mardi 27 avril 2010

Voies numériques de la littérature corse

"Ah c'est bien, parce que moi, tout de même, je préfère le livre ; Internet pour moi c'est le travail, la lecture est rapide, peu approfondie."

C'est ce que vient de me dire un ami, à la sortie de l'école.

"Bien sûr", répondis-je. (Vous vous en doutez, je venais de lui apprendre que bientôt paraîtrait sous forme de livre solide fait pour la main de l'homme une petite partie de ce blog, voir billet suivant).

Et c'est vrai que, à côté d'expériences qui permettent d'avoir accès à des oeuvres strictement numériques, jouant des possibilités de ce média (voir publie.net par exemple), la plupart du temps la littérature présente sur le Net présente un aspect moins attirant... Mais par contre, quel propagateur que le Web ! Pour la littérature corse aussi bien que pour n'importe quel sujet (visiblement essentiellement : les publicités et arnaques ; le sexe ; les blablas des réseaux sociaux).

Deux exemples littéraires corses :

1. Sur "Invistita", un article daté du 27 avril 2010 de Norbert Paganelli à propos de Paul Vincensini (1930-1985), poète, propagateur de poésie. Que lis-je ? Que ses textes sont introuvables, que Norbert a pu consulter deux gros volumes, qu'il en a extrait quelques poèmes et que nous pouvons tous les lire, en français comme en corse. Bref que la littérature, malgré tout, fait son office. Donc nous attendons la réédition avec plaisir, aux éditions L'arbre à paroles !

Moi-même, je me permets de transfuser ici un de ces poèmes :

T'es fou
Tire pas
C'est pas des corbeaux
C'est mes souliers
Je dors parfois dans les arbres.


2. Le 7 février 2009 (dans un billet qui liait déjà - étrange - le site "Invistita" et celui de "A Piazzetta"), j'évoquais les deux articles du blog scherzosu in lingua corsa, "A Piazzetta", qui évoquent de près ou de loin la chose littéraire corse... Eh bien, voilà le troisième !! C'est à propos de la twiterrature, et quelles sont les oeuvres corses citées dans l'article et dans les premiers commentaires ?
Roulement de tambour :

- "Pesciu Anguilla" (Dalzeto)
- "Mal'Cunciliu" (Rogliano + Poletti)
- "51 Pegasi" (M. Biancarelli)
- les noms de Thiers, Fusina, Coti
- "U dettu di l'etima", Ghjiseppu Sicurani
- "Septième ciel" (Thiers)
- "Tempi Fà" (Pierre-Jean Luccioni)
- "A Funtana d'Altea" (Thiers)

A vous de jouer pour compléter la liste - avec ou sans moquerie ! (D'ailleurs, il me semble que les oeuvres en français sont aussi possibles, puisqu'il est question de "Mal'Cunciliu"...)

3. Conclusion : voilà de quoi susciter encore une fois nos souvenirs, nos envies, nos curiosités. Racontons-nous nos lectures, ici ou là !

14 commentaires:

  1. Merci d'avoir relayé mon propos sur ce grand Monsieur que fut Paul Vencensini. Oui, les livres peuvent être épuisés, le web peut relayer la parole des poètes qui nous ont quittés. A côté de tous ses dangers, de toutes ses imperfections, de toutes ses limites , il offre aussi des potentialités. C'est grâce au web que j'ai découvert Paul, grâce à lui que j'ai connu sa fille et que nous pouvons échanger. Je salue donc cette immense toile dont on dit beaucoup de mal qui permet aussi de nouer des contacts enrichissants et fait reculer les limites du possible.

    Bien à vous

    Norbert

    RépondreSupprimer
  2. Norbert,
    comme n'importe quel outil inventé par l'homme, donc, Internet peut se révéler fort négatif ou fort intéressant (tout comme le livre imprimé ou le stylo bic).
    Dans mon souvenir je vois le nom de Paul Vincensini nommé dans le Mémorial des Corses (volume 7 et dernier), mais je n'en suis plus sûr (je confonds peut-être avec un autre poète aux oeuvres introuvables : malédiction de la littérature corse, quand on pense que certaines oeuvres publiées dans les années 1990 sont déjà épuisées !)

    Il faudrait peut-être numérisé et placer en accès gratuit toutes les oeuvres libres de droit ; numériser les autres et permettre d'acheter un version numérique quant le texte papier est épuisé.

    RépondreSupprimer
  3. Je crois, Messieurs Renucci et Paganelli que vos deux sites rendent un réel service à ceux qui tentent d'appréhender la création littéraire insulaire. Un grand bravo pour vos démarches complémentaires et totalement désintéressées. Par contre: honte aux médias régionaux qui avec des moyens financiers sont les grands absents du débat littéraire ! C'est aussi et surtout cela l'enseignement que je tire du développement du web: avec peu de moyens et de l'énergie on peut arriver à faire mieux que les professionnels !
    Ni Corse Matin, ni Corsica, ni RCFM ne font véritablement leur travail d'analyse et de passeurs, vous, vous y parvenez fort bien. Chapeau !

    Marie

    RépondreSupprimer
  4. Marie, merci pour ce commentaire et ces encouragements.

    Pourtant, pourtant... Je ne dirais pas que les médias corses ne participent pas d'une façon ou d'une autre au débat littéraire. Je citerais volontiers Patrice Antona sur RCFM qui m'est apparu comme un très bon lecteur et qui joue le rôle de passeur de culture depuis longtemps ; Robert Colonna d'Istria dans Corsica ainsi que les interviews d'auteurs par Jean-Marie Arrighi ; je crois qu'il y a plusieurs signatures dans Corse-Matin, je pense à des articles de Véronique Emmanuelli (mais aussi aux chroniques de Marcu Biancarelli et Ghjacumu Fusina). Parlons aussi de France 3 Corse Via Stella : les émissions MCSP et Par un dettu permettent d'écouter les auteurs.

    Mais bon, je trouve qu'il manque tout de même dans les médias classiques (presse, radio, télé) :
    - une vraie revue de critique littéraire (qui puisse sans polémique inutile critiquer - positivement et négativement - toute la production littéraire corse)
    - des mises en valeur de ce que la littérature corse peut représenter comme enjeu aujourd'hui
    - une implication des lecteurs réels des oeuvres (car sont-elles lues ? par combien de personnes ? comment ? avec quels effets ?)

    C'est vrai que le Web permet - de façon encore tâtonnante - de donner à lire des choses intéressantes ; l'idéal serait de combiner l'ensemble de ces moyens.

    Parmi les sites corses qui font lisent la création littéraire corse, il faut aussi citer : Musa Nostra ; Corsicapolar ; Avali ; Gazetta di Mirvella ; Foru Corsu ; Terres de femmes ; Isularama ; et j'en oublie, j'en suis sûr.

    Je signale ici un peu en avance que le 22 mai 2010, dans le cadre du festival littéraire "Histoire(s) en Mai" (organisé par Arte Mare), que j'aurais le plaisir d'animer à une table ronde à propos des blogs corses où sont invités : Marcu Biancarelli (Gazetta di Mirvella), Angèle Paoli (Terres de femmes), Xavier Casanova (Isularama) et moi-même. Bien sûr, bien d'autres auraient pu être invités - qu'ils ne le prennent pas mal, par pitié ! - mais nous en profiterons pour évoquer tous les sites corses que nous visitons presque quotidiennement. Et ce sera peut-être l'occasion de discuter de la spécificité des moyens numériques dans le jeu littéraire corse, comme vous le faites dans votre commentaire, Marie.

    Encore merci.

    RépondreSupprimer
  5. Oui Marie, je m'associe bien volontiers à F.Xavier pour vous remercier de vos propos élogieux concernant nos sites mais je constate que nous ne sommes pas les seuls et heureusement...Les blogs cités plus hauts sont tous à un degré ou à un autre à intégrer dans une même louange car ils contribuent très efficacement à la diffusion et à l'appréciation de la production littéraire.

    Concernant le rôle que jouent les autres médias, je trouve un peu comme vous qu'ils pourraient mieux faire compte tenu des moyens dont ils disposent mais enfin...n'est pas Pierre Dumayet ou Bernard Pivot qui veut...!

    Le leçon que je tire de tout cela c'est que le web s'est largement approprié un espace laissé en grande partie vacant. Au fond , la nature ayant horreur du vide, le web a rempli une fonction. Reste à savoir pour combien de temps...

    Bien amicalement à vous et merci pour votre témoignage.

    N.Paganelli

    RépondreSupprimer
  6. Je profite de ce message qui évoque les autres sites pour dire que l'on vote actuellement sur Mirvella pour désigner le lauréat du concours de prose du Bâton Merdeux 1760.

    Monsieur Renucci, n'espérez pas vous débiner une fois de plus, le devoir vous appelle !

    Mister Palu

    RépondreSupprimer
  7. Sir, Yes Sir !

    Car là encore combien de temps durera une telle expérience ?

    Que nous réserve l'avenir ?

    Qu'avons-nous envie qu'il soit ?

    Cumu dice Clint à a fine di "Un mondu perfettu" : "I don't know..."

    RépondreSupprimer
  8. rien ne dure, FXR, c'est la seule vérité éternelle, mais tant que ça dure ça dure ; Il faut donc aller voter ...

    RépondreSupprimer
  9. Internet ne peut remplacer le livre, car l'objet livre a sa beauté propre. Il faut effectivement du temps pour le savourer, alors que le web est fait pour s'informer rapidement. Mais pour sa promotion, son accessibilité, Internet est un outil puissant.

    Book addict

    RépondreSupprimer
  10. Certes le livre est un bel objet mais il peut devenir aussi l'implacable messager du destin.
    j'ai regardé ,l'autre jour , d'un oeil distrait car je ne suis pas féru de ce genre de programme, une emission, Chroniques Mondaines, ou le presentateur narrait le crime sordide de 2 quidam à qui l'on avait fracassé le crane à grands coups d'encyclopedie (ou de dictionnaire je ne sais ).

    RépondreSupprimer
  11. Book Addict,
    la roue ne remplace pas les pieds ; le livre ne remplace pas la parole ; Internet ne remplace pas le livre, c'est sûr.
    Mais je pense que le Web peut être aussi utilisé de bien des façons, pas seulement pour l'information rapide : les oeuvres multimédia, les oeuvres collectives, la discussion...

    Anonyme 18:47,
    j'ai vu la même émission que vous et effectivement tout cela était bien horrible (c'était avec des dictionnaires, je le répète ici...). Ah, le livre qui tue... eh oui, c'est l'esprit qui vivifie, tandis que la lettre... sans amour je ne suis que tambourin creux (ou à peu près...), et si je me souviens bien les "deux quidams" en question semblaient partager un amour voluptueux, non ?

    Pour en savoir plus, voici le lien : http://mirvellagazetta.forumactif.net/baton-merdeux-1760-f8/baton-merdeux-1760-prose-t191-15.htm#2181

    RépondreSupprimer
  12. Inspecteur Columbo1 mai 2010 à 23:59

    La ficelle est un peu grosse, M. Renucci. Quoi ! Murtoriu ! Encore ? Tout est donc prétexte pour y revenir ? Sous-estimez-vous à ce point le Qi de vos lecteurs - qui sont cons, certes, mais dans des limites honorables. Et contrairement à ce que vous insinuez, les deux victimes ne 'partageaient' pas 'un amour voluptueux" : l'une sodomisait l'autre avant le coup de dictionnaire fatal. Mais quel rapport avec Murtoriu, je vous le demande !

    RépondreSupprimer
  13. Monsieur Columbo,
    c'est un honneur de vous accueillir sur ce blog ; j'aime beaucoup ce que vous avez fait avec John Cassavetes, notamment "Une femme sous influence" : la scène du "Lac des cygnes" : "Die, for Mr Jensen ! Die for Mr Jensen !" Et toute le reste du film. De l'amour, de l'amour, de l'amour.
    Comme vous dites.

    Encore merci, Inspecteur.
    (Et "Murtoriu" est un très bon livre, oui, je suis d'accord).

    RépondreSupprimer