béatitude. Ah ! mais d'un coup quelque chose te réveille, un bric-à-brac de sentiments disparates, la joie, l'espoir, l'enthousiasme, la peur et puis quoi, il vaut mieux se perdre de sa passion que perdre sa passion. Aujourd'hui, dans la ville déserte, deux femmes, deux guerrières affrontent la mitraille de la pluie, de l'eau jusqu'aux chevilles. Thérèse tire sa jambe lourde avec son pied qui s'enfonce dans la boue. Têtue la jambe, une vraie mule. Elle résiste.
"Allez avance, encore un effort."
Entre Thérèse et sa jambe c'est toujours comme ça, elle lui parle, elle l'insulte, elle la supplie.
"Allez on n'arrivera jamais, Roland sera parti."
Roland est là. Dans la pénombre. À cause de la tempête la ville est sans lumière. Sur le comptoir, sur les tables, des bougies éclairent vaguement la salle, leurs flammes mouvantes projettent sur les murs un va-et-vient de clarté. Roland est là, souriant, sympathique. Magnétisme de celui qui veut conquérir, et cette chose qui vous enjôle, vous engourdit, c'est le charme.


En fait j'aime beaucoup ces figures de confusion (pluie de Cayenne, rues de Bastia, amant de Lorraine, chapeau d'Italie et rêves niçois ; la mère et la fille, contre et avec ; passé, présent, avenir du désir). Figure-maëlstrom qu'il est si enivrant de découvrir dans la littérature corse.

(AJOUT DU DIMANCHE 28 MARS 2010 : je signale ici une autre lecture de ce roman, par Paul M., sur le site de Musa Nostra, lecture très instructive qui montre que le charme du livre opére de bien des façons).

mercredi 24 février 2010

"A propos des prix", par Malko Nimu

Je reporte ici un commentaire envoyé à la suite du billet précédent mais qui évoque un autre sujet que celui du billet. Comme il comporte une question, il peut peut-être susciter des réponses ?

Le voici :

A propos des prix

Je voudrais que quelqu’un m’explique pourquoi et par qui le Murtoriu de M. Biancarelli a été évincé de la sélection finale du Prix des lecteurs corses où ne reste qu’un recueil de poèmes, très beau, de A. Di Meglio (mais déjà primé ailleurs), une bande dessinée (certes d’un éditeur), un autre recueil de poèmes celui de N. Paganelli, et deux autres livres, je prie leurs auteurs de me pardonner mais je n’ai pas retenu leurs noms. Pas le moindre sélectionné insulaire pour les ouvrages en langue française.
J’ai le sentiment confus qu’un grand n’importe quoi gouverne les choses de la littérature en Corse et qu’il devient urgent de créer des prix spécifiques avec des jurés compétents pour chaque genre.

Malko Nimu


Une question subsidiaire : où peut-on prendre connaissance de cette liste ? (Y a-t-il eu un article dans la presse ?)

Premier élément de réponse à la question de Malko Nimu, trouvé sur le site de la Collectivité territoriale de Corse, qui organise le "Prix des lecteurs de Corse" : ici.

Je ne sais pas si la CTC communique le nombre de votes dans chaque bibliothèque et si chaque vote correspond à une lecture effective des livres élus (c'est à supposer bien sûr). J'ai souvenir de Jacques Thiers disant (publiquement, je ne révèle rien ici) combien il y avait un gouffre entre le nombre de votants pour l'ouvrage en langue française et celui pour l'ouvrage en langue corse (il avait obtenu le prix la même année que Muriel Barbéry pour son "Elégance du hérisson").

En tout cas, j'adorerais lire les récits de lecture - ici ou ailleurs, bien sûr - de tous ces lecteurs !

Voici donc une discussion (courtoise) en perspective, avec des amoureux des livres et de la Corse.

mardi 23 février 2010

Le jeu de la vérité

Alors, allons-y, ce soir, dans ce que nous pourrions appeler "le jeu de la vérité" (belle et profonde expression, je trouve).

J'ai lu "U vantu di a puvartà" de Marceddu Jureczek (coédition Cismonte è Pumonti et Matina Latina, 2008), il y a plusieurs mois déjà. Mes lacunes en langue corse m'empêchent de comprendre l'intégralité de chaque phrase, mais je pense avoir saisi l'essentiel. Cet "éloge de la pauvreté", j'en ai apprécié le fond et la forme : 50 brèves pages qui synthétisent une critique de la société de consommation actuelle, version insulaire (les premières pages m'ont enchanté : invitant le lecteur à s'asseoir avec l'auteur devant un lycée et à regarder attentivement les élèves qui en sortent).

Mais quand je repense à cet ouvrage (cela me fait penser qu'il faut absolument que je lise son roman "Ghjuventù, ghjuventù" ! Je ne retrouve pas une critique de Marcu Biancarelli qui m'avait donné envie de me plonger dans ce livre...), quand je repense à cet ouvrage, disais-je, il m'en reste peu de choses en mémoire : l'impression d'avoir déjà lu ce qui y était dit (MB rapproche d'ailleurs les propos de Jureczek de ceux de George Orwell, tout était donc déjà dit ?). Ma lecture doit être erronnée et je fais état ici d'une impression, n'hésitez pas à la discuter (d'ailleurs - fait très appréciable - l'auteur de "U vantu di a puvartà" appelle lui aussi ses lecteurs à critiquer ses idées et sa posture, qu'il ne veut pas dénonciatrice et pessimiste à outrance mais analytique et optimiste). La fin de cet essai m'a donc déçu : donc, il faut faire un effort sur soi pour sortir du comportement consumériste, refuser l'hédonisme et l'égoïsme, l'individualisme, retrouver des valeurs antiques de solidarité sans être passéiste. Bien.

Et puis ce soir, j'ai repris l'ouvrage, avec en tête une petite musique qui grésille, la petite musique d'une expression corse que je ne suis même pas sûr de bien comprendre ("tenir compte", "prendre soin", "faire attention" ?) : "tene à contu".

Je cherche le passage où se trouve cette expression : des mots de sa grand-mère maternelle (à qui est dédié le livre), mots qui sont restés dans sa mémoire, "tenilu à contu". Je trouve : ce sont les pages 49 à 51. Pour moi, elles sont le coeur vivant du livre, elles me sont précieuses ; voici comment je les "lis" : elles sont l'image même de ce que j'aimerais faire : collecter ainsi ce qui pourrait paraître inutile, de peu de valeur, mais qui recèle pourtant de nouveaux usages, de nouvelles façons de faire et de penser. Pages allégoriques d'une (pauvre) littérature (corse) que l'on doit constituer de bric et de broc (avec des morceaux de textes à peine lus, oubliés, ou resssassés et assimilés, excellents ou mauvais, stockés au cas où..., remis en circulation pour voir si...), selon les circonstances, les désirs - parfois contradictoires.

Selon l'auteur, l'être humain ne peut être réduit à un "morceau de chair avec deux yeux" (la phrase - très dans le style de Rinatu Coti (non ?) - se trouve en quatrième de couverture : "Ma cà un pezzu di carri cù dui ochji ùn pò essa l'omu...") : ce qui le définit, dignement, c'est donc cette injonction - combien difficile, combien difficile - d'avoir le souci de...

Voici le passage (vous n'êtes peut-être pas d'accord avec moi ?) :

U primu passu u ci faremu tempi fà, ma oh ! un passatu vicinu vicinu, eppuri chì mi pari un antru mondu à mè. Quiddu passatu ch'e dicu s'hè spintu à tempu à tina di minnanna, mamma di mamma. Morta à 92 anni, a puvaretta era nata cù u seculu dicenovi, in Borgu, u carrughju pupulari d'Aiacciu, pupulatu tandu à paisani scalati è à ghjugniticci. Za Catalì, o Nannò, era cusì chì tutti a chjamavami, chjuchi è maiori. È mi volta in menti stu passatu cù ciò ch'edda dicìa Nannò : "Tenilu à contu". Sò i paroli di soi chì mi fermani u più impressi. Comu sarà ? Ùn la saparìu dì di fatti. Forsa par via chì sti pochi paroli tandu mi parìani d'andà bè bè à l'aritrosa di u mondu ch'e cunniscìu eiu, dicu di u mondu matiriali mudernu cù a so accatamassera di robba in sopra più, prestu compra, prestu ghjittata. "Tena à contu", è par chì, quandu tuttu vi veni ammanitu, u più nicissariu è à tempu à u più inutuli ? Erani sti paroli strani ch'edda mi dicìa Nannò quand'e mi sciaccavu quiddu paghju di scarpi framanti novi. Erani sti paroli ch'edda dicìa quandu chì mamma mi cumprava calchì ghjuculeddu : "Tenilu à contu". À tempu à 'ssu cumandu, c'erani i fatti. Erami in Natali è comu s'usa à fà oghji chì hè oghji, si rigala è si ricevi cicculata à vulenni più. Nannò, di fòrvici, attaccava à taglià i cuparchjuli di i scatuletti di a cicculata : annantu, à quandu v'era una ghjatta alliscendusi, à quandu un vasettu cù fiori di centu culori spampillulenti, o calchì babbu Natali grassottulu in a so coltra rossa, ammaschittatu, à boccarisa. Cusì dicìa edda : "Chì piccatu di ghjittalli tutti 'ssi beddi quatri". Eppo ni facìa altr'è tantu cù quiddi frisgetti rossi o ciaddi è i sacchetti di u plàsticu ch'e no tiravami in a rumenzula in abbundenza, tutti quanti sìmbuli cumpiti di a noscia sucità di u cunsumu è di u frazu sfrinatu. Ebbè edda, i si tinìa, l'allucava, casu mai pudissini ghjuvà un antru pocu, casu mai vinissini à mancà, ch'e no i bramessimi. Tandu, eiu, zitiddacciu, ùn a li facìu micca à capì u veru fondu di a so andatura. Circavu à spiicaddila à minnanna, à cunvertala à l'usi è à i valori di u mondu d'avali. In darru. Isacchetti imbriavani i tiretti, i quatri di a cicculata s'allibravani nantu à cridenza. Eppo ci era l'altru restu : pezzi di stofa, bichjeri di a mustarda, buttigli di licori... Comu ? Sfrumbulà tutta 'ssa roba ? Era for di ciò ch'edda pudìa intenda : chì ci fussi tanta è tanta ghjenti techja abbastanza da ghjittà cosi utuli.

(Je me rends compte maintenant - en fin d'écriture de ce billet, alors que je cherche sur Internet le moyen de faire acheter l'ouvrage - que la présentation de ce livre sur le blog "Avali" met elle aussi l'accent sur l'expression "tene à contu" (traduite par "prendre soin") ! Je ne sais pas qui a écrit cette présentation ; l'auteur lui-même ?)

lundi 22 février 2010

"Jeremiah", de Joseph Chiari, suite...

Un petit dossier autour de ce "Jeremiah", de Joseph Chiari, étrange développement poétique anglophone à partir du travail plastique de Toni Casalonga à la fin des années 1970 :

1. Introitu de Francis Beretti à l'édition de "Jeremiah", éditions Accademia d'i Vagabondi, avril 1980.
2. Le poème de Joseph Chiari (dans son intégralité).
3. L'article de recensement de Francis Beretti dans le n° 113 du magazine Kyrn, novembre 1980.
4. Les réponses de Toni Casalonga à mes questions sur tout cela.

(J'indique que pour ceux qui voudraient se procurer l'ouvrage, il faudra se mettre en contact avec Toni Casalonga).

Bonne lecture !

1. Introitu di Francis Beretti (avril 1980)

In a fumaccia è a tristezza piumbina di Londra, scuntrà à Ghjaseppu Chiari, cusì curdiale, hè un ragiu di calore latinu. Una maraviglia, cume a carriera, pocu cumuna, di stu Fiurmubacciu.
Ghjaseppu hè natu in Aiola, vicinu à Poghju di Nazza. Hè sculare in Aiacciu è Bastia, studiante in Ecchisi. In 1938, parte in Iscozia per priparà un dutturatu di literatura. In 1940, si trova incù i partigiani di de Gaulle, ma invece di riparte, à a Liberazione, s'avvezza à u modu di vive, o megliu, à u modu di scrive, britannicu. Acquistà a maestria d'una lingua micca materna, hè una vera prova. U casu di u Polaccu Conrad diventatu un classicu inglese hè quasi unicu. Difatti, Chiari hè u scrittore corsu u più cunnisciutu for di casa, cun antologie, critiche literarie, memorie chì trattanu di T.S. Eliot, prisentazione turistica di "l'Isula di Culombu", assaghji estetichi è filosofichi, è puesie. Una trentina di libri, un solu in francese, Sampieru Corsu. Un eccessione significante. Fra e so opere e più cummuvente, una, Homeward Bound, Ver di Casa, secondu a traduzzione di Pasquale Marchetti, rammenta a nostalgia strana, quand'elli rivenenu in core i lochi di a so zitellina.
A tempu Toni Casalonga li mustrò a so seria di studii eleganti è fantastichi di un Geremia penserosu e serenu, Chiari ebbe a primura d'illustrà, o piuttostu d'interpretà, sti dissegni cun un puema. Jeremiah rispetta u spiritu di u Testamentu, cù a so visione apocalittica d'una terra in cumbugliu, trasiccata è tenebrosa, a maledizzione di u diu vindicatore, chì mena i prufittori techji è indegni, l'omu chì si fida à l'omu è micca à Geova, cumanda à u faraone di carcà u populu sceltu cun una coppia di ferru, castica à Gerusalemme, è surveglia senza pietà a marchja di i figlioli spapersi d'Adamu in cerca di l'Eden. Ancu in l'evocazione di u macellu di i Ghudei in i campi nazi un cuntrasta mica cù e Scritture : l'oraculi eranu spessu fatti dopu l'evenimenti.
A nota persunale chì Chiari aghjusta à st'ambiente di scumpientu hè l'umanizazzione di Geremia. Cio chì, in u scrittu sacru, era solu una parolla immateriale, l'incarna in un saviu invechjatu, stancu di mughjà elegie tremende, è di soffre crepacori, chì, in u splendore auturnale, cume a culomba à l'orlu di l'abissu, brama di sfugassi di li so affanni. Quì, forse, si toccanu mitologia è verità intima. L'ultimu sognu di u prufeta, u ritornu versu u valdu verde di u paradisu, serà u scopu di u pueta spiantatu, fiaccu di caminà in u desertu, ed oramai appaciatu cù a so isula nativa.

2. "Jeremiah", by Joseph Chiari (avril 1980)

The autumn sun, on the brow of the hill,
Floods evening sky and shimmering sea
With gold, orange, saffron and red.

I, an old man, worn out and tired
With all the parts that I have played,
Sit and wait, longing for the voice
That will call me back to the fire,
Whence all things surge and to which they return,
Where pains and pleasures, joys and sorrows,
And all beginnings and ends of human life,
Winged on air, or wracked on seas,
Through endless summers and winters,
Are finally fused into the embers of Eternity.

From a rocky ledge, overlooking the plain,
I watch, in the darkening sky, a hawk
Hovering over crags and feathery pines,
Shot through with shafts of setting light ;
Below me, olive groves, lentisks, thyme,
Wild flowers criss-crossed with bees,
While fire-flies weave through leaves
A dazzling dance of silver arrows.

Further down, across the haze-covered plain,
With closed eyes I see countless shapes
Running in all directions, colliding, falling,
Picking themselves up, scurrying like ants
Into holes, or tumbling down in heaps,
With no more apparent pattern or purpose
Than bubbling water in a giant cauldron -
Hairless animals, sparks of the Divine,
Brothers to the stones, the water and the birds -
They are Adam's forlorn children
Romaing the earth in search of Eden.

Beyond the chasm of chaotic years
I see the mountains I have climbed,
The deserts I have crossed, and the visions
Of apocalypse which, in words not my own,
I have painted, and I hear the voice
Of the unutterable Name that spoke the love
That led His children out of Egypt,
Across deserts and the Red Sea, to Mount Sinai
Where He gave Moses the Laws
For His chosen people to follow.

I see the narrow backstreets of Jerusalem
Teeming with life, and teeming with Death,
And I see my people swept by appetites
And personal ambition, tied to alien gods,
Herded like flocks of sheep, in camps,
Hounded and slaughtered in strange lands,
Leaving behind Jerusalem, soiled, widowed,
Sunk in affliction, her temple destroyed,
And I remember fear in my parched throat
And impotent rage at the aching thought
That I could do nothing to prevent the sorrow
And the death my people had to undergo.

It is all written in the Book of Time,
And, at God's command, men and Nations
Rise and play their appointed parts ;
Thus, Pharaoh had to oppress and kill,
And Moses to lead his people through deserts
To the Promised Land, where, surfeited
With pleasures and riches, they soon turned
To man-made gods and forgot their own ;
Thus, Nebuchadnezzar had to surge from his eagle's nest
And carve out a vaste empire, which in turn
Had to be torn apart, and broken down,
So that Israel could rise from its rubble,
And return to its God, and to its land.

Full moons, waning moons,
Revolutions of the sun, cycles of seasons,
Centuries, millennia will come and go
During which Israel - God's lamb,
God's ram, scapegoat of mankind,
Cherry tree in blossom robbed of its fruit -
Will endure other wars, other exiles,
Bread will again turn to salt, our land
Will again be broken up and given to men
Worshipping strange gods, and great holocausts
Will again befall our people before they return,
At last, to the land God gave to Moses.

Whatever happens was bound to happen,
And will happen again, and again, until
Every man, sieved through metamorphoses and cycles,
Has discovered and exhausted his essential part,
And through knowing it, reached his eternity.

In God's mind, there are no yesterdays,
Or tomorrows, there is only now,
And in His light, we are only shadows
Of dreams, treading our numbered paths,
With our allotted load of joys and sorrows,
Living our deaths, dying our lives,
Transmuted by the timeless mind into the music
That sings over seas, hills and isles,
Or in shells asleep by the ocean shores.

I have seen it all, and I know it all,
But this great Book, handed from prophet
To prophet, is heavy to carry, its contente
Unbearable, and my sheperd's crook or iron
Is too heavy to handle ; I wish I had never been born,
I wish I was back in the Divine kiln
And the light of light, without darkness,
Where God hammers into truth what life begins !

O God, forgive such thoughts and regrets !
Forgive me, as You forgave Your people ;
I am now on the donyard side of the hill,
And at my back, Your breath oppresses
Me with visions of burning cities and agonies
On hilltops that break the heart !

O God, let my eyes be closed, and my voice
Be stilled, and let me cease to ache
At visions that scorch and scar the mind,
And the sight of men, women and children
Consumed by fire, or nailed on crosses !

Let me sleep for Time's lenght, and only awaken
When Death on the Hill has been undone,
When men and animals - wild and tame -
And all birds and flowers live as brothers
In a world of light without shadows,
And man's long journey from fallen grace
Has ended on the green slopes of Paradis.


3. Article de Francis Beretti dans Kyrn (novembre 1980)

Un poème hors du commun

Ils sont fous ces artistes ! Songer à publier un poème en anglais introduit par une notice en corse, et illustré par des eaux-fortes fantastiques, il fallait l'audace et l'originalité de Toni Casalonga pour s'y risquer.
Le portefeuille, de grand format, de plein cuir de mouton patiné à l'ancienne, marqué au fer d'un dessin, dû au talent d'Alain Maini, est un plaisir pour l'oeil et pour la main. Maini, relieur attitré de l'Accademia d'i Vagabondi, a aussi conçu un beu jeu de l'oie - échiquier en cuir frappé. Avec sa marque de fabrique, une élégance hiératique, Casalonga a corsisé un thème antique. Un personnage étrange, méditatif, porte une tête de mouflon décharnée en guise de bucrane des Grecs et des Romains, et une rustaghja en guise de sceptre. Les paysages esquissés ont une sérénité biblique. Jeremiah, c'est Jérémie, le prophète d'Israël qui annonça les malheurs du royaume de Judas. Joseph Chiari, le poète-philosophe corse qui a choisi de s'exprimer dans la langue de T.S. Eliot, respecte l'esprit de l'ancien Testament, avec son évocation apocalyptique d'une terre désséchée assombrie par les malédictions d'un Jéhovah vengeur qui fustige les hommes oublieux des valeurs spirituelles. Son allusion à l'holocauste du peuple juif, "pourchassé et massacré dans des pays inconnus" prend une tragique résonnance d'actualité, en ces jours où des détraqués aveuglés par la haine raciste mitraillent des crèches et dynamitent des synagogues.
Jeremiah, c'est aussi le poète qui prie pour que cessent ces visions qui lui brûlent le coeur. Il aspire à ne plus se réveiller qu'à la fin des temps, quand la mort, les ténèbres, et la déchéance, seront abolies.

4. Réponses de Toni Casalonga à quelques-unes de mes questions (février 2010)

Q : Comment vous est-il
venu de travailler cette figure de Jérémie ? d'en faire un mouflon ?
Pourquoi ? Je me rappelle que dans l'ouvrage de Florence Antomarchi,
vous aviez expliqué que vous vous étiez rendu compte qu'autour des
événements d'Aleria vous vous étiez mis à dessiner à des boucs,
l'animal de la tragédie (le chant du bouc).

R : Cette année 1978 fut pour moi une année d'interrogations à la fois personnelles et générales, et la figure de Jérémie me semblait convenir pour les exprimer. Transformer le personnage en lui donnant une figure de muvra s'est fait le plus naturellement du monde : cet animal n'est-il pas la plus belle représentation de notre île ?

Q : F. Beretti écrit dans son "introitu" : "A tempu Toni Casalonga li mustrò
a so seria di studii eleganti e fantastichi di un Geremia penserosu e
serenu. Chiari ebbe a primura d'illustrà, o piuttostu d'interpretà,
sti dissegni cun un puema." Pourquoi lui avez-vous montré ces
dessins ?

R : Tout simplement parce que, comme chaque année, il faisait un séjour en Balagne chez des amis communs et qu'à cette occasion il ne manquait jamais de me demander de lui montrer mes derniers travaux.

Q : Aviez-vous l'idée de lui demander d'écrire un poème ou cela
s'est-il fait de façon imprévisible ? Est-ce une commande de votre part ?

R : Non, jamais je n'aurais pensé à le lui demander.

Q : Connaissiez-vous Joseph Chiari, son oeuvre ?

R : Oui, je connaissais Joseph Chiari depuis fort longtemps, car quand j'étais encore étudiant aux Beaux-Arts à Paris, au début des années 60, Dominique Alfonsi, qui présidait l'UNEC, voulait monter son Sampiero Corso et j'avais donc travaillé avec lui sur le projet de décors. La chose ne s'est pas réalisée, mais nous sommes restés amis, malgré la différence notable d'age.

Q : Aviez-vous en tête de publier ainsi un texte écrit en anglais ?

R : J'avais déja illustré et publié, par l'Accademia, Homeward, en anglais bien sûr avec une belle traduction que j'avais demandée à Pasquale Marchetti. Donc, quand Jo est revenu me voir en me disant regarde ce que j'ai écrit à partir de tes gravures, et qu'il m'en a fait à haute voix au fil de la lecture une traduction mezza corsa-mi française, il m'est apparu évident que nous allions l'éditer.

Q : Y a-t-il un lien avec Bastelica-Fesch ? (parution de "Jeremiah",
avril 1980 / affaire Bastelica-Fesch, janvier 1980). J'ai déjà écrit
un billet qui évoque ces événements.

R : Non, car tout le processus amenant à la publication s'était déroulé bien avant, mais la situation générait alors à la fois ce genre de sentiment et ce genre d'action (et de réaction !) sans qu'ils soient liées entre eux.

Q : Ou bien le lien est-il à faire avec ce que Francis Beretti évoque
dans son article de Kyrn : ""en ces jours où des détraqués aveuglés
par la haine raciste mitraillent des crèches et dynamitent des
synagogues."

R : Sans doute !

vendredi 19 février 2010

Has anyone read these corsican verses ?


The autumn sun, on the brow of the hill,

Floods evening sky and shimmering sea
With gold, orange, saffron and red.



L'auteur, me dit T.C., lui en fit une traduction mi-française mi-corse ; quelque chose, peut-être, comme :

U sole d'auturnu, sur le sommet de la colline,
Inonde (o annega, s'è tù voli) ciel du soir et mer miroitante
D'or, d'arancinu, di saffranu (o : zafferanu, zaffaranu, faranu, zaffranu, ziferanu, zifranu) et de rouge.

Quale hè chì puderà dici quale hè chì hà scrittu issi versi ed u titulu di u puema ? (Sò i trè primi di un puema di 119 versi). Forse scriveraghju in un altru bigliettu u puema interu. L'aghju lettu oghje per a prima volta ! Ma n'avia intesu parlà dapoi anni è anni. A prestu.

jeudi 18 février 2010

Charles Timoléon Pasqualini

Depuis que j'ai lu les articles qui leur sont consacrés dans l'Anthologie des écrivains corses de Hyacinthe Yvia-Croce, je pense à Lorenzo Vero (1865-1890) et Charles Timoléon Pasqualini (1840-1866) comme à un étrange couple de poètes : morts très jeunes tous les deux, le premier était ajaccien (je me souviens que son poème cité par Yvia-Croce évoque le golfe, la lumière diurne puis nocturne jouant sur ses vagues, il faudra que je le retrouve et que je le cite ici : il fait partie des textes qui se sont glissés entre moi et le golfe), le second était campilais ! Né et mort à Campile, mon village. Deux poètes de langue française qui représentent une pratique lyrique romantique : esprits déchirés par les espoirs et les désenchantements, sentimentaux, métaphysiques ou politiques.

Eh bien je feuillette à nouveau ce soir le recueil posthume de Pasqualini, "Choses du siècle et choses du coeur" (titre assez plat et peu attirant d'ailleurs), réédité chez Lacour en 1998. Je feuillette et je feuillette encore, à la recherche d'un poème et je suis sans cesse arrêté dans mon élan : les alexandrins et les octosyllabes se succèdent et ne parviennent pas à me captiver... J'entends un ronronnement un peu creux, des emportements lyriques un peu excessifs. Vero et Pasqualini représentent-ils d'une certaine façon l'impasse d'une littérature mimant la norme et répétant des formules vieillies ? Y a-t-il des poèmes de ces deux auteurs qui vous ont enchantés ?

Et puis je trouve finalement ce poème-là, parce que je veux tout de même citer un de ses poèmes, il est tout de même de mon village ! Et puis ce poème-lettre contient assez de prosaïsme pour équilibrer la rhétorique et les vers, je m'accroche à cette "ancre" (Pasqualini avait été médecin dans la marine marchande).


MES NOUVELLES

Malgré vos conseils trop fondés
J'ai levé l'ancre - et toujours bonne,
Madame ! vous me demandez
Des nouvelles de ma personne,
Des mers de l'Inde, du bateau
Qui me conduit, de mon voyage,
Comment on peut vivre sur l'eau
Et si je suis devenu sage ;
Car me voilà depuis deux ans
Entre la Ligne et le Tropique,
Tantôt sur les flots gémissants,
Tantôt sur les sables d'Afrique.
Charmants climats ! pays heureux
On rôtit à l'air en décembre,
Mais en juillet, mois très frileux,
Je puis séjourner dans ma chambre.
Ma chambre ! Ah dame ! un grand vizir
N'a pas pareille bonbonnière,
Trois pieds de large et, sans mentir,
Presque aussi longue qu'une bière,
J'y loge bon nombre d'amis,
Gais vivants, races incertaines ;
Cent pieds, moustiques, rats, fourmis
Et des cancrelats par centaines !
Où donc est le barde bourru
Qui trouve l'onde peu constante ?
Bêtise ! jamais coeur féru
Ne rêve plus fidèle amante,
Curieuse comme un oisif,
Malgré consigne et sentinelle
Trop souvent chez moi, sans motif,
Elle accourt par excès de zèle.
Il faut la voir courir, jaser
Et sautiller sur mon visage,
Comme un oiseau, comme un baiser,
Comme un enfant sur le rivage.
Hélas ! Qu'apporte-t-elle ? Rien !
Toujours l'ennui, toujours la brume
Qui me dérobe mon Éden,
Parfois aussi quelque bon rhume.
Et la terre ? on y devient fou,
On est entouré de Malgaches,
On a des cases de bambou,
On peut se nourrir de pistaches,
On voit ce que nul ne rêvait,
De beaux guerriers tout nus, Madame,
Des rois comme s'il en pleuvait
Déguenillés à fendre l'âme ;
Des Armides aux crins suiffés
Aux pieds crottés, à la peau noire,
Des vieillards, mendiants fieffés,
Des enfants laids comme un grimoire.
On sue, on baille, on dormirait
Sans mille insectes indociles ;
La lèpre ou la gale à souhait,
La fièvre jaune et les reptiles.
Sur le rivage on va s'asseoir,
On nage, c'est fort salutaire ;
Mais gare aux requins ou bonsoir !
A cela près on peut s'y faire.



A propos de Charles-Timoléon Pasqualini, on peut lire avec profit l'article d'Eugène Gherardi dans le "Dictionnaire historique de la Corse".
Et notamment ceci : "Charles-Timoléon Pasqualini laisse toutefois à la littérature corse d'expression française, une oeuvre poétique et de critique littéraire de très grande tenue bien que fort inégale. (...) La lecture de ses poésies traduit la tristesse et la mélancolie d'un poète qui dès l'adolescence est hanté par la mort et par le triste destin qu'il semble présager. C'est une mise à nu profonde et très maîtrisée de l'âme du poète que l'on découvre dans l'oeuvre. Ses attaches religieuses le rapprochent des courants issus du catholicisme social. A la manière de Victor Hugo, le jeune poète corse refuse les dogmes. Il s'interroge, médite et raisonne sur un Dieu qui doit finir par éclairer le songeur."

mardi 16 février 2010

Ecrit en Bretagne, édité en Corse, lu à Aix

Cela fait un petit moment (depuis ma lecture de ce livre en septembre 2009) que je voulais pointer du doigt quelques pages.

La lumière de Balagne est en partie la source des mots qui vont suivre (du moins, c'est ce que j'imagine). Ils sont extraits de la deuxième partie du livre, la plus courte (la plus belle à mes yeux). Cette deuxième partie s'intitule "Création". C'est pour moi une des "formes" qui aujourd'hui remue l'imaginaire corse : comment glorifier le monde et le verbe, initier sans cesse un nouveau départ, recommencer sans cesse le grand jeu, se remettre à la tâche, y trouver force et espoir, une respiration. (Cela me rappelle - avec des variantes - le regard du randonneur écossais James Boswell, plongeant dans la Vie, en 1765, et la plongée imminente de Max Caisson dans le labyrinthe des mythes qui innerve les sentiers autour de Bastia). Une littérature à l'infinitif, une littérature de jubilation (assez rare dans la littérature corse, non ? Et puis vous aurez peut-être un avis différent du mien ?).

L'éditeur est Albiana, l'auteur Yves Goulm (plus un lien sur son site où vous pourrez lire d'autres regards sur ce livre, intitulé "Matins").

Voici l'extrait :

Deuxième jour

Jour, j'ai sacre des grands de sidères couronnés des sacrés du créé, sacre des grands sidérants s'enroulant l'un l'autre en coupoles ceignantes.

J'ai sacre d'un trône de dôme d'où hémisphérer les eaux en équilibre.

Jour, j'ai sacre des pôles d'extrémités à l'extrême des tenues.

J'ai sacre du berceau des voûtes aux solidités des retenues, sacre des solives massives aux charpentes des royaumes de ciels.

J'ai sacre de la juxtaposition des miroirs en position de vis-à-vis.

Jour, j'ai sacre du reflet de la lumière en ce double majestueux où projeter nos perpétuelles actuelles, nos incessantes naissances, nos ininterrompues.

J'ai sacre du déroulé de nos essences blanches, du déboulé des présences filantes, nos énergies gigantesques, nos cinétiques en battements du rythme constant.

J'ai sacre de nos descentes en soirs d'ombre noire, la moire de nos deux couches, couche du haut et du bas.

J'ai sacre de nos bouches embouclées contenant chacune en sa partie les eaux d'existence en vice versa d'horizons, versant des cirques en criques époustouflantes, déversant les souffles aux aires du maintenu des airs suréminents.

Jour, j'ai sacre d'espaces en plans du vaste, sacre de place où placer les matières roulantes, les coulantes, les ondes des mondes, les sondes porteuses.

J'ai sacre du mouvement du mouvant, sacre qu"abonde en face à face les surfaces de ciels surélevés en cieux lumineux.

J'ai sacre des lieux du lumen.

Jour, j'ai sacre de plaques superposées où s'irradient les brûlances, où s'incendient les ardences, où jaillissent les lances porteuses des feux sacrés.

J'ai sacre des sidérances en adhérence d'ascences, sacre d'immenses immensités ou se mireront les étendues profondes.

J'ai sacre des plafonds de nacre d'où migreront les éclairs, les roulements des tonnerres, d'où s'iront les frappes des tambours de l'orage, d'où se tendront les tendons éclatants de l'arc bandé reliant les eaux de bas en haut du haut en un convexe vice versa de couleurs.

Jour, j'ai sacre des strates de lumière en frais de voûte qu'envoûte la coulée des chaleurs colorées.

Voilà le dit.

lundi 15 février 2010

Un maître livre / Une pièce de théâtre magnifique

Je ne suis pas objectif, je ne peux pas l'être !

J'ai lu la version originale corse et la traduction française de "51 Pegasi, astru virtuale" il y a déjà quelque temps ; j'ai vu la mise en scène théâtrale de ce roman de Marcu Biancarelli (en langue française, avec un chant corse) deux fois déjà (à Aubagne, à Porti Vechju). J'ai adoré les deux : la version théâtrale n'est qu'un choix - très judicieux - parmi les scènes du roman, joué avec une intensité superbe par Christian Ruspini, et servi par la mise en scène astucieuse et symboliquement forte de Jean-Pierre Lanfranchi ; le roman a une force qui a imprimé en moi plusieurs moments (je vais en citer un en fin de ce billet, quant à vous, quelle page hante votre mémoire ? à moins que vous n'ayez pas du tout aimé ce roman très dérangeant, parlons-en...).

Or, cette pièce a tourné et tourne encore sur le continent : le 20 février à Cannes (voir ici) ; le 26 mars à Ventabren (je ne connais pas les autres dates). Je ne pourrai pas me rendre à Cannes mais je serai, avec tous les compères de l'amicale corse d'Aix-en-Provence à Ventabren (j'espère que l'émotion fera naître quelques discussions...).

DONC, à tous ceux qui le peuvent, je recommande très chaudement d'aller voir cette pièce de théâtre, de faire part de leurs réactions (ici ou sur d'autres sites, blogs et forums), de lire le roman de Biancarelli, etc. etc.

Voici un extrait du roman qui n'a pas été retenu pour la version théâtrale : je me rappelle très bien combien cette scène m'avait fait jubiler (le méchant est puni, certes de façon excessive, mais la disproportion est ici un des ressorts du comique ; un comique affreux et désespéré - car la punition est aussi la préparation de la fin du roman) : une jubilation et un grand malaise, tout à la fois ; en plus dans une rue d'Ajaccio que je connais bien, qui est encore dans mon oeil (que je peux voir n'importe quand, en fermant les yeux, et sentir l'air chaud autour des palmiers, le frôlement des voitures, les chaises des bars sur les trottoirs, les bâtiments et immeubles, la place du Diamant non loin de là, la mer, le golfe fermé à l'ouest par un horizon qui cache Barcelone - évoquée dans "A barca di a Madonna" de Thiers, mais aussi Madrid, évoquée notamment dans "Ecce Leo" de Flavia Accorsi (tiens, cela me fait penser : mais qui donc a lu cet unique roman de Flavia Accorsi, paru aux éditions Centofanti ?), et tous les souvenirs ensemble).

Eccu u strattu (hè a fine di u capitulu "Matteu Piredda", u nome di u issu gattivu omu) :

N'eramu à a fin' di ripastu. Ùn aghju dittu nudda è l'aghju lacatu parlà d'una cosa è di l'altra mentri ch'iddu arrigulaia l'addizioni. Da i donni, ni semu vinuti à evucà certi cosi d'una strema banalità, com'è u me ritornu in paesu dopu meziornu, quantu ci vulia tempu, u statu vargugnosu di a strada, ecc. Prestu, ci semu ritrovi in carrughju, Piredda m'hà toccu a mani, hà spiicatu ch'iddu duvia mova anch'iddu, ùn mi pudia micca accumpagnà sinu à a me vittura, avali era prissatu ma era cuntenti d'avè fattu a me cunniscenza, ci vurria à tena u cuntattu, chjamassi - ùn mi deti ben sigura nisciun adrizzu o nùmaru di teleffonu. Ciao ! Ciao ! ch'iddu m'hà ghjittatu à a faccia nanzi di vultammi i spaddi è d'ingagiassi in una stretta chù cuddaia longu à l'anziana prifittura. Aghju lacatu u cursu anch'eu, è socu andatu versu a via Lantivy, dund'e' aiu lacatu a me vittura. L'imàghjina di Piredda chì accillaraia u passu in a stretta mi fantasimaia. Duvia essa fieru di u so fattu, fieru com'è un paonu di a so vittoria, è certamenti prissatu di cuntalla à ùn chì cumpagnu cussì spaversu chè iddu. Subrattutu, dopu à tamanti sforzi pà purtammi à u risturanti, si lincinziaia senza tanti difficultà, è senza tanti cari di mamma nemenu. Mi lacaia in unu statu vicinu à a diprissioni, sintiu u me cori chì mi pichjaia in pettu, battia chì vulia rumpa, u sanguu mi buddia in l'arichji. Ch'iddu avissi pussidutu à Lisa nanzi à mè, a mi pudiu ingutta, ùn aviu mancu a pratinzioni di truvà a Verghjini Maria, à u cuntrariu, ma ch'iddu a m'imparessi iddu, cussì, u lindumani stessu di a me prima notti incun idda, è ch'iddu ni ritiressi tamantu sìntimu di vittoria, quissa era dura à incascià. Eru statu l'ughjettu di a so vindetta, è sariu dumani l'ughjettu di u so taroccu, sariu un sughjettu spiciali di risa mentri i sirati trà amici intellettuali, u mondu di a cultura ùn mi vidaria mai più chè à traversu à i scherzi di Matteu Piredda, era sigura. Più chè quissa, Lisa saria assuciata à a me disgrazia, Piredda si vantaria è cuntaria com'iddu l'avia inculata, diciaria com'idda l'avia lubrificatu bè nanzi di dirighja a punta 'llu so cazzu versu l'apartura di u so culu, è i moghja ch'idda lintaia mentri ch'idda si facia imburrà, è a testa ch'e' faciu eu mentri ch'iddu mi lacaia suttintenda ch'in fatti ùn eru chè un currutu à ritardamentu, un "currutu tricaticciu", comm'iddu invintaria pò dassi pà spanzassi 'lla risa cù i so fideli. Diciaria com'ì ghjeu eru ripartitu capibassu è vintu, sfattu è dilusu, dopu à u ripastu. Diciaria com'ì a so cunfissioni era vinuta, appruntata è calculata, dopu à un'almanecchera di futtiti, par chjuda u discorsu à u finali. Spiicaria u talentu ch'era statu u soiu, di prisintammi i rivelazioni annantu à Lisa Benedetti com'è un dulciumu dopu à u piattu di risistenza, è ghjeu sariu u scaccu, sariu u baulu di sirivziu.

Mi so fermu ghjustu nanzi di ghjunghja à a me vittura, t'aviu ghjà i chjavi in manu, è mi so dittu nò, hè impussìbuli, ùn la ti lasciu micca cussì, a to vittoria. Socu vultatu annantu à i me passa, prima marchjendu prestu, è po mi so missu à curra com'è un scemu, l'aienti mi fighjulaiani passà è si duviani dì qual'hè 'ssu tontu. Aghju cursu u più prestu pussìbuli, spirendu d'ùn avè micca tardatu troppu. Socu passatu davanti à a vechja prifittura è mi socu ingagiatu in a stretta dund'ì Piredda s'era infrugnatu. Avia ditu ch'iddu circaia a so vittura anch'iddu, forza u richjapparia nanzi ch'iddu sichi partitu. Mi ci vulia à fighjulà i vitturi, ma i vitturi ùn passaiani micca in u sensu bonu, ùn andaghjiani micca versu u cursu ; un sensu difesu ! Sì Piredda s'era imbarcatu era ghjà à longu è ùn risicaiamu micca di scruchjacci. In altu di a stretta, mi so fermu, ùn lu vidiu indocu, aghju fighjulatu bè da partuttu, à dritta è à manca, aghju rimarcatu una vittura firmata à unu stop, era ubligata di lacà u passaghju nantu à a via Lantivy ; infatti m'eru fattu guasgi un chjirchju cumplettu, mi saria bastatu di taddalli a strada. Nanzi ch'iddu dimaressi, mi so rimissu à curra com'è un dannatu, è più m'avvicinaiu da 'ssa vittura è più eru siguru ch'iddu era iddu. Socu ghjuntu à a so altezza à u momentu ch'iddu s'appruntaia à accillarà pà ingagiassi annatu à a via. Aghju briuantu "Matteu ! O Mattè !", eru sfiatatu. Hà frinatu d'un colpu è hà vultatu u capu versu mè, suspresu. Hà fattu par surdiami, ma ùn l'aghju micca lacatu u tempu di riagiscia. Aghju lampatu u me pugnu à traversu à a purtiera, è aghju intesu u scioccu di i canteghji chì schiattaiani, à tempu ch'iddu si mittia à mughjà com'è un scemu. Aghju apartu è l'aghju strascinatu pà i capiddi for'di a vittura. Prima hè cascatu, ma hà circu di ridrizzassi cussì prestu, si vulia pò dassi difenda, o circaia di fughja, ùn la so. Ma quand'iddu era mezu rittu, aghju lampatu a capata, è à a stessa sigonda u so nasu hè imbuffatu, facia trè volti u so vulumu. S'hè missu i mani annantu à a faccia ed hè cascatu in daretu, contru à a purtiera aparta. L'aghju sciaccu una dicina di calcia in cudda, in i costi, in i canteghji, l'aienti in carrughju briunaiani, mi diciani d'arristà, ma nimu hè intarvinutu. Quand'e' aghju vistu ch'iddu ùn si prutighjia mancu più, aghju arristatu di pichjà, l'aghju lacatu cussì, incuscenti, in sanguu, com'è u ghjàcaru ch'iddu era.

dimanche 14 février 2010

Façons de parler de la littérature corse

Allons-y, l'année 2010 s'annonce très riche pour la littérature corse : citons ici trois façons particulières de la rendre présente et de lui donner de la valeur :

- la soirée poétique organisée par Jean-François Agostini, à Sartène, le samedi 23 janvier 2010, a été un franc succès, en mariant lectures, musiques, vidéos, entretiens, présentations ; je vous recommande de lire le compte rendu/analyse qu'en propose Norbert Paganelli sur son site "Invistita" (rubrique "News").

- la prochaine rencontre littéraire proposée par Xavier Casanova, à Poghju di Venacu, le samedi 20 février 2010, qui réunira un éditeur, un auteur, une critique littéraire pour évoquer quatre livres différents. (Un complément du 19 février 2010 : le lien vers le site d'Annette Luciani qui est la véritable organisatrice de cette rencontre : ici).

- l'éditorial de l'éditeur de février 2010 sur le site des éditions Albiana, au ton affirmé (et même un peu provocant : ce qui ne fait pas de mal), décrétant "unilatéralement" 2010, "année de la littérature corse". Comment ne pas souscrire ?

Nous essaierons, à Aix notamment, de profiter de toutes ces expériences ! Vous avez peut-être des avis singuliers sur ces expériences passées, en cours ou à venir ?